Arnaques bancaires : de l’écran au réel

Bijoux placés dans un faux coffre, paiements en face-à-face, faux coursier envoyé après l’appel d’un prétendu conseiller bancaire. Les escroqueries deviennent hybrides, mêlant manipulation à distance et intervention dans le réel. Plus sophistiquées, le spoofing touche désormais des profils variés et font grimper les préjudices. 

 

Dimanche 20 septembre. Un dimanche paisible, a priori sans souci. Katy se lève sans réveil, sans contrainte. À La Turballe, en Loire-Atlantique, le ciel est bleu. Puis une notification fait basculer la journée. « CIC. Une opération de 3 000 euros est en cours sur votre compte. » Pour la retraitée de 73 ans, le dimanche tranquille tourne au cauchemar. 

Au téléphone, une prétendue conseillère bancaire, « très gentille », lui assure que son compte est désormais sécurisé. Pour coincer les fraudeurs, Katy doit même participer à une opération avec la gendarmerie. Surtout, ne pas raccrocher. Elle prend sa voiture, retire de l’argent, puis se rend dans un bureau de tabac acheter 900 euros de coupons Transcash. Les codes à peine communiqués, l’argent s’est envolé. « J’ai tellement paniqué qu’on me prenne 3000 euros… je suis tombée dedans. » 

Pas besoin d’hypnose. L’escroquerie a simplement quitté l’écran pour accompagner sa victime jusque dans la rue.

C’est ce qu’on appelle le spoofing ou usurpation d’identité qui est une technique frauduleuse où un escroc masque son identité en se faisant passer pour une source de confiance dans le but de voler des données personnelles, obtenir des codes secrets ou forcer un virement financier.

L’escroquerie, commence derrière un téléphone, s’achève sur le pas de la porte 

Faux colis trop gros pour la boîte aux lettres, billets SNCF à -70 %, carte Vitale à renouveler… Les arnaques s’accrochent aux gestes les plus banals du quotidien. On pense recevoir, économiser. Rarement perdre plusieurs milliers d’euros. Mais à ces pièges désormais bien identifiés s’ajoutent des scénarios plus sophistiqués, où le numérique n’est parfois que le point de départ.

Géraldine (le prénom a été modifié par souci d’anonymisation ) raconte ainsi avoir reçu l’appel d’un prétendu conseiller bancaire. Ses comptes seraient menacés et, pour mettre ses biens à l’abri, elle doit suivre ses instructions. La conversation se prolonge jusqu’à son domicile. Elle rassemble ses bijoux. Un homme vient les récupérer en main propre. 

«Ça arrive à tous, quelque soit l’âge»

Cette irruption dans le réel n’est plus marginale. Perrine Sailly, présidente de l’association Victimes mais pas démunis, voit se multiplier ces arnaques « territorialisées », où de faux coursiers peuvent aller jusqu’au domicile des victimes. 

Des scénarios plus pro, souvent nourris de données personnelles, pour des préjudices qui s’alourdissent eux aussi. Dans les dossiers qu’elle accompagne, les pertes atteignent désormais 9 000, 12 000, parfois 300 000 euros. Et le vieux portrait-robot de la personne âgée isolée ne tient plus. « Des jeunes, des actifs, des gens éduqués, cultivés » tombent aussi dans le piège, parfois malgré une formation à la cybersécurité. 

Pas besoin pourtant de connaître toute la vie de sa victime. Parfois, il suffit de la cueillir au mauvais moment. Perdu sur une route de campagne et fatigué, Édouard (le prénom a été modifié par souci d’anonymisation ) pense avoir accroché le rétroviseur d’une voiture. Le conducteur lui réclame 20 euros de dédommagement sur un terminal SumUp. Il recommence. Cette fois, 3 000 euros sont débités. Entre-temps, l’homme a pris soin d’installer la confiance. « Il m’a parlé de sa vie personnelle, de son travail. Je connaissais l’ADMR, pour laquelle il disait travailler, ma propre mère y avait été bénévole pendant près de vingt ans. Tout ce contexte a contribué à me faire croire que c’était vrai. »

Encore sous le choc, Édouard dit avoir rejoué la scène pendant des semaines, au point d’en perdre le sommeil. 

