À Paris, la ferveur populaire autour du passage de Léon XIV

Dans une ambiance festive, croyants et non-croyants se sont rassemblés pour apercevoir le pape Léon XIV, au premier jour de sa visite de quatre jours en France. Une déambulation populaire en papamobile marquée par une forte affluence et l’enthousiasme du public.

En bas du boulevard Saint-Michel, des centaines de petits drapeaux jaunes et blancs, couleurs du Vatican, s’agitent à perte de vue. Sous un soleil éclatant, les spectateurs attendent patiemment la venue du pape Léon XIV. Après des réceptions officielles à l’Elysée puis à l’Unesco, le souverain pontife s’est élancé pour une déambulation de 2,5 kilomètres à travers Paris, premier temps populaire de sa visite de quatre jours en France.

« C’est joyeux, il y a de l’ambiance »

Le long du parcours, l’attente s’organise derrière les barrières. Certains sont debout, les yeux rivés sur la route, tandis que d’autres se sont assis au sol, à la recherche du moindre coin d’ombre. À quelques dizaines de mètres, un groupe de louange pop-rock joue devant une petite foule qui s’est formée autour de lui. Certains chantent, les paumes levées vers le ciel. D’autres dansent, ou tapent des mains.

« C’est joyeux, il y a de l’ambiance et il fait chaud ! », s’exclame Emma Deutcho, 37 ans. Debout, accolée à la barrière, elle attend la venue du pape. Pour l’occasion, la spectatrice, originaire de Paris, a tenu à prendre un jour de congé pour pouvoir y emmener sa fille de huit ans. « C’est une journée spéciale, ce n’est pas tous les jours ! Je voulais vivre ça avec ma fille », explique Emma.

Des jeunes baptisés au rendez-vous

Comme elle, nombreux sont ceux qui ont fait le déplacement. C’est le cas de Clémence Woolford, venue spécialement de Londres pour assister à l’évènement. Adossée à la barrière, elle porte un jeans et un t-shirt à rayures rouges. Nouveau Testament à la main, elle fait partie des néophytes, ces « jeunes baptisés » venus assister au passage du pape Léon XIV.

« Ça fait trois ans que je suis catholique, alors quand j’ai su que le Pape venait, je me suis dit : aucune chance que je ne le vois pas. Être catholique, c’est quelque chose d’extrêmement important dans ma vie, alors voir le Pape, c’est une étape pour moi », raconte l’étudiante en sciences politiques et économiques.

« Pendant le Covid, je n’avais pas beaucoup d’amis, j’étais très seule. J’ai eu besoin de quelqu’un qui m’aide. Et j’ai entendu la voix de Dieu qui m’a dit : ‘viens me suivre, je t’attends’ », se remémore Clémence. Ce soir, le pape Léon XIV anime une veillée consacrée aux jeunes, au Stade de France. À défaut d’avoir obtenu une place, la franco-britannique exprime sa joie de voir le pape lors de la déambulation : « Je pense que je vais être émue. J’ai hâte de le voir. Je suis très enthousiaste ».

L’effervescence, bien au-delà du christianisme

À 77 ans, Isabelle a déjà eu l’occasion de voir plusieurs papes au cours de leurs visites. La dernière visite d’un pape à Paris remonte à 2008, lorsque Benoît XVI s’y était arrêté en marge du jubilé des apparitions de Lourdes. Venue de Boulogne-Billancourt avec son beau-frère, Isabelle constate aujourd’hui davantage d’engouement et de joie. « Les autres fois, c’était plus réduit comme assistance. C’était très beau, mais là, cette foule, c’est impressionnant », estime-t-elle. Pour cette catholique, cette déambulation gratuite et ouverte au public permet de toucher l’ensemble de la population : « c’est l’occasion d’intéresser encore plus de monde, et pas seulement des chrétiens. Et ça, je trouve que c’est important ».

En effet, la déambulation attire des spectateurs de tous horizons, croyants, et non-croyants. C’est le cas de Gurvan, 31 ans. « C’est de la curiosité. J’avais envie de voir comment se passe cette déambulation », indique le Brestois de passage à Paris. « Je vais aller marcher, écouter un peu les chants en attendant l’arrivée du pape », poursuit-il.

Vêtue d’un t-shirt jaune, casquette sur la tête, Dalila Acosta, 57 ans, est volontaire. Drapeaux à la main, elle circule parmi le public qui la hèle pour obtenir à son tour son précieux bout de tissu. L’avocate, originaire d’Uruguay, n’est pourtant pas chrétienne. « C’est une expérience unique, qu’importe la religion. C’est ça le volontariat, donner de son temps pour les autres », estime-t-elle, un grand sourire aux lèvres.

