Législatives dans les Hauts-de Seine : une 5ème circonscription éclatée

Les 12 et 19 juin prochains, les habitants de la cinquième circonscription des Hauts-de-Seine (92) devront élire leur député à l’Assemblée nationale. Ces élections seront déterminantes compte tenu de la fragmentation sur plusieurs échelles des villes de Levallois-Perret et Clichy qui composent la circonscription.

La campagne électorale pour les législatives bat son plein, dans la cinquième circonscription des Hauts-de-Seine (92), divisée entre les villes de Clichy et Levallois-Perret que tout oppose depuis 35 ans. Dans le département, la configuration “ville de droite plus aisée et ville de gauche plus populaire” est assez répandue. Une sociologie électorale qui s’est confirmée lors du premier tour de la présidentielle en avril 2022. Clichy a plébiscité Jean-Luc Mélenchon à 42,15%, tandis que 41,96% des Levalloisiens ont préféré Emmanuel Macron. 

Pourtant, l’opposition historique tend à s’amenuiser depuis une dizaine d’années avec l’arrivée en 2015 de Rémi Muzeau (Les Républicains) à la mairie de Clichy, rompant avec l’héritage socialiste. Cet ami du couple Balkany, qui a régné sur Levallois-Perret de 2001 à 2020, encourage la rénovation de la ville clichoise sur le modèle de sa voisine, entraînant sa gentrification. “Levallois regarde vers Neuilly et Clichy regarde vers Levallois”, résume Sylvie, un chariot à la main dans le marché Henri-Barbusse de Levallois. Mais la récente élection présidentielle a sorti de terre l’électorat de gauche qui dépeint des différences profondes entre les deux villes.  “Les enjeux ici, il y en a guère parce qu’on n’est pas malheureux, l’enjeu pour moi c’est la terre, l’Europe, l’Ukraine, la guerre”, confesse Sylvie, jeune retraitée et Levalloise de longue date. Pourtant à Clichy, on s’inquiète du pouvoir d’achat : “Avant le coronavirus, on faisait des sorties avec les enfants, ça allait bien, le coronavirus a gâché ma vie, et je sais que je ne suis pas la seule”, déplore Katia, Clichoise de 30 ans, accompagnée de deux de ses trois enfants. 

Une pluralité de candidats, source de luttes intestines

La circonscription divisée doit aussi faire face à la multiplication des candidats. Au nombre de 14, ils témoignent de l’éclatement entre les deux villes, mais aussi des partis politiques. A l’exception de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES), ils n’ont pas su se réunir sous les mêmes couleurs.  Quelques candidats de gauche sont présents face à la représentante de la NUPES, Léa Druet, à l’instar de Mireille Lambert pour Lutte Ouvrière, Zaya Gacem (Divers Extrême Gauche), Mina Khalil (NPA) et Cyril Crosnier-Leconte (Ecologistes). “Il y a toujours eu des micros candidatures, qui vont rafler 0,2, c’est toujours dommage mais avec le succès de LFI au premier tour, on a un vrai terreau commun« , précise Jean-Michel venu distribuer des tracts en faveur de la jeune candidate à l’entrée du marché de Clichy. 

Au marché de Clichy, les sympathisants LR, soutien du candidat Pierre Chassat, et l’équipe de la candidate Léa Druet (NUPES) vont simultanément à la rencontre des Clichois. (©Johanne Malin)

La fragmentation des candidats étonne et exaspère. “C’est ridicule! Ridicule! Quand vous avez un choix pareil, vous ne savez plus pour qui voter”, s’exclame Maïté, arrivée à Levallois-Perret, il y a 35 ans. A droite et au centre, ce sont 8 candidats qui se présentent, dont la plupart sont investis par des grands partis nationaux. Agnieszka Gebarska représente le RN tandis qu’Alexandre Rousset-Leblond, le mouvement Reconquête. Fabrice Garoyan, est candidat de Debout La France et Sonia Rabotoson, secrétaire nationale auprès des Républicains se présente sous l’étiquette “divers droites”.

