Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement a annoncé mardi une enveloppe de 450 millions d’euros pour soutenir les Français touchés par cette hausse. Parmi eux, les chauffeurs de taxi vont bénéficier d’une avance de trésorerie. Mais devant cette aide qu’ils jugent insuffisante, ils réclament des mesures supplémentaires.
Aux abords de la place de l’Etoile à Paris, Robenson Camille, 42 ans, attend ses clients au volant de sa berline noire. Depuis plusieurs mois, la hausse des prix du carburant, qui atteint en moyenne 2,40 euros le litre de gasoil à la pompe, pèse sur ses dépenses. « Ça me coûte plus cher, évidemment. C’est pénible, mais on ne peut rien faire », soupire le chauffeur de taxi.
Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé hier une série de nouvelles aides destinées à amortir cette hausse pour plusieurs secteurs professionnels, notamment les pêcheurs et les agriculteurs. Les chauffeurs de taxi bénéficient d’une avance de trésorerie exceptionnelle, correspondant à un acompte de 25 % sur le remboursement annuel de la TICPE qui doit normalement leur être versé en 2027, calculé sur leur consommation de carburant en 2025.
Une mesure qu’ils jugent insuffisante. « De toute manière, je n’attends plus rien du gouvernement », déplore Robenson. Titulaire de sa licence, il effectue en moyenne deux pleins par semaine, pour près de 100 euros à chaque fois. Une dépense difficile à réduire. Mickaël Benhamou*, lui aussi chauffeur de taxi, partage ce constat. « On subit, déplore-t-il. On a l’impression que les taxis ne sont pas une priorité. »
Pour limiter ses dépenses, Mickaël adapte désormais sa manière de travailler. Il réfléchit davantage avant d’accepter certaines courses, notamment les plus longues. « On fait le moins de kilomètres possible à vide. Si le client va trop loin, il faut penser au retour. Donc parfois, on se met à refuser des courses. Avant, on allait là où il y avait du travail sans se poser de question », explique-t-il.
Chauffeur de taxi depuis 25 ans, Mickaël exerce comme locataire-gérant. Chaque jour, il doit ainsi verser une centaine euros pour la location de son véhicule et de sa licence. Dans un contexte de hausse des prix du carburant, le quinquagénaire n’a d’autre choix, pour parvenir à couvrir ses frais et dégager un revenu, de travailler davantage. « On travaille tous les jours. S’il faut travailler jusqu’à minuit, on travaille jusqu’à minuit », résume-t-il.
« On marche sur la tête »
Pour Lydia Chouasnard, déléguée générale de la Fédération des Taxis Indépendants 75, la hausse du carburant réduit directement les revenus des chauffeurs. « C’est incompréhensible, on marche sur la tête », déplore-t-elle. « Ce que je mets en plus dans le carburant, c’est mon salaire. Ce sont mes revenus, donc ma part de rentabilité directe. »
Face à l’augmentation de leurs charges, les représentants de la profession réclament désormais des mesures qu’ils estiment plus adaptées à leur activité. Parmi les pistes défendues par la fédération : revoir certaines tarifications qui pèsent sur les chauffeurs. Lydia Chouasnard cite notamment le transport de patients pris en charge la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), dont le tarif n’a pas été actualisé en 2026. Pour la responsable syndicale, le problème est surtout celui du rapport entre le temps passé sur la route et la rémunération obtenue. En tout cas, elle estime que la hausse des tarifs des courses classiques n’est pas une solution viable. « On ne veut pas impacter le prix sur les clients parce que ce serait déraisonnable. On va perdre de la clientèle », estime-t-elle.
La TVA comme autre levier
Du côté du Syndicat Taxis La Verte, Chelihi Hakim défend une autre mesure : diminuer temporairement la TVA appliquée aux courses de taxi. Le taux applicable au transport de voyageurs est actuellement de 10 %. Le secrétaire général propose de le ramener temporairement à 5 % afin de permettre aux chauffeurs de conserver une plus grande part de leur chiffre d’affaires. « L’État n’aurait pas d’argent à avancer de sa poche. Et nous, au moins, ça nous soulagerait », estime-t-il.