« On est contentes de l’avoir vu, même si c’était trop rapide »

À l’approche de 16h30, le public se met en place. Les enfants sont hissés sur les épaules de leurs parents tandis que les plus courageux grimpent sur les structures de stationnement pour vélos. Tous scrutent le haut du boulevard dans l’attente de l’arrivée du souverain pontife. Puis enfin, les applaudissements s’intensifient, les cris de joie recouvrent la musique. Léon XIV salue la foule, souriant. La voiture pontificale file, direction Notre-Dame de Paris, où le pape est attendu à 17h15 pour célébrer les vêpres.

Beaucoup ne cachent pas leur surprise devant la rapidité du moment. Certains se mettent même à courir derrière la voiture, dans l’espoir de grappiller encore un sourire du Saint-Père. « On est déjà contentes de l’avoir vu, même si c’était trop rapide. On pensait qu’il allait s’arrêter un peu. Mais c’est le pape, on le pardonne », plaisante Noelly, venue avec sa mère. Plus loin, une jeune mère regrette que Léon XIV n’est pas pris le temps de bénir ses enfants. 

En tout, la déambulation aura réuni plus de 300 000 personnes. Demain, le pape célébrera une messe en plein air, puis s’envolera pour Lourdes avant de poursuivre sa visite apostolique à Metz. Coût total de ces quatre jours en France : 27 millions d’euros. L’Eglise a d’ores et déjà lancé un appel aux dons pour couvrir ces dépenses. 

Carole-Anne Try

“C’est très pratique” : face à l’essor de l’IA, un climat de suspicion gagne les universités

Si les accusations de recours à l’IA qui visent l’écrivain Thélyson Orélien secouent le monde de l’édition, les chatbots investissent aussi les amphithéâtres. Et pour cause : un étudiant sur deux a recours à l’IA chaque jour. Face à cette révolution des usages, les universités sont encore démunies faute de règles claires.

En France, un étudiant sur deux a recours à l’IA quotidiennement. Crédit photo : © École polytechnique – J.Barande

La déferlante ChatGPT, amorcée il y a quatre ans déjà, n’en finit pas d’éclabousser bon nombre de secteurs. Et de soulever inquiétudes et interrogations. La mise en cause de l’auteur Thélyson Orélien, lundi 21 septembre, sur le réseau social X par le compte « Balance ton Claude », qui accuse le romancier d’avoir écrit « presque intégralement » son roman C’était ça ou mourir avec l’intelligence artificielle, a déboussolé auteurs et éditeurs et révélé un climat de soupçons dans la littérature. Mais l’édition n’est pas le seul secteur en proie aux questionnements face au recours grandissant à l’IA générative, devenue omniprésente dans nos quotidiens. En témoignent les tâtonnements d’une nouvelle génération d’étudiants et de doctorants, qui naviguent entre recours parcimonieux à l’IA et usage intensif flirtant avec la triche.

Flou juridique

En octobre dernier, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a poursuivi une étudiante devant la section disciplinaire pour avoir eu recours à l’IA pour rédiger son mémoire de stage. Un litige porté jusqu’au tribunal administratif de Paris, jusqu’à ce que la juridiction donne gain de cause à l’étudiante, faute de règles encadrant l’usage de l’IA. Un flou juridique symptomatique de la nouveauté de l’enjeu, que les universités tentent encore d’appréhender. Lou*, 23 ans, étudiante en sciences sociales dans une université parisienne, a vu dans Claude une béquille pour faire des recherches : « Au début de la rédaction de mon mémoire, j’étais très perdue, alors j’ai essayé d’utiliser l’IA. C’était une grosse déception : ça m’a induite en erreur en créant des fausses sources. » Très vite, elle cantonne l’outil aux fonctions les moins intellectuelles : « Je lui ai demandé de m’aider à corriger les fautes de grammaire, de syntaxe, et de créer un sommaire. »

« Pour corriger son texte, trouver des synonymes, éviter de se répéter… C’est très pratique », abonde Bastien*, 22 ans, lui aussi étudiant en sciences sociales en région parisienne. Mais pour travailler sur le fond du sujet, pas question pour le jeune homme de se reposer sur Claude ou ChatGPT. « Quand il cite ses sources, l’IA va mettre sur un pied d’égalité Le Monde et un blog lambda », persifle-t-il. Même en s’étant refusé à tout recours à l’IA pour générer des parties de son mémoire, l’étudiant a craint qu’un logiciel indique par erreur que son travail n’ait pas été rédigé par un humain. « J’ai testé des logiciels en ligne, puis j’ai reformulé mon travail jusqu’à ce qu’ils indiquent 0 % d’IA détecté. »

Vers une transparence des usages ?

