Les débats en première lecture du projet de loi du « nouveau pacte ferroviaire » se sont ouverts lundi à l’Assemblée nationale. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a défendu une réforme « impérative » du système ferroviaire.
Devant les députés, et un banc LR quasiment vide, Elisabeth Borne a défendu le projet gouvernemental de refonte de la SNCF. Et a rendu coup pour coup. La ministre a demandé à ce que le débat s’élève et se déleste des « fantasmes et des contre-vérités qui le polluent ».
En mettant en avant la situation financière catastrophique devenue le « boulet » de l’entreprise publique, Elisabeth Borne a réaffirmé la nécessité absolue de conduire sa réforme. « Si nous proposons à la Nation un nouveau pacte ferroviaire, c’est parce qu’une réforme du rail est impérative« , a-t-elle déclaré à l’ouverture des débats en première lecture sur le projet.
Face à l’hémicycle, l’ancienne directrice de la RATP a de nouveau souhaité « un dialogue sincère et constructif« .
Non loin de là, plusieurs centaines de cheminots et sympathisants, dont des députés communistes et Insoumis, s’étaient rassemblés sur l’esplanade des Invalides pour défendre « l’avenir du service public ferroviaire », au quatrième jour d’une grève très médiatisée.
L’assemblée générale lundi matin a de nouveau réuni plus de 1000 personnes au centre Pierre Mendès France de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, occupé depuis deux semaines. Reportage.
« Tolbiac est la plus grande faculté mobilisée aujourd’hui. Tout le monde regarde vers nous » clame Lucie, étudiante en L1 Philosophie, sous les applaudissements d’un amphithéâtre plein à craquer. Dans un autre style, un étudiant lance « mort au fascisme, mort au capitalisme ! […] Macron ne démissionnera pas, mais ensemble nous le destituerons. Que vive la commune de Tolbiac ! » Nouvelle ovation du gros millier de personnes réunies au centre Tolbiac – Pierre Mendès France de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ce lundi midi.
Occupée depuis deux semaines par des étudiants, la « Commune libre de Tolbiac », ainsi qu’ils se nomment, est devenue un lieu clé des mobilisations étudiantes contre la loi relative à l’Orientation et à la Réussite des Etudiants (ORE) promulguée le 8 mars 2018. C’est d’ailleurs le premier thème abordé lors de cette assemblée générale, où le texte est présenté comme une « loi d’attaque contre l’éducation » qui instaurerait une « sélection à l’entrée de l’université ». Son retrait est toujours un préalable à la levée du blocus, une décision votée lors de l’assemblée générale du lundi 2 avril.
« Une lutte d’ensemble qui ferait reculer Macron »
Mais c’est bien la fameuse « convergence des luttes » qui est dans tous les esprits ce lundi midi. Comment lier toutes les luttes sociales (cheminots, personnels hospitaliers, étudiants…) qui traversent le pays ? « Tout le monde se pose la question d’une lutte d’ensemble qui ferait reculer Macron et le gouvernement. Il faut passer à la vitesse supérieure dans le mouvement. C’est un rapport de force global. Avril 2018, début d’une lutte prolongée ! » scande une étudiante.
Durant plus de deux heures, les prises de parole et les propositions s’enchaînent dans une ambiance de plus en plus agitée. Pas aidés par un micro défaillant, les animateurs de l’assemblée générale ont aussi dû composer avec l’actualité en temps réel : expulsion de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, intervention des forces de l’ordre à l’Université Paris Nanterre ou encore la « présence de fascistes opposés au vote du blocage » devant l’Université Paris 3 ou une assemblée générale se tient au même moment.
Les CRS interviennent en ce moment à la fac de Nanterre pour déloger des étudiants qui occupent une salle contre le “plan étudiants”. Tout ça sous les ordres de Balaude, président de l’université. C’est inacceptable! Rassemblement derrière le bâtiment E à la fac de Nanterre.
Deux douzaines de fafs à l’AG de P3, 10 à l’extérieur, qui menacent que « ça parte en couilles » si le blocage est voté.
BESOIN DE MONDE SUR PLACE,
M7 CENSIER-DAUBENTON
— Commune Libre Tolbiac (@TolbiacLibre) 9 avril 2018
Même si la méthode semble encore brouillonne, les énergies bouillonnent et les espoirs sont multiples pour les personnes présentes ce lundi midi : faire plier la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, mais aussi imposer un véritable rapport de force face à la politique globale menée par Emmanuel Macron et le gouvernement. Dès la fin de l’assemblée générale, chacun est d’ailleurs appelé à se rendre place des Invalides pour se joindre au rassemblement des cheminots, alors que s’ouvre le débat parlementaire sur le projet de loi « Pour un nouveau pacte ferroviaire » à l’Assemblée nationale. Un premier pas vers la convergence des luttes ?
Alors que le prince Mohammed ben Salmane est en visite officielle de trois jours à Paris, l’Elysée a annoncé que le chef de l’Etat se rendra en Arabie saoudite d’ici la fin de l’année.
