Frappes pakistanaise en Afghanistan : le gouvernement taliban promet de répliquer

 

Après une incursion de drones partis du territoire afghan, le Pakistan a mené des frappes qui ont tué quatre civils, selon le porte-parole du gouvernement taliban. 

Le Pakistan a mené « des frappes aériennes et de drones » en Afghanistan, en réponse à « l’incursion de 23 drones partis du territoire afghan » la veille qui « ont violé sa souveraineté et son intégrité territoriale », a indiqué sur X le ministère de l’Information pakistanais. Il a mentionné avoir visé « 10 sites utilisés pour lancer ou stocker ces drones ».

Le Pakistan aurait notamment visé la ville de Kandahar, qui abrite le chef suprême des autorités talibanes Hibatullah Akhundzada. Le porte-parole du gouvernement taliban, qui s’est exprimé sur X, promet de répliquer. « Le régime militaire pakistanais a une nouvelle fois commis une agression et conduit des bombardements aériens à Kandahar (sud) et (dans les provinces de) Paktia, et Khost. (…). Quatre civils ont été tués ».Ces actions « auront de sévères conséquences pour l’armée pakistanaise », a-t-il ajouté.

Il s’agit de la deuxième série de frappes aériennes pakistanaises cette semaine. Lundi trois civils avaient été tués dans un bombardement dans la province de Kunar (est), selon l’ONU et les autorités afghanes. Islamabad avait de son côté affirmé avoir tué « 28 terroristes ».

Elles interviennent après une attaque contre un quartier général de la police dans le nord du Pakistan vendredi qui a fait au moins 31 morts et a été revendiquée par une faction liée au mouvement jihadiste Tehreek-i-Taliban Pakistan (TTP)

Un conflit qui dure depuis des mois

Islamabad accuse son voisin d’accueillir des combattants du TTP, ce que les autorités afghanes démentent.

Les deux voisins entretiennent des relations particulièrement tendues depuis le retour du gouvernement taliban en 2021. En octobre 2025, les combats entre l’Afghanistan et le Pakistan avaient fait des dizaines de morts, y compris lors de frappes pakistanaises sur Kaboul, et abouti à la fermeture quasi totale de la frontière terrestre.

Après diverses médiations, les affrontements avaient diminué sans totalement cesser puis ont viré en guerre ouverte fin février, avec de nouvelles frappes aériennes y compris sur Kandahar et Kaboul.

Le bombardement le plus meurtrier avait touché le 16 mars un hôpital pour toxicomanes de la capitale afghane, tuant au moins 269 civils, selon l’ONU.

Malgré des médiations et des tentatives de cessez-le-feu, les affrontements n’ont jamais totalement cessé. En juin, des frappes pakistanaises avaient fait une trentaine de mort dans l’est de l’Afghanistan.

Dans son dernier rapport, la Mission des Nations unies en Afghanistan avait indiqué que 499 civils avaient été tués et 1.216 blessés par le conflit entre octobre 2025 et fin juin 2026.

 

Le CELSA avec AFP

Budget 2027 : Lecornu invite ses soutiens à la « cohésion » avec les autres camps politiques

Après avoir demandé aux socialistes de chercher un compromis sur le budget 2027, le premier ministre sollicite désormais ses soutiens pour travailler avec « ceux qui ne partagent pas toutes (leurs) convictions ». Il a réaffirmé la nécessité de réduire le déficit et la responsabilité des parlementaires de « préserver la liberté d’action de (leurs)  successeurs » à l’aube de la présidentielle 2027.

Sébastien Lecornu, outre son courrier aux parlementaires socialistes pour les inviter à bâtir un compromis sur le budget, a écrit à ses soutiens pour leur demander de « travailler » avec « ceux qui ne partagent pas toutes (leurs) convictions ».

« Nous devrons chercher des accords au-delà de nos groupes. L’an dernier, nous avons accepté des concessions difficiles pour donner un budget à la France. Cette année encore, nous devrons savoir travailler avec celles et ceux qui ne partagent pas toutes nos convictions », écrit le Premier ministre dans un courrier aux groupes MoDem, Horizons, Renaissance, Liot et Les Républicains, cité par le Parisien et obtenu par l’AFP.

