Expatriés français, ils sont de nombreux jeunes à rêver de l’étranger

Le « Forum Expat » s’invite à la Cité de la Mode et du Design de Paris les mardi 2 juin et mercredi 3 juin. Au programme : des conseils pour préparer son départ à l’étranger, que ce soit pour un séjour linguistique, un stage ou pour lancer son propre business. Mais pourquoi l’étranger attire-t-il autant, et surtout les jeunes ?

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Parmi les 66 stands présents, 4 étaient dédiés au Canada.

 

Ils étaient un peu plus de 2,5 millions de Français expatriés en 2014. Des chiffres qui prouvent que les départs à étranger restent particulièrement attractifs. Parmi les box, tout est là pour aider les visiteurs à préparer leur séjour. Sécurité sociale, congés, banques, logement, toutes les questions que les futurs voyageurs se posent sont réparties entre les 66 stands qui couvrent les Docks de la Cité de la Mode et du Design.

Jackie Morin, directeur des affaires sociales de la Commission européenne
Jackie Morin, directeur des affaires sociales de la Commission européenne

Le départ à l’étranger est un vrai plus selon Jackie Morin, directeur des affaires sociales de la Commission européenne. « Il y a trois raisons essentielles. Primo, le marché de l’emploi est meilleur dans d’autres pays, donc les ressortissants français peuvent en profiter sur une courte période ; secundo, certains pays sont en pénurie concernant des qualifications spécifiques ; tertio, c’est avant tout un marché de compétences, et si l’on en a les moyens, notamment sur le plan linguistique, autant mettre ces compétences à profit. »

Vingt pays sont représentés mais il en manque certains selon Emilie Grison, 32 ans, qui souhaite partir aux Etats-Unis pour y travailler et rejoindre sa famille.

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Emilie Grison, 32 ans, veut partir aux Etats-Unis

« Je cherchais à savoir quel type de visa prendre et combien de temps cela allait mettre mais il n’y a pas de stand dédié aux séjours américains. Il y a quand même un coin réservé au ministère des affaires étrangères, ça me donne quelques pistes pour organiser mon départ. »

Même chose pour Julien Audy, 18 ans, qui cherche quelques bons plans du côté de l’Amérique du Nord. « Ce sont les Etats-Unis qui m’intéressent, ou bien le Canada, parce que je suis dans une branche Administration Echanges internationaux filière Amérique. »

« 45% des 18-24 ans envisagent un séjour à l’étranger« 

Mis en place par le groupe Le Monde, et entièrement gratuit, le forum s’adresse à tous mais surtout aux jeunes. C’est d’ailleurs le thème de cette année : quelle mobilité pour les étudiants ou les jeunes diplômés ? « Aujourd’hui un stage à l’étranger, c’est quasi obligatoire pour les étudiants », note Dominique Brunin, directeur général de la CCI France International (Chambre de commerce et d’industrie). « Selon une enquête que nous avons réalisée, 45% des 18-24 ans envisagent un séjour à l’étranger. C’est presque la moitié de cette tranche d’âge ! » 

Le Canada et le Québec semblent être les grands gagnants de ce forum. Quentin Chef, lui, est venu pour visiter les stands de ces deux destinations : « Je suis tout juste diplômé ingénieur architecte et je voudrais trouver un job à partir de septembre pour un an ou plus. »

Différentes options pour aiguiller son séjour

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« Le marché de l’emploi se porte parfois mieux ailleurs » selon Jackie Morin. C’est notamment le cas de l’Allemagne, qui connaît un taux de chômage de 7% seulement chez les moins de 25 ans.

Au Petit Journal, média des Français et francophones à l’étranger, plusieurs possibilités. Le tout est « d’écrire, faire de l’audience, et attirer les annonceurs, puisque le journal n’existe que sur le web », explique Erwann, l’un des représentants sur le stand. Sur la durée du séjour, certains partent six mois, d’autres six ans, tout dépend des profils. « Le Petit Journal couvre 47 villes maintenant. Ces derniers six mois, on a rajouté Dubaï, Montréal, Toronto et Alger. Et là, on espère s’installer à Amsterdam, Séoul et Jakarta. » Grâce aux réseaux sociaux, largement prisés dans ce genre de projet, Le Petit Journal organise des discussions entre anciens expatriés et futurs voyageurs pour que les premiers passent le flambeau aux seconds en partageant leurs expériences.