Emmanuel Macron se rendra en Arabie saoudite d’ici la fin de l’année, a annoncé l’Elysée lundi après-midi, à l’occasion de la visite officielle à Paris du prince Mohammed ben Salmane. « Les deux dirigeants vont travailler sur un document stratégique qui sera prêt d’ici à la fin de l’année, d’où procèderont des contrats qu’il (M. Macron) ira signer en fin d’année en Arabie saoudite« , a indiqué l’entourage du chef de l’Etat.
Pour l’heure, rien n’a filtré sur les thèmes évoqués entre les deux hommes d’Etat. L’Arabie saoudite a souhaité profiter de cette visite officielle en France pour mettre l’accent sur la culture, le tourisme, les investissements d’avenir et les nouvelles technologies. Le président Macron a toutefois l’intention d’évoquer le sujet épineux des crises régionales, particulièrement au Yémen où l’Arabie saoudite est engagée militairement.
Ce lundi 9 avril, pendant que le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane déjeune avec Edouard Philippe puis rencontre la ministre des Armées Florence Parly, les associations humanitaires haussent le ton. Sur le parvis du Trocadéro, symbole des droits de l’Homme, Amnesty International a souhaité rappeler la politique répressive de la monarchie saoudienne, et condamner le commerce des armes entre la France et le pays invité. Interview d’Aurélie Perrier, coordinatrice Yémen-Arabie saoudite à Amnesty International France.
Quel message adressez-vous aujourd’hui au gouvernement ?
Aurélie Perrier : On veut l’interpeller sur la situation au Yémen, où 22 millions de Yéménites, soit 80% de la population, dépendent du droit humanitaire. Mais ce droit est violé par la coalition menée par l’Arabie Saoudite. On demande à Emmanuel Macron de mettre le Yémen au coeur de ses discussions avec Mohammed ben Salmane pour que l’Arabie saoudite lève son blocus qui empêche l’acheminement des aides humanitaires. Des centres de soin ont aussi été détruits, ce qui fait qu’en 2017, le Yémen a été le siège de la plus grave épidémie de choléra du 21e siècle, avec 1 million de cas déclarés.
Vous pointez également du doigt les contrats de vente d’armes avec la France
Aurélie Perrier : Avant le conflit au Yémen, la France vendait pour 14 millions d’euros d’armes à l’Arabie saoudite. En 2016, c’était passé à 1 milliard d’euros [700 millions d’euros, selon le média challenges]. Aujourd’hui, on ne sait pas ce que la France et l’Arabie vont signer, tout est assez secret, on ne sait pas ce qui est dit.
Amnesty manifeste aussi contre les répressions par le gouvernement saoudien des opposants politiques. Si les opposants sont muselés, si le sujet est secret, comment les organismes humanitaires peuvent-ils communiquer sur le sort des prisonniers ?
Aurélie Perrier : On a beaucoup de chercheurs affiliés à Amnesty qui se rendent sur le terrain. On a aussi beaucoup de contacts avec l’ACPRA, le Saudi Civil and Political Rights Association. Mais presque tous ses membres aujourd’hui sont en prison, certains menacés de mort.
Rien n’a changé du point de vue des droits humains depuis que MBS est devenu vice-premier ministre, en juin. Il y a eu des rafles en septembre, contre des journalistes ou des universitaires. En novembre, 300 hommes politiques ou hommes d’affaires ont été arrêtés, au nom de la lutte contre la corruption. En plus, il y a un manque de transparence, parce qu’on n’a réussi qu’à identifier seulement une soixantaine d’entre eux. Et la loi antiterroriste de 2014 est un prétexte supplémentaire pour arrêter toutes sortes d’opposants politiques.
La libéralisation des droits des femmes, comme l’ouverture en juin du permis de conduire aux femmes, c’est du flafla ?
Aurélie Perrier : On ne peut que la saluer mais il y a encore des discriminations systématiques avec le système du tutorat : pour se marier, s’inscrire dans un établissement d’enseignement supérieur, chercher un emploi ou encore se rendre à l’étranger, la femme a besoin de l’autorisation de son père, de son frère, de son mari par exemple.
Pour le permis de conduire, reste à savoir comment ça va être appliqué : les femmes devront-elles avoir l’autorisation de leur tuteur ? On a du mal à savoir si dans la réalité, la femme subira des pressions. Il y a la loi qui autorise le permis de conduire, mais ça ne suffit pas. Cette libéralisation n’est peut-être que cosmétique, un coup de communication pour plaire à l’Occident.
Mais il faut se rappeler que ces lois libérales envers les femmes, lancées par MBS, profitent à l’économie. Leur faire accéder au permis de conduire ou aux stades sportifs génèrent de l’argent, à un moment ou le prince héritier lance son plan “Vision 2030” : il veut passer d’une économie de la dépendance au pétrole à une économie plus durable basée sur le tourisme, dont les femmes font partie.
Aurélie Perrier, coordinatrice Yémen-Arabie Saoudite à Amnesty International France