Un budget à l’aube de la présidentielle

Sébastien Lecornu avait proposé dans un premier courrier aux socialistes de bâtir, comme en 2026, un compromis sur le budget pour 2027, afin de déjouer les menaces de censure qu’ils brandissent déjà dans la perspective de la présidentielle.

« La proximité de l’élection présidentielle ne diminue en rien ce que nous pouvons encore accomplir ensemble », estime Sébastien Lecornu à l’orée de débats budgétaires qui s’annoncent vifs à l’approche de ce scrutin.

Dans cette lettre datée de mercredi, le chef du gouvernement redit qu’il ne « se mêlera pas de la campagne présidentielle » et que « chacun restera libre de ses choix politiques », mais invoque une « responsabilité commune » à doter le pays d’un budget afin de « préserver la liberté d’action de nos successeurs ».

« Objectif de réduction du déficit »

Il prévient les parlementaires de son camp qu’à la fin, « l’objectif de réduction du déficit devra tenir » et « la liberté d’amender va de pair avec la responsabilité de financer ».

Il assure pour ce faire qu’il veillera à ce qu »ils disposent « des explications et des chiffrages nécessaires pour débattre et proposer ». « Notre cohésion se construira aussi dans cette qualité de travail entre le gouvernement et ses soutiens. »

Manon Latour avec AFP

Prix du carburant : les taxis parisiens ne s’y retrouvent plus

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement a annoncé mardi une enveloppe de 450 millions d’euros pour soutenir les Français touchés par cette hausse. Parmi eux, les chauffeurs de taxi vont bénéficier d’une avance de trésorerie. Mais devant cette aide qu’ils jugent insuffisante, ils réclament des mesures supplémentaires.

Aux abords de la place de l’Etoile à Paris, Robenson Camille, 42 ans, attend ses clients au volant de sa berline noire. Depuis plusieurs mois, la hausse des prix du carburant, qui atteint en moyenne 2,40 euros le litre de gasoil à la pompe, pèse sur ses dépenses. « Ça me coûte plus cher, évidemment. C’est pénible, mais on ne peut rien faire », soupire le chauffeur de taxi.

Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé hier une série de nouvelles aides destinées à amortir cette hausse pour plusieurs secteurs professionnels, notamment les pêcheurs et les agriculteurs. Les chauffeurs de taxi bénéficient d’une avance de trésorerie exceptionnelle, correspondant à un acompte de 25 % sur le remboursement annuel de la TICPE qui doit normalement leur être versé en 2027, calculé sur leur consommation de carburant en 2025.

Une mesure qu’ils jugent insuffisante. « De toute manière, je n’attends plus rien du gouvernement », déplore Robenson. Titulaire de sa licence, il effectue en moyenne deux pleins par semaine, pour près de 100 euros à chaque fois. Une dépense difficile à réduire. Mickaël Benhamou*, lui aussi chauffeur de taxi, partage ce constat. « On subit, déplore-t-il. On a l’impression que les taxis ne sont pas une priorité. »

« S’il faut travailler jusqu’à minuit, on travaille jusqu’à minuit »

Pour limiter ses dépenses, Mickaël adapte désormais sa manière de travailler. Il réfléchit davantage avant d’accepter certaines courses, notamment les plus longues. « On fait le moins de kilomètres possible à vide. Si le client va trop loin, il faut penser au retour. Donc parfois, on se met à refuser des courses. Avant, on allait là où il y avait du travail sans se poser de question », explique-t-il.

Chauffeur de taxi depuis 25 ans, Mickaël exerce comme locataire-gérant. Chaque jour, il doit ainsi verser une centaine euros pour la location de son véhicule et de sa licence. Dans un contexte de hausse des prix du carburant, le quinquagénaire n’a d’autre choix, pour parvenir à couvrir ses frais et dégager un revenu, de travailler davantage. « On travaille tous les jours. S’il faut travailler jusqu’à minuit, on travaille jusqu’à minuit », résume-t-il.

