Le fracture entre beIN Sports et les supporters de Ligue 2 est toujours ouverte

 

Ce jeudi 13 septembre, à l’issue d’une réunion entre beIN Sports, la Ligue de football professionnel (LFP), les clubs de Ligue 2 et l’Association nationale des supporters, des mesures ont été annoncées afin de modifier la programmation des rencontres de L2. Des annonces jugées insuffisantes par les différents groupes de supporters, toujours dans l’incompréhension du choix de la chaîne qatarie de diffuser le multiplex le vendredi soir.

Depuis quelques semaines, la tension ne faiblit pas entre les nombreux supporters et beIN Sports, le diffuseur officiel de la Ligue 2 pour la période 2024-2029. Les fans de L2 ne digèrent pas la décision de la chaîne qatarie de programmer la plupart des rencontres le vendredi soir au lieu du samedi soir, plage horaire utilisée par Prime Vidéo lors des dernières saisons. Pour exprimer leurs mécontentements, de nombreuses banderoles hostiles sont régulièrement déployées par les fans dans les stades depuis le début du championnat : « Le foot c’est le week-end. BeIN Sports tue la Ligue 2″, pouvait-on lire. Pour calmer la grogne qui va des jets de fumigènes au saccage d’un camion régie de beIN, la chaîne qatarie, avec la LFP, a annoncé jeudi soir modifier sa grille de programmation. L’un des 7 matches du multiplex du vendredi soir basculera désormais le samedi soir à partir de la 8e journée. Le match du lundi soir sera diffusé le samedi (14h ou 20h) lors de 8 des 32 journées programmées pour permettre aux supporters de « mieux préparer les rencontres ainsi que leurs déplacements » d’après le communiqué de la LFP. Suffisant pour calmer la fronde ?

Des mesures jugées insuffisantes

Axelle Francke, journaliste sportive dans un média en Haute-Savoie est une supportrice inconditionnelle du club d’Amiens, la ville de son enfance. Cela tombe bien, ce vendredi son équipe de cœur se déplace au Parc des sports d’Annecy. Problème, elle ne peut s’y rendre : « Ces annonces ne sont pas suffisantes. Je ne vais pas avoir le temps de me rendre au stade. Le match commence à 20h et je termine le boulot après 18h30, c’est trop tard. La saison dernière, je pouvais m’y rendre sans problème quand le match était programmé en plein week-end ».

Depuis 2021, Prime Vidéo diffusait le multiplex le samedi soir et les supporters étaient plutôt satisfaits de cette programmation pour des raisons d’organisation familiale : « C’était plus facile pour nous de nous déplacer le samedi soir », explique Steven Bouillard, membre du Malherbe Normandie Kop de Caen. Mais pour la période 2024/2029, c’est beIN Sports qui diffusera la Ligue 2 contre un chèque de 40 millions par an. Un joli pactole pour la LFP qui n’a pas eu d’autre choix que d’accepter la programmation du vendredi soir proposée par la chaîne qatarie : « Le vendredi, c’est un gros bordel, tout le monde rentre du travail. On pensait tous que le multiplex allait être programmé le samedi soir. On a été prévenu trop tardivement quand les abonnements au stade avaient déjà été pris. Le timing n’est pas bon et beaucoup ont perdu de l’argent ».

Quel est l’intérêt de beIN Sports de diffuser le multiplex le vendredi soir ?

De 2012 à 2020, beIN Sports était l’unique diffuseur des matches de Ligue 2 et les rencontres étaient diffusées le vendredi soir. Les supporters n’avaient pas encore connu le multiplex du samedi soir proposé ces dernières années par Prime Vidéo. Ce qui explique pourquoi il n’y avait pas encore de fossé entre la chaîne qatarie et les fans de Ligue 2. Il y a quelques jours, Florent Houzot, le directeur de beIN avait assumé le choix de sa chaîne : « La position est claire et nette, le multiplex avec 7 matches le samedi soir, ce n’est pas possible. Notre catalogue est riche, nous n’avons pas assez de chaînes ». L’objectif de beIN est donc de mettre en valeur sa grille de programmation : « BeIN diffuse aussi la Bundesliga et la Liga le samedi, donc pour éviter un embouteillage de programmes et de chaînes, le groupe cherche à maximiser la diffusion de la Ligue 2 et n’a pas d’autre choix que de diffuser le multiplex le vendredi soir », indique Sacha Nokovitch, journaliste média à l’Équipe. Le deal tardif des droits TV, bouclé seulement fin juin et la communication de la programmation des matches annoncée fin juillet, à peine deux semaines avant la première journée de championnat, explique sans doute la grogne des supporters : « La responsabilité appartient plutôt à la LFP et aux clubs qui savaient dès le début de l’été que le multiplex allait être programmé le vendredi soir. À partir du moment où beIN achète les droits de la Ligue 2, il choisit quand le diffuser ». Au grand dam des supporters.