Des failles psychologiques exploitées 

Stress, urgence, mise en confiance, informations personnelles… autant de leviers qui réduisent le temps laissé au doute. Cybermalveillance.gouv.fr décrit la même mécanique chez les faux conseillers bancaires, qui disposent parfois déjà du nom, de l’adresse ou des coordonnées bancaires de leur cible avant de lui présenter une fraude à stopper « en urgence ».

Ce phénomène s’est empiré lors du piratage du site des impôts le mois dernier, aboutissant au vol des données personnelles de quelque 700 000 particuliers et entreprises.  

Une faille humaine que les banques ne peuvent plus ignorer, estime Perrine Sailly. Selon elle, les victimes se heurtent encore trop souvent à des refus de remboursement, au motif qu’elles ont elles-mêmes validé l’opération. Pourtant, à mesure que les systèmes de paiement se sécurisent, les escrocs s’attaquent moins à la machine qu’à celui qui l’utilise.

En 2025, les fraudes par manipulation ont représenté 516 millions d’euros, en hausse de 34 % en un an, selon la Banque de France. Elles pèsent désormais plus de 40 % de la fraude aux moyens de paiement. À défaut de pouvoir forcer les coffres, les escrocs ont appris à convaincre leurs propriétaires de les ouvrir eux-même.

Alexandre Messiah

Médecines douces : qui contrôle les practiciens ?

Le Salon Zen ouvre ses portes ce jeudi à Paris. Parmi les stands, des écoles et praticiens de médecines dites « douces ». Des pratiques en plein essor, mais dont l’encadrement reste très inégal.

“Naturopathie, médecine chinoise, kinésiologie” : au Salon Zen, il est aussi possible de chercher une formation pour devenir praticien. Mais une fois installé, “globalement personne” ne contrôle le professionnel, explique Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre. “Il n’y a pas d’ordre pour les pratiques alternatives, il n’y a pas de diplôme reconnu, il n’y a pas d’encadrement véritable.”

Un contrôle réparti entre plusieurs autorités

“L’Ordre des médecins ne s’occupe que des médecins”, rappelle Thierry Hénique, secrétaire général du conseil départemental de l’Ordre de la Sarthe. Pour les autres praticiens, la limite est juridique : dès lors qu’ils prétendent diagnostiquer ou traiter une maladie, ils peuvent tomber dans l’exercice illégal de la médecine. Pour lui, le problème vient donc d’une question de vocabulaire : si  les praticiens de la médecine douce n’utilisaient pas le vocabulaire lié au domaine médical, il n’y aurait pas de problème. 

“Les bonnes écoles se comptent sur les doigts d’une main”

Le contrôle existe, mais il est réparti entre plusieurs organismes et ne garantit pas un niveau minimal de formation. Sur ce point, les critiques les plus sévères sont celles de certains naturopathes. Parmi eux, Cecilia Elbaz – docteure en pharmacie devenue naturopathe et psychopraticienne – reconnaît que le manque de règles “ouvre la porte à toutes les dérives et tous les charlatans  qui disent qu’un jus de carotte peut soigner le cancer”. Elle défend donc une régulation plus stricte, pour gagner en crédibilité auprès du monde médical. “Il faut que la profession soit réglementée pour qu’il y ait une vraie base d’étude”, estime-t-elle. Elle juge aussi que les bonnes écoles sont encore trop rares : “Les écoles vraiment bien, elles sont sur les doigts d’une main”. Si la pharmacienne “n’est pas contre la pratique par des praticiens non issus de la médecine”, elle regrette le manque de formations encadrées: “C’est très bien qu’elles soient accessibles à tous, du moment qu’elles reviennent sur les bases. Si c’est quelqu’un qui a fait un bac L et a travaillé pendant 10 en lettres ça va être dur. Pas impossible, avec du travail et de l’engagement mais difficile. Et je suis pas sûre que les écoles aujourd’hui soient à la hauteur”

Même constat du côté de Joannie Ricaud, naturopathe et magnétiseuse, issue des ressources humaines avant de se former à distance. Elle reconnaît que “la formation n’est pas suffisante” et que l’expérience vient ensuite combler certaines lacunes. Mais elle défend une place complémentaire pour ces pratiques : “La médecine douce ne se substitue pas” à la médecine conventionnelle, dit-elle, tout en estimant que l’encadrement “devrait évoluer davantage”.