Tandis que les chauffeurs de taxi cherchent des solutions pour absorber la hausse du prix du carburant, certains ont déjà fait le choix de l’électrique. C’est le cas de Marouane Amamou, 50 ans, qui roule depuis près de deux ans avec un véhicule 100 % électrique. « Je ne suis plus concerné par ça depuis presque deux ans. Ça m’a énormément soulagé », témoigne-t-il. Une transition que les pouvoirs publics souhaitent désormais encourager. À partir du 1er octobre 2026, les chauffeurs de taxi pourront bénéficier d’une aide à la location ou à l’acquisition d’un véhicule électrique, dans les conditions du bonus écologique.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a légèrement relevé sa prévision de croissance mondiale en 2026, à 2,9%. Les aides publiques et les investissements dans le secteur de l’intelligence artificielle ont permis de résister face aux turbulences liées à la guerre au Moyen-Orient.
L’OCDE a légèrement relevé mercredi, à 2,9%, sa prévision de croissance mondiale en 2026, l’impact de la guerre au Moyen-Orient ayant été contrebalancé par les aides publiques destinées à amortir l’envolée des prix de l’énergie ou des investissements dynamiques dans l’intelligence artificielle.
« La croissance économique mondiale a ralenti mais est restée résiliente », constate l’institution basée à Paris, dans son rapport trimestriel sur l’économie mondiale.
Les subventions gouvernementales et l’IA porteurs pour l’économie mondiale
Comme facteurs de résistance, elle mentionne « les mesures de soutien gouvernemental discrétionnaires, le recours partiel à des matières premières de substitution, l’augmentation de l’offre ne provenant pas des économies du Golfe et les prélèvements dans les stocks de pétrole », ainsi que « le dynamisme persistant des activités liées à l’intelligence artificielle (IA) ».
La croissance commencerait à se redresser, à 3% en 2027 (-0,1 point), grâce à une détente progressive des prix de l’énergie et un reflux de l’inflation, sous l’effet notamment d’un relèvement des taux directeurs par plusieurs banques centrales, dont la Banque centrale européenne (BCE) en zone euro et la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed).
L’OCDE se montre toutefois prudente, car les perspectives mondiales restent tributaires de l’évolution du conflit lancé par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran fin février, qui affecte la distribution du pétrole et du gaz.
La France particulièrement à risque
L’envolée des taux souverains de plusieurs Etats, dont la France, ajoute à l’incertitude et fragilise leur situation budgétaire.
Cela conduit l’OCDE à plaider une nouvelle fois pour des mesures de soutien gouvernementales ciblées et limitées dans le temps face aux prix de l’énergie et pour une maîtrise accrue de la dépense publique.
Avec des finances publiques moribondes et une élection présidentielle lourde d’incertitudes au printemps, la France, deuxième économie de la zone euro derrière l’Allemagne, est particulièrement à risque, en pleine quête d’un nouveau budget.
Sa prévision de croissance a été abaissée par l’OCDE à 0,4% en 2026 (-0,3 point), dans une zone euro résistante (1%, soit +0,2 point), soutenue notamment par l’Allemagne (1,1%, +0,4 point).
Entre 2022 et 2025, le nombre de sociétés coopératives en France a augmenté de 4 %. Plus de 60 000 salariés ont déjà rejoint ce type d’entreprise. Démocratie interne, salaires fixes et un travail qui a du sens : les Scop proposent une alternative crédible au modèle salarial établi.
Quand on rentre dans cette boutique, on oublie presque que Frange Radicale est bel et bien un salon de coiffure et non un café. Implanté au sud du 19ᵉ arrondissement de Paris, Frange Radicale a pris le contre-pied des salons de coiffure classiques. Ici, pas de madame monsieur, les clients et salariés sont au même niveau, “ils accrochent eux-mêmes leur manteau”, plaisante Pierre, 36 ans et cofondateur du salon. Cofondateur oui, puisque le salon a été créé par trois amis qui voulaient un autre modèle d’entrepreneuriat et qui se sont donc tournés vers la Scop (société coopérative et participative). Concrètement, les salariés ont la propriété de leur entreprise. Pour devenir associé, un salarié doit acheter une part de l’entreprise ou reverser une partie de son salaire à l’entreprise chaque mois. Toutes les décisions sont collectives. Peu importe son poste, chacun possède une voix.
