Législatives au Maroc : la jeunesse ne votera pas

Près de 16 millions d’électeurs sont appelés à venir voter aujourd’hui, mercredi 23 septembre, pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Une élection pas vraiment attendue par la jeune génération. Entre le ras-le-bol général et une défiance institutionnelle, la « Gen Z » ne croit plus en ce mode de représentation. 

4%, c’est la part des 18-24 ans au sein du corps électoral marocain alors qu’ils représentent près de 11 % de la population en âge de voter. Les jeunes marocains, avant de parler de vote, ne s’inscrivent tout simplement pas sur les listes électorales. Selon Mohamed Amyn Nfaoui, doctorant en science politique au CNRS et spécialiste des processus électoraux au Maroc, il y a une vrai défiance envers les institutions politiques. « Il y a vraiment une rupture de confiance et une non-participation » confirme le chercheur. Il a notamment remarqué que les appels au boycott se sont multipliés :  » il y a un rejet de la campagne électorale, par exemple ils refusent de prendre les tracts, […] c’est une somme d’actes individuels. » Pour le doctorant, cette faible participation créer un cercle vicieux : « Les partis politiques n’ont aucun intérêt à faire des programmes tournés vers la jeunesse. À partir du moment où ils représentent si peu dans le corps électoral, ce n’est pas du tout la cible. »

38,4 % des 15-24 ans sont sans emploi

Cette lassitude s’explique par plusieurs facteurs, un des plus évidents est la frustration de ne jamais voir de changement. Et ce malgré les fortes mobilisation lié au mouvement Gen Z 212 de septembre et octobre 2025. Selon l’Association marocaine des droits humains, près de 650 personnes sont toujours en prison suite à ces manifestations. Elles demandaient un meilleur accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi. Ces problèmes ne semblent pas résolus. Mohamed Amyn Nfaoui précise que cette nouvelle génération est « plus diplômée que les générations précédentes, elle se retrouve avec des services publics complètement défaillants et donc se retrouve sans emploi« . Le taux de chômage atteint 38,4 % pour les 15-24 ans en 2025 selon un rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP).

Des partis plus exécutants que décideurs

Un autre facteur important est du pouvoir relatif des partis politiques. Pour Mustapha El Mnasfi, politiste et enseignant-chercheur à l’Université Moulay Ismaïl (Maroc), les jeunes « ont conscience que les élus ne disposent pas toujours de prérogatives suffisantes pour agir sur les politiques publiques« . Le Maroc est une monarchie constitutionnelle, la royauté à donc un rôle exécutif important. « Les programmes des partis s’inscrivent dans un cadre politique plus large, marqué par les orientations de l’institution monarchique » continue l’universitaire. Cela à pour effet d’influencer la vision des jeunes de ces institutions politiques, « Cette perception contribue à renforcer la distance entre une partie des jeunes et les institutions représentatives, et notamment leur engagement dans les partis politiques. »

Un engagement d’abord numérique

Ce n’est pas pour autant que la jeunesse marocaine n’est pas politisée, elle utilise d’autres canaux et moyens d’actions. Selon Mohamed Amyn Nfaoui, « le système ne permet pas de répondre à leurs attentes ou de porter leurs contestations, ils vont se tourner vers d’autres modèles« . Pour Mustapha El Mnasfi, ces nouveaux moyens sont surtout numériques : « Les jeunes investissent davantage les réseaux sociaux, où ils expriment leurs opinions, débattent et se mobilisent« . Toujours selon lui, cette nouvelle façon de faire passe aussi beaucoup par « les mobilisations ponctuelles« , à l’image des manifestations du mouvement Gen Z 212.

À 12 H, le ministère de l’Intérieur indiquait que le taux de participation s’élevait à 11.34 %. C’était 12% lors des précédentes élections de 2021. Les résultats provisoires seront connu le jeudi 24 septembre.

Simon Briand

Les Français pessimistes : nouvelles préoccupations électorales

À quelques mois de la présidentielle de 2027, l’avenir s’impose comme une importante préoccupation électorale. Climat, pouvoir d’achat, santé, éducation ou encore insécurité : près de neuf Français sur dix se disent pessimistes pour les générations futures. Mais cette inquiétude massive traverse-t-elle tous les camps politiques de la même manière ?
Près de neuf Français sur dix se disent pessimistes pour l’avenir de leurs enfants, selon une enquête ICI avec Odoxa.©Pixabay

Le chiffre interpelle. Selon une enquête ICI avec Odoxa publiée le 23 septembre, 86 % des Français se disent pessimistes pour l’avenir de leurs enfants. Une inquiétude qui ne semble épargner aucune catégorie de la population : elle concerne aussi bien les employés et ouvriers (89 %) que les cadres (86 %), les moins de 35 ans (87 %) que les plus de 65 ans (82 %). Près de neuf Français sur dix déclarent également que l’avenir de leurs enfants pèsera dans leur choix lors de la prochaine présidentielle.