« On marche sur la tête »

Pour Lydia Chouasnard, déléguée générale de la Fédération des Taxis Indépendants 75, la hausse du carburant réduit directement les revenus des chauffeurs. « C’est incompréhensible, on marche sur la tête », déplore-t-elle. « Ce que je mets en plus dans le carburant, c’est mon salaire. Ce sont mes revenus, donc ma part de rentabilité directe. »

Face à l’augmentation de leurs charges, les représentants de la profession réclament désormais des mesures qu’ils estiment plus adaptées à leur activité. Parmi les pistes défendues par la fédération : revoir certaines tarifications qui pèsent sur les chauffeurs. Lydia Chouasnard cite notamment le transport de patients pris en charge la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), dont le tarif n’a pas été actualisé en 2026. Pour la responsable syndicale, le problème est surtout celui du rapport entre le temps passé sur la route et la rémunération obtenue. En tout cas, elle estime que la hausse des tarifs des courses classiques n’est pas une solution viable. « On ne veut pas impacter le prix sur les clients parce que ce serait déraisonnable. On va perdre de la clientèle », estime-t-elle.

La TVA comme autre levier

Du côté du Syndicat Taxis La Verte, Chelihi Hakim défend une autre mesure : diminuer temporairement la TVA appliquée aux courses de taxi. Le taux applicable au transport de voyageurs est actuellement de 10 %. Le secrétaire général propose de le ramener temporairement à 5 % afin de permettre aux chauffeurs de conserver une plus grande part de leur chiffre d’affaires. « L’État n’aurait pas d’argent à avancer de sa poche. Et nous, au moins, ça nous soulagerait », estime-t-il.

Tandis que les chauffeurs de taxi cherchent des solutions pour absorber la hausse du prix du carburant, certains ont déjà fait le choix de l’électrique. C’est le cas de Marouane Amamou, 50 ans, qui roule depuis près de deux ans avec un véhicule 100 % électrique. « Je ne suis plus concerné par ça depuis presque deux ans. Ça m’a énormément soulagé », témoigne-t-il. Une transition que les pouvoirs publics souhaitent désormais encourager. À partir du 1er octobre 2026, les chauffeurs de taxi pourront bénéficier d’une aide à la location ou à l’acquisition d’un véhicule électrique, dans les conditions du bonus écologique.

Carole-Anne Try

Noyades : l’apprentissage de la nage ne coule pas de source

Piscines vieillissantes, pénurie de maîtres-nageurs, apprentissage marqué par les inégalités sociales… Face à l’eau, tous les Français ne partent pas avec les mêmes armes. Et quelques longueurs en bassin ne suffisent pas toujours lorsqu’il faut affronter courants, baïnes ou eau froide.

 

Le thermomètre monte, les corps se jettent à l’eau et les noyades suivent. Entre le 1er mai et le 15 juillet 2026, 925 noyades ont été recensées en France, dont 301mortelles, en hausse de 14 % par rapport à 2025.  Près de huit décès sur dix sont survenus pendant les trois épisodes de vigilance canicule de cette période. Avec les fortes chaleurs, plages, lacs et rivières deviennent autant de refuges. Pas toujours surveillés, pas toujours maîtrisés.

Face à l’eau, pourtant, les Français n’ont pas tous reçu le même apprentissage. Le lieu où l’on grandit, les équipements disponibles, les vacances que l’on peut s’offrir et le milieu social dessinent des rapports très différents à la nage.

Alors moins apprendre à nager signifie-t-il davantage risquer de se noyer ?

Des piscines qui prennent de l’âge

Pour apprendre à nager, encore faut-il avoir une piscine. Or une partie du parc aquatique français, hérité des grandes vagues de construction des années 1960 et 1970, vieillit. Rénover coûte cher, chauffer aussi. Les fermetures temporaires viennent alors grignoter les heures de bassin disponibles.