Anouck, Mohamed et Pierre sont coiffeurs sociétaires du salon Frange Radicale. Photo : Simon Briand
À Frange Radicale, l’objectif était de montrer qu’une autre voie est possible : “Ce qui nous intéressait, c’était de repenser comment on travaille dans la coiffure parce que c’est un milieu qui est très compétitif. On voulait que ce soit un peu plus collectif”, analyse Anouck, 37 ans, cofondatrice du salon. Cette volonté d’une gestion plus démocratique est à la base de nombreux projets de Scop. Maxime Quijoux, sociologue et chargé de recherche au CNRS, a beaucoup travaillé sur la question et confirme une hausse : “c’est une très belle progression, même si on part de très bas”.
Roselyne Garnier est directrice des établissements d’Ille-et-Vilaine de CLPS L’enjeu compétences, un organisme de formation pour adultes. La bretonne faisait partie des acteurs principaux ayant soutenu le passage de l’entreprise en Scop en 2015, alors qu’elle était auparavant une association loi 1901. “Les motivations c’était, pour moi, de partager les décisions. De faire vivre le projet de l’entreprise et de représenter le terrain”, explique-t-elle.
Cette démarche se traduit par des changements très concrets : les salariés associés élisent un conseil d’administration et ce dernier décide des grandes orientations de l’entreprise. Mais ce partage des responsabilités ne se résume pas à cela, selon Maxime Quijoux. Le chercheur précise que la démocratie est “moins dans la rotation des mandats ou dans la fréquence des réunions, mais plus dans des phénomènes de transparence et de communication », note-t-il. “Quand vous êtes une grande Scop, vous ne pouvez pas avoir ce mode de fonctionnement participatif. Donc, elles essayent au maximum de trouver des modalités d’information et de transparence.”
Dans le cas de CLPS L’enjeu compétences, avec ses 440 collaborateurs répartis dans 20 centres de formation, la démocratie directe est difficile à mettre en place. La Scop recherche donc surtout une plus grande transparence. “Les coopérateurs ont accès aux données. Il y a beaucoup de communications autour de la situation financière, des choix, du pourquoi est-ce que le conseil d’administration a voté ça”, confirme Roselyne Garnier.
“Il y a des gens qui s’engueulent”
Démocratie oui, mais elle n’est jamais parfaite. Chez Alternatives Économiques, média constitué en Scop en 1980, le fonctionnement est “horizontal et transparent” selon Sandrine Foulon, rédactrice en chef du site internet. Chacun a la même voix. Malgré tout, “il y a des gens qui s’engueulent, on n’est pas d’accord sur tout. C’est une aventure humaine”, raconte la chroniqueuse de “Ma vie au boulot”, sur France Inter.
Institution du quartier historique de la butte aux cailles, le restaurant Le Temps des cerises s’est constitué en Scop il y a 50 ans. Guy Courtois, ancien gérant, insiste aussi sur cette difficulté. Il va même plus loin en désignant l’absence d’un patron et donc d’un responsable à blâmer comme une vraie limite : “c’est très compliqué de jeter la pierre sur quelqu’un, il peut y avoir des groupes qui se forment”.
Guy Courtois est arrivé au Temps des cerises à 21 ans. Il en a été le gérant avant de passer le relais à son fils. Photo : Manon Latour
Si tous les salariés sont impliqués dans la gestion de l’entreprise, tous n’ont pas les mêmes compétences. Cela peut être source de déséquilibres et de désaccords. Malgré un certain partage des tâches, Roselyne Garnier reconnaît que “parfois il y a des personnes qui peuvent avoir différents niveaux de maturité et de maîtrise”, et que donc les salariés doivent se former à ces tâches nouvelles, en supplément de leur métier. Un investissement lourd, mais qui est “choisi et réparti collectivement” pour Pierre de chez Frange Radicale.
Avant de pouvoir participer, il faut devenir sociétaire. Ce qui n’est pas chose aisée. Il faut investir du capital, souvent via un prélèvement sur son salaire, tous les mois, qui va dans les fonds de l’entreprise. Des Scop comme Alternatives Économiques obligent ses salariés à devenir sociétaires au bout d’un an de CDI. Mais d’autres comme CLPS L’enjeu compétences, n’obligent pas leurs salariés à le devenir et donc c’est au bon vouloir de chacun. De fait, seul un tiers des salariés de la Scop sont sociétaires. Dans le contexte économique actuel, un jeune salarié n’a pas forcément les moyens de renoncer à une partie de son salaire pour devenir sociétaire. Dès lors, il n’aura aucun rôle décisionnaire dans la vie de l’entreprise. Roseline Garnier, élue au conseil d’administration pendant six ans, reconnaît que cela pourrait poser problème à l’avenir: “On commence à s’interroger sur ce sujet, on y est attentif.” Elle tire même la sonnette d’alarme, car le nombre de sociétaires se réduit chaque année : “il y a plus de sorties que d’entrées.”
