Royaume-Uni : des élections locales sous haute tension

Keir Starmer face à la tempête, Nigel Farage en embuscade, les Verts en plein essor, les élections locales du 7 mai 2026 pourraient recomposer durablement le paysage politique britannique.
©Pexels

Des millions de Britanniques se sont rendus aux urnes aujourd’hui pour décider à qui ils attribueront un peu plus de 5 000 sièges dans 136 conseils locaux d’Angleterre et, pour les Gallois et les Écossais, élire les représentants de leurs parlements. Cette échéance électorale s’annonçait, avant même l’ouverture des bureaux de vote, comme une défaite cuisante pour le gouvernement travailliste (Labour) de Keir Starmer, à la tête du gouvernement depuis juillet 2024. 

Il y a quelques jours, l’analyste électoral Robert Hayward, a publié ses prévisions : le Parti travailliste pourrait perdre environ 1 850 des 2 550 sièges qu’il défend. Un désastre électoral dû à l’accumulation des déceptions depuis la victoire historique du parti il y a deux ans. 

Reform UK, l’extrême droite qui surfe sur le mécontentement

Face au déclin travailliste, un parti prend de l’ampleur : Reform UK. La formation anti-immigration créée en 2018 par Nigel Farage, avait surpris en remportant 14 % des voix aux législatives de 2024, est aujourd’hui en tête des sondages nationaux avec 26 % des intentions de vote, devant les conservateurs (19 %), les travaillistes (18 %) et les Verts (15 %), selon YouGov. Le think tank More in Common, estime que Reform UK pourrait gagner entre 1 200 et 1 600 sièges locaux ce jeudi. 

Keith Henderson, professeur retraité vivant à Durham, dans le nord de l’Angleterre, a vu cette montée en puissance dans son comté où les élections ont eu lieu en avance l’année dernière. Reform UK a remporté une victoire écrasante en 2025, mettant fin à la mainmise des travaillistes sur le comté. « C’était la première fois en cent ans que le Parti travailliste ne contrôlait pas Durham », témoigne-t-il. Un séisme symbolique pour cette région ouvrière, longtemps considérée comme un bastion travailliste imprenable. 

L’enseignant nuance son analyse : « Leurs membres sont arrivés au gouvernement, mais la plupart n’avaient aucune expérience en tant que conseillers ». Une limite que le politologue Tim Bale, de l’université de Queen Mary de Londres, identifie également à l’échelle nationale. Reform UK séduit des électorats « mal à l’aise face à l’avènement d’un Royaume-Uni de plus en plus multiculturel et socialement libéral », mais le parti d’extrême droite reste largement inexpérimenté dans l’exercice du pouvoir réel. 

Les Verts, nouvelle force de gauche

Pendant que Reform UK avance par la droite, une autre percée se dessine par la gauche : celle du Green Party (Parti des Verts). Depuis l’arrivée de Zack Polanski à sa tête en septembre dernier, le parti connaît un renouveau spectaculaire. Cet ancien acteur de 43 ans, qui se revendique « écopopuliste », prône un programme ancré autour de la justice sociale, de l’impôt sur les grandes fortunes, du plafonnement des loyers, et a réussi à attirer 100 000 nouveaux membres en quelques mois. Tim Bale estime que les Verts ont « une chance sérieuse non seulement de remporter des sièges, mais peut-être aussi de prendre le contrôle de certains conseils municipaux ».

Le Pays de Galles et l’Écosse, symboles d’un Labour en déroute

Hors d’Angleterre, la situation n’est pas plus réjouissante pour Starmer. Au Pays de Galles, où tous les sièges de son parlement (Senedd), 96 désormais, contre 60 auparavant, sont remis en jeu dans un nouveau scrutin proportionnel. Le Labour risque de perdre pour la première fois le contrôle du parlement local depuis sa création il y a 27 ans. Une « catastrophe » pour le parti travailliste, selon la professeure Laura McAllister de l’université de Cardiff. Reform UK et le parti indépendantiste Plaid Cymru devraient se retrouver au coude-à-coude selon les sondages YouGov, laissant présager un parlement sans majorité claire. 

Le bâtiment de l’Assemblée nationale pour le Pays de Galles / Cynulliad Cenedlaethol Cymru à Cardiff Bay, Cardiff, Pays de Galles, Royaume-Uni. © Alan Morris

Même chose en Écosse : les travaillistes redoutent de terminer derrière Reform UK, tandis que le Parlement d’Holyrood devrait rester entre les mains du SNP, au pouvoir depuis dix-neuf ans. 

Demain matin, un nouveau paysage politique ?

Les bureaux de vote ferment à 22 heures. Les premiers résultats des conseils anglais sont attendus dès minuit et demi, avec une majorité disponible vendredi matin. L’Écosse et le Pays de Galles publieront leurs résultats vendredi après-midi. 

Keith Henderson rappelle une réalité bien connue outre-Manche : « Normalement, le groupe qui dirige le pays n’obtient généralement pas de très bons scores lors des élections de mi-mandat ». Quel que soit le résultat, le Labour restera au pouvoir jusqu’aux prochaines élections générales. Selon le Times, si les résultats sont aussi mauvais que prévu, plusieurs députés travaillistes envisagent de publier une lettre ouverte exigeant que Keir Starmer fixe une date pour son départ. 

