Procès du braquage des bijoux Chanel et Chopard : « La réquisition de 20 ans est la démesure absolue »

Paris – Se tenait aujourd’hui la plaidoirie de la défense de trois des dix accusés du braquage du joaillier Chopard en 2015 et d’une boutique Chanel en 2016, dont Philippe Enriquez, jugé comme « chef d’orchestre » du groupe criminel et défendu par Me Serge Money.

© Thierry Le Boité

La sonnerie retentit dans la salle Ezratty, comble, de la cour d’assises de Paris. Les toges noires des avocats de la défense s’activent énergétiquement devant le flegme des robes rouges de l’accusation générale et de la présidente de la cour. Philippe Enriquez et ses deux lieutenants dont Frédéric Cruz sont assis dans le box en plexiglas des accusés, entourés de quatre gendarmes.

Plusieurs charges d’accusation

Jugés depuis le 4 janvier dernier, ils sont soupçonnés d’être impliqué dans le braquage d’une boutique Chopard en décembre 2015 et celui d’une bijouterie Chanel en mai 2016, pour un préjudice de plus de 3 millions d’euros. Ils répondent également du vol d’une mallette contenant 20 000 euros dans un véhicule de la Brinks, du vol de cinq Range Rover et de la constitution d’une cache d’armes. Le butin n’a jamais été retrouvé.

Ces hommes avaient été interpellés par la Brigade de répression du banditisme (BRB) de la PJ parisienne le 27 juin 2016 après plusieurs mois d’une traque.

Présomption d’innoncence

Mercredi 19 janvier, l’avocat général Philippe Courroye prononçait ces sentences, estimant que la justice devait « faire preuve de fermeté » face à « une équipe au caractère chevronnée ». Tour à tour les avocats de la défense ont plaidé ce jeudi 20 janvier pour défendre leurs clients, condamnés à des peines de 8 à 20 ans pour Philippe Enriquez, le « chef d’orchestre » de la bande.

« On ne peut démontrer leur culpabilité » lance l’avocate de la défense Sophie Bonamour pour débuter la journée de procès. « Les peines sont totalement disproportionnées.» Puis c’est au tour de l’avocat de Frédéric Cruz, de revenir sur la décision de l’avocat général. D’un ton solennel, il fixe les jurés de longues secondes : « avez-vous l’intime conviction de leur culpabilité ? Dans un Etat de droit, le rôle d’un juge ou d’un juré n’est pas d’écrire une histoire, un scénario, en réunissant les pièces de puzzle ». Face à tous les chefs d’accusation, Frédéric Cruz ne reconnaît que le vol des véhicules Range Rover, s’estimant qu’un « voleur de voiture ».

Démesure absolue

Un seul mot ne sera prononcé toute la journée par les accusés. Le « Oui » laconique de Philippe Enriquez à la question de son avocat : « Étiez-vous bien sur la vidéo des caméras de surveillance de Chopard ? » C’est le seul point reconnu par le « leader de l’équipe » pendant tout le procès, « présent dans ce quartier pour acheter des chaussures ».

Getty Images/iStockphoto

Serge Money, « avocat pénal à l’éloquence respectée » entame alors une plaidoirie de plus de 3 h. « Personne ne lui a demandé de s’expliquer sur ces chaussures ! » Par ailleurs, rien ne permettrait d’affirmer que Philippe Enriquez est le « Colo » ou  « Colonel », nom de code du chef des opérations de braquage suivies par la BRB. Serge Money, tantôt en murmurant, tantôt en déclamant avec des gestes exaltés, revient sur les débats  de l’utilisation du mot « bagues » par Philippe Enriquez, dans une conversation écoutée par la BRB. Il estime que les écoutes ne permettait pas de comprendre la distinction entre « bail », mot jargon pour désigner le mot « truc » et  « bague ».

Enfin, Serge Money remet en cause le lien entre les traces d’ADN qui ne permettent pas d’établir un lien avec les braquages, et le témoignage d’une employée de Eres, une boutique jouxtant celle de Chopard. Après une séance d’identification, elle avait reconnu Philippe Enriquez comme le conducteur de la voiture qui attendait les braqueurs devant chez Chanel. « Cette témoin avait assuré aux policiers que le conducteur avait un visage carré, des yeux clairs et la quarantaine. Plus tard, elle dira au “tapissage” qu’il avait bien 30 ans, les yeux bleus et une face ronde. Il y a incohérence. »

La fin de cette journée de procès s’achève par la remarque acerbe de Serge Money : « soit c’est la faille totale des enquêteurs, soit ce n’est pas lui. La réquisition de 20 ans est la démesure absolue. Je demande l’acquittement pour ce père de famille enfermé depuis 5 ans ». Verdict demain après délibération des jurés.