C’est précisément sur cette complémentarité que se situe le professeur Vincenzo Castronovo, médecin chercheur et fondateur du DIU Micronutrition, alimentation, prévention et santé de l’université Paris Cité. Il refuse d’opposer les deux mondes : “Ce n’est pas l’une ou l’autre. C’est une médecine complémentaire.” Pour lui, certaines approches peuvent avoir leur place, mais à condition d’être sérieusement enseignées. “Les formations en deux semaines, c’est n’importe quoi, et ça peut être dangereux”, avertit-il. Il souhaite qu’elles soient pratiquées “par des gens qui ont appris” et “main dans la main avec des médecins”.

Deux visions de la médecine

Pour Jérôme Marty, la critique va plus loin. Il refuse même l’usage du mot “médecine” pour des pratiques qui ne reposent pas, selon lui, “sur des preuves scientifiques”. Il accuse certains praticiens de faire perdre du temps aux patients, de leur faire “changer les traitements” ou parfois les “abandonner pour prendre des trucs illusoires”. “Pendant ce temps, leur maladie évolue”, alerte-t-il.

Mais sur la formation, les deux hommes s’accordent: “Les formations en deux semaines, c’est n’importe quoi, et ça peut être dangereux”, reconnaît Vincenzo Castronovo. Il défend une pratique assurée par “des gens qui ont appris” et travaillant “main dans la main avec des médecins”. Plus largement, il estime que “tout système où il n’y a pas d’encadrement va aller à la dérive”.

Juliette Sanchez





L’impasse de la contraception chez les femmes : quand aucune alternative ne convient.

Cerazette, Optimizette, Antigone, Desopop…Ces pilules micro-progestatives contenant du désogestrel font l’objet de plusieurs rappels auprès des professionnels par l’Agence du médicament (ANSM) depuis 2025. En septembre 2026, 1,6 millions de femmes sont averties par l’ANSM du risque de méningiome lié à la présence de désogestrel dans leur contraception. Des examens médicaux et une vigilance accrue sont fortement conseillés auprès de ces femmes. Ce risque de santé lié à la contraception est loin d’être un cas unique. Au contraire, de nombreuses femmes se trouvent au pied du mur face à ces questions. Désorientées par l’absence d’une alternative positive, les femmes ne savent plus vers quoi se tourner en terme de contraception.

 

Trouver la “bonne” contraception

 

« Présence d’un méningiome de nature bénigne » s’inscrit noir sur blanc sur la feuille de résultats d’IRM cérébrale de Schana. La jeune femme de 28 ans s’est vu prescrire cet examen après une consultation occasionnelle chez sa gynécologue en juillet 2026. Depuis plus de 9 ans, Schana prend la pilule Antigone, une de ces pilules micro-progestatives avec du désogestrel rappelé dernièrement par l’ANSM. L’Agence du médicament alerte principalement sur la prise de la contraception au-delà de 5 ans, et sur les femmes de plus de 45 ans. Sans réelle avertissement médicale au préalable, Schana n’a « jamais été prévenu des risques de ce type de pilule…sans inclure évidemment les effets secondaires comme les maux de tête, les changements d’humeur et j’en passe ! »

Depuis la découverte de ce méningiome bénin, « pour l’instant sans danger donc, avoue-t-elle, je pense vouloir arrêter la pilule définitivement ». Découragée par la difficulté de trouver la « bonne » contraception, Schana fait ressentir un sentiment d’abandon concernant la contraception. Après avoir essayé l’implant pendant 4 ans qui lui a valu « des migraines quotidiennes, une baisse de libido, des idées noires et une humeur très changeante », la jeune femme s’interroge : « Pourquoi pas tenter un stérilet ? Ça me laisse tout de même perplexe…»

 

“Rien de très satisfaisant”

 

L’impasse à la contraception se fait aussi sentir chez Ella. L’étudiante de 22 ans fait partie des femmes prenant ces pilules avec du désogestrel : « Je n’ai pas été rappelée mais j’ai vu passer le nom de ma pilule Optimizette. La pharmacie en bas de chez moi me l’a confirmé ». La jeune femme attend avec impatience son rendez-vous avec sa gynécologue et se dit “stressée” de devoir passer des examens médicaux. Atteinte d’endométriose – comme 10 % des femmes – elle est consciente du peu d’alternatives qui s’offrent à elle. « Je vais devoir changer de pilule, mais je ne pense pas changer de moyen de contraception car rien n’est vraiment satisfaisant comme équivalent quand on est touché par l’endométriose ». Informée sur les effets néfastes avant même la prise de cette pilule, « ma gynéco m’a toujours averti des différents problèmes liés à la pilule, en m’indiquant aussi qu’elle ne voyait pas de moyen aussi adapté pour moi…». Impuissante face à la proposition du marché contraceptif, la jeune femme n’y trouve pas son compte. Et l’idée d’une contraception masculine ne l’enchante pas non plus…

 

Et si ça concernait les hommes ?