Face à ce constat, une question se pose : ce pessimisme peut-il être associé à une couleur politique ? Pour Hugo Lasserre, chef de projet à l’Ifop, le phénomène est avant tout transversal. « Quand vous êtes à 80 à 90 % de pessimisme, il est entre 80 et 90 % peu importe la sensibilité politique », explique-t-il. Même si certaines catégories apparaissent légèrement moins pessimistes, « le pessimisme reste massif partout ».

Des inquiétudes communes, des priorités différentes

Derrière le mot « pessimisme » se cachent en réalité des préoccupations très différentes. La santé arrive en tête des inquiétudes mesurées par l’Ifop (août 2026), notamment en raison de la perception d’une dégradation de l’hôpital, des déserts médicaux et de la prise en charge de la dépendance. Ces préoccupations, souligne Hugo Lasserre, « touchent tout le monde », sans véritable clivage politique.

Le pouvoir d’achat, la hausse des prix, l’inflation et le logement constituent également des sources majeures d’inquiétude. Là encore, les sensibilités politiques se retrouvent largement concernées, même si les niveaux diffèrent selon les catégories sociales. L’éducation arrive ensuite parmi les principales préoccupations. Les difficultés du système scolaire inquiètent 54 % des personnes interrogées dans l’enquête ICI-Odoxa.

C’est toutefois sur certains sujets que les différences politiques deviennent plus visibles. Le climat en est un exemple. Le dérèglement climatique constitue la première source d’inquiétude pour l’avenir, cité par 68 % des Français et par 77 % des moins de 35 ans. Pour Hugo Lasserre, cette préoccupation s’est fortement renforcée après les épisodes de canicule et les incendies de l’été. Mais elle est aussi « fortement polarisée » : davantage portée à gauche, elle ne mobilise pas les différents électorats avec la même intensité.

À droite, d’autres inquiétudes prennent davantage de place. L’immigration, par exemple, constitue une préoccupation pour environ un Français sur deux dans les données citées par l’Ifop, avec une importance particulièrement forte chez les électeurs de la droite radicale. La sécurité et la lutte contre le narcotrafic font également partie des thèmes susceptibles de structurer les inquiétudes électorales.

Un pessimisme à tempérer

Pour le politologue Min Reuchamps, il faut toutefois se méfier d’une lecture trop directe entre pessimisme et choix électoral. Il rappelle d’abord une limite méthodologique importante concernant l’enquête ICI-Odoxa : plus de 14 000 Français ont répondu en ligne, mais il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif classique. « On ne sait pas dans quelle mesure cet échantillon est statistiquement représentatif », souligne-t-il.

Surtout, le pessimisme en lui-même reste une variable difficile à mesurer politiquement. « Le pessimisme en tant que tel, c’est pas nécessairement une variable qui était travaillée », explique le politologue. Les chercheurs s’intéressent davantage à la désaffection politique, c’est-à-dire au sentiment d’être éloigné de la décision publique.

Cette désaffection peut avoir plusieurs conséquences. Certains électeurs peuvent se tourner vers des partis qui se présentent comme extérieurs au pouvoir, tandis que d’autres peuvent tout simplement renoncer à voter. « Si on va voter, on aura tendance à voter pour des partis qui sont vus comme anti-système », précise Min Reuchamps. Mais le sentiment inverse existe également : face à des enjeux jugés suffisamment importants, certains électeurs peuvent au contraire décider de participer davantage.

Le lien entre pessimisme et vote serait donc moins mécanique qu’il n’y paraît. « Ce qu’on sait » en sciences politiques, explique le chercheur, c’est notamment l’importance des enjeux. Un électeur préoccupé par le climat, l’éducation ou l’insécurité peut accorder davantage d’importance aux candidats qui placent ces sujets au cœur de leur programme. Mais chaque candidat se positionnant sur de nombreux thèmes, il devient difficile d’isoler une seule motivation.

