« La primaire a du plomb dans l’aile » : pourquoi l’hypothèse d’une candidature unique de la gauche patine à un an de la présidentielle de 2027

Face à la candidature de Jean-Luc Mélenchon et aux divisions du Parti socialiste, l’idée d’une primaire de la gauche peine à se concrétiser. Pourtant, ses partisans continuent de défendre le processus unitaire, convaincus qu’il reste le seul chemin possible vers une victoire en 2027.
Fabien Roussel, Mathilde Panot, Manuel Bompard et Marine Tonnelier à Paris, le 23 août 2024.

L’union de la gauche n’est-elle plus qu’un lointain souvenir ? Les principaux cadres de la gauche favorables à une primaire ont de nouveau plaidé pour une candidature unique lors d’un meeting organisé à La Bellevilloise, à Paris, mardi 5 mai. Sur scène figuraient notamment la patronne des Écologistes Marine Tondelier, Lucie Castets, François Ruffin, Benjamin Lucas et Clémentine Autain.

Cette dernière a dressé un constat sévère : « On ne va pas se raconter d’histoires : la primaire a du plomb dans l’aile », a-t-elle déploré, selon Le Monde. Pourtant, ses défenseurs considèrent que seul le rassemblement peut permettre à la gauche de se qualifier au second tour : « S’il n’y a pas cette dynamique unitaire commune, on n’aura pas la force nécessaire pour battre le Rassemblement national », confie Danielle Simonnet, députée L’Après de Paris, au CelsaLab.

La dynamique unitaire fragilisée

L’idée d’un « front populaire » en vue de la prochaine élection présidentielle apparaît aujourd’hui fragilisée. Dernier épisode en date : la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI), dimanche 3 mai sur TF1. « Nous, c’est carré : une équipe, un programme, un seul candidat », a-t-il affirmé, semblant railler la dispersion des candidatures à gauche hors LFI.

Moins de 24 heures après cette annonce, l’ancien socialiste a recueilli plus de 150 000 signatures en soutien à sa candidature via une plateforme participative.

Le Parti socialiste coupé en deux

À ces tensions s’ajoutent les divisions du Parti socialiste. Le premier secrétaire Olivier Faure fait face à une opposition interne hostile à l’idée d’une primaire, certains préférant que le parti désigne son propre candidat.

Le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, plaide ainsi pour une candidature issue du PS. Dans l’espace social-démocrate, Raphaël Glucksmann, François Hollande et l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve affichent également leurs ambitions, tandis que le député Jérôme Guedj a déjà annoncé sa candidature en février dernier sur France Inter.

La primaire plébiscitée par une majorité des électeurs

Selon une enquête Ipsos BVA-CESI École d’ingénieurs publiée en avril par Le Monde, 80 % des sympathisants de gauche hors LFI se disent favorables à une primaire sans les insoumis.

Pour l’heure, le scénario d’une gauche divisée au premier tour de la présidentielle se dessine, au risque de la priver d’un second tour pour la troisième fois consécutive. Dans La Dépêche, le politologue Rémi Lefebvre se montre prudent : « Si se profile le risque d’une débâcle de la gauche, la société civile et les intellectuels peuvent se mobiliser pour exiger des partis politiques une primaire. »

La bouse de vache à la place du Gaz : l’Inde et son biogaz en cas de crise énergétique

La fermeture du détroit d’Ormuz le 8 avril dernier a bouleversé l’économie indienne. Une part majeure du gaz naturel liquéfié transitant par cette voie maritime stratégique, les tensions sur l’approvisionnement se sont rapidement fait sentir. Face à la pénurie, une partie de la population se tourne vers une alternative locale : la production de biogaz à partir d’excréments de vaches, perçue comme un modèle d’adaptabilité et de transition énergétique.
Photo d’une vache en Inde

« La boue, c’est de l’or noir », affirme Pritam Singh, responsable agricole indien. Depuis la fermeture du détroit, l’Inde peine à se procurer des bonbonnes de gaz. Dans les zones rurales, les agriculteurs, qui représentent une part importante de la population active, mélangent des seaux de bouse de vache avec de l’eau pour produire du méthane via des méthaniseurs artisanaux.

Le pays est actuellement confronté à des tensions sur le gaz naturel liquéfié (GNL) et le gaz de pétrole liquéfié (GPL). Le GNL alimente principalement l’industrie et les centrales énergétiques, tandis que le GPL est utilisé pour les besoins domestiques, notamment la cuisson et le chauffage. L’Inde consomme plus de 30 millions de tonnes de GNL par an et en importe plus de la moitié. Malgré les déclarations officielles du gouvernement assurant qu’il n’y a pas de pénurie, de nombreux habitants font état de files d’attente et de difficultés d’approvisionnement.

Une alternative aux énergies fossiles

Le développement du biogaz répond d’abord à une contrainte économique et énergétique plutôt qu’à un choix écologique. Depuis les années 1980, le gouvernement indien encourage la production de biogaz dans les zones rurales et a subventionné plusieurs millions d’installations permettant de transformer les déchets agricoles en énergie domestique.