Un modèle équitable mais limité
Le modèle comporte un vrai avantage économique. Les salaires sont plus équitables. C’est en tout cas la volonté d’Anouck de chez Frange Radicale. Le salon propose une autre forme de paye dans un monde de la coiffure où les travailleurs sont payés au client. Ici, “on touche la même chose”, insiste-t-elle. La cofondatrice continue : “On a le même taux horaire pour tout le monde et on répartit équitablement les bénéfices en fin d’année, avec un petit ratio à l’ancienneté.” Chez Alternatives Économiques, même son de cloche. Sandrine Foulon assure que l’écart entre le plus petit et le plus gros salaire “est très faible”. Dans l’entreprise, personne ne gagne plus de trois fois le salaire minimum.
Source : CGSCOP 2025
Constituer une Scop permet d’avoir des salaires plus justes mais pas forcément plus élevés. Et c’est assumé. Chez Frange Radicale, le projet annonçait la couleur : “Ce n’est pas comme ça qu’on allait s’enrichir. Sinon, c’était vraiment un mauvais calcul”. Eva, jeune journaliste à Alternative Économique, accepte aussi ce modèle : “On est quand même contraint par le fait qu’on ne gagne pas suffisamment d’argent, même si on n’en perd pas trop” constate la journaliste passée par Libération. Les Scop ont beau proposer un autre modèle, elles restent implantées dans un système capitaliste. Vincente est salarié sociétaire au sein de la Biocoop. Pour lui, “l’entreprise, même si c’est une Scop, doit faire des bénéfices”. Il continue : “C’est gratifiant à la fin de l’année de savoir qu’on aura de l’argent à se partager. C’est peut-être un peu capitaliste, mais c’est comme tout”, conclut-il.
À l’été 2024, alors que Duralex traverse une crise sans précédent, l’entreprise est sauvée par ses salariés en passant en Scop. Malgré ce sauvetage, l’entreprise retourne dans ses travers et demande même son placement en redressement judiciaire. Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT, va plus loin. Dans une économie en crise et plus particulièrement un secteur industriel en difficulté, la Scop peut être “une des solutions au déclin de l’industrie française” assure le chef opérateur. Seul problème : “les investissements nécessaires sont très lourds à assumer pour les salariés seuls”.
« On ne sait pas où on va » : l’avenir de la verrerie Duralex à nouveau menacé https://t.co/4Bcifw9Nh6
Le modèle semble pourtant tenir la route : 5 ans après leur création, 79 % des Scop sont encore en activité. C’est 69 % pour l’ensemble des entreprises françaises. Mais une scop reste fragile en cas de période difficile. Sandrine Foulon le dit : “il n’y a aucun gros actionnaire qui va venir nous renflouer et mettre des millions” avertit-elle. Quand des problèmes économiques surviennent, ce sont donc les salariés eux-mêmes qui se serrent la ceinture. Comme lorsqu’en 2014, les salariés du média ont dû voter une augmentation du prélèvement sur leur salaire. La Scop n’est pas en dehors de l’économie de marché. Camille Ternier, post-doctorante au sein de la chaire Espace de l’ENS et autrice d’une thèse autour des Scop, a pu l’observer. Dans une entreprise qu’elle étudiait, la direction a été contrainte de licencier deux salariés face à de graves problèmes économiques.
“On a revalorisé notre métier”
Imparfait, ce mode d’organisation a surtout une vertu: il permet à chacun de donner davantage de sens à son travail. Pour le sociologue Maxime Quijoux : « Les gens cherchent un modèle où ils pourront se sentir à la fois plus reconnus, et plus inclus dans la gestion de l’entreprise ». Pour Alice, 26 ans, salariée à Biocoop République depuis le mois d’octobre 2025, rejoindre une Scop lui a permis de trouver un meilleur équilibre. Après la fin de ses études et une pause professionnelle, Alice recherchait un emploi en lien avec ses valeurs et « qui n’ait pas d’impact négatif sur le monde, sur les autres et sur moi-même. ». Elle découvre ce modèle lors de sa prise de poste. Responsable du rayon vrac, elle a la sensation que cette organisation lui donne « plus de responsabilités et donc un sentiment d’avoir plus de liberté dans le magasin ». Ce job est alimentaire . Mais ce modèle lui a permis de trouver sa place : « L’état d’esprit est très différent de ce que j’ai pu connaître, je ne suis pas sociétaire mais j’ai quand même la sensation d’être chez moi ».