« L’avenir au cœur de la présidentielle »

À l’approche de 2027, le pessimisme pourrait donc moins constituer un vote en soi qu’un terrain commun sur lequel les candidats chercheront à imposer leurs réponses. L’enquête Odoxa estime déjà que « l’angoisse généralisée fera de l’avenir de nos enfants un enjeu majeur de la présidentielle ».

Près de neuf Français sur dix déclarent que cet avenir comptera dans leur vote, dont 66 % affirment que cela comptera « beaucoup ».

Pour Hugo Lasserre, le véritable enjeu sera ainsi la manière dont chaque camp politique parviendra à répondre aux différentes inquiétudes. « On a plein de pessimistes » et les réponses peuvent varier selon les sensibilités, résume-t-il.

Le pessimisme français n’a donc pas une couleur politique unique. Il traverse les électorats, mais se décline différemment selon les préoccupations et les milieux sociaux. À l’approche de 2027, le débat pourrait ainsi moins porter sur l’existence du pessimisme que sur une question plus concrète : quelle réponse politique apporter à la peur de l’avenir ?

 

Salomé Ferté



« 100% IA, c’est un score qui interpelle » : le détecteur qui accable le roman de Thélyson Orélien peut-il justifier une sanction ?

Une étude menée en 2025 par des chercheurs de l’Université de Wallongong a relevé entre 1,6% et 6,5% de contenu généré par IA dans des textes pourtant entièrement écrits par des humains. (Crédits : Z-Library)


Accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle (IA) pour écrire C’était ça ou mourir, récompensé par le Prix du Roman Fnac 2026, Thélyson Orélien conteste les soupçons portés contre lui. Au cœur de la polémique, les résultats d’un logiciel de détection interrogent sur la valeur de ces outils : que permettent-ils réellement d’établir, et jusqu’où peuvent-ils engager un auteur ou son éditeur ?

Le chiffre a de quoi faire tiquer : 100% d’IA. C’est le score affiché par le logiciel de détection Pangram après l’analyse de plusieurs passages de C’était ça ou mourrir, le roman de Thélyson Orélien, devenu l’un des phénomènes de la rentrée littéraire. Un résultat qui semble, à première vue, ne laisser aucune place au doute. Pourtant, l’écrivain s’inscrit en faux, soutenu par son éditeur – les éditions Grasset. L’accusation tombe le 21 septembre, le jour même où Thélyson Orélien reçoit le Prix du Roman Fnac 2026, décerné par un jury de 400 librairies et 400 lecteurs. Son roman figure par ailleurs dans la première sélection du Goncourt. Sur X, le compte anonyme « Balance ton Claude » affirme alors que l’ouvrage aurait été rédigé « presque intégralement » à l’aide d’une IA.

Que vaut réellement un tel score ? Pour Matthieu Dubois, doctorant à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR) de Sorbonne Université/CNRS, il ne faut surtout pas l’interpréter comme une probabilité : 100% ne signifie pas que le logiciel a établi avec certitude que l’auteur a utilisé une IA. « Les détecteurs d’IA relèvent l’habitude, mais ne garantissent absolument rien. Les concepteurs leur soumettent d’immenses quantités d’écrits humains et de textes générés par différents modèles. La machine apprend ensuite à reconnaître certains tics : rythme des phrases, choix des mots, constructions syntaxiques ou tournures récurrentes. Malgré tout, un score de 100% interpelle et met en évidence un faisceau de caractéristiques très fortement associées aux textes générés par IA », résume le chercheur.

« Ces résultats ne sont que des indices »

Reste ensuite à savoir jusqu’où l’IA a pu intervenir. « L’auteur a-t-il demandé à une machine de rédiger le texte entièrement ? A-t-il écrit lui-même avant de lui faire reformuler certains passages ? S’est-il servi d’elle ponctuellement pour améliorer la clarté ou le style ? Les logiciels ne permettent pas, à eux-seuls, de répondre à ces questions », tranche Matthieu Dubois. Pour l’expert, passer du signal à la preuve supposerait idéalement de pouvoir examiner le processus d’écriture lui-même : les différentes étapes du manuscrit, son historique de modification ou encore les échanges éventuels avec un outil d’IA. Mais ces éléments sont rarement accessibles à un tiers.