Ces pratiques, déjà bien implantées, s’inscrivent aujourd’hui dans les objectifs de transition énergétique du pays. L’Inde s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2070 et de porter à 50 % la part des énergies non fossiles dans sa capacité électrique installée d’ici 2030.

Un gaz moins polluant mais encore contraint

« La combustion du biogaz produit nettement moins de CO₂ que le gaz naturel fossile », souligne une experte du secteur énergétique. Par ailleurs, les résidus issus de la méthanisation sont utilisés comme engrais agricoles, ce qui en fait une ressource complémentaire pour les exploitations rurales.

Dans un contexte international tendu, ces engrais deviennent d’autant plus stratégiques que les chaînes d’approvisionnement mondiales sont perturbées.

L’adoption du biogaz est facilitée par des facteurs culturels : les vaches occupent une place centrale dans la société indienne et leurs excréments sont déjà utilisés traditionnellement comme combustible ou dans certains rituels.

Cependant, malgré les subventions publiques, le coût des installations reste élevé pour de nombreux agriculteurs, limitant encore leur diffusion à grande échelle.

« Ça sent la barbe à papa, pas la clope » : chez les adolescents, la cigarette recule mais le vapotage s’installe

Près d’un lycéen sur deux (46 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique en 2024, contre 35,1 % en 2015, selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives). Si le tabac traditionnel continue de perdre du terrain chez les jeunes, les produits de vape, notamment les « puffs », s’installent durablement dans les habitudes.
Le tabagisme quotidien chez les lycéens est passé de 17,5% en 2018 à 5,5% en 2024, selon l’OFDT. (freepic.diller/magnific.com)

Le tabac recule mais la nicotine est loin d’avoir disparu des cours de récréation. Le tabagisme quotidien chez les lycéens est passé de 17,5 % en 2018 à 5,5 % en 2024, selon une étude de l’OFDT publiée le mercredi 29 avril. Dans le même temps, l’usage quotidien de la cigarette électronique a progressé de 2,8 % à 6,8 %. Moins de cigarettes, donc, mais davantage de vapoteuses dans les poches. La progression est particulièrement nette en lycée professionnel : 58,7 % des élèves l’ont déjà testée, contre 41,5 % en lycée général et technologique. Chez les collégiens, en revanche, l’expérimentation recule, passant de 26,4 % en 2014 à 19 % en 2024.

« Ça sent bon, donc ça paraît moins dangereux »

Devant le lycée Léonard de Vinci, à Levallois-Perret, Nolan, 16 ans, élève de première, résume cette banalisation : « Je pense que la puff a complètement changé la manière dont les jeunes voient le fait de fumer. La cigarette classique a une image un peu vieillotte. La cigarette électronique, au contraire, est colorée, ça sent bon et il y a des goûts improbables, donc ça donne moins l’impression de faire quelque chose de dangereux, même si on sait que ça reste très mauvais pour la santé. »

Sur le terrain, les associations de prévention observent la même évolution. Pour Contre-Feu, les puffs ont largement contribué à la banalisation du vapotage chez les adolescents, en rendant la vape « accessible, peu chère, jetable et attractive ». L’organisme dénonce une « nouvelle machine à cash » des industriels, portée par « les goûts sucrés et le design des produits », qui contribuent à lui donner « une image inoffensive, voire ludique ». L’association pointe notamment des arômes « barbe à papa », « raisin glacé » ou encore « licorne », ainsi qu’un marketing inspiré de la pop culture et du lifestyle.

Réseaux sociaux et influenceurs : un marketing difficile à encadrer

Toujours selon Contre-Feu, l’industrie contourne aussi les restrictions publicitaires grâce aux réseaux sociaux, aux influenceurs ou encore à des partenariats avec des événements festifs. L’organisation évoque des contenus promotionnels diffusés sur TikTok, Instagram ou Snapchat, souvent via des créateurs de contenu suivis par un public jeune. Des pratiques qui permettent d’associer la vape à des univers valorisés chez les adolescents – la fête, la musique ou les jeux vidéo – tout en échappant en partie aux règles encadrant la publicité pour les produits nicotinés.

Même inquiétude du côté du Comité national contre le tabagisme (CNCT). Le professeur Yves Martinet, son président, salue d’abord une avancée : « La baisse du tabagisme chez les jeunes est une réussite incontestable, mais elle demeure aujourd’hui fragile. » Selon lui, l’industrie du tabac et de la nicotine cherche désormais à faire des jeunes des polyconsommateurs : « Derrière l’essor du vapotage, on retrouve les mêmes logiques : séduire, banaliser et fidéliser, au mépris des risques et de la protection des jeunes. »

Une nouvelle porte d’entrée vers la nicotine

Dans son rapport, l’OFDT souligne que la cigarette électronique n’apparaît plus seulement comme un substitut au tabac. La consommation quotidienne d’e-cigarette seule est passée de 0,8 % en 2018 à 4 % en 2024. À l’inverse, le tabagisme quotidien a chuté de 15,5 % à 2,9 %. Pour Contre-Feu, le vapotage est globalement moins nocif que le tabac fumé, mais il reste une source importante de dépendance à la nicotine. L’enjeu de santé publique, selon l’association, est moins de comparer les dangers entre cigarette et vapoteuse que d’éviter l’entrée dans l’addiction.

