Médecines douces : qui contrôle les practiciens ?

Le Salon Zen ouvre ses portes ce jeudi à Paris. Parmi les stands, des écoles et praticiens de médecines dites « douces ». Des pratiques en plein essor, mais dont l’encadrement reste très inégal.

“Naturopathie, médecine chinoise, kinésiologie” : au Salon Zen, il est aussi possible de chercher une formation pour devenir praticien. Mais une fois installé, “globalement personne” ne contrôle le professionnel, explique Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre. “Il n’y a pas d’ordre pour les pratiques alternatives, il n’y a pas de diplôme reconnu, il n’y a pas d’encadrement véritable.”

Un contrôle réparti entre plusieurs autorités

“L’Ordre des médecins ne s’occupe que des médecins”, rappelle Thierry Hénique, secrétaire général du conseil départemental de l’Ordre de la Sarthe. Pour les autres praticiens, la limite est juridique : dès lors qu’ils prétendent diagnostiquer ou traiter une maladie, ils peuvent tomber dans l’exercice illégal de la médecine. Pour lui, le problème vient donc d’une question de vocabulaire : si  les praticiens de la médecine douce n’utilisaient pas le vocabulaire lié au domaine médical, il n’y aurait pas de problème. 

“Les bonnes écoles se comptent sur les doigts d’une main”

Le contrôle existe, mais il est réparti entre plusieurs organismes et ne garantit pas un niveau minimal de formation. Sur ce point, les critiques les plus sévères sont celles de certains naturopathes. Parmi eux, Cecilia Elbaz – docteure en pharmacie devenue naturopathe et psychopraticienne – reconnaît que le manque de règles “ouvre la porte à toutes les dérives et tous les charlatans  qui disent qu’un jus de carotte peut soigner le cancer”. Elle défend donc une régulation plus stricte, pour gagner en crédibilité auprès du monde médical. “Il faut que la profession soit réglementée pour qu’il y ait une vraie base d’étude”, estime-t-elle. Elle juge aussi que les bonnes écoles sont encore trop rares : “Les écoles vraiment bien, elles sont sur les doigts d’une main”. Si la pharmacienne “n’est pas contre la pratique par des praticiens non issus de la médecine”, elle regrette le manque de formations encadrées: “C’est très bien qu’elles soient accessibles à tous, du moment qu’elles reviennent sur les bases. Si c’est quelqu’un qui a fait un bac L et a travaillé pendant 10 en lettres ça va être dur. Pas impossible, avec du travail et de l’engagement mais difficile. Et je suis pas sûre que les écoles aujourd’hui soient à la hauteur”

Même constat du côté de Joannie Ricaud, naturopathe et magnétiseuse, issue des ressources humaines avant de se former à distance. Elle reconnaît que “la formation n’est pas suffisante” et que l’expérience vient ensuite combler certaines lacunes. Mais elle défend une place complémentaire pour ces pratiques : “La médecine douce ne se substitue pas” à la médecine conventionnelle, dit-elle, tout en estimant que l’encadrement “devrait évoluer davantage”.

C’est précisément sur cette complémentarité que se situe le professeur Vincenzo Castronovo, médecin chercheur et fondateur du DIU Micronutrition, alimentation, prévention et santé de l’université Paris Cité. Il refuse d’opposer les deux mondes : “Ce n’est pas l’une ou l’autre. C’est une médecine complémentaire.” Pour lui, certaines approches peuvent avoir leur place, mais à condition d’être sérieusement enseignées. “Les formations en deux semaines, c’est n’importe quoi, et ça peut être dangereux”, avertit-il. Il souhaite qu’elles soient pratiquées “par des gens qui ont appris” et “main dans la main avec des médecins”.

Deux visions de la médecine

Pour Jérôme Marty, la critique va plus loin. Il refuse même l’usage du mot “médecine” pour des pratiques qui ne reposent pas, selon lui, “sur des preuves scientifiques”. Il accuse certains praticiens de faire perdre du temps aux patients, de leur faire “changer les traitements” ou parfois les “abandonner pour prendre des trucs illusoires”. “Pendant ce temps, leur maladie évolue”, alerte-t-il.

