Accessibilité des médias : quelle place pour la culture sourde ?
En France, environ 500 000 personnes sont sourdes, dont certaines le sont de naissance. Pour elles, accéder à l’information audiovisuelle reste un défi : la télévision, les vidéos en ligne et les réseaux sociaux ne sont pas toujours adaptés. Si l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique impose aux médias des obligations d’accessibilité, notamment via le sous-titrage et l’interprétation en langue des signes française, une partie des personnes sourdes revendique une identité culturelle fondée sur la langue des signes française (LSF), plutôt qu’un handicap. Pour ces personnes, la difficulté des médias à prendre en compte leur identité culturelle explique, en partie, pourquoi leurs besoins en matière d’accessibilité restent mal compris et insuffisamment pris en compte. Comment les médias d’information audiovisuels peuvent-ils informer le public sourd, entre logique d’accessibilité et reconnaissance de la culture sourde ?
8 % des personnes sourdes et malentendantes estiment que « la difficulté d’accès aux médias et à l’information » est leur principal obstacle pour se sentir intégrées dans la société. Pour 21 %, c’est l’un des principaux obstacles, d’après un sondage IFOP réalisé auprès de plus de 2 000 personnes en 2021.
Les médias d’information audiovisuels français s’inscrivent dans un système médiatique d’abord pensé par des personnes entendantes pour les entendants. Dans un second temps, ils ont commencé à s’adapter aux personnes sourdes : en 1979, un interprète LSF apparaît pour la première fois à l’écran et, à la fin des années 90, les sous-titres en direct sont démocratisés. Sur ces deux points, les médias audiovisuels ont beaucoup évolué en matière d’accessibilité.
La loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées de 2005 a introduit des obligations d’accessibilité pour tous les services publics. Depuis 2010, toutes les chaînes de télévision publiques et privées dont l’audience dépasse 2,5 % de l’audience totale des services de télévision sont obligées de sous-titrer l’ensemble de leurs programmes (France 2, France 3, France 4, France 5, M6, TF1, TMC, W9 et Canal+). Pour les autres chaînes, qui font moins d’audimat, comme LCI ou BFMTV, les règles sont un peu plus souples : l’ARCOM fixe avec elles un quota de programmes sous-titrés, souvent entre trois et quatre journaux par jour, aux heures de grande écoute.
En ce qui concerne la langue des signes, la loi n’impose aucun quota minimum. Mais certaines chaînes d’information en continu prennent des engagements envers l’ARCOM : BFMTV s’impose un journal chaque jour à la mi-journée, et LCI deux journaux l’après-midi.
Le service public reste soumis à des obligations plus lourdes que les médias privés en termes d’accessibilité.
« Globalement, les chaînes respectent leurs obligations quantitatives de sous-titrage et de LSF » affirme Tania Gout, chargée de mission à la direction des publics, du pluralisme et de la cohésion sociale à l’ARCOM. Elle poursuit : « Mais il y a des choses à améliorer sur le respect des obligations qualitatives et les standards qualitatifs que l’ARCOM impose pour ces dispositifs. »
Les sous-titres sont souvent décalés par rapport à l’image. L’ARCOM a elle-même relevé en 2025, un temps de décalage dans les sous-titres de 15 secondes en moyenne. Cela concerne surtout le sous-titrage des programmes en direct. C’est selon eux, la principale chose dont se plaint le public sourd, auprès d’eux, tous les ans. Souvent, les sous-titres se superposent visuellement aux titres. En particulier sur les chaînes d’information en continu (BFM, France Info, LCI, …). Dans un sondage que nous avons réalisé en 2025 auprès d’une vingtaine de personnes sourdes en France : trois participants (sur douze réponses au total) estiment qu’il faut améliorer la qualité du sous-titrage des programmes en direct.
Côté interprètes en LSF à la télévision, la majorité d’entre eux sont entendants. Ils ne maîtrisent pas les expressions usuelles et les formulations utilisées par les personnes sourdes dont c’est la langue maternelle. La traduction peut être difficile à suivre pour les personnes sourdes de naissance.