Autre évolution jugée préoccupante : de plus en plus d’adolescents découvrent la nicotine directement via la cigarette électronique. Selon Contre-Feu, près de 40 % des lycéens ayant expérimenté la nicotine en 2024 ont commencé par la vape : « De plus en plus d’expérimentateurs de la cigarette électronique n’ont jamais fumé de tabac. La vape ne se limite plus à un outil de sevrage, mais devient un produit d’initiation, ce qui élargit la base des consommateurs, y compris parmi des jeunes qui n’auraient jamais fumé. » Si les adolescents sont aujourd’hui plus conscients des risques liés à la nicotine et aux produits de vape, les cigarettes électroniques continuent de gagner du terrain dans les lycées.

Investiture populaire ou parrainage par les élus : Jean-Luc Mélenchon rouvre le débat sur l’élection présidentielle

Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature à la présidentielle lundi soir, validée moins de 24 heures plus tard. Les 150 000 parrainages qu’il avait demandés pour confirmer une investiture populaire ont été largement atteints. Ce nouveau système pourrait replacer les citoyens au centre du processus électoral.

C’était à 20 h, lundi 4 mai. Jean-Luc Mélenchon était l’invité d’Anne-Claire Coudray au journal télévisé de TF1. Il a profité de l’occasion pour se déclarer candidat à l’élection présidentielle de 2027 sous l’étiquette de La France insoumise (LFI), pour la quatrième fois. Celui que certains militants de gauche surnomment « le Vieux » a toutefois assorti sa candidature d’une condition.

Capture d’écran du site de parrainage citoyen lancé par Jean-Luc Mélenchon à l’aune de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Crédit : site internet melenchon2027.fr

Un appel au soutien populaire…

Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel au « soutien populaire » pour être investi directement par les citoyens. Sur une plateforme dédiée, chacun peut ainsi parrainer sa candidature, avec un seuil fixé à 150 000 signatures pour validation.

Ce mode d’investiture avait déjà été utilisé en 2022 : le seuil avait alors été atteint en quatre jours. Cette année, il n’aura fallu que 24 heures pour franchir ce cap, et la plateforme compte déjà plus de 215 000 signatures moins de 48 heures après son lancement.

Le principe du parrainage citoyen n’est pas une invention de La France insoumise. Il avait notamment été évoqué par Lionel Jospin dans un rapport en 2012, qui proposait de remplacer les 500 parrainages d’élus par 150 000 signatures citoyennes. « Nous nous l’appliquons donc à nous-mêmes », explique Manuel Bompard, député LFI des Bouches-du-Rhône.

… pour garantir une légitimité aux candidats

Ce dispositif repose sur un constat critique du système actuel : celui d’une investiture par les élus jugée problématique. Le parrainage des maires pourrait créer une forme de pression, certains pouvant se retrouver en difficulté politique, explique Jean-Luc Mélenchon dans une vidéo publiée sur la plateforme de parrainage.

« Pour un résultat démocratique qui n’est pas satisfaisant », estime Manuel Bompard. Selon lui, l’investiture populaire permettrait de redonner le pouvoir de sélection aux citoyens et de renforcer la légitimité des candidats, tout en favorisant l’engagement contre l’extrême droite.

Le député détaille également un système de vérification des signatures, reposant sur une authentification par SMS et des outils de détection des comportements anormaux, afin de garantir « l’authenticité des soutiens ».

Dans la perspective d’une arrivée au pouvoir, LFI souhaite inscrire ce mécanisme dans une réforme plus large du système institutionnel. « L’élaboration de telles réformes sera confiée directement aux citoyens via l’assemblée constituante qui préparera la VIe République », précise Manuel Bompard.

L’obligation de réviser la loi organique

Si l’idée peut séduire sur le plan politique, sa mise en œuvre juridique serait complexe. La Constitution de 1958 et la loi organique du 6 novembre 1962 encadrent strictement l’élection présidentielle. Le Conseil constitutionnel a validé le système actuel des parrainages d’élus comme conforme aux principes électoraux.

Pour instaurer un parrainage citoyen, il faudrait donc modifier la loi organique, voire engager une révision constitutionnelle. Une telle réforme nécessiterait notamment un vote à la majorité absolue de l’Assemblée nationale.

Cette réforme de l’investiture populaire s’inscrirait, selon LFI, dans un ensemble plus large de propositions : lutte contre la mauvaise inscription sur les listes électorales, introduction du référendum d’initiative citoyenne, et refonte des institutions dans le cadre de la VIe République.