Pour le professeur à la retraite, une chose est sûre : « La politique partisane prend souvent le pas sur l’intérêt général. Peu importe que ce soit bon ou mauvais pour le public ». Une désillusion partagée par des millions de Britanniques qui, en allant voter ce jeudi, ont peut-être commencé à réécrire les équilibres de la politique britannique. 

Matthieu Holyman

Tunisie : l’ONU appelle à mettre fin à la répression contre les médias et la société civile

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté jeudi les autorités tunisiennes à cesser les restrictions visant la société civile, les journalistes et les opposants politiques. Il dénonce une multiplication des poursuites pénales et des obstacles administratifs contre les voix critiques.

Depuis Genève, le chef des droits de l’homme de l’ONU estime que cette répression porte atteinte aux libertés garanties par la Constitution tunisienne et aux engagements internationaux du pays. Selon lui, les organisations civiles, les défenseurs des droits humains, les magistrats et les militants figurent parmi les principales cibles des autorités.

Volker Türk appelle Tunis à préserver l’espace civique et la liberté de la presse, dans un contexte de vives inquiétudes internationales concernant le recul des libertés publiques dans le pays.

Salomé Ferté

Hantavirus sur le navire MV « Hondius » : plusieurs passagers identifiés après une escale à Sainte-Hélène

L’épidémie d’hantavirus détectée à bord du navire de croisière MV « Hondius » continue de susciter l’inquiétude des autorités sanitaires internationales. Alors que trois décès ont déjà été enregistrés, l’exploitant Oceanwide Expeditions a indiqué que trente passagers avaient quitté le bateau lors d’une escale sur l’île de Sainte-Hélène, au cœur de l’Atlantique Sud, le 24 avril.

Dans un communiqué publié aujourd’hui, la compagnie néerlandaise a précisé que les 30 personnes débarquées incluaient le corps d’un passager décédé à bord le 11 avril. Oceanwide Expeditions affirme désormais travailler à identifier l’ensemble des passagers et membres d’équipage ayant embarqué ou quitté le navire depuis le 20 mars, afin de retracer les éventuels contacts liés au foyer de contamination. Le bateau est touché par une flambée d’hantavirus Andes, une forme rare et potentiellement mortelle de maladie respiratoire.

Face aux inquiétudes grandissantes, la Commission européenne a toutefois cherché à rassurer. « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter », a déclaré aujourd’hui la porte-parole Eva Hrncirova, estimant que le risque sanitaire pour les Européens demeurait « faible ». Cette réaction intervient alors qu’une hôtesse de l’air de la compagnie néerlandaise KLM fait actuellement l’objet d’un dépistage après avoir été en contact avec une passagère décédée.

À Singapour, deux résidents présents à bord du MV Hondius ont été placés à l’isolement dans l’attente des résultats de leurs tests, selon le Centre national des maladies infectieuses. Les autorités ont indiqué que l’un des deux patients présentait un simple écoulement nasal tandis que l’autre ne montrait aucun symptôme. Le pays estime pour l’heure que le risque de propagation au sein de la population reste limité.

Salomé Ferté

Iran : le président iranien Pezeshkian affirme avoir rencontré le guide suprême Mojtaba Khamenei

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré avoir rencontré le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, absent de la scène publique depuis sa nomination en mars, au lendemain de la guerre qui a opposé l’Iran à Israël et aux États-Unis. Cette prise de parole intervient alors que le successeur d’Ali Khamenei continue d’alimenter interrogations et spéculations au sein du pays.

Dans une vidéo diffusée jeudi par la télévision d’État iranienne, Massoud Pezeshkian a évoqué une rencontre avec Mojtaba Khamenei, sans en préciser la date. « Ce qui m’a le plus marqué lors de cette rencontre, c’est la vision et l’approche humble et sincère du guide suprême de la Révolution islamique », a déclaré le président iranien. Depuis son accession à la tête de l’État religieux iranien, Mojtaba Khamenei n’a jamais été vu publiquement et ne s’est exprimé que par communiqués officiels.

Le fils d’Ali Khamenei a été désigné guide suprême le 9 mars par l’Assemblée des experts, quelques jours après la mort de son père dans des frappes israélo-américaines survenues au début de la guerre déclenchée le 28 février. Selon les autorités iraniennes, Mojtaba Khamenei avait lui-même été blessé lors de ces attaques. Âgé de 56 ans, il succède à Ali Khamenei, resté plus de trente ans à la tête de la République islamique après avoir pris la relève de l’ayatollah Rouhollah Khomeini en 1989.

Malgré l’omniprésence de son portrait dans les rues iraniennes, le nouveau guide suprême demeure absent de la vie publique, contrastant fortement avec la visibilité médiatique de son père. Cette discrétion nourrit les interrogations sur son état de santé, mais aussi sur sa stratégie politique dans un contexte régional toujours marqué par les tensions avec Israël et les États-Unis.

Salomé Ferté