Dès la rentrée 2026, tous les élèves de 4e seront formés aux bases de l’économie

Le passeport d’éducation économique, budgétaire et financière (EDUCFI), expérimenté depuis 2019, sera généralisé à toutes les classes de 4e à la rentrée 2026, a annoncé mercredi la Banque de France, qui pilote le projet depuis dix ans. Budget, moyens de paiement, crédit, arnaques : l’objectif est de donner aux collégiens des repères concrets sur la gestion de l’argent au quotidien.
Photo de Salle de Classe

À la sortie du collège Danton, à Levallois-Perret, l’annonce surprend les élèves. Malgré plusieurs années d’expérimentation du dispositif dans certains établissements, aucun des collégiens interrogés ne connaissait l’existence du passeport EDUCFI. « Ah ouais, ça existait déjà ? On nous l’a jamais proposé ici », s’étonne Clara, élève de 4e.

Pour cause, jusqu’ici, le passeport EDUCFI reposait largement sur l’implication des établissements et des enseignants volontaires. Au collège Léo-Lagrange de Lillers, dans le Pas-de-Calais, Anthony Cauet, professeur de physique-chimie, l’enseigne depuis quatre ans. Il s’était porté volontaire après une formation organisée par le rectorat de Lille et la Banque de France. « Le chef d’établissement a demandé qui voulait devenir référent EDUCFI. Je me suis proposé parce que ces questions font partie de mon quotidien », raconte-t-il. Après une journée de formation, les enseignants reçoivent des supports « clé en main » : diaporamas, exercices, mises en situation, test final et même diplômes. « Tout était déjà préparé. »

Dans son collège, le dispositif a d’abord été expérimenté dans une seule classe avant d’être étendu à l’ensemble des 4e. Malgré le peu de volontaires au départ, Anthony Cauet a poursuivi l’expérience. « J’ai proposé la formation à tous les professeurs principaux, mais aucun collègue ne s’est porté volontaire. Ils m’ont fait confiance pour la mettre en place. » Aujourd’hui, plusieurs enseignants animent à leur tour ces séances. « Chacun enseigne selon son ressenti, son expérience et sa manière d’aborder les finances personnelles », explique-t-il.

Pour lui, la généralisation nationale devra surtout pousser les établissements à mieux s’organiser. « Jusqu’à présent, même si le dispositif était recommandé, il n’y avait pas vraiment de conséquences lorsqu’il n’était pas mis en place. Avec la généralisation, les chefs d’établissement devront réellement intégrer ces séances dans les emplois du temps. »

Budget familial, abonnements et crédits : des exercices très concrets

En classe, les séances s’appuient sur des situations proches du quotidien des élèves. Ils découvrent d’abord le vocabulaire financier : recettes, dépenses, créditeur, débiteur ou encore budget. Puis ils travaillent sur le cas fictif d’une famille de quatre personnes. « Les élèves doivent répartir les recettes et les dépenses, puis calculer ce qu’il reste à la fin du mois », explique Anthony Cauet. Loyer, alimentation, assurances, factures ou impôts : les adolescents apprennent à distinguer les dépenses indispensables des dépenses facultatives.

Ces exercices provoquent souvent des discussions plus personnelles. « Certains racontent ce que leurs parents font à la maison. On parle des factures d’électricité, des abonnements téléphoniques qui augmentent après une promotion ou encore des assurances qu’on peut renégocier. Ce sont des sujets qui restent parfois absents des discussions familiales. »

Le passeport EDUCFI aborde également les moyens de paiement, la carte bancaire, les faux billets, le crédit ou encore les arnaques en ligne. « Quelqu’un peut se faire passer pour votre conseiller bancaire. Les élèves doivent apprendre à être vigilants avec les informations qu’ils communiquent », insiste l’enseignant.

Une réponse à la montée des arnaques et de l’endettement

Dans une publication sur LinkedIn, Marguerite Collignan de Durand, directrice de l’éducation financière à la Banque de France, a présenté cette généralisation comme une nouvelle étape après « dix ans de construction collective ».

Pour les promoteurs du dispositif, l’enjeu est devenu urgent. Selon une étude CSA réalisée pour l’OCDE et la Banque de France, 57 % des Français déclarent être endettés, contre 51 % en 2023. L’étude souligne également que 38 % des 18-24 ans ont déjà consulté une intelligence artificielle pour obtenir des conseils financiers.