Alice est arrivée à la Biocoop en octobre seulement. Le modèle de Scop lui à tout de suite plu. Photo : Manon Latour
Le modèle permet aussi à certains travailleurs d’adapter leur organisation afin de réduire la pénibilité. Dans cette Biocoop, créée en 2014, les salariés se succèdent sur les tâches répétitives : « Avec mes collègues, on tourne toutes les deux heures au niveau des caisses, c’est une vraie reconnaissance sociale », témoigne Alice.
Pour Anouck et Pierre, salariés sociétaires de Frange radicale, cette liberté d’organisation est aussi un levier contre la souffrance au travail. Anouck confie : « Dans un salon classique, les cadences sont infernales, tu as mal partout, tu travailles au bon vouloir de ton patron sous une pression constante ». Ce nouveau cadre lui a permis de réapprendre à aimer son métier et de comprendre qu’il est « possible de fonctionner différemment », alors qu’elle était prête à arrêter la coiffure. Son collègue Pierre ajoute : « On a vraiment l’impression d’avoir créé une entreprise qui nous ressemble, c’est une grande fierté. ». Les deux amis regrettent que leur métier souffre d’une forme de « mépris social » et se réjouissent de pouvoir changer l’image des coiffeurs en devenant leurs propres patrons. Anouck glisse : « Maintenant, on assume le mot coiffeur. On a revalorisé notre métier et ce n’est pas seulement une question d’argent ».
Après une reconversion professionnelle à ses 24 ans, Pierre est devenu coiffeur. Photo : Simon Briand
Pour autant, la chercheuse Camille Ternier, assure que le management dans les Scop n’est pas à l’abri de dérives. « Les Scop ont toujours été assez sensibles aux tendances managériales. Dans les années 1970, des techniques tayloristes ont été expérimentées par Mondragon, une des plus anciennes coopératives. Elles ont causé énormément d’arrêts de travail. Cela existe toujours sous différentes formes aujourd’hui ».
Loin de l’autogestion qu’on imagine, dans la plupart des Scop, les gérants restent des figures d’autorité. Comme le rapporte Alice : « il y a un écart entre la théorie et la pratique. La Scop ne répond pas à tous les problèmes du travail capitaliste. On reste tous à 35 h, voire plus, pour pouvoir subvenir à nos besoins et le responsable du magasin a quand même le dernier mot ». Néanmoins, elle considère qu’il s’agit “du moins pire des systèmes”. Camille Ternier avance le fait que le bénéfice pour le salarié au sein d’une Scop n’est “pas tant d’être propriétaire d’une part sociale, mais la structure de pouvoir” qui permet de révoquer le gérant, offrant ainsi une véritable indépendance aux travailleurs, même si la démocratie au sein des Scop reste un idéal à atteindre.
Rédactrice en cheffe du web d’Alternatives Économiques, Sandrine Foulon est sociétaire depuis plus de 10 ans. Photo : Simon Briand
Il s’avère que dans certains secteurs, notamment la presse, la Scop semble être un modèle très pertinent pour assurer la liberté des journalistes. Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives économiques depuis 1998, plaisante : “On ne peut pas avoir un journal qui s’appelle Alternatives économiques sans essayer de la mettre en œuvre !”. Entourée des anciens numéros du mensuel en désordre sur son bureau, Sandrine Foulon affirme que le modèle du journal est ce qui en fait aujourd’hui le seul média économique complètement indépendant en France. En évoquant la situation de la presse, inquiète, elle réfléchit : « Comment on protège l’indépendance ? Comment on résiste ? On a été contacté par des gens qui veulent résister à Bolloré et qui se renseignent sur les Scop. C’est peut-être ça qui nous sauvera… »
Le passeport d’éducation économique, budgétaire et financière (EDUCFI), expérimenté depuis 2019, sera généralisé à toutes les classes de 4e à la rentrée 2026, a annoncé mercredi la Banque de France, qui pilote le projet depuis dix ans. Budget, moyens de paiement, crédit, arnaques : l’objectif est de donner aux collégiens des repères concrets sur la gestion de l’argent au quotidien.
