La Nuit Sobre : 6h de danse et pas une goutte d’alcool

Ce vendredi, au bar du Swell, les bouteilles d’alcool feront place à une carte de soft soigneusement travaillée. À Bastille, la Nuit Sobre bouscule les codes de la nuit pour apprendre à faire la fête autrement.

Paris est une fête, mais peut-on la vivre de manière totalement sobre ? Dans la capitale, ce ne sont pas les soirées qui manquent : sur Shotgun, une plateforme de billetterie, des propositions défilent du lundi au dimanche. La fête rime souvent avec ivresse, ou du moins, avec un verre à la main. Jules, qui organise des événements avec le collectif “Amusez-vous”, a souhaité changer cette habitude en imaginant une soirée 100% sobre. La première a lieu ce soir, dans un studio de danse libre à Bastille, le Swell, de 20h à 2h.

« Être sobre seul est une épreuve »

“J’ai arrêté l’alcool il y a quatre ans, je voulais organiser une soirée plus alignée avec mes besoins. Sur mon compte Instagram (@Julius.tresor), je parle beaucoup de sobriété et je reçois beaucoup de commentaires de gens qui essayent d’arrêter ou se posent des questions pour ralentir leur consommation”, explique l’organisateur.  C’est une manière de se soutenir mutuellement dans la sobriété : “Être sobre seul est une épreuve : résister à la pression du groupe, ne plus vivre les mêmes expériences. Être sobre ensemble sera forcément vertueux. La force du groupe pour se faire du bien”.

Un pari pour le collectif

Les “Sober Parties” émergent peu à peu dans la capitale pour répondre aux changements des habitudes de consommation des français. Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, à peine plus de la moitié (58%) des adolescents de 17 ans dit avoir bu de l’alcool dans le mois, contre 80% en 2000.

L’édition de ce soir sera un test pour savoir si le concept séduit : 150 personnes sont attendues à l’événement. Le prix est fixé à 17 euros. Pour Jules, c’est un vrai défi : “Le business model tourne généralement autour des bars dans les soirées normales, c’est un pari pour nous de proposer une soirée payante sans alcool”. Au menu : une carte de soft qui oscille entre 3 et 8 euros avec des shots de gingembre au piment, du maté, des cocktails maison. Selon l’organisateur, des marques d’alcool souhaitent collaborer : “mêmes elles commencent à vouloir vendre des boissons sans alcool car la Gen Z consomme beaucoup moins”. C’est un concept de soirée qui tend à se développer, Jules souhaite en organiser tous les deux mois.

Être sobre : un obstacle au lâcher-prise ?

“Les soirées sans alcool, c’est pas très commun à Paris”, témoigne Attandi, une artiste plasticienne de 30 ans qui participe à l’événement. “Les organisateurs vont devoir miser sur la musique et sur l’ambiance créée par les visuels. Souvent les gens ont besoin d’être alcoolisés pour commencer à danser, je suis curieuse de voir comment les gens vont se mêler au dance floor” ajoute-t-elle. Elle qui ne boit pas systématiquement n’est pas forcément nerveuse à l’idée de rester sobre toute une soirée. L’alcool est souvent présenté comme un moyen de se désinhiber, mais danser sans substance permet aussi de se reconnecter avec son corps selon Anne, une styliste, qui sera présente à la prochaine édition : “Je trouve ça dommage de devoir boire beaucoup d’alcool pour pouvoir me sentir à l’aise, être assez en confiance et me détacher du regard des autres”.

Au contraire, Margaux, une étudiante de 25 ans, aime le côté désinhibant de l’alcool : “Je ne serais pas du tout intéressée par ce type de soirée. Ce que j’aime dans la fête c’est le fait de pouvoir boire comme je le souhaite. J’aime ce lâcher-prise, ça m’enlève ma timidité, je vais plus facilement faire les autres, ça crée vraiment du lien”. Elle affirme également ne pas être prête à mettre autant d’argent dans une soirée 100% sobre. Juliette, 28 ans, qui travaille dans une association, est plus mitigée : “je trouve que c’est super d’organiser ce genre d’initiatives, ça permet de répondre à d’autres besoins, notamment pour la génération d’en-dessous de nous qui trouvent que l’alcool c’est pas stylé”.

Pour elle, l’absence de choix limite cette liberté qu’elle recherche précisément en soirée : “quand je sors du travail, je n’ai pas envie qu’on m’impose un cadre, j’aurais l’impression d’aller dans un endroit où beaucoup de choses sont interdites”. Juliette essaye de diminuer sa consommation d’alcool et confie parfois se sentir obligée de boire, faute de mieux sur la carte. “J’ai envie d’arriver dans un cadre où l’on peut boire de l’alcool, mais réussir à prendre un soft : en somme, travailler dans le même environnement tout en changeant mon comportement” affirme t-elle.