Antoine de Seigneurens

 

Un plan de prévention du bruit qui ne passe pas

Le nouveau Plan de Prévention du Bruit dans l’Environnement (PPBE) de l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle est lancé aujourd’hui à la consultation publique. Un collectif d’associations insatisfaites du contenu de ce PPBE s’est réuni ce matin devant la préfecture de Cergy pour se faire entendre.

« Riverains en colère ! » scande la cinquantaine d’engagés associatifs devant la préfecture de Cergy en ce jeudi matin. Sur les banderoles on peut lire « Le bruit tue », « Stop nuisances aériennes » « Roissy suffit, assez de bruit ». Ces Valdoisiens espèrent obtenir un rendez-vous avec le Préfet du Val-D’oise, signataire du PPBE.

Pour un plafonnement du trafic aérien

C’est peu dire que le nouveau Plan de Prévention du Bruit déplait. Selon l’Association de Défense Contre les Nuisances Aériennes (ADVOCNAR) et France nature environnement Île-de-France, rien n’y est envisagé pour réduire la nuisance aérienne. Au contraire même, une augmentation du trafic est prévue.

« Nous demandons une limitation du trafic de 500 000 avions par an contre 680 000 prévus par le PPBE sur 5 ans. La nuit, nous demandons la réduction de 62 000 à 30 000 vols par an » affirme Françoise Brochot, présidente de l’association ADVOCNAR. « Un échéancier de réduction du trafic nocturne doit également être établi avec pour objectif d’aboutir à un couvre-feu entre 22h et 6h. Comme c’est le cas pour d’autres aéroports européens tels Francfort ou Madrid … »

Françoise Brochot, présidente de l’association ADVOCNAR (📷Sophie Hoffmann)

Une perte de l’espérance de vie en bonne santé  

Les conséquences des nuisances aériennes sont connues : stress, anxiété, insomnies. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser le seuil de 45 décibels pour le bruit aérien avant que l’exposition répétée soit susceptible de présenter un risque pour la santé.

Le rapport de Bruitparif publié en 2019 avait estimé que le bruit des transports faisait risquer aux habitants des zones les plus denses d’Ile-de-France une perte allant jusqu’à trois ans de vie en bonne santé.

Dans son jardin, Sylvie a pu mesurer un volume sonore allant jusqu’à 60 décibels au passage des avions. Habitante de Sagy dans le Parc naturel du Vexin, elle souffre quotidiennement du bruit des avions en attente d’atterrissage à Roissy « Quand il fait beau, il peut y avoir un avion par minute… Ils volent si bas qu’on peut même distinguer les hublots ! Le bruit est tellement insupportable que je suis obligée de rentrer dans ma maison. »

Le préfet du Val-d’Oise n’a pas été en mesure de recevoir les responsables associatifs. Mais un rendez-vous est prévu dans les prochaines semaines avec le cabinet de la préfecture pour discuter des revendications des différentes associations.

Sophie Hoffmann

(Recensement) Nuit de la solidarité : première édition nationale pour compter les sans-abri

Ce jeudi 20 janvier, la 5e édition de la Nuit de la Solidarité se déroule pour la première fois dans 27 villes en France, en partenariat avec l’Insee. L’objectif ? « Mutualiser les efforts » pour mieux connaître les profils et les besoins des personnes à la rue.

Nuit de la Solidarité de Paris – Guillaume Bontemps / Ville de Paris

Demain s’ouvre le début du recensement de la population française en temps de Covid, par l’Insee — Institut national de la statistique et des études économiques —  dont les… sans-abris. Après New-York, Athènes, Bruxelles, Paris, la Nuit de la Solidarité s’étend aux villes moyennes : Arras, Brest, Dijon, Dunkerque, Lorient, Mulhouse, Quimper, Tours ou Bobigny. Par groupes de 4 ou 5, des centaines de bénévoles, encadrés par un responsable d’équipe et dotés d’un questionnaire anonyme, sillonneront les rues des 27 villes pour décompter les personnes à la rue et échanger avec elles.

Mutualiser recensement et Nuit de la Solidarité

L’initiative publique vise à « obtenir un dénombrement fiable des personnes sans abri » et de « collecter des informations sur leurs caractéristiques socio-démographiques », atteste l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (UNCCAS). La dernière enquête de l’Insee sur les sans domicile fixe remonte à 2012.

« Pour la première fois, la collecte de données de la Nuit de la Solidarité sera mutualisée avec le recensement de la population générale de l’Insee », précise l’UNCCAS.

Les équipes auront donc à leur charge deux types de support à compléter sur le terrain : les questionnaires Nuit de la Solidarité pour les bénévoles et les bulletins individuels de l’Insee par des agents recenseurs de l’État.