C’est au cœur des Républicains que la bataille fait le plus rage. Les tensions entre les deux municipalités se sont exacerbées à l’aune de la campagne. “Notre candidat a été investi par LR alors que l’autre candidate, [Caroline Mercier] est investie par le maire de Clichy”, pointe de manière moqueuse Hamid, militant LR et retraité. 

Des candidatures à droite considérées comme “fantaisistes ou dissidentes qui rencontreront peu l’adhésion des électeurs” selon Pierre Chassat, qui rappelle « l’unanimité » de son investiture par le parti Les Républicains. Ce dernier, adjoint à la mairie de Levallois-Perret dispose d’un ancrage géographique, face à des candidats qu’il qualifie de “parachutés”. 

L’ancien directeur de campagne Les Républicains ne s’inquiète pas de ses casseroles : une condamnation de trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis et cinq ans d’inéligibilité dans le cadre de l’affaire Bygmalion. Celui qui a été condamné en première instance pour “abus de confiance, complicité d’escroquerie et financement illégal de campagne électorale” a fait appel de cette décision au motif des “nombreuses failles sur l’individualisation des peines ou de la rétroactivité de certaines lois”. Finalement “ce qui compte c’est l’homme et son travail sur la ville, pas les affaires”, avance Hamid. 

Un 3ème tour des élections présidentielles

Un panel des droites divisé et fragilisé, qui pourrait favoriser Céline Calvez, actuelle députée de la circonscription sous les couleurs de la majorité présidentielle (Renaissance, ex-LREM). Candidate sortante, elle reste plébiscitée dans la circonscription qu’elle dirige depuis 2017. « Je ne connais pas le nom des candidats, mais je vais voter pour la majorité présidentielle », argue Romain, ingénieur vivant à Levallois. “Emmanuel Macron me paraît être le plus éclairé et le plus à même de gouverner le pays. Je pense qu’il a besoin d’un soutien à l’Assemblée nationale”, poursuit-il.

A Levallois-Perret comme à Clichy, certains candidats n’ont toujours pas collés leurs affiches sur les panneaux électoraux, participant à leur invisibilisation auprès des électeurs à moins de deux semaines du scrutin. (©N’namou Sambu)

Faute d’une méconnaissance des candidats aux législatives et de leurs programmes, il semble que la lutte éclatée de la 5e circonscription des Hauts-de-Seine se joue principalement entre les grands partis. Celui du président Emmanuel Macron (Renaissance) veut se maintenir dans une circonscription et un département qu’il a largement conquis en 2017 (10 circonscriptions sur 13) alors que la menace des partis Les Républicains et La France Insoumise s’impose comme opposition principale. Ces élections législatives se présentent donc comme une sorte de 3ème tour de l’élection présidentielle.

Si une majorité des habitants rencontrés sur le marché Henri-Barbusse, près de la mairie de Levallois semblait séduit par le parti présidentiel, plus que par la candidate en elle-même dont ils ignorent souvent le nom, les habitants de Clichy ont d’autres sensibilités. Avec une telle disparité entre les villes qui constituent cette cinquième circonscription, Céline Calvez doit convaincre les Clichois davantage que les Levalloisiens. Ces derniers avaient soutenu, dès le premier tour, le candidat Emmanuel Macron à presque 42 %.

Des sympathisants LFI/NUPES, dont Jean-Michel, aux abords du marché de Clichy (92). (©N’namou Sambu)

C’est également sur cette disparité que le parti de La France Insoumise et plus précisément l’alliance NUPES peut s’appuyer. Vainqueur lors du premier tour de l’élection présidentielle avec 43 % des voix à Clichy, LFI peut tirer son épingle du jeu dans ce bastion historique de gauche (dont la mairie est passée à droite en 2015.)