Y aurait-il un climat de suspicion généralisé à l’université, du fait de l’usage massif de l’IA par les étudiants ? Selon une étude Ipsos pour l’école d’ingénieurs EPITA, 94 % des étudiants français ont déjà utilisé l’IA, et près d’un sur deux quotidiennement. « Cela fait deux ans qu’au niveau master, je constate un usage non avoué des IA », indique Valérie Jeanne-Perrier, professeure en sciences de l’information et de la communication au CELSA. Une pratique massive qu’elle arrive à repérer sans recours à des logiciels, comme cette fois où l’enseignante a repéré « une bibliographie délirante » dans le mémoire d’une étudiante, avec « des titres qu’elle ne pouvait pas maîtriser » : « Je lui ai demandé ce qu’elle avait retenu d’un des auteurs qu’elle avait cités et elle n’a pas pu répondre. » Résultat : pas de sanction disciplinaire, mais une note « assez basse ».

La chercheuse, responsable de l’école de journalisme du CELSA, souhaite intégrer dans chaque mémoire une page dans laquelle les étudiants indiquent précisément quel usage ils ont fait de l’IA. La transparence, clé d’une coexistence apaisée entre recherche universitaire et IA ? Les prochaines années le diront peut-être.

Rayan Saibi

Pourquoi l’IA est-elle devenue un enjeu pour le pontificat de Léon XIV ?

Depuis la publication en mai de l’encyclique Magnifica Humanitas, lettre de réflexion sur l’humanité à l’ère de l’intelligence artificielle, le pape Léon XIV a pleinement investi le débat sur l’IA. Pour l’Église catholique, l’enjeu est clair : veiller à ce que l’humain reste maître de cette technologie. 

“Dieu créa l’homme à son image” et l’homme créa ses images avec de l’IA. Loin des clichés d’une Église catholique qui n’évolue pas avec son temps, le souverain pontife a récemment multiplié les prises de position autour de l’IA. En publiant l’encyclique Magnifica Humanitas et en dialoguant avec l’entreprise Anthropic sur l’éthique et la régulation de l’IA, Léon XIV espère éviter que les traits humains s’effacent au profit des machines. 

C’est à la fois un symbole et une mise en garde. Fidèle à ses positions depuis le début de son pontificat, Léon XIV a rappelé l’importance de « replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion ». Présent à Paris, ce vendredi 25 septembre pour sa visite pontificale, le pape a aussi appelé à ne pas “perdre notre humanité au milieu du ‘paradis de machines’ qui envahissent et conditionnent notre quotidien”.

“L’Église a toujours pris position par rapport aux questions modernes”

Si le lien entre Église et intelligence artificielle pourrait paraître anachronique, l’institution n’est pourtant pas hermétique aux thématiques plus modernes. “Les encycliques parlaient déjà de la condition ouvrière au moment de la révolution industrielle, ce n’est pas nouveau. L’Église a toujours pris position par rapport aux questions modernes”, assure Thierry Magnin, prêtre catholique et théologien. 

L’Église catholique s’est saisie de cette technologie comme d’un reflet des évolutions de la société. Une thématique déjà mobilisée par le pape François lors de son pontificat. “Le pape est un chef spirituel, tous les chefs spirituels s’expriment sur les enjeux de société, c’est leur mission. L’IA étant devenue un enjeu de société, c’est assez normal qu’il s’engage sur cette thématique”, justifie Raja Chatila, spécialiste de l’IA et professeur émérite à Sorbonne Université.

“Protéger la personne humaine des dommages collatéraux de l’IA”

L’IA est, pour beaucoup, devenue une nouvelle réalité au quotidien. En 2026, près d’un Français sur deux (48 %) a adopté les outils d’intelligence artificielle, selon le Crédoc. Un changement qui inquiète. “On est entré dans une nouvelle ère : celle de la société-machine. La machine a des effets interpersonnels et s’invite dans tous les aspects de la vie humaine. Le pape veut protéger la personne humaine et les sociétés des effets collatéraux des IA.”, estime Laurent Stalla-Bourdillon, théologien et conférencier sur l’intelligence artificielle. “Il y a une question de fracture numérique : est-ce que l’IA va creuser les inégalités ou aller vers plus de justice sociale ?”, se questionne Thierry Magnin. 

Pour le pape, les dangers portent surtout sur l’idée que les machines supplantent ou aliènent les hommes, incapables à l’avenir de disposer de leur libre-arbitre. L’IA peut rester une aide sans remplacer la conscience humaine qui fait la spécificité de l’homme. “On ne peut pas passer à côté de cet outil. Je peux faire mon homélie par IA, elle l’agrémentera de formules peut-être plus belles ou mieux tournées, mais ce n’est pas moi”, nuance le théologien. 

