Prix du carburant : les taxis parisiens ne s’y retrouvent plus

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement a annoncé mardi une enveloppe de 450 millions d’euros pour soutenir les Français touchés par cette hausse. Parmi eux, les chauffeurs de taxi vont bénéficier d’une avance de trésorerie. Mais devant cette aide qu’ils jugent insuffisante, ils réclament des mesures supplémentaires.

Aux abords de la place de l’Etoile à Paris, Robenson Camille, 42 ans, attend ses clients au volant de sa berline noire. Depuis plusieurs mois, la hausse des prix du carburant, qui atteint en moyenne 2,40 euros le litre de gasoil à la pompe, pèse sur ses dépenses. « Ça me coûte plus cher, évidemment. C’est pénible, mais on ne peut rien faire », soupire le chauffeur de taxi.

Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé hier une série de nouvelles aides destinées à amortir cette hausse pour plusieurs secteurs professionnels, notamment les pêcheurs et les agriculteurs. Les chauffeurs de taxi bénéficient d’une avance de trésorerie exceptionnelle, correspondant à un acompte de 25 % sur le remboursement annuel de la TICPE qui doit normalement leur être versé en 2027, calculé sur leur consommation de carburant en 2025.

Une mesure qu’ils jugent insuffisante. « De toute manière, je n’attends plus rien du gouvernement », déplore Robenson. Titulaire de sa licence, il effectue en moyenne deux pleins par semaine, pour près de 100 euros à chaque fois. Une dépense difficile à réduire. Mickaël Benhamou*, lui aussi chauffeur de taxi, partage ce constat. « On subit, déplore-t-il. On a l’impression que les taxis ne sont pas une priorité. »

« S’il faut travailler jusqu’à minuit, on travaille jusqu’à minuit »

Pour limiter ses dépenses, Mickaël adapte désormais sa manière de travailler. Il réfléchit davantage avant d’accepter certaines courses, notamment les plus longues. « On fait le moins de kilomètres possible à vide. Si le client va trop loin, il faut penser au retour. Donc parfois, on se met à refuser des courses. Avant, on allait là où il y avait du travail sans se poser de question », explique-t-il.

Chauffeur de taxi depuis 25 ans, Mickaël exerce comme locataire-gérant. Chaque jour, il doit ainsi verser une centaine euros pour la location de son véhicule et de sa licence. Dans un contexte de hausse des prix du carburant, le quinquagénaire n’a d’autre choix, pour parvenir à couvrir ses frais et dégager un revenu, de travailler davantage. « On travaille tous les jours. S’il faut travailler jusqu’à minuit, on travaille jusqu’à minuit », résume-t-il.

« On marche sur la tête »

Pour Lydia Chouasnard, déléguée générale de la Fédération des Taxis Indépendants 75, la hausse du carburant réduit directement les revenus des chauffeurs. « C’est incompréhensible, on marche sur la tête », déplore-t-elle. « Ce que je mets en plus dans le carburant, c’est mon salaire. Ce sont mes revenus, donc ma part de rentabilité directe. »

Face à l’augmentation de leurs charges, les représentants de la profession réclament désormais des mesures qu’ils estiment plus adaptées à leur activité. Parmi les pistes défendues par la fédération : revoir certaines tarifications qui pèsent sur les chauffeurs. Lydia Chouasnard cite notamment le transport de patients pris en charge la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), dont le tarif n’a pas été actualisé en 2026. Pour la responsable syndicale, le problème est surtout celui du rapport entre le temps passé sur la route et la rémunération obtenue. En tout cas, elle estime que la hausse des tarifs des courses classiques n’est pas une solution viable. « On ne veut pas impacter le prix sur les clients parce que ce serait déraisonnable. On va perdre de la clientèle », estime-t-elle.

La TVA comme autre levier

Du côté du Syndicat Taxis La Verte, Chelihi Hakim défend une autre mesure : diminuer temporairement la TVA appliquée aux courses de taxi. Le taux applicable au transport de voyageurs est actuellement de 10 %. Le secrétaire général propose de le ramener temporairement à 5 % afin de permettre aux chauffeurs de conserver une plus grande part de leur chiffre d’affaires. « L’État n’aurait pas d’argent à avancer de sa poche. Et nous, au moins, ça nous soulagerait », estime-t-il.

Tandis que les chauffeurs de taxi cherchent des solutions pour absorber la hausse du prix du carburant, certains ont déjà fait le choix de l’électrique. C’est le cas de Marouane Amamou, 50 ans, qui roule depuis près de deux ans avec un véhicule 100 % électrique. « Je ne suis plus concerné par ça depuis presque deux ans. Ça m’a énormément soulagé », témoigne-t-il. Une transition que les pouvoirs publics souhaitent désormais encourager. À partir du 1er octobre 2026, les chauffeurs de taxi pourront bénéficier d’une aide à la location ou à l’acquisition d’un véhicule électrique, dans les conditions du bonus écologique.

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