L’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), qui couvre 35 pays en tout, s’occupe des élèves du lycée français mais pas seulement. Les jeunes professeurs peuvent aussi envisager d’aller enseigner à l’étranger. Un dispositif propose à des volontaires internationaux (VI) de se rendre sur place pour encadrer les chantiers des écoles en tant qu’architecte, pour proposer du soutien scolaire aux élèves en difficulté ou encore pour accompagner d’autres jeunes, notamment les élèves handicapés.

L’entreprise Femme Expat, de son côté, propose un pôle entièrement dédié aux femmes. Grâce à son site internet, les 5000 femmes inscrites peuvent s’échanger quelques bons plans et autres conseils pour vivre pleinement leur séjour.

Les visiteurs font souvent la queue pour avoir les meilleurs conseils en terme d'organisation de séjour.
Les visiteurs font souvent la queue pour avoir les meilleurs conseils en terme d’organisation de séjour.

Le cas Erasmus

En couvrant aujourd’hui 33 pays – l’Europe des 28, le Lichtenstein, l’Islande, la Macédoine, la Norvège et la Turquie -, le programme Erasmus a encore de beaux jours devant lui. Et ce depuis 1987. Pour son directeur de cabinet, Jean-Luc Prigent, certaines destinations marchent mieux que d’autres.


Les destinations à succès chez Erasmus… par malinge-margaux

Un nouveau programme, nommé Erasmus +, prévoit un budget de 14,7 milliards d’euros dédié à la mobilité des jeunes d’ici à 2020. Soutenu par la Commission européenne, le programme aide non seulement les étudiants mais aussi les apprentis et les jeunes ayant quitté le système éducatif pour des périodes de volontariat à l’étranger. La preuve que ça fonctionne ? Plus de 85% des étudiants formés à l’étranger améliorent leurs chances d’être employés grâce à cette mobilité. 62% des participants aux études Erasmus ne sont plus demandeurs d’emploi après six mois. Autre chiffre révélateur : un stagiaire sur trois a été recruté par l’entreprise qui l’a accueilli en stage. De quoi motiver les jeunes qui hésitent encore.

Depuis son lancement, Erasmus a permis à quelque 3 millions d'étudiants et 300 000 enseignants de partir à l'étranger.
Depuis son lancement, Erasmus a permis à quelque 3 millions d’étudiants et 300 000 enseignants de partir à l’étranger.

Margaux MALINGE.

Changer d’auto-école sans frais, nouvelle mesure de la loi Hamon

En bref

Le ministre Emmanuel Macron a salué lundi 1er juin une nouvelle mesure censée aider les futurs conducteurs apprentis. Vendredi dernier, un décret a été publié permettant de changer d’auto-école sans frais. Une mesure inclue dans la loi Hamon sur la Consommation. Le ministre a rappelé, dans un communiqué avec la secrétaire d’Etat au Commerce, Carole Delga, que « chaque candidat peut changer d’auto-école sans frais quelle qu’en soit la raison, en cas de déménagement ou encore pour faire jouer la concurrence. »

Emmanuel Macron a expliqué que la loi sur la croissance et l’activité devrait résoudre « le problème du délai d’attente pour les places à l’examen ». Le projet de loi fixera le temps d’attente entre chaque examen du permis à 45 jours maximum.

Margaux MALINGE.

 

Les adultes autistes aussi ont besoin d’accompagnement…et de travail

L’autisme évoquant immédiatement une maladie infantile, on oublie qu’à l’âge adulte, les hommes et femmes atteints de cette pathologie se retrouvent très souvent exclus du monde de l’emploi. Mais certaines structures leur proposent d’exercer une activité quotidienne et rémunérée.