Un discours qui s’inscrit dans un cadre plus large

Intégrer ce discours à la pensée de l’Église permet de se position de façon philosophique, voire anthropologique, sur la place de l’homme et son lien avec les machines au XXIe siècle. “Le pape a apporté une analyse de cette technologie, son message est lisible et avertit des dangers possibles liés à l’IA. Il vit avec son temps. Son rôle n’est, en revanche, pas non plus de faire de la recherche”, explique Raja Chatila. 

À l’inverse des discours alarmistes de certains salariés des géants de la tech, qui alertent sur les dérives de l’IA à long terme, le discours du pape se veut résolument plus centré sur le bien commun et la préservation de la pensée personnelle.

Tom Keller

Quels impacts géopolitiques pour les entreprises françaises ?

Jeudi dernier, une société russe s’est vu transférer les actifs de plusieurs groupes français présents en Russie par un décret de Vladimir Poutine. Une décision contestée par Paris et qui montre la vulnérabilité des entreprises face à une crise diplomatique. 

Les autorités russes ont placé la semaine dernière sous « administration temporaire » les actifs en Russie de la filiale russe d’Auchan et de l’ex-entité de Leroy Merlin, mais aussi ceux du suisse Nestlé, en invoquant leur appartenance à des pays « inamicaux » soutenant l’Ukraine. Le ministre de l’Economie Roland Lescure a dénoncé cette mesure en la qualifiant d’acte « hostile » envers la France. Il souhaite que ces prises de contrôle soient « annulées ». Les actifs concernés ont été confiés à la société russe « L.E.V. Management », qui d’après le média d’investigation russe Novaïa Gazeta Europa a été fondée fin 2025 et est dirigée par Andreï Kraiouchkine, un général du ministère russe de l’Intérieur.

Des risques géopolitiques inévitables

Cet exemple démontre bien la fragilité des entreprises françaises et européennes face à des sanctions économiques. La géopolitique est désormais indissociable de la vie d’une grande entreprise, des sanctions économiques sont donc inhérentes au déclenchement d’un conflit. Selon une étude du cabinet d’audit et de conseil Deloitte réalisée en septembre 2026, 63% des directeurs financiers français considèrent désormais les risques géopolitiques comme un facteur déterminant dans la gestion opérationnelle et l’élaboration des orientations stratégiques de leur entreprise. L’exemple le plus parlant reste la guerre en Ukraine, “c’est arrivé à plusieurs entreprises, on en compte une petite trentaine quand même, en fait, depuis l’invasion de l’Ukraine” confirme Syrine Ismaïli-Bastien, professeure de Droit et de Géopolitique à l’IESEG.

Au-delà de l’exposition directe, comme la mise en place d’embargos ou l’imposition d’une réglementation plus contraignante, l’instabilité géopolitique provoque un effet en chaîne. L’exposition indirecte va impacter les chaînes d’approvisionnement et donc les entreprises : “Un exemple très récent de la rupture d’approvisionnement suite à des blocages ou à des conflits, c’est le blocage du Détroit d’Ormuz. C’est nécessaire à l’économie mondiale, qui repose, malgré tout, encore beaucoup sur les énergies fossiles. Et on en voit directement les conséquences” explique Syrine Ismaïli-Bastien. De manière plus directe, de nouvelles formes d’ingérence font leur apparition avec les nouvelles technologies : “Les cyberattaques et l’espionnage économique mettent évidemment en danger des données sensibles, les données de ses clients” continue-t-elle.

Quels moyens d’adaptation ?

Est-il alors possible pour une entreprise de s’isoler de ces considérations géopolitiques et diplomatiques ? “La réponse facile serait oui, mais c’est vraiment au cas par cas. Il faudrait d’abord voir quelle est l’intensité de ce conflit” répond la consultante chez CCM Consulting. Comment s’adapter à ce monde de plus en plus conflictuel ? Syrine Ismaïli-Bastien préconise la création d’une “stratégie de risque géopolitique, adaptée à ses besoins et à son échelle”. La chercheuse reste néanmoins sceptique par rapport aux entreprises françaises qui manqueraient de prévoyance,  : “ces perturbations géopolitiques ne sont pas des événements exceptionnels, en fait, mais c’est une caractéristique durable, finalement, de notre économie. Ce que je remarque, c’est que ces entreprises agissent assez souvent d’une manière, en fait, réactive.” Elle invoque notamment les entreprises du secteur du vin qui ont été “pris de court” avec les droits de douanes américains, pays considéré “comme client principal”.