Caen’s supporters unfold a giant flag which reads « We are Caen » in the stands ahead of the French Cup football match between Le Havre AC and Stade Malherbe Caen at the Stade Oceane in Le Havre, northern France, on January 7, 2024. (Photo by Lou Benoist / AFP)

 

« 43 manœuvres » de déstabilisation ont touché la France pendant la durée des Jeux

Le Viginum a publié ce vendredi son rapport sur la menace informationnelle lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Plusieurs dizaines de tentatives de déstabilisation étrangères ont eu lieu sur les réseaux sociaux.

« 43 manœuvres informationnelles ont ciblé les Jeux de Paris 2024, s’appuyant sur différents modes opératoires », assure Viginum, service de l’État en charge des ingérences numériques étrangères, et ce entre le mois d’avril 2023 et le 8 septembre. D’après le rapport, l’audience des JOP qui était « très largement positive, a inévitablement offert des opportunité de manœuvres malveillantes pour les acteurs étrangers de la menace informationnelle ».

Parmi les thèmes qui reviennent le plus dans ces tentatives de déstabilisations, le rapport pointe « l’immigration, l’insécurité, l’insalubrité, l’inclusion des minorités et les questions de genre ».

Des manœuvres de déstabilisation peu concluantes

« Elles ont toutes mis en exergue une volonté manifeste d’instrumentaliser, de manière planifiée ou opportuniste, tout événement ou fait d’actualité en lien avec les Jeux ». Le point commun de la majorité de ces attaques portant sur les JOP avaient pour but de « porter atteinte à l’image et à la réputation de la France en dénigrant sa capacité à accueillir, organiser et sécuriser de grandes compétitions internationales » et de « remettre en cause les valeurs universelles et démocratiques ».

Malgré cela, Viginum observe que « les manœuvres identifiées ont, pour la plupart, peiné à obtenir une visibilité suffisante dans le débat public numérique francophone, pour produire des effets réels sur le bon déroulement des événements ».

Parmi les tentatives de déstabilisation, on peut retenir une vidéo publiée sur les réseaux sociaux X, Facebook et Telegram montrant un prétendu membre du Hamas qui menaçait la France, en l’accusant de soutenir Israël. Cette tentative a été attribué à la Russie.

Le Royaume-Uni juge « totalement infondé » le retrait de l’accréditation de six diplomates par Moscou

Le gouvernement britannique a jugé, vendredi 13 septembre, « totalement infondées » les accusations d’espionnage faites par Moscou à l’égard de six diplomates de l’ambassade britannique, à qui les autorités russes ont retiré leur accréditation.

Londres a immédiatement réagi ce vendredi au retrait de l’accréditation de six de ses diplomates travaillant dans l’ambassade britannique à Moscou et accusés d’espionnage sur fond de hausse des tensions autour des missiles ukrainiens.

« Les accusations faites aujourd’hui par le FSB (le service russe de sécurité) contre nos employés sont totalement infondées », a ainsi déclaré le ministère britannique des Affaires étrangères dans un communiqué, ajoutant que Londres « assume de protéger ses intérêts nationaux ».

Le FSB a affirmé que cette décision a été prise « comme mesure de représailles aux multiples actes inamicaux de Londres », en accusant les six diplomates visés d’avoir mené des « activités subversives et de renseignement ». Ces derniers ont déjà quitté la Russie il y a plusieurs semaines et ont été remplacés.

Un contexte de fortes montées des tensions entre le Royaume-Uni et la Russie

La décision russe intervient dans un contexte de montée des tensions entre le Royaume-Uni et la Russie sur fond de guerre en Ukraine, et le jour où le Premier ministre Keir Starmer est à Washington pour discuter avec le président Joe Biden de la possibilité d’autoriser Kiev à utiliser des missiles à longue portée contre la Russie.