« Je vais voter pour tout ce qui est avec le parti de Mélenchon. Je suis en harmonie avec ce qu’il dit. J’espère qu’il tiendra ses promesses car je suis en désaccord avec Macron. J’aimerais qu’il y ait une personne au pouvoir qui peut essayer de le contrôler », explique Katia. Elle a voté pour le candidat LFI lors du premier tour de la présidentielle et croit beaucoup en les chances du parti qui l’a poussé à se politiser. « Ma génération, celle née en 1990, n’a pas beaucoup voté lors de la présidentielle 2022 », poursuit la jeune femme. « Même moi, il y a cinq ans, je ne suis pas allée voter. J’étais tellement dépitée mais aujourd’hui, je parle beaucoup avec des jeunes sur Facebook. Nous avons fait un groupe pour essayer de motiver ceux de notre âge à aller voter », une nécessité aujourd’hui pour la Clichoise qui, comme beaucoup d’habitants habitués du marché du centre de Clichy, souhaite faire entendre sa voix lors de ces élections législatives.

Johanne Mâlin et N’namou Sambu

Hauts-de-Seine : La droite rêve de reconquérir la 9e circonscription à une majorité embarrassée par l’ombre de Thierry Solère

A Boulogne-Billancourt en région parisienne, la neuvième circonscription des Hauts de Seine s’apprête à tourner la page Thierry Solère. Mis en examen pour treize chefs d’accusation, le député de la majorité a choisi de ne pas se présenter à sa propre succession aux législatives. Tandis que deux élus des Républicains espèrent affronter son remplaçant au second tour, la candidate écologiste tente d’imprimer des thèmes de gauche à une ville acquise à la droite durant 50 ans.

Boulogne, mercredi 1er juin. A quelques centaines de mètres de la place Marcel-Sembat, la rue du Vieux Pont de Sèvres est en effervescence. Sous les étals du marché couvert Billancourt, des visages inhabituels se mêlent aux habitués en train de faire leurs emplettes. Plusieurs candidats aux législatives ont en effet profité de ce rendez-vous hebdomadaire pour aller à la rencontre de leurs électeurs. Ils seront douze à briguer la succession de Thierry Solère, le député sortant macroniste : Lutte Ouvrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste, l’Union des démocrates musulmans français, Europe Ecologie-Les Verts (EELV), la Fédération de la gauche républicaine, La République En Marche (LREM), le Parti Animaliste, le Mouvement pour la ruralité, Les Républicains (LR), le Rassemblement national, Reconquête ! ainsi qu’un élu divers droite. “Malheureusement, ils viennent le mercredi. C’est pas forcément le jour où on a le plus de temps. Ca serait bien qu’ils viennent un jour où les gens sont plus disponibles”, regrette Eric, fraîchement installé à Boulogne depuis 6 mois. Les principales têtes de liste sont pourtant toutes là, à onze jours du premier tour de l’élection.

Pascal Louap, investi par LR, entame la conversation avec plusieurs commerçants qu’il connaît bien. Cet éducateur de 49 ans, adjoint au maire de Boulogne depuis 2008, a fait de son ancrage dans la vie politique locale son cheval de bataille. Selon lui, “ l’enjeu pour Boulogne, est d’avoir un député présent. Ce n’est pas le cas de Thierry Solère qui brille par son absence. Il faut quelqu’un qui puisse représenter tous les Boulonnais, qui sera présent à l’hémicycle et sur le terrain. Ma première action de député sera d’ouvrir une permanence à Boulogne pour rester en lien avec la population”.

Pascal Louap, adjoint au maire et candidat LR dans ces législatives. 

Une absence présente dans tous les esprits

 Bien qu’il ne soit pas candidat, Thierry Solère est incontournable. Hormis dans son propre camp : “ce n’est pas vraiment un sujet. L’héritage dans le cadre d’une législative est moindre à celui d’une municipale par exemple. Il n’y a pas de débat autour de la question, Thierry Solère s’est retiré au profit d’Emmanuel Pellerin “, affirme un militant LREM. Le député, mis notamment en accusation pour fraude fiscale, emploi fictif et financement illicite de dépenses électorales, est pourtant le président du comité de soutien d’Emmanuel Pellerin, annoncé comme candidat à sa succession le 19 mai dernier. “Un timing assez court”, de l’aveu de son équipe de campagne pour cet avocat de 52 ans, jamais élu. Ses soutiens assurent que son profil plaît aux Boulonnais, malgré “un petit déficit de notoriété”. Ennuyeux lorsqu’on se présente à une circonscription où 46.6% des votants ont glissé un bulletin Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle, le record du département. D’autant que bon nombre des habitants croisés sur le marché ne semblent pas encore avoir arrêté leur choix pour le 12 juin prochain. Christelle, par exemple, est très méfiante face à la classe politique et aux potentiels futurs élus Boulonnais.