Peu d’effets de la crise sanitaire

En 2022, une attention particulière sera apportée à l’évaluation de l’impact de la crise sanitaire sur la précarité et les situations de rue. En 2021, sur les 2 829 personnes à la rue à Paris, près de la moitié (49 %) ont déclaré que la crise n’a pas eu d’effets sur leur situation personnelle. Léa Filloche, adjointe de la Mairie de Paris en charge des solidarités estime dans Cnews que « les trois premières éditions ont montré une stabilité des chiffres, mais l’an dernier, il y a eu une forte baisse de 21 %. Pendant la crise sanitaire, l’État s’est beaucoup engagé dans l’ouverture de places d’hébergement, nous serons donc très attentifs aux chiffres de 2022 pour savoir si l’effort de l’État a perduré ».

Centre d’hébergement d’urgence dédié aux femmes et aux sans abri – Joséphine Brueder / Ville de Paris

Au printemps dernier, plus de 20 000 places en centre d’hébergement d’urgence avaient été pérennisées par le gouvernement. Le parc d’hébergement d’urgence atteint aujourd’hui une capacité de 145 000 places hors-hiver et 200 000 places en hiver.

Un sujet éminemment politique

En 2017, Emmanuel Macron avait déclaré : « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus.» Cinq années plus tard, à l’aune de la campagne présidentielle, la Nuit de la Solidarité apparaît éminemment politique. Si l’initiative créée en 2018 par la mairie socialiste de Paris est copiée, elle est également conspuée sur la twittosphère par des partisans de l’extrême droite et des Insoumis. L’attaque au couteau d’un travailleur social préparant la nuit de la solidarité à Bordeaux ou le démantèlement d’un camp de migrant à Paris sont commentées avec virulence.

Des actualités qui viennent remettre la question sociale au cœur de la campagne présidentielle de 2022.

Antoine de Seigneurens

 

FFP2, chirurgicaux, grand public, quel type de masque pour quelle utilisation ? On fait le point pour vous

PHOTO : RADIO-CANADA / EMILEE FLANSBERRY-LANOIX

Jugés inutiles par le gouvernement français au tout début de la crise sanitaire, les masques se sont peu à peu imposés à nous, dans les transports, les entreprises, les lieux publics et plus récemment à l’extérieur, dans certains lieux à Paris. Alors que les recommandations autour du port du masque suivent l’évolution de l’épidémie de Covid-19, quelles sont les caractéristiques de chacun d’entre eux ?

Le masque dit « grand public »

Il est le premier à avoir élu domicile sur notre nez. Il s’agit du masque en tissu, lavable et réutilisable. Certains masques « fait-maison » avaient fait l’objet d’un élan de solidarité de la part des couturières bénévoles quand le corps médical en manquait. Mais justement réservés à un usage hors du système de santé, achetés dans le commerce, ces masques doivent respecter la spécification AFNOR. Les masques grand public offrent une barrière en tissu qui limite la propagation des gouttelettes de salive potentiellement contagieuses tout en permettant de respirer facilement.

On le porte quand ?

  • Quand toutes les personnes autour de nous portent aussi un masque et qu’on ne parle pas ou peu.
  • A l’extérieur.

Le masque chirurgical

Dispositif médical, le masque chirurgical protège le patient opéré de possibles contacts avec les bactéries et virus émis par le porteur. En portant ce type de masque on évite la projection de gouttelettes et on limite la contamination des autres personnes.

Il existe 3 types différents de masque chirurgical : Type I (95 % d’efficacité de filtration), Type II (98 % d’efficacité de filtration), Type IIR (98 % d’efficacité de filtration et résistant aux éclaboussures).

On le porte quand ?

  • En temps normal, ces masques sont utilisés par les professionnels de santé (médecin, infirmier.e.s). Dans le cadre de l’épidémie de Covid 19 le port d’un masque chirurgical peut être recommandé dans des lieux à fort risque de circulation du virus comme les cabinets médicaux ou les transports.

Le masque FFP2

Le masque FFP est un appareil de protection respiratoire. Il est destiné à protéger celui qui le porte contre l’inhalation à la fois de gouttelettes et de particules en suspension dans l’air. Le port de ce type de masque est plus contraignant (inconfort thermique, résistance respiratoire) que celui d’un masque chirurgical. Il existe trois catégories de masques FFP : les masques FFP1 ont une capacité filtrante limitée, ils bloquent uniquement les plus grosses particules dans l’air respiré, les masques FFP2 et FPP3 ont une capacité de filtration des particules minuscules (y compris celles contenant le virus) de 92 % pour les FPP2 et de 98 % pour les FFP3.

On le porte quand ?

  • FFP1 ou FFP2 sont destinés en premier lieu aux professionnels de santé en contact direct avec des personnes infectées ou à risque d’infection.
  • Le FFP3 est quant à lui adaptés aux travailleurs exposés à des poussières toxiques. L’inconfort du port de ce masque ne permet pas une utilisation prolongée.

Sophie Hoffmann