Réforme du brevet des collèges : entre défi stimulant et pression mentale pour les élèves

Une nouvelle réforme du diplôme national du brevet introduite cette année va changer les modalités d’examen. Changements dans la méthode de notation, différences dans la structuration des épreuves, maîtrise du français évaluée… Les élèves alternent entre acceptation de l’enjeu et surcharge mentale face à l’épreuve.
Des étudiants en train de composer dans une salle de classe. © Mathix

Les stylos gratteront bientôt le papier des prochaines épreuves du diplôme national du brevet 2026. Dans le privé comme dans le public, les élèves feront face à de nouvelles modalités pour passer les épreuves. Ils seront confrontés à de nouvelles méthodes de notation qui favorisent davantage les épreuves écrites que le contrôle continu et distinguent les résultats en histoire-géographie et en enseignement moral et civique.

Pour cette session 2026, Edouard Geffray, ministre de l’Éducation, s’attend à une chute des résultats. Objectif de la réforme : évaluer l’élève “au plus près de son niveau”. “Il faut s’attendre à une chute drastique du taux de réussite au brevet […] peut-être 75% de réussite avec beaucoup moins de mentions”, selon les dires du ministre. Il faut remonter à 1999 pour retrouver un taux de réussite à 75%. Depuis la moitié des années 2000, les résultats se maintiennent au-dessus des 80% de réussite, atteignant même parfois les 90%. 

Un contrôle continu moins important

Si certains élèves pouvaient jusqu’ici se rendre aux épreuves en ayant la quasi-certitude d’obtenir leur diplôme, ce ne sera plus le cas pour cette session. Le contrôle continu ne compte désormais plus qu’à hauteur de 40 %, et les épreuves finales pèsent désormais 60 %, contre 50 % auparavant. De la même manière, les points liés au contrôle continu ne sont plus attribués au moment des conseils de classe, mais tiennent compte des moyennes obtenues dans chaque discipline.

La crainte d’inégalités entre élèves

Lola est en troisième au collège Sainte-Ursule de Riedisheim, en Alsace. Elle vit ces nouvelles modalités « un peu comme une injustice ». Pour elle, la réforme est surtout synonyme de pression mentale : « On est la seule génération qui tombe sur ça, c’est plus compliqué pour les notes, ça me stresse un peu ».

Rose va aussi passer son brevet en juin. L’élève du collège privé de Zillisheim, en voie professionnelle, ne s’inquiète pas de ces nouveautés. “Cette année, on a fait des brevets blancs, c’est à ça que ça sert : pour s’entraîner, je le vois plutôt comme un défi”, explique-t-elle. Pour Rose, des inégalités entre les élèves pourraient néanmoins surgir avec l’arrivée de cette nouvelle réforme : “Tout le monde n’est pas préparé pareil, certains ont plus de facilité que d’autres, il y a des différences de préparation entre privé et public aussi j’imagine”. 

Lucas Gélébart est professeur documentaliste dans un collège public du Haut-Rhin. Pour lui, les enfants “ont dû trouver ça plutôt injuste intimement parce que changer le curseur comme ça d’une année à l’autre, c’est moche pour l’année à laquelle ça arrive”. 

“Un examen doit rester un examen”

Laurence Deyber, enseignante d’anglais et professeure principale d’une classe de troisième, se satisfait plutôt de la nouvelle réforme. « On ne peut pas tout accepter : un examen doit rester un examen, le but n’est pas d’être méchant », estime-t-elle. « Les consignes de correction étaient hallucinantes l’année dernière : on nous demandait de donner les points si un élève orthographiait “ils chantes” au lieu de “ils chantent”, car ils avaient la notion de pluriel », déplore-t-elle.

Pour l’enseignante, cette réforme sera aussi l’occasion d’éviter un relâchement dans certaines matières jugées « moins nécessaires » à l’obtention du brevet, comme les langues vivantes ou l’EPS. Les nouvelles modalités permettraient ainsi de « redonner une légitimité à toutes les matières », conclut-elle.