Christelle, Boulonnaise depuis 10 ans, ne se sent pas concernée par les législatives

A côté des candidats portés par les grands partis, certains noms ressortent, toujours dans l’ombre du député sortant. C’est le cas d’Antoine de Jerphanion, candidat divers droite. S’il prend part à cette élection, c’est parce qu’il estime ne pas se reconnaître dans les choix de Pascal Louap, candidat des Républicains. “Aujourd’hui, quand vous êtes de droite, vous allez vers la majorité présidentielle pour aider le pays et Boulogne à avancer. Ou alors vous siéger dans l’opposition, ce que veut faire le candidat des Républicains alors que cela va complètement isoler Boulogne du reste du territoire.” Antoine de Jerphanion a par ailleurs reçu des propositions de Thierry Solère, qu’il a toujours refusé. Sa priorité : “les électeurs”. “J’organise une grande réunion publique le mercredi 8 juin. Je vois que les autres candidats ne le font pas mais je trouve que c’est important d’avoir un programme à présenter et à expliquer aux Boulonnais.”

La gauche en embuscade 

En parallèle de la droite, une candidate fait de plus en plus parler d’elle. Aussi parce que son passé médiatique la précède. Elle est celle qui brandissait une pancarte de Vladimir Poutine et Marine Le Pen lors d’une conférence de presse de cette dernière. Celle qui brandissait l’écrito « criminel climatique » à l’unique meeting d’Emmanuel Macron. Ou encore l’attaché de presse du sosie de Jean-Michel Blanquer. Elle, c’est Pauline Rapilly Ferniot. 

Pauline Rapilly Ferniot et son équipe sont plus détendus qu’Emmanuel Pellerin, en costume, en arrière-plan.

Aujourd’hui candidate pour NUPES, l’union de la gauche, elle se réjouit de sentir le soutien constant des locaux. Dans un style très décontracté, la candidate profite du marché pour débattre et discuter avec les Boulonnais. “Les autres candidats viennent nous voir en nous disant “on aimerait bien faire campagne comme vous mais on ne peut pas”. Notre campagne est une campagne sympa”. Tellement “sympa” que la candidate NUPES propose des activités d’échange originales. Comme un canapé de discussion posé partout dans Boulogne où passeront Noël Mamère et Eric Piolle, entre autres. “Ici, à Boulogne, beaucoup de gens ont envie de voter pour autre chose et ont intériorisé le fait qu’au second tour, ce sera la droite ou la droite. Ces gens-là, il suffit d’aller les voir pour leur dire qu’aujourd’hui il y a quelque chose d’autre qui est possible.” Seulement, dans les faits, peu croient à un sursaut réel de la gauche au sein de Boulogne. 

C’est le cas d’Elizabeth, qui, pourtant de gauche, a décidé de voter pour la majorité aux prochaines élections dans le but de “faire avancer les choses”. 

Elizabeth, Boulonnaise depuis cinq ans, a choisi le vote utile.

Et si, pour cette élection, le combat opposera sans nul doute la majorité présidentielle à la droite, c’est parce qu’aucun candidat jugé à gauche de l’échiquier politique n’a remporté cette circonscription depuis des décénnies. La droite tient la main mise sur Boulogne aux législatives depuis 1967. Même en 2017, Thierry Solère était techniquement affilié aux Républicains au moment de son élection. Mais Emmanuel Pellerin fera-t-il de la résistance? 

 

Thibault Azoulay et Antoine Bouchet

Législatives : Dans la 12e circonscription, la NUPES veut montrer l’union

La 12e circonscription des Hauts-de-Seine, acquise en 2017 à la majorité présidentielle avec Jean-Louis Bourlanges, se voit contestée par la nouvelle alliance de gauche, la NUPES, représentée par Cathy Thomas, qui fait campagne sur les enjeux nationaux plutôt que sur l’ancrage local.