Photo de Salle de Classe
À la sortie du collège Danton, à Levallois-Perret, l’annonce surprend les élèves. Malgré plusieurs années d’expérimentation du dispositif dans certains établissements, aucun des collégiens interrogés ne connaissait l’existence du passeport EDUCFI. « Ah ouais, ça existait déjà ? On nous l’a jamais proposé ici », s’étonne Clara, élève de 4e.
Pour cause, jusqu’ici, le passeport EDUCFI reposait largement sur l’implication des établissements et des enseignants volontaires. Au collège Léo-Lagrange de Lillers, dans le Pas-de-Calais, Anthony Cauet, professeur de physique-chimie, l’enseigne depuis quatre ans. Il s’était porté volontaire après une formation organisée par le rectorat de Lille et la Banque de France. « Le chef d’établissement a demandé qui voulait devenir référent EDUCFI. Je me suis proposé parce que ces questions font partie de mon quotidien », raconte-t-il. Après une journée de formation, les enseignants reçoivent des supports « clé en main » : diaporamas, exercices, mises en situation, test final et même diplômes. « Tout était déjà préparé. »
Dans son collège, le dispositif a d’abord été expérimenté dans une seule classe avant d’être étendu à l’ensemble des 4e. Malgré le peu de volontaires au départ, Anthony Cauet a poursuivi l’expérience. « J’ai proposé la formation à tous les professeurs principaux, mais aucun collègue ne s’est porté volontaire. Ils m’ont fait confiance pour la mettre en place. » Aujourd’hui, plusieurs enseignants animent à leur tour ces séances. « Chacun enseigne selon son ressenti, son expérience et sa manière d’aborder les finances personnelles », explique-t-il.
Pour lui, la généralisation nationale devra surtout pousser les établissements à mieux s’organiser. « Jusqu’à présent, même si le dispositif était recommandé, il n’y avait pas vraiment de conséquences lorsqu’il n’était pas mis en place. Avec la généralisation, les chefs d’établissement devront réellement intégrer ces séances dans les emplois du temps. »
Budget familial, abonnements et crédits : des exercices très concrets
En classe, les séances s’appuient sur des situations proches du quotidien des élèves. Ils découvrent d’abord le vocabulaire financier : recettes, dépenses, créditeur, débiteur ou encore budget. Puis ils travaillent sur le cas fictif d’une famille de quatre personnes. « Les élèves doivent répartir les recettes et les dépenses, puis calculer ce qu’il reste à la fin du mois », explique Anthony Cauet. Loyer, alimentation, assurances, factures ou impôts : les adolescents apprennent à distinguer les dépenses indispensables des dépenses facultatives.
Ces exercices provoquent souvent des discussions plus personnelles. « Certains racontent ce que leurs parents font à la maison. On parle des factures d’électricité, des abonnements téléphoniques qui augmentent après une promotion ou encore des assurances qu’on peut renégocier. Ce sont des sujets qui restent parfois absents des discussions familiales. »
Le passeport EDUCFI aborde également les moyens de paiement, la carte bancaire, les faux billets, le crédit ou encore les arnaques en ligne. « Quelqu’un peut se faire passer pour votre conseiller bancaire. Les élèves doivent apprendre à être vigilants avec les informations qu’ils communiquent », insiste l’enseignant.
Une réponse à la montée des arnaques et de l’endettement
Dans une publication sur LinkedIn, Marguerite Collignan de Durand, directrice de l’éducation financière à la Banque de France, a présenté cette généralisation comme une nouvelle étape après « dix ans de construction collective ».
Pour les promoteurs du dispositif, l’enjeu est devenu urgent. Selon une étude CSA réalisée pour l’OCDE et la Banque de France, 57 % des Français déclarent être endettés, contre 51 % en 2023. L’étude souligne également que 38 % des 18-24 ans ont déjà consulté une intelligence artificielle pour obtenir des conseils financiers.
À la fin de la formation, les élèves passent un test, sans véritable enjeu de notation. «Ils peuvent avoir 8 ou 19 sur 20, ils obtiennent quand même leur diplôme EDUCFI », précise Anthony Cauet. « Le but n’est pas de sanctionner, mais d’ouvrir une réflexion.»
Reste désormais à transformer l’annonce en réalité dans les établissements. Car entre une formation « clé en main » et un apprentissage réellement utile, tout dépendra du temps accordé au dispositif, des enseignants mobilisés et de la place que l’école acceptera de donner à un sujet longtemps resté à la porte des salles de classe : l’argent.