Tom Keller

« Ça sent la barbe à papa, pas la clope » : chez les adolescents, le vapotage s’installe

Près d’un lycéen sur deux (46 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique en 2024, contre 35,1 % en 2015, selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives). Si le tabac traditionnel continue de perdre du terrain chez les jeunes, les produits de vape, notamment les « puffs », s’installent durablement dans les habitudes.
Le tabagisme quotidien chez les lycéens est passé de 17,5% en 2018 à 5,5% en 2024, selon l’OFDT. (freepic.diller/magnific.com)

Le tabac recule mais la nicotine est loin d’avoir disparu des cours de récréation. Le tabagisme quotidien chez les lycéens est passé de 17,5 % en 2018 à 5,5 % en 2024, selon une étude de l’OFDT publiée le mercredi 29 avril. Dans le même temps, l’usage quotidien de la cigarette électronique a progressé de 2,8 % à 6,8 %. Moins de cigarettes, donc, mais davantage de vapoteuses dans les poches. La progression est particulièrement nette en lycée professionnel : 58,7 % des élèves l’ont déjà testée, contre 41,5 % en lycée général et technologique. Chez les collégiens, en revanche, l’expérimentation recule, passant de 26,4 % en 2014 à 19 % en 2024.

« Ça sent bon, donc ça paraît moins dangereux »

Devant le lycée Léonard de Vinci, à Levallois-Perret, Nolan, 16 ans, élève de première, résume cette banalisation : « Je pense que la puff a complètement changé la manière dont les jeunes voient le fait de fumer. La cigarette classique a une image un peu vieillotte. La cigarette électronique, au contraire, est colorée, ça sent bon et il y a des goûts improbables, donc ça donne moins l’impression de faire quelque chose de dangereux, même si on sait que ça reste très mauvais pour la santé. »

Sur le terrain, les associations de prévention observent la même évolution. Pour Contre-Feu, les puffs ont largement contribué à la banalisation du vapotage chez les adolescents, en rendant la vape « accessible, peu chère, jetable et attractive ». L’organisme dénonce une « nouvelle machine à cash » des industriels, portée par « les goûts sucrés et le design des produits », qui contribuent à lui donner « une image inoffensive, voire ludique ». L’association pointe notamment des arômes « barbe à papa », « raisin glacé » ou encore « licorne », ainsi qu’un marketing inspiré de la pop culture et du lifestyle.

Réseaux sociaux et influenceurs : un marketing difficile à encadrer

Toujours selon Contre-Feu, l’industrie contourne aussi les restrictions publicitaires grâce aux réseaux sociaux, aux influenceurs ou encore à des partenariats avec des événements festifs. L’organisation évoque des contenus promotionnels diffusés sur TikTok, Instagram ou Snapchat, souvent via des créateurs de contenu suivis par un public jeune. Des pratiques qui permettent d’associer la vape à des univers valorisés chez les adolescents – la fête, la musique ou les jeux vidéo – tout en échappant en partie aux règles encadrant la publicité pour les produits nicotinés.

Même inquiétude du côté du Comité national contre le tabagisme (CNCT). Le professeur Yves Martinet, son président, salue d’abord une avancée : « La baisse du tabagisme chez les jeunes est une réussite incontestable, mais elle demeure aujourd’hui fragile. » Selon lui, l’industrie du tabac et de la nicotine cherche désormais à faire des jeunes des polyconsommateurs : « Derrière l’essor du vapotage, on retrouve les mêmes logiques : séduire, banaliser et fidéliser, au mépris des risques et de la protection des jeunes. »

Une nouvelle porte d’entrée vers la nicotine

Dans son rapport, l’OFDT souligne que la cigarette électronique n’apparaît plus seulement comme un substitut au tabac. La consommation quotidienne d’e-cigarette seule est passée de 0,8 % en 2018 à 4 % en 2024. À l’inverse, le tabagisme quotidien a chuté de 15,5 % à 2,9 %. Pour Contre-Feu, le vapotage est globalement moins nocif que le tabac fumé, mais il reste une source importante de dépendance à la nicotine. L’enjeu de santé publique, selon l’association, est moins de comparer les dangers entre cigarette et vapoteuse que d’éviter l’entrée dans l’addiction.

Autre évolution jugée préoccupante : de plus en plus d’adolescents découvrent la nicotine directement via la cigarette électronique. Selon Contre-Feu, près de 40 % des lycéens ayant expérimenté la nicotine en 2024 ont commencé par la vape : « De plus en plus d’expérimentateurs de la cigarette électronique n’ont jamais fumé de tabac. La vape ne se limite plus à un outil de sevrage, mais devient un produit d’initiation, ce qui élargit la base des consommateurs, y compris parmi des jeunes qui n’auraient jamais fumé. » Si les adolescents sont aujourd’hui plus conscients des risques liés à la nicotine et aux produits de vape, les cigarettes électroniques continuent de gagner du terrain dans les lycées.

Caroline Henriques