Mais sur la formation, les deux hommes s’accordent: “Les formations en deux semaines, c’est n’importe quoi, et ça peut être dangereux”, reconnaît Vincenzo Castronovo. Il défend une pratique assurée par “des gens qui ont appris” et travaillant “main dans la main avec des médecins”. Plus largement, il estime que “tout système où il n’y a pas d’encadrement va aller à la dérive”.

Juliette Sanchez





L’impasse de la contraception chez les femmes : quand aucune alternative ne convient.

Cerazette, Optimizette, Antigone, Desopop…Ces pilules micro-progestatives contenant du désogestrel font l’objet de plusieurs rappels auprès des professionnels par l’Agence du médicament (ANSM) depuis 2025. En septembre 2026, 1,6 millions de femmes sont averties par l’ANSM du risque de méningiome lié à la présence de désogestrel dans leur contraception. Des examens médicaux et une vigilance accrue sont fortement conseillés auprès de ces femmes. Ce risque de santé lié à la contraception est loin d’être un cas unique. Au contraire, de nombreuses femmes se trouvent au pied du mur face à ces questions. Désorientées par l’absence d’une alternative positive, les femmes ne savent plus vers quoi se tourner en terme de contraception.

 

Trouver la “bonne” contraception

 

« Présence d’un méningiome de nature bénigne » s’inscrit noir sur blanc sur la feuille de résultats d’IRM cérébrale de Schana. La jeune femme de 28 ans s’est vu prescrire cet examen après une consultation occasionnelle chez sa gynécologue en juillet 2026. Depuis plus de 9 ans, Schana prend la pilule Antigone, une de ces pilules micro-progestatives avec du désogestrel rappelé dernièrement par l’ANSM. L’Agence du médicament alerte principalement sur la prise de la contraception au-delà de 5 ans, et sur les femmes de plus de 45 ans. Sans réelle avertissement médicale au préalable, Schana n’a « jamais été prévenu des risques de ce type de pilule…sans inclure évidemment les effets secondaires comme les maux de tête, les changements d’humeur et j’en passe ! »

Depuis la découverte de ce méningiome bénin, « pour l’instant sans danger donc, avoue-t-elle, je pense vouloir arrêter la pilule définitivement ». Découragée par la difficulté de trouver la « bonne » contraception, Schana fait ressentir un sentiment d’abandon concernant la contraception. Après avoir essayé l’implant pendant 4 ans qui lui a valu « des migraines quotidiennes, une baisse de libido, des idées noires et une humeur très changeante », la jeune femme s’interroge : « Pourquoi pas tenter un stérilet ? Ça me laisse tout de même perplexe…»

 

“Rien de très satisfaisant”

 

L’impasse à la contraception se fait aussi sentir chez Ella. L’étudiante de 22 ans fait partie des femmes prenant ces pilules avec du désogestrel : « Je n’ai pas été rappelée mais j’ai vu passer le nom de ma pilule Optimizette. La pharmacie en bas de chez moi me l’a confirmé ». La jeune femme attend avec impatience son rendez-vous avec sa gynécologue et se dit “stressée” de devoir passer des examens médicaux. Atteinte d’endométriose – comme 10 % des femmes – elle est consciente du peu d’alternatives qui s’offrent à elle. « Je vais devoir changer de pilule, mais je ne pense pas changer de moyen de contraception car rien n’est vraiment satisfaisant comme équivalent quand on est touché par l’endométriose ». Informée sur les effets néfastes avant même la prise de cette pilule, « ma gynéco m’a toujours averti des différents problèmes liés à la pilule, en m’indiquant aussi qu’elle ne voyait pas de moyen aussi adapté pour moi…». Impuissante face à la proposition du marché contraceptif, la jeune femme n’y trouve pas son compte. Et l’idée d’une contraception masculine ne l’enchante pas non plus…

 

Et si ça concernait les hommes ?

 

La contraception est socialement la responsabilité des femmes. Mais depuis quelques années, plusieurs moyens de contraception masculine apparaissent sur le marché : anneau ou slip chauffant, injections hormonales… Si Ella – obligé de prendre la pilule à cause de l’endométriose – « ne vois pas l’intérêt que mon copain utilise un moyen de contraception », elle reconnaît que le sujet reste tabou chez les hommes et qu’ils devraient « prendre cette charge ou du moins restés ouvert à la discussion ».