Dans le riche bâtiment de la Maison des Arts de Châtillon, les militants les plus actifs de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) se sont rassemblés mardi dernier pour assister à la réunion publique de la candidate Cathy Thomas portée par la Nupes et issue du parti Révolution écologique pour le vivant (REV). Lustres au plafond, sièges et fauteuils rouge carmin, le décor est somptueux.

Mais les intervenants venus aborder les enjeux à surmonter dans le domaine de la santé, du travail et de l’énergie brossent un portrait beaucoup plus sombre de la société. « La fin du monopole d’EDF [Électricité de France] actée par l’Union européenne a été une catastrophe et un non-sens », martèle Anne Debrégeas, ingénieur-chercheuse au sein de la compagnie publique et porte-parole de la fédération Sud-Énergie. L’état du marché de l’énergie serait déplorable et seul un vote de la Nupes permettrait d’y remédier : sortir du nucléaire grâce à une planification de réduction de la consommation d’énergie.

Paul Benard, syndicaliste et soignant, relate les difficultés qu’il rencontre à l’hôpital public : « C’est la casse de l’hôpital public. Il faut une rupture, on ne peut plus continuer comme ça. La solution, c’est d’avoir un maximum de députés à l’Assemblée prêts à porter ce projet de rupture ».

Oui, Jean-Luc Mélenchon est un vieux briscard – Noria Lapsi, militante

Noria Lapsi, avocate en droit du travail, fustige « le néolibéralisme et le capitalisme qui représente un danger pour la santé et le travail. On a envie de vivre autrement, c’est le moment de reprendre les choses en main ». Les applaudissements se font entendre, mais depuis le début des interventions, les contradictions sont rares. Le public maîtrise déjà ces sujets, longuement abordés lors de la campagne présidentielle. « Je sais que la plupart d’entre vous êtes déjà des militants », souligne Noria Lapsi. Elle sait aussi que s’ils sont rassemblés ce soir, c’est surtout pour éprouver la nouvelle union de la gauche, construite après l’échec de la présidentielle : « Je vais vous le dire, je ne suis pas une militante LFI. Oui, Jean-Luc Mélenchon est un vieux briscard. Mais il a eu le mérite de s’entourer de gens différents de ses idées, et il a fait une union avec des gens qui hier le critiquaient ».

Pour souligner encore l’union, une dizaine d’élus locaux de gauche se rassemblent sur la scène pour prendre la parole chacun leur tour. L’un après l’autre, ils détaillent les problèmes rencontrés en conseils municipaux et concluent sur la nécessité de voter pour le programme de Jean-Luc Mélenchon. Une majorité d’entre eux sont issus du Parti socialiste, comme Pauline Le Fur, conseillère municipale à Fontenay-aux-Roses. « C’est agréable de nous voir réunis quand hier encore, nous n’étions pas tous du même côté, voire vraiment opposés. Mais on s’est retrouvés autour des points communs de la gauche », pointe-t-elle, sourire aux lèvres.

Ce soir, l’objectif était de rassembler toutes les forces devant les militants. – Cathy Thomas, candidate NUPES

La candidate Nupes aux législatives pour la circonscription, Cathy Thomas, restée jusqu’alors très en retrait, conclut la soirée en répétant : « C’est exceptionnel de se retrouver autour d’un programme commun, nous comptons sur vous les 12 et 19 juin pour porter ce beau projet à l’Assemblée ». Ce sont bien des « retrouvailles » qui ont eu lieu ce soir-là. « Ce soir, l’objectif était de rassembler toutes les forces devant les militants. C’était la première fois et ça fait plaisir de voir des gens qui furent un temps opposés être désormais réunis », souligne enthousiaste Cathy Thomas, la soirée terminée.

Une approche des présidentielles avec laquelle les militants sur le terrain semblent être d’accord, en témoigne notre reportage au marché de Clamart.