« Je ne veux pas partir du principe que chaque auteur est suspect : la confiance reste essentielle dans la relation entre une maison d’édition et ses écrivains. »

Cyrielle Ferry, fondatrice et éditrice de Sharon Kena Éditions

Une difficulté à laquelle les éditeurs sont déjà confrontés. Cyrielle Ferry, fondatrice et éditrice de Sharon Kena Éditions, reconnaît utiliser des outils de détection lorsqu’un doute apparaît, mais refuse de leur accorder le dernier mot. « Face à un manuscrit suspect, je privilégie une lecture plus attentive, je compare différents passages et, lorsque c’est possible, je confronte la plume à d’autres textes du même auteur. Je ne veux cependant pas partir du principe que chaque auteur est suspect : la confiance reste essentielle dans la relation entre une maison d’édition et ses écrivains », tempère-t-elle.

« Juridiquement, l’éditeur doit être en mesure d’apporter une preuve »

Et cette incertitude n’est pas sans conséquence juridique. « Sur la preuve, c’est délicat », résume Krystelle Biondi, avocate à la Cour spécialisée en propriété intellectuelle. Pour elle, les résultats des logiciels de détection sont tout au plus un indice, à manier avec précaution. La question devient particulièrement sensible une fois le contrat d’édition signé. « Tout dépend du contenu du contrat d’édition », rappelle l’avocate. La plupart prévoient que l’auteur garantit être à l’origine de son œuvre et que celle-ci est originale. Certains éditeurs vont désormais plus loin, en ajoutant « une clause d’exclusion de l’utilisation par auteur de l’IA » ou en adoptant des chartes spécifiques.

Mais pour les faire respecter, encore faut-il pouvoir établir les faits. « Pour actionner ces clauses, l’éditeur doit être en mesure d’apporter la preuve d’une utilisation de l’IA, ce qui est difficile en l’état », souligne-t-elle. « Avant la signature, un manuscrit peut être écarté sur simple suspicion. Après la conclusion du contrat, une rupture unilatérale expose davantage l’éditeur », rappelle Krystelle Biondi. Un logiciel peut donc faire naître un soupçon, mais peut-il suffire à justifier une rupture de contrat ? Pour l’avocate, « ces questions passionnantes pourraient rapidement arriver devant les tribunaux ».

Par Caroline Henriques

Achraf Hakimi sera bien jugé pour viol, confirme la Cour de cassation

Le joueur marocain du Paris Saint-Germain sera jugé pour un viol qu’il aurait commis en 2023. Une décision saluée par les avocats de la plaignante et de la partie civile.

Achraf Hakimi durant un match amical Maroc-Paraguay, le 31 mars 2026 à Lens. Crédit photo : Abdelali Bentarki / Ali Graphy Pic

Achraf Hakimi fera face à la justice pour viol. La Cour de cassation a confirmé mercredi le renvoi en procès devant la cour criminelle départementale du footballeur, selon les informations de l’AFP.

La cour d’appel de Versailles avait déjà confirmé mi-juin le renvoi de l’international marocain et défenseur du Paris Saint-Germain pour le viol d’une jeune femme en 2023, accusation qu’il nie. Il avait formé un pourvoi en cassation peu de temps après cette décision.

Le pourvoi constituait la dernière voie de recours au sein du système judiciaire français pour le joueur, qui avait initialement été renvoyé en procès devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine par le tribunal de Nanterre en février. Une décision contre laquelle il avait interjeté appel, sans succès.

« Ma cliente se battra jusqu’au bout »

« Après trois ans et demi de combat judiciaire, après avoir été calomniée et traînée dans la boue par la défense d’Achraf Hakimi, ma cliente est déterminée à obtenir justice, elle se battra jusqu’au bout », a réagi dans un communiqué envoyé à l’AFP l’avocate de la jeune femme, Me Rachel-Flore Pardo.

Dans ce même communiqué, Me Bertrand Périer, qui défendait la partie civile auprès de la Cour, a également commenté la décision : « Cette décision traduit la solidité et la rigueur du raisonnement de la cour d’appel. »

La plaignante, alors âgée de 24 ans, a expliqué aux policiers avoir fait connaissance avec le joueur sur Instagram et s’être rendue chez lui dans un VTC (voiture de transport avec chauffeur), en 2023. Le lendemain, elle s’est rendue au commissariat et indiqué que le sportif l’avait embrassée et touchée sans son consentement avant de la violer. Elle a ensuite confié l’avoir repoussée et demandé à une amie de venir la récupérer.

Rayan Saibi