Schana reconnaît cette responsabilité induite « par obligation ou par défaut ». Elle s’indigne :  « On parle souvent de liberté sexuelle, mais cette liberté représente une forme d’inégalité car nous, les femmes, supportons la charge mentale de devoir y penser mais aussi des risques médicaux qui peuvent suivre. » Si elle suppose que son compagnon pourrait franchir le cap, Schana s’inquiète du peu d’information et de prévention autour de la contraception chez les hommes.

Depuis les années 1970, les études sur la contraception masculine paraissent. Pourtant, il n’existe encore aucune réelle méthode vendue sur le marché européen. Dans une interview menée par FranceInfo en août 2026, le docteur Alan Charissou justifie la lenteur de ce développement par l’absence « d’intérêt économique à ce que ça se fasse. Le marché de la contraception global est dominé par la contraception hormonale chez la femme qui représente une part colossale » En 2025, ce marché représentait 19,44 milliards de dollars en 2025. Alors s’il n’y a pas d’intérêt sur le plan économique, ce n’est pas non plus sur le plan politique que la contraception masculine est au centre du sujet. 

Les professionnels du métier reconnaissent l’utilité de « l’anneau contraceptif. Mais il faut le porter 15h par jour », déplore la sage-femme au cabinet IPSO Loreleï Depiere. Elle et sa collègue Doris Longhi mettent d’abord en avant le préservatif. « C’est la seule contraception sans effets secondaires et fiables ! », pointe Loreleï Depiere. « C’est remboursé et ça protège des IST », rebondit Doris Longhi. 

Emma Kerbourc’h

Dans les écoles d’avocats, l’IA enfile la robe

Depuis le 15 septembre, le Conseil national des barreaux (CNB) et Jimini AI, une legaltech française, ont signé un partenariat. Plus de 4 000 élèves des 11 écoles françaises d’avocats pourront bénéficier d’un accès gratuit à l’intelligence artificielle spécialisée dans le juridique. L’objectif est de préparer à l’avenir de la profession en déléguant davantage les tâches chronophages.

Le partenariat doit bénéficier à plus de 4000 étudiants en école d’avocats.

L’image d’un droit rigide et immuable a la vie dure… Pourtant, c’est une innovation qui pourrait bien changer la manière d’exercer la profession. Le CNB et Jimini AI ont noué, le 15 septembre dernier, un accord qui permettra aux élèves-avocats de bénéficier d’un abonnement gratuit d’un an à une intelligence artificielle juridique. Elle permet de pratiquer une recherche juridique, d’analyser des documents et peut aider à la rédaction. Une mesure qui fait débat.

Ils ont en commun une matière théorique mais pas la manière de l’enseigner. À peine le partenariat signé, le corps professoral diverge déjà. « Je suis contre, cela n’a pas de raison d’être et nous n’allons pas nous y conformer », tranche la responsable d’une école d’avocats du sud de la France.

Il y a les écoles qui n’ont pas encore intégré l’intelligence artificielle à leurs cours, celles qui n’y sont pas farouchement opposées, d’autres qui, au contraire, y sont réfractaires mais aussi celles pour qui cette nouvelle réalité ne changera rien.

“Un outil dont on doit rester maître sans en devenir l’esclave”

Depuis plusieurs années, certaines écoles d’avocats dispensent déjà des cours en lien avec l’intelligence artificielle pour prévenir des risques déontologiques, des fuites de données ou encore des “hallucinations” (des réponses fausses présentées comme avérées par un modèle génératif).

Pour Benoît Dumontet, directeur de la Haute École des Avocats Conseils de la Cour d’Appel de Versailles (HEDAC), l’école doit apporter une plus-value face au modèle de l’IA. “C’est un outil d’aide, on doit en rester maître sans pour autant en devenir l’esclave. Ce n’est pas la solution à tout”, juge-t-il.

Sur la mise en place en classe de Jimini AI, l’avocat insiste sur l’adaptation du métier aux nouvelles technologies. “C’est quelque chose qui va s’imposer à tous. Être réfractaire ne sert à rien, certains l’étaient déjà à l’avènement du fax, d’Internet. Il faut faire les choses consciemment, le penser comme un outil et un support”, assure Benoît Dumontet.