Montrer l’union et ne mettre en avant que le programme national porté par le candidat Jean-Luc Mélenchon, voilà la stratégie de début de campagne dans la 12e circonscription. Une tactique qui se fait au détriment d’un ancrage territorial et d’un lien fort entre la candidate et ses électeurs. Une distance par rapport au terrain dont le candidat de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), Laurent Vastel, souhaite profiter : « Si je me représente, c’est parce qu’on se retrouve avec des gens déconnectés du terrain du terrain où ils sont investis. Sur des projets importants, le relais des députés dans leur circonscription n’existe plus, et c’est un problème ».

Les députés sont des émirs, ces gens n’ont en commun que le soutien au chef – Laurent Vastel, candidat UDI

Le Maire de Fontenay-aux-Roses insiste sur les faiblesses qu’il croit voir en la candidature de la gauche : « La Nupes va faire une centaine de députés et seront dans une opposition systématique et assez violente. Je suis gêné qu’on devienne une oligarchie, les députés sont des émirs, ces gens n’ont en commun que le soutien au chef ». Mais pour lui, le député sortant, Jean-Louis Bourlanges, ferait preuve des mêmes travers : « La nouvelle candidature de Jean-Louis Bourlanges ne fait pas l’unanimité car on ne l’a que très peu vu, et les gens ne se sentent pas représentés ».

Plusieurs stratégies pour un même enjeu : l’emporter dans une circonscription acquise à la majorité présidentielle face à un candidat qui assume sa déconnexion du terrain. Jean-Louis Bourlanges affirmait en mai, dans un entretien au journal Le Parisien, ne pas être « un porte-voix du territoire ». Pour lui, « la mission d’un député n’est pas de faire le travail d’un conseiller départemental mais de voter les lois, le budget et de contrôler le gouvernement et de l’administration ». Une stratégie similaire à celle de Cathy Thomas, la nécessité de prouver l’union de sa coalition Ensemble ! (majorité présidentielle), en moins.

Reste à savoir laquelle de ces stratégies permettra aux candidats de faire pencher la balance en leur faveur lors d’une élection dont l’issue semble calquée sur celle de la présidentielle.

Jules Bois et Dorian Naryjenkoff

Asnières-Colombes : un électorat fracturé

 

Dans la circonscription d’Asnières-Colombes, une candidate LR du cru tente de s’imposer face à une prétendante LREM parachutée, tandis que la NUPES surfe entre les électorats écologistes et mélenchonistes. L’intrigue a lieu sur fond de fracture entre beaux quartiers et bastions populaires.  

Asnières, c’est la Marseille des Hauts-de-Seine.”, s’exclame Laurent Martin Saint-Léon, d’un ton provocateur. Cet ancien proche de Pasqua, aujourd’hui petit candidat divers droites à la députation de la 2e circonscription des Hauts-de-Seine, connaît bien le paysage politique local. Par cette analogie avec Marseille, il étrille les notables LR du coin. Manuel Aeschlimann, actuel maire LR d’Asnières avec 17 années de mandat à son actif. Et son épouse, Marie-Do Aeschlimann, adjointe à la Mairie, et aujourd’hui candidate aux législatives dans la 2e circonscription des Haut-de-Seine, qui recouvre la ville d’Asnières, et le sud de Colombes. “C’est une candidature népotique !”  persifle Laurent Martin Saint-Léon. “Depuis 1999, ils s’approprient les fonctions politiques à des fins familiales et cumulent les mandats.”

 Des candidats locaux associés à la gestion de la ville

Le cumul des mandats Aeschlimann ne préoccupe pourtant pas ces trois amies asniéroises qui discutent devant l’étal du poissonnier, dans les environs cossus du quartier de la gare d’Asnières. “Aux législatives je vais voter pour la majorité, annonce Hélène, élégante retraitée, boucles d’oreille dorées et col bien repassé, qui vit depuis 40 ans à Asnières. Je vais voter pour le candidat du parti présidentiel. Sinon ça ne sert à rien. » “Eh bien c’est Marie-Do alors” rétorque son amie Catherine, elle aussi habitante du quartier. “Mais non, Marie-Do, c’est LR”, la corrige Hélène. Plus qu’à son étiquette politique, le nom de Marie-Do Aeschlimann est associé à la gestion de la ville.  « Si les gens sont contents de la politique du maire, ils voteront pour Marie-Do », affirme Hélène.