Mais la France n’est pas un désert aquatique. « La France n’est pas sous-dotée en piscines », souligne Fabien Camporelli, maître de conférences à la faculté des sciences du sport de Strasbourg. Hors Ile-de-France, le pays compte environ 1,14 bassin pour 10 000 habitants, selon les données qu’il mobilise. Le maillage national cache en revanche de fortes disparités et des équipements parfois devenus inadaptés.

La Seine-Saint-Denis en souffre. Malgré les investissements récents, notamment dans le sillage des Jeux olympiques, le département reste moins bien doté en surface de nage. En 2024, le chercheur y relève environ 138 mètres carrés de plan d’eau pour 10 000 habitants. Avec un taux de réussite au savoir-nager en sixième de 59 %, contre 89 % à l’échelle nationale. Un bassin construit ne garantit d’ailleurs pas davantage qu’un enfant puisse y apprendre à nager. Encore faut-il quelqu’un pour lui enseigner. ce sous-équipement se traduit aussi dans l’apprentissage.

Bassins cherchent maîtres-nageurs

Sur le bord des piscines aussi, les effectifs prennent l’eau. Selon plusieurs organisations professionnelles, il manquerait 4 000 à 5 000 maîtres-nageurs sauveteurs en France. Des postes vacants qui se traduisent localement par des horaires réduits, des créneaux supprimés et parfois des bassins fermés.

« La priorité, c’est de remplir les bassins », martèle Axel Lamotte, secrétaire adjoint du Syndicat national professionnel des maîtres-nageurs sauveteurs. Son organisation réclame « un plan d’urgence d’apprentissage de la nage gratuit pour tous et partout ». La profession pointe aussi le coût des formations et les difficultés de recrutement.

Multiplier les piscines ne suffirait donc pas. Car une autre frontière, moins visible qu’un bassin fermé, sépare les nageurs.

Dis-moi d’où tu viens, je te dirai comment tu nages

A 13 ou 14 ans, 94 % des adolescents déclarent savoir nager. Le chiffre paraît rassurant jusqu’à ce qu’on regarde qui nage vraiment bien. Seuls 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont considérés comme de bons nageurs, contre 86 % des enfants de cadres.

L’apprentissage se poursuit en effet une fois sorti de l’école. Pour Camporelli, la natation reste un véritable marqueur social. Dans les catégories favorisées, aller à la mer ou à la piscine et apprendre à évoluer dans l’eau s’inscrit souvent dans l’éducation familiale. Dans d’autres milieux, cette familiarité est moins systématique. Ne pas partir en vacances, moins fréquenter les piscines ou ne pas avoir de proches nageurs réduit autant d’occasions d’apprendre. « Dans les classes bourgeoises, cela fait partie d’un apprentissage global pour s’insérer dans la vie sociale », résume-t-il.

« La première vocation pour les élus, c’est d’apprendre à nager et d’éviter de se noyer » rappelle le chercheur. Une mission éducative et sociale aujourd’hui confrontée au vieillissement des équipements et à leur coût de fonctionnement.

Reste que savoir nager ne constitue pas un gilet de sauvetage invisible. Les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que les victimes de noyade sont principalement des personnes qui n’ont jamais appris.

Et la piscine ne prépare pas à tout. Dans un bassin, l’eau est calme, la profondeur connue et le bord proche. En mer, dans un lac ou une rivière s’ajoutent courant, baïnes, eau froide, fatigue et panique. « Même un bon nageur peut se retrouver en difficulté s’il ne connaît pas son environnement », rappelle Axel Lamotte.

L’enjeu n’est donc pas seulement d’apprendre la brasse ou le crawl. Il faut apprendre à évoluer dans l’eau, connaître les dangers propres aux milieux naturels et savoir réagir lorsqu’une baignade tourne mal. Une approche que les professionnels souhaitent désormais développer dès le plus jeune âge avec un brevet de sécurité aquatique.

Deux ans après les cinq médailles de Léon Marchand à Paris 2024, l’héritage aquatique des Jeux se mesure ainsi loin des podiums. Non pas au nombre de champions produits, mais au nombre d’enfants auxquels la France donnera les moyens d’entrer dans l’eau sans que leur code postal ou leur milieu social décide à leur place.

Alexandre Messiah