 

La contraception est socialement la responsabilité des femmes. Mais depuis quelques années, plusieurs moyens de contraception masculine apparaissent sur le marché : anneau ou slip chauffant, injections hormonales… Si Ella – obligé de prendre la pilule à cause de l’endométriose – « ne vois pas l’intérêt que mon copain utilise un moyen de contraception », elle reconnaît que le sujet reste tabou chez les hommes et qu’ils devraient « prendre cette charge ou du moins restés ouvert à la discussion ».

Schana reconnaît cette responsabilité induite « par obligation ou par défaut ». Elle s’indigne :  « On parle souvent de liberté sexuelle, mais cette liberté représente une forme d’inégalité car nous, les femmes, supportons la charge mentale de devoir y penser mais aussi des risques médicaux qui peuvent suivre. » Si elle suppose que son compagnon pourrait franchir le cap, Schana s’inquiète du peu d’information et de prévention autour de la contraception chez les hommes.

Depuis les années 1970, les études sur la contraception masculine paraissent. Pourtant, il n’existe encore aucune réelle méthode vendue sur le marché européen. Dans une interview menée par FranceInfo en août 2026, le docteur Alan Charissou justifie la lenteur de ce développement par l’absence « d’intérêt économique à ce que ça se fasse. Le marché de la contraception global est dominé par la contraception hormonale chez la femme qui représente une part colossale » En 2025, ce marché représentait 19,44 milliards de dollars en 2025. Alors s’il n’y a pas d’intérêt sur le plan économique, ce n’est pas non plus sur le plan politique que la contraception masculine est au centre du sujet. 

Les professionnels du métier reconnaissent l’utilité de « l’anneau contraceptif. Mais il faut le porter 15h par jour », déplore la sage-femme au cabinet IPSO Loreleï Depiere. Elle et sa collègue Doris Longhi mettent d’abord en avant le préservatif. « C’est la seule contraception sans effets secondaires et fiables ! », pointe Loreleï Depiere. « C’est remboursé et ça protège des IST », rebondit Doris Longhi. 

Emma Kerbourc’h

« On nous répartit comme des pièces détachées » : chez SFR, la colère des salariés monte avant le rachat

Près de 25 millions de clients – soit plus d’un Français sur trois – sont concernés par la disparition annoncée de SFR et sa répartition entre Bouygues Telecom, Orange et Free. (Crédits : Caroline Henriques / CELSA – Sorbonne Université)
REPORTAGE – Les salariés de SFR sont appelés à la grève ce jeudi après-midi à l’initiative de l’Unsa, de la CFDT et de la CFTC. Quatre mois après l’annonce du rachat de l’opérateur pour 20,35 milliards d’euros, l’intersyndicale dénonce des garanties insuffisantes pour l’avenir des 8 000 salariés concernés et réclame de meilleures conditions de reclassement.

Huées, klaxons, sifflets et fumigènes rouges. Peu après 14 heures ce jeudi, la cour du siège de SFR, rue du Général-Alain-de-Boissieu, à Paris, se remplit progressivement de quelque 200 salariés venus des boutiques, des équipes techniques et des services du site. Sur les tee-shirts blancs floqués « # SFR, c’est nous », un autre slogan revient en boucle dans les haut-parleurs : « Aujourd’hui, on se bat pour que personne ne soit sacrifié. Nous ne sommes pas des matricules ! »

À Balard, la mobilisation ressemble moins à un rejet de la vente qu’à une ultime bataille pour peser sur l’avenir des 8 000 emplois directement menacés. Car le rachat de SFR est désormais acté sur le principe. En juin dernier, Altice France a conclu un accord de 20,35 milliards d’euros avec Bouygues Telecom, Orange et Free pour céder l’opérateur. Plus d’une centaine de boutiques sur les 300 en France étaient déjà fermées en fin de matinée, selon l’Unsa.