Les affaires d’espionnage présumé impliquant Moscou se sont également succédé ces derniers mois au Royaume-Uni. En mai dernier, le précédent gouvernement britannique de Rishi Sunak avait expulsé l’attaché de défense en poste à l’ambassade russe à Londres, le présentant comme un « officier de renseignement militaire non-déclaré », ce qu’avait démenti Moscou. Six Bulgares doivent également être prochainement jugés à Londres, accusés d’espionnage pour le compte de la Russie.

Simon Kremer avec AFP

(Photo by Anatolii Stepanov / AFP)

Sensibilisation contre la soumission chimique : un procès hors-norme, et après ?

Gisele Pelicot (au centre), entourée de ses avocats, Antoine Camus (à gauche) et Stéphane Babonneau (à droite). AFP/Christophe Simon

Au tribunal d’Avignon, le procès contre Dominique Pelicot et cinquante hommes pour avoir violé Gisèle Pelicot pendant dix ans se poursuivra jusqu’à décembre prochain. Au-delà d’un procès hors norme, l’affaire Mazan met la lumière sur le phénomène de soumission chimique.

Le procès relève l’ampleur de la soumission sous tout ses aspects. Celle d’une femme d’abord, Gisèle Pelicot, 64 ans, soumisse à la perversion de son mari, Dominique Pelicot, qui pendant dix ans, la livre à des hommes recrutés sur le site Coco.fr (fermé depuis) pour la violer dans le domicile conjugal. Du 2 septembre au 20 décembre, le tribunal d’Avignon jugera 50 hommes âgés de 26 à 71 ans, dont Dominique P., principal accusé dans ce procès hors-norme. C’est aussi le procès de la soumission chimique, dont le retraité a usé en administrant de puissantes doses d’anxiolytiques à Gisèle P. En filigrane de l’Affaire devenue fait de société, la victime espère mettre en lumière le phénomène en alertant « celles qui le matin se réveilleront avec des absences, des souffrances gynécologiques », explique-t-elle.

Mais si la lutte contre la soumission chimique fait l’actualité nationale et internationale, « une fois que le procès sera fini, je crois qu’il ne se passe rien », déplore Servane (qui n’a pas souhaité donner son nom de famille), 49 ans, fondatrice du collectif féministe La Grenade, là on entend certaines victimes, mais après ? ». En France, on estime pourtant que le phénomène n’est pas nouveau : depuis 2003, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) recense chaque année les cas de soumission chimique. En 2022, elle dénombrait 1 229 signalements suspects pour soumission chimique dont 58 % liés à signalement d’agressions sexuelles. Un chiffre « certainement encore largement sous-estimé », avance l’association « M’endort pas », dirigée par la fille de Gisèle P., Caroline Darian. « Aucune enquête n’est en mesure de comptabiliser de façon exhaustive le nombre de victimes de soumission chimique par an en France du fait de la complexité de la problématique », écrit l’organisation.

Alors que le sujet de la soumission chimique a été relativement mis en avant suite au mouvement #BalanceTonBar, qui dénonçait les cas d’empoisonnements dans des lieux festifs, les cas de soumission chimiques dans des lieux privés restaient, jusqu’au procès, en dessous des soupçons. « C’était considéré comme un crime des gens de la nuit, de ceux qui sortent, explique la militante, alors que comme toutes les violences sexuelles, c’est aussi utilisé dans la sphère privée : droguer sa femme, saouler sa femme, ce sont des violences qui existent depuis toujours ». 

Pour autant, selon la militante, les victimes de sphères privées, à l’image de Gisèle P. sont plus difficiles à approcher : « en ce moment, on en parle beaucoup à la télé ou dans la presse, ce qui est une très bonne chose », explique-t-elle, « mais les campagnes de sensibilisation sont davantage tournées pour les jeunes adultes, alors qu’à chaque âge, on peut être une victime ».

Collages feministes, prospectus d’information, articles de sensibilisation : depuis l’ouverture du procès de Mazan, les initiatives se sont multipliées pour alerter sur l’enjeu de santé public. « En cas d’agression par soumission chimique, il est important de parler de ce qui est arrivé, à des personnes de confiance et à des professionnels de santé qui pourront vous écouter et vous accompagner », écrit notamment l’Université de Strasbourg dans un document publié le 12 septembre. « Mais malheureusement, il y a tellement d’autres formes de violences que les associations ne s’emparent pas assez suffisamment de celle-ci », déplore Servane.