 

En 2017, l’argument du local n’a pas pourtant pas suffi à faire remporter la députation à Mme Aeschlimann. Au second tour des législatives de 2017, le parti présidentiel a remporté la circonscription haut-la-main, avec 65,3% des suffrages face à la candidate LR, sous le nom d’Hadrien Taquet, rapidement remplacé par sa suppléante, Bénédicte Pételle. Mais cette dernière, Asniéroise LREM à la fibre sociale solidement implantée dans les réseaux associatifs de la ville, n’a pas été réinvestie pour l’élection de 2022. Pour cause de conflits internes au parti, explique-t-on. Ce qui pourrait peut-être rebattre les cartes.

« Où sont les Asniérois sur vos photos ? »

Car ici, le nom de de la candidate LREM désignée pour lui succéder ne dit rien à personne. Baï-Laure Achidi, avocate de profession, est élue au conseil municipal de Boulogne-Billancourt, à 10 kilomètres d’Asnières – autrement dit une autre planète -. Et ses adversaires LR ne manquent pas de le rappeler, à renfort de tweets incisifs.

Cyrille Reclus est adjoint à la Mairie d’Asnières. 

Du reste, à défaut d’ancrage local, Baï-Audrey Achidi plaide surtout pour une assemblée aux couleurs du parti gouvernemental. « Avoir un député de la majorité permet de mieux avancer. Mon rôle est de porter le projet présidentiel. », argue-t-elle

Quartiers nord, quartiers sud : la fracture

Pas sûr, pourtant, que l’argument convainque les habitants du nord de la ville.  Car comme la cité Phocéenne, Asnières a ses “quartiers sud » favorisés, et ses “quartiers nord”. Et dans ces derniers, Jean-Luc Mélenchon a triomphé au premier tour de la présidentielle, atteignant 70% dans certains des bureaux de vote, tandis qu’Emmanuel Macron a été massivement plébiscité dans les quartiers sud.

“La sociologie de la circonscription est bicéphale, explique Sébastien Perrotel, petit candidat divers droites, né à Asnières il y a 53 ans. Il y a d’un côté les quartiers extrêmement privilégiés avec des habitats pavillonnaires qui votent majoritairement à droite ou au centre. Et de l’autre, des quartiers d’habitat collectif, qui votent à gauche mais se mobilisent peu. Depuis les années 1960-1970, deux territoires se sont institués et qui peuvent s’opposer. Ces univers ne se mélangent pas. ». « La politique locale ici, me satisfait, même si j’ai l’impression que tous les efforts se concentrent pour les habitants des quartiers nord. », remarque Hélène. 

Ces derniers n’aquiesceraient pas. À quelques stations de bus d’ici vers le nord-est, aux abords de la frontière Genevilloise, Mohammed déguste un café-clope ensoleillé à la terrasse de chez Tonton, en face d’un ensemble HLM de briques rouge style année 1920.  « La Mairie a fait installer des caméras, mais ça ne stoppera pas les trafiquants. », soupire-t-il en désignant, du menton, un appareil flambant neuf suspendu à un lampadaire. « Ici à Asnières-nord, j’ai l’impression que tout se dégrade. La délinquance, le communautarisme… Et rien n’est fait pour les jeunes. » Mohammed n’a pas encore fait son choix de candidat, mais l’élection l’enthousiasme peu : « Je vote à chaque élection car c’est un devoir, mais ça ne changera rien ».

 

Terrain de pétanque et désertification médiale

À quelques stations de bus de là, bien installé à l’ombre des platanes de la place de la République, Louis observe, d’un œil expert, la partie de pétanque que se dispute un groupe d’habitués. Ici, les tours de la cité des Grésillons surplombent des ruelles parsemées de boutiques Lycamobile et de boucheries musulmanes. À l’heure du goûter, aucun enfant ne sort de la maternelle République, qui jouxte la place : le bâtiment a été transformé en centre d’hébergement d’urgence.