« Une seule proposition de poste, ce n’est pas un choix »

Les revendications syndicales sont précises : trois propositions de reclassement par salarié, une protection de l’emploi au-delà de 2028, davantage de transparence sur le projet industriel et des mesures d’accompagnement renforcées. Et dans le cortège, cette angoisse prend un visage. Bintou Camara, 42 ans, travaille depuis seize ans dans une boutique SFR des Yvelines. Elle confie avoir « le ventre noué » : « J’ai construit ma vie autour de ce travail. J’ai un crédit, trois enfants… Si je me retrouve licenciée ou mutée, je vends ma maison et j’arrache mes enfants à leur école pour un simple poste de vendeuse ? »

« J’ai une fille de 8 ans atteinte d’un handicap sévère, je ne peux pas me permettre de naviguer à vue. »

Karim Benali, 37 ans, technicien fibre en Seine-Saint-Denis

Le consortium assure pourtant qu’aucun salarié ne sera laissé sur le carreau. « Ce projet apporte une solution d’emploi à chacun des 8 000 salariés du périmètre repris : environ 5 000 pourront rejoindre les trois opérateurs au lendemain de l’opération et 3 000 poursuivront leur activité chez SFR pour conduire la migration jusqu’au début de 2029 », nous affirme le groupe Iliad-Free. Une promesse qui ne convainc pas. « Une seule proposition de poste, ce n’est pas un choix. Si elle est à 500 kilomètres de chez nous, qu’est-ce qu’on fait ? », fustige Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT.

« Un ministère du Travail aux abonnés absents »

Pour beaucoup, la disparition annoncée de SFR signifie aussi celle d’un collectif construit depuis des années. Karim Benali, 37 ans, est technicien fibre en Seine-Saint-Denis depuis plus d’une décennie. « On a installé des milliers de lignes, dépanné des familles, construit ce réseau. On a l’impression qu’on nous répartit comme des pièces détachées entre trois entreprises. J’ai une fille de 8 ans atteinte d’un handicap sévère, je ne peux pas me permettre de naviguer à vue. »

À la suite du rachat de SFR, les salariés réclament trois propositions de reclassement par personne et une garantie de l’emploi au-delà de 2028. (Crédits : Caroline Henriques / CELSA – Sorbonne Université)

Les syndicats déplorent également un dialogue social qu’ils jugent dégradé. « Les patrons vont essayer de nous diviser pour gagner, en expliquant que tout est de la faute des syndicats. Il faut venir à bout de ce capitalisme sauvage : les grands dirigeants comptent leurs milliards, on compte la misère », insiste un élu du personnel, regrettant également un « ministère du Travail aux abonnés absents » et le silence des responsables politiques en pleine période de campagne électorale.

Le bras de fer se poursuit devant les tribunaux

Et la mobilisation ne se joue pas seulement dans la rue. Jeudi matin, avant le rassemblement, le CSE central de SFR a défendu devant le tribunal judiciaire de Paris un recours en référé contre Altice France et les trois acquéreurs afin d’obtenir davantage d’informations sur le projet de cession. La décision est attendue le 26 octobre, tandis qu’une audience au fond doit se tenir début décembre.

Les syndicats assurent toutefois vouloir maintenir le dialogue. « Nous sommes toujours prêts à négocier, mais pas à signer un chèque en blanc. » Face à eux, les repreneurs affirment que leur « priorité est claire : préserver l’emploi » et mettent en avant des indemnités pouvant atteindre près de trois années de salaire net pour les salariés choisissant un départ volontaire, nous confirme le groupe Iliad-Free. En 2017, un premier plan de départ volontaire avait permis de supprimer 5 000 postes. Reste à savoir si ces engagements suffiront à convaincre les équipes du carré rouge. Pour l’heure, à Balard, les syndicats promettent de « ne pas relâcher la pression en l’absence de garanties ».

Par Caroline Henriques

(Au moment du rendu, la Préfecture de police de Paris et l’Unsa ont indiqué ne pas être encore en mesure de communiquer une estimation du nombre exact de manifestants à Balard comme en France, et le ministère du Travail n’a pas répondu)