Sape & Co : la référence de la sape parisienne (2/3)

Au 10 rue de Panama (18è arrondissement), la devanture de Sape & Co ne paye pas de mine. Juchée entre une boucherie et un salon de coiffure, le logo est poussiéreux et la vitrine peu éclairée. Cette boutique est pourtant considérée comme l’antre de la sape à Paris. Ouverte en juin 2005 par Jocelyn Armel, plus communément appelé ‘le Bachelor’, Sape & Co attire aujourd’hui des clients du monde entier. « On a beaucoup d’Américains qui viennent essayer nos costumes », explique Kélina, la nièce du ‘Bachelor’. « J’aide mon oncle à la vente quand j’ai du temps ». La jeune femme prétend modestement ne pas pouvoir expliquer grand chose sur la sape, mais elle a pourtant habillé de nombreuses personnalités. Sur son téléphone, les photos défilent : l’écrivain Alain Mabanckou, le chanteur Singuila ou encore l’animateur Antoine de Caunes. « Je les ai tous relookés. Tout le monde peut aimer la sape », se félicite-elle.

L’amour de la sape au-delà des différences, telle est la philosophie de Sape & Co. « Il serait faux de dire que la couleur ce n’est que pour les blacks. Un babtou (un blanc) peut également se saper. En fait il faut juste savoir trouver la bonne », assure Kélina. Et pour cause, sept clients sur dix sont des « Français de souche ». « L’autre jour, un Suisse est passé dans la boutique, il avait repéré la tenue que j’avais mise en vitrine et il m’a dit : « Je veux la même pour mon mariage ». Il était très content du résultat », affirme-t-elle. 

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Crédit Photo : Julien Percheron

« Des matériaux qui viennent d’Italie »

Même si la couleur ne définit pas l’art de la sape, elle est pourtant bien présente dans la boutique : des costumes jaunes, violets, verts, bleus ou encore rouges occupent tous les murs du local. Allant du 46 au 62, les modèles sont disponibles en quantité limitée. « Nous avons environ cinq pièces par modèle », explique Kélina. Comptez 150 euros pour une veste et environ 350 pour un costume entier. « Ce sont des matériaux qui viennent d’Italie, les clients sont souvent surpris par les prix car ce n’est pas si cher que ça », réplique Kélina. Et si l’on s’imagine que la sape est réservée aux hommes, Kélina nous assure le contraire : « Les femmes aussi peuvent être relookées à la garçonette. Et puis nous distribuons une marque féminine avec des robes par exemple. »

Crédit Photo : Julien Percheron

Crédit Photo : Julien Percheron

La musique de Papa Wemba résonne dans la boutique. Figure de la rumba congolaise et prince de la sape, il a longtemps été habillé par « le Bachelor ». Kélina nous montre fièrement son premier calendrier posthume. « Vous savez, il a collaboré avec beaucoup de maisons de couture, mais Connivences (la marque du ‘Bachelor’) fut la seule marque à se rendre à Kinshasa pour son enterrement. Ils étaient tous les deux des fils du Congo », déclare Kélina.

Crédit Photo : Julien Percheron

Crédit Photo : Julien Percheron

Une vie de quartier

Mais Sape & Co, ce n’est pas que le bling bling, au contraire, la vie de quartier s’y fait beaucoup sentir. Tonton Louz, la soixantaine, vient souvent discuter avec Kélina ou son oncle : « J’habite ici depuis 1999, donc quand j’ai du temps je viens ici », explique-t-il. Ici, on discute vêtements, musique mais aussi politique. « Vous savez moi j’ai connu la France sous Giscard », s’exclame Tonton Louz. Ce Congolais arrivé en France en 1979 a vu le quartier de Château Rouge évoluer, et il tient à le défendre. « Ici, vous pouvez vous balader tranquillement, personne ne viendra vous embêter », ajoute-il. Ici, les sapeurs sont connus et reconnus, mais Tonton Louz admet que ce temps est révolu pour lui : « J’ai des enfants maintenant, je suis trop vieux pour ça. Et puis il y en a qui s’habillent comme ça pour rester chez eux, c’est trop », assure-t-il. Si l’ancienne génération est prête à passer le flambeau, la boutique Sape & Co semble avoir de beaux jours devant elle.

Blanche Vathonne

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