“Dans le domaine juridique, la vérification des sources est essentielle. L’intelligence artificielle doit rester un support et non se substituer au travail personnel”, justifie Anaïs, 23 ans, étudiante en école d’avocats.

Jimini AI est un modèle d’intelligence artificielle français conçu spécifiquement pour les professionnels du droit. Un secteur précis, certes, mais qui ne l’empêche toutefois pas de se tromper. Outre ces hallucinations, les futurs avocats s’inquiètent notamment de la sûreté des données de leurs potentiels clients. “Je suis mitigé. Les données peuvent être compromises et l’impact environnemental est hyper important. Malgré tout, tu es plus ou moins obligé de le faire. Tu dois tenir un rythme, si je peux éviter de m’endormir à 5 heures du matin, parce que je dois corriger des fautes d’orthographe de gros dossiers, je vais l’utiliser”, concède Romain*, un étudiant de l’EFB de Paris.

L’indépendance juridique des avocats en jeu

Élèves comme encadrants partagent un constat. L’IA ne se substitue pas à l’avocat, notamment dans le cadre de problèmes de droit précis. “Si on ne garde pas d’indépendance et de réflexion propre, il n’y aura plus jamais de jurisprudence ou de revirement de jurisprudence. Tout ce travail intellectuel est le fait d’un humain”, précise Benoît Dumontet.

Clément Fourmann, élève-avocat qui se destine à la branche pénale constate que cette spécialité se prête moins encore au travail exclusivement numérique : “Le rapport humain au pénal est tellement central, l’IA ne peut pas comprendre les enjeux qui se jouent”.

“L’IA ne peut pas remplacer l’avocat dans toutes les dimensions humaines de son métier : il écoute son client, comprend sa situation, construit une stratégie, prend en compte des éléments humains et parfois émotionnels, et doit être capable de défendre son dossier devant un juge. La plaidoirie, notamment, repose sur une capacité d’adaptation, de conviction et d’interaction humaine difficilement remplaçable par une intelligence artificielle”, soutient Anaïs.

L’arrivée progressive de l’intelligence artificielle dans les cabinets questionne aussi sur les expériences des futurs avocats. Souvent assignés aux tâches moins qualifiées de relecture et de recherche jurisprudentielle, les cabinets installés pourront à l’avenir se passer de stagiaires.

Le CNB et Jimini AI s'associent pour offrir une solution d'IA juridique à tous les élèves-avocats de France - CNB

L’objectif de ce partenariat est de permettre aux étudiants d’appréhender le futur du métier d’avocat.

“J’ai une amie dont le cabinet n’embauche plus de stagiaire mais ne fonctionne plus que par ChatGPT”, assure Clément Fourmann. Une incertitude partagée. “On est la première génération à vivre ça, mais il est évident que les cabinets vont finir par recruter un peu moins de monde”, conclut Romain*.

L’accord-cadre signé mi-septembre devrait se développer “à l’ensemble des écoles dans les prochains jours” selon Adrien Croze, directeur de la communication pour le CNB.

*Le prénom de l’étudiant a été modifié.

Tom Keller

Derrière la découverte d’un vestige majeur gallo-romain, l’archéologie en manque de moyens

Un rempart gallo-romain a été mis au jour lors de fouilles préventives menées à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Alors que le ministère de la Culture salue une potentielle « avancée majeure », les archéologues alertent sur la dégradation de leurs conditions d’emploi et sur les coupes budgétaires qui menacent, selon eux, la capacité à préserver le patrimoine.

C’est une découverte archéologique probablement « majeure », d’après le ministère de la Culture. Au cours de fouilles menées depuis février 2026 à l’Hôtel-Dieu (AP-HP), une équipe d’archéologues a mis au jour un rempart d’une vingtaine de mètres datant de l’époque gallo-romaine. Mais derrière la découverte spectaculaire de ce vestige, le secteur de l’archéologie connaît des tensions autour des conditions d’emploi et de son financement.