À la fin de la formation, les élèves passent un test, sans véritable enjeu de notation. «Ils peuvent avoir 8 ou 19 sur 20, ils obtiennent quand même leur diplôme EDUCFI », précise Anthony Cauet. « Le but n’est pas de sanctionner, mais d’ouvrir une réflexion.»

Reste désormais à transformer l’annonce en réalité dans les établissements. Car entre une formation « clé en main » et un apprentissage réellement utile, tout dépendra du temps accordé au dispositif, des enseignants mobilisés et de la place que l’école acceptera de donner à un sujet longtemps resté à la porte des salles de classe : l’argent.

Sophie Hocquet

Les dons aux associations en recul, victimes des inquiétudes économiques et politiques

Moins de la moitié des Français ont fait un don à une association en 2025, selon un baromètre Ipsos publié jeudi. Un plus bas depuis 2019, sur fond d’anxiété face au contexte national et international.

Selon cette étude annuelle commandée par la Fondation Apprentis d’Auteuil, 47 % des Français déclarent avoir fait un don financier à une association ou une fondation en 2025, soit cinq points de moins qu’un an plus tôt. Le don moyen recule lui aussi, à 336 euros, en baisse de 8 %. La tendance ne devrait pas s’inverser : pour 2026, la part des personnes déclarant avoir fait un don ou en prévoir un est également en retrait de quatre points.

Les auteurs de l’étude pointent plusieurs facteurs explicatifs. Les Français disent s’inquiéter du contexte international (92 %), de l’instabilité politique nationale (90 %) et du niveau d’endettement du pays (88 %), ce qui pèse sur leur sentiment de pouvoir d’achat. La fondation évoque aussi les débats autour d’une possible remise en cause des crédits d’impôt sur les dons lors des discussions budgétaires de 2025, qui auraient pu freiner certains donateurs. « La stabilité des mesures fiscales est essentielle, car elle permet aux donateurs de réaliser leur don sans craindre une évolution de la législation », a souligné Vanessa de Lauzainghein, directrice de la communication et des ressources de la fondation.

Marie Billat

Parkinson : l’agence du médicament tire la sonnette d’alarme sur les dérives comportementales des traitements

Des addictions aux jeux d’argent, une hypersexualité ou encore des achats compulsifs : l’ANSM alerte sur les effets indésirables méconnus des médicaments dopaminergiques prescrits contre la maladie de Parkinson et appelle à une meilleure information des patients.

Prescrits pour compenser le déficit en dopamine à l’origine des tremblements et de la rigidité musculaire caractéristiques de la maladie, ces traitements peuvent provoquer chez certains patients des comportements compulsifs aux conséquences parfois graves sur leur vie personnelle, familiale ou professionnelle. L’agence sanitaire souligne que ces effets peuvent apparaître progressivement, sans que le patient en ait conscience, y compris à faible dose ou après plusieurs années de traitement. Pour certaines molécules, comme le pramipexole, ces troubles du contrôle des impulsions peuvent toucher jusqu’à une personne sur dix.

L’ANSM appelle les professionnels de santé à informer « systématiquement » leurs patients et à impliquer les proches dans la surveillance des signes d’alerte. Un appel qui fait écho aux inquiétudes de France Parkinson, qui estimait encore le mois dernier que l’information délivrée lors des prescriptions restait insuffisante.

Marie Billat

La Norvège monte les taux, pionnière en Europe dans un contexte géopolitique tendu

Jeudi, la Banque de Norvège a relevé son taux directeur à 4,25%, devenant ainsi la première banque centrale européenne à durcir sa politique monétaire depuis l’embrasement du Moyen-Orient. Une décision due à une inflation tenace, malgré la richesse du pays.

En relevant son taux directeur de 0,25 point, la Banque de Norvège franchit un cap que nul autre établissement central européen n’avait osé franchir depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. La gouverneure Ida Wolden Bache a justifié ce choix sans détour : « La hausse des prix est trop élevée et se situe au-dessus de l’objectif depuis plusieurs années. » En mars, l’inflation sous-jacente atteignait encore 3,0%, soit un point au-dessus de la cible officielle de 2%.

La banque centrale ne cache pas les incertitudes qui entourent cette décision. Elle pointe la « grande incertitude » que le conflit régional fait peser sur les marchés, avertissant que la hausse des prix de l’énergie pourrait encore alimenter l’inflation. Depuis les frappes contre l’Iran fin février et le blocage du détroit d’Ormuz, les cours du brut avaient fortement progressé avant de refluer sous les 100 dollars.

Marie Billat