Retraité depuis plus de 20 ans, Louis tient à rester dans sa ville natale, qu’il a vu changer au cours de ses 76 années. “Asnières est devenue une ville de béton, regrette l’Ancien. La mairie ne s’occupe pas des quartiers nord, et le fossé se creuse avec le sud plutôt bourgeois. Et ici, il y a moins de sécurité, j’ai peur de sortir le soir. Ça craint à Asnières.” Louis est défaitiste à propos des élections législatives. “Je vais aller voter, mais sans illusions. On ne croit plus à la politique.”

A chaque élection, les boulistes se voient promettre un nouveau terrain de pétanque contre leur vote, mais les années passant, ils n’en n’ont toujours pas vu la couleur. Plus grave : les quartiers nord d’Asnières font face à un phénomène de désertification médicale. “Les médecins s’en vont, déplore Ernesto, dont les origines portugaises transparaissent par son léger accent. Avant, il y avait un centre médico-social juste à côté d’ici. Il a fermé il y a trois ans et depuis il n’y a plus de médecins nulle part. Je ne sais pas où prendre un médecin traitant. » 

 Observateur passif de la partie de pétanque, Abdelkader s’anime dès qu’il entend parler politique. Cet employé du transport bientôt retraité a voté Mélenchon au premier tour, et s’est abstenu au second. « J’ai cru à Macron en 2017 ! C’était le mouvement ! Mais j’ai été déçu, et je suis inquiet pour l’avenir. Je ne vote pas pour la droite ou pour la gauche : je choisis le politicien qui me plaît ».

 À ces mots, son ami Kleber, qui écoute la conversation d’une oreille, s’esclaffe : « Marie-Do, elle me plaît, c’est la plus belle femme d’Asnières ! ». Mais ce n’est qu’une plaisanterie, car le visage de Mme Aeschlimann est le seul qui lui soit familier : « Je ne voterai pas pour elle.  Ici, c’est Asnières-Nord, on est de gauche ! », sourit-il. Avant toutefois d’avertir : « Je ne voterai pas pour la NUPES non-plus… Cet assemblage-là, je n’y comprends rien ».

Climat pour Colombes, Mélenchon pour Asnières

En ces terres acquises à Jean-Luc Mélenchon, pourtant, la Nouvelle union populaire a ses cartes à jouer. Mais justifier la synthèse des gauches est un défi. Et c’est à Francesca Pasquini, enseignante Asniéroise, élue EELV d’opposition au conseil municipal, qu’incombe la tâche. Ce soir-là, la candidate et son équipe tractent à Colombes, à la gare des Vallées. Cette portion de la ville, rattachée à la circonscription d’Asnières, est jalonnée de manoirs rutilants. Très tôt raccordée à la capitale par le train, elle fut, au siècle dernier, une terre de villégiature prisée des Parisiens.

À 18h30, coup de départ de la distribution pour Francesca Pasquini et son équipe. « Votez pour la candidate écologiste aux législatives ! », lance un militant en tendant un papier estampillé « Agir pour le climat ». Écolo, plutôt que NUPES ? Thomas Bury, le directeur de campagne de Francesca Pasquini, expose la stratégie en toute transparence : « Ici, l’électorat de cette zone pavillonnaire, de nature CSP+, oscille d’une sensibilité écolo à une veine plus libérale/centre-droit. Alors, on distribue un tract qui parle climat, et on se présente sous la bannière écolo. ». En 2020, l’écologiste Patrick Chaimovitch a par ailleurs raflé la mairie de Colombes à la LR Nicole Goueta.

« Ce ne serait pas très habile de faire du Mélenchon ici. », concède Thomas Bury. À l’inverse, à Asnières-Nord, où les scores de l’écologiste Yannick Jadot n’ont pas dépassé les 2%, le chef de file de la France insoumise est volontiers mis en avant, et les tracts sont à son effigie.

« Ici, la REM a fait l’erreur de retirer la candidate locale. Peut-être parce qu’elle était trop de gauche pour le parti », spécule Pierre Parreaux, militant vert historique rallié à l’union de la gauche. « Ici rien n’est tranché car c’est un électorat de droite, mais modéré et susceptible d’osciller”. Dans la brèche entre les candidatures LR et LREM, et portée par son élan, l’union populaire tente de s’engouffrer.

Diaporama : Asnières-Colombes de nord en Sud