Friday for future France, un mouvement pour le climat qui irrite

Une nouvelle grève pour le climat s’est tenue ce vendredi 23 septembre à l’appel du mouvement international Friday for Future. En France et notamment à Paris, c’est le groupe Friday for future France qui a organisé cette grève. Portrait d’un groupe dissident.

Drapeaux de syndicats, partis politiques et pancartes en carton flottent au-dessus de l’attroupement réuni place Baudoyer à Paris. Ce vendredi 23 septembre, une centaine de militants se sont rassemblés à l’occasion de la grève mondiale pour le climat organisé par le mouvement international Friday for future.

A 14h30, Pablo 18 ans, l’un des organisateurs, prend la parole sur le parvis de l’Académie du climat. Devant, la foule est essentiellement constituée de journalistes, de représentants de syndicats étudiants ou de groupes de jeunes affiliés à un parti politique. Les jeunes moins politisés, venus sécher les cours pour la cause climatique, sont très minoritaires.

La faute à un problème de communication? « On est allés devant le Panthéon avant de voir que c’était ici », explique une étudiante. Sur Facebook, l’évènement annonçant la grève indique un maigre chiffre de 99 personnes participantes, bien loin des 35.000 jeunes de la grève historique du 15 mars 2019. « C’est à cause d’une sorte de scission, ils ont essayé de saboter la réunion », glisse une élue à son voisin qui ne trouvait pas l’adresse.

La grève était organisé par le groupe Friday for future France. En lien avec le mouvement international Friday for future? Oui et non. D’ailleurs c’est plutôt flou dans l’esprit de Grégoire, étudiant en première année d’économie. « Ils ont tous un peu repris le mouvement de Greta Thunberg, de faire des grèves pour le climat, non? » A l’origine les mouvements francophones (France et Belgique) issue des Friday for future international se nomment Youth for climate. Actif depuis 2019, le mouvement réuni une soixantaine de groupes locaux dans toute la France.

des membres dissidents de youth for climate France

Alors qu’est ce que le mouvement Friday for future France (FFF France) ? Le groupe a été créé à la veille de la manifestation internationale pour le climat du 25 mars 2022, « issu de deux personnes du mouvement de Youth for climate qui n’étaient pas d’accord avec la stratégie », pointe Martin, militant à Youth for Climate (YfC) Ile de France. Des questions de stratégie qui concerneraient la répartition du pouvoir, « horizontale » chez YfC.

Pour Pablo, l’un des membres fondateurs, l’objectif était « de plus se concentrer sur les grèves pour le climat du vendredi », face à une organisation qui engloberait d’autres luttes, en lien avec la question sociale et anticapitaliste. « Il y a d’autres pays où plusieurs groupes sont issues de Friday for future, il n’y a pas de barrières et il faut encourager les jeunes à intégrer ce mouvement ». Une vision qui ne passe pas auprès de Youth for Climate qui se réclame seul héritier du mouvement international : « le groupe joue sur l’ambiguïté du nom, et veut récupérer quatre ans de lutte ».

Un mouvement centré sur les grèves pour le climat

L’organisation verticale du nouveau groupe est aussi vivement critiquée. « Il y a seulement deux porte-paroles alors que la jeunesse est plurielle et diverse. » Friday for future France regrouperait  » plus d’un millier de personnes en France », garanti Pablo en prenant sa source sur le nombre d’évènements français inscrits sur le site international du mouvement. Or, ces personnes, qui ont pu réaliser des actions ne sont pas adhérents à Friday for future France, qui regroupe en réalité, 9 membres fondateurs et une vingtaine de personnes qui coordonnent les actions. « Enfin, après le 23, on se structurera localement », s’empresse d’ajouter le fondateur du groupe.

Ces évènements locaux, sans militants sur place pour les organiser est l’un des points de crispation de Youth for Climate. « Localement, aucun militant de Friday for future France n’est présent, ils jouent sur le fait que nous, nous sommes là pour gérer », fustige Martin.

Une organisation à l’allure de « cheval de Troie »

« On est un mouvement qui est apartisan et eux sont reliés aux jeunes écologistes. FFF France, c’est un cheval de Troie pour permettre à des organisations politiques de nous récupérer« , ajoute le porte-parole de YfC. Effectivement, « un comité inter-organisationnel réunie FFF France, l’UNEF, le syndicat Alternative et les Jeunes écologistes », précise pendant l’évènement Annah, membre des jeunes écologistes. « FFF France est résolument apartisan », assure Pablo en indiquant la présence aussi, de jeunes insoumis à la tribune. « Mais les organisations de jeunesse politiques sont les bienvenues » ajoute-t-il.

Preuve du malaise, des membres de Youth for Climate sont présents, en anonyme. « Ils ne voulaient pas forcément prendre la parole », glisse Annah. Les Jeunes écologistes auraient proposé aux deux organisations de collaborer, sans « vouloir prendre parti dans leurs histoires internes ».

C’est aussi l’avis de Mathis, membre des FFF France. « YfC ne faisait plus régulièrement de grève pour le climat en séchant les cours en semaine, donc il y a eu l’idée de faire un autre mouvement, mais on n’a rien contre eux », explique-t-iel, qui a rejoint FFF France à ses débuts. A 12 ans, c’est sa quatrième grève pour le climat.

Le groupe international Friday for future ne s’est pas encore prononcé sur la reconnaissance du groupe national éponyme. De leur côté, le groupe Youth for Climate organise une manifestation dans les rues de Paris le dimanche 25 septembre, contre la publicité en particulier, « moteur de la consommation » . Le but : empêcher la municipalité de Paris de renouveler un contrat avec Clearchannel, une entreprise de panneaux d’affichages publicitaires numériques. « Il faut agir concrètement maintenant, on veut de réelles victoires », martèle Martin.