À l’origine de la découverte : une fouille d’archéologie préventive réalisée dans le cadre de la restructuration de la partie hospitalière de l’Hôtel-Dieu. Intervenue suite à un diagnostic établi en 2019, le chantier est conduit par le service archéologique de la Ville de Paris et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

Une mobilisation contre la dégradation de l’emploi et les coupures budgétaires

Tandis que Catherine Pégard, ministre de la Culture, a déclaré hier que l’on était peut-être face à « l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise », les archéologues de l’Inrap, eux, sont inquiets quant à la poursuite de ce type de fouilles préventives dans les années à venir. En effet, ils craignent de ne plus être capables de remplir correctement leur mission dans un contexte de coupures budgétaires et de manque d’effectif.

Le 31 août dernier, les organisations syndicales représentatives de l’Inrap ont déposé un préavis de grève pour le mois de septembre. Ils souhaitent, en particulier, se mobiliser le 29 septembre prochain. Dans leur communiqué, ils dénoncent une « dégradation de l’emploi pérenne en CDI » et une « absence de planification raisonnée en matière de renouvellement des effectifs et des compétences ».

« C’est du patrimoine qui disparaît irrémédiablement »

Séverine Hurard, secrétaire générale de la CGT Archéologie et archéologue à l’Inrap, alerte : en l’absence de changement, l’Inrap ne pourra plus répondre à « ses missions classiques, donc effectivement, aller préserver, collecter et conserver des données concernant des sites archéologiques d’importance majeure ». Concrètement, les organisations syndicales estiment qu’environ cent personnes par an quittent leur poste sans qu’un plan de recrutement adapté ne soit mis en place. Conséquence : un manque d’effectif potentiel pour les fouilles préventives. « Notre problème actuellement, c’est de ne plus avoir suffisamment de monde à mettre sur les opérations, et de perdre les compétences », explique la responsable d’opérations de fouilles. Parmi leurs revendications, les organisations syndicales demandent ainsi à faire rentrer dans les effectifs permanents de l’Inrap les agents qui y travaillent en contrat à durée déterminée (CDD) depuis plusieurs années.

Autre volet dénoncé par les instances représentatives de l’Inrap : un financement qui n’est pas à la hauteur des besoins pour les diagnostics et la recherche. Or si des constructions voient le jour en sans diagnostic préalable, elles pourraient recouvrir des vestiges historiques. « C’est du patrimoine qui, quand il est détruit, sous tous les aménagements, et qu’il ne fait plus l’objet d’une collecte des données, disparaît irrémédiablement. Ce sont des connaissances qui sont perdues pour tous les citoyens », déplore Séverine Hurard. 

« On est essentiels, mais il n’y a pas d’argent pour nous rémunérer »

Par ailleurs, l’Inrap remplit, à travers les fouilles préventives, des missions qui font partie intégrante du programme de l’Etat en matière de conservation du patrimoine. À l’inverse, les fouilles dites « programmées » sont effectuées à l’initiative de chercheurs estimant important d’effectuer des fouilles dans un endroit qui n’est pas susceptible d’être construit dans l’immédiat. Le budget alloué pour ce type de fouilles repose donc sur des subventions. Or, ces subventions ne permettent pas de rémunérer le personnel qui travaillent sur ces chantiers. 

« On est essentiels, mais il n’y a pas d’argent pour nous rémunérer car les subventions sont principalement utilisées pour le matériel », explique Fiona Guilmain, étudiante en archéologie à l’université Panthéon-Sorbonne. À 23 ans, elle a déjà participé à cinq chantiers en tant que bénévole. « Tout l’été, on fournit un travail qui est un véritable travail. Si on n’était pas là, le chantier mourrait », indique-t-elle.

Des chantiers tout aussi importants pour la recherche

Pourtant, ce type de fouilles est tout aussi important que les fouilles préventives. « Parfois, on trouve des choses vraiment impressionnantes, comme une nécropole ou un mausolée », raconte Eloïse Briand, également étudiante en archéologie à Dijon. « Les chantiers d’archéologie programmés sont très important dans le monde de la recherche, parce qu’en préventif, on ne choisit pas forcément les endroits où on fouille, alors que pour le programmé, il y a un vrai travail de recherche derrière qui permet de choisir l’endroit », estime-t-elle. 

Face à cette absence de rémunération, Fiona ne désespère pas. « Ça pose problème, mais on est passionnés », estime-t-elle, sans cacher son inquiétude pour trouver un emploi plus tard.

Carole-Anne Try