Aux Colombages, il y a des autistes qui ne sont ni malades ni patients. Ce sont des travailleurs. Cet établissement du 14ème arrondissement de Paris, gérée par l’Association française de gestion des structures pour personnes autistes est divisé en trois unités : un centre d’accueil de jour (CAJ), un centre d’accueil de jours médicalisé (CAJM), et enfin un établissement et service d’aide par le travail (ESAT). C’est dans ce dernier pôle que quarante adultes à qui l’on a diagnostiqué des troubles autistiques se retrouvent chaque jour pour exercer une activité professionnelle. Les Colombages leur proposent quatre ateliers : une section jardinage et espaces verts, le travail du bois et la fabrication de meubles, la restauration et la gestion des services de cantine au sein de l’établissement, et enfin le conditionnement avec la mise en place d’une chaîne de fabrication de petits objets, pour des prestataires extérieurs. C’est dans ce dernier atelier que le plus de travailleurs se sentent à l’aise. Ce vendredi 10 avril, ils sont une vingtaine à fabriquer des bracelets pour un bijoutier du Marais, client régulier. Du découpage des fils à l’emballage, les travailleurs s’occupent de toutes les étapes de la production, sous les indications de Flora Join-Lambert, leur « monitrice ». La scène donne l’impression d’être plongé dans une salle de classe, mais si Flora sait et doit se montrer ferme, elle ne rentre jamais dans la peau d’une enseignante ni ne se place au-dessus de ses travailleurs. Elle les vouvoie toujours, même lorsqu’ils la tutoient. Elle préfère demander plutôt que d’ordonner, et laisse à ses ouvriers une autonomie totale une fois leur tâche assignée.

40 travailleurs, 40 pathologies différentes mais pas tout à fait 40 autistes

Mais le vrai défi pour la jeune femme de 34 ans n’est pas seulement de s’occuper d’une vingtaine d’adultes toute seule, mais plutôt de savoir s’adapter à chacun d’entre eux. Car l’ESAT des Colombages est la parfaite illustration des déclinaisons de l’autisme, il n’y a pas deux travailleurs qui présentent exactement les même besoins, ni les même symptômes. A bien y réfléchir, tous les autistes présent dans l’atelier n’ont qu’un seul point commun : une politesse presque surnaturelle. Lorsque l’un des travailleurs se présente à vous, il vous parle avec un respect qui semble répété. Comme si il ou elle avait appris une leçon qu’il vous récitait.  « En revanche on a un vrai problème, c’est que certains ne sont pas autistes, vous verrez », prévient la directrice du centre Charlotte Bonaldi. Du haut de sa quarantaine elle a déjà vécu plusieurs vies. Elle a pris soin d’enfants dans les rues au Brésil, a travaillé à la prison de Fleury-Mérogis, et s’est occupée d’un foyer pour jeune fugueurs dans le 15ème arrondissement de la capitale, entre autres. Mais dans chacune de ces aventures, la directrice a traîné une énergie et une présence impressionnante, renforcée par une vraie stature, ainsi qu’une allergie à la langue de bois. « C’est vraiment n’importe quoi  parfois, on a des erreurs d’aiguillage, et ça ne devrait pas se passer comme ça ! », renchérit-elle.

Shanga et Benjamin, les deux faces d’une même pièce

Shanga lui, est bien autiste. Il a beaucoup de mal à s’exprimer, et doit composer avec un léger retard mental. Mais il se présente toujours en serrant les mains, demande s’il peut vous adresser la parole, et une fois lancé ne s’arrête plus. Il se pose des questions sur une possible réélection de Nicolas Sarkozy en 2017 et se demande si les gens veulent encore voter pour lui. Il estime que François Hollande quittera l’Elysée dans deux ans pour ne pas y revenir. Si l’autiste a un monde bien à lui, il vit également pleinement dans le nôtre. En général les travailleurs présentent comme Shanga des formes d’autisme assez sévères. Benjamin, lui, fait partie de ceux que l’on appelle « autistes de haut niveau ». Nombreux sont les politiciens qui envieraient sa diction, et les orateurs qui envieraient son langage. Le seul indice de son autisme ? Il est capable de nommer les treize plus grandes fauconneries de France et de vous décrire toutes les pièces d’une animalerie qu’il a visitée étant enfant -avec l’ensemble des règles de sécurité prononcées par le guide- le tout en moins d’une minute.

Un manque d’effectifs criant

Mais parfois les choses dérapent. Contrairement aux idées préconçues, les autistes ne manquent pas d’émotion. Bien au contraire, ils les ressentent parfois avec une telle force qu’ils explosent. Comme lorsque Shanga coupe la parole à l’un de ses collègues, et que celui-ci réagit en hurlant à en faire trembler les murs. Sans jamais qu’elle le pousse à la violence physique, on sent chez l’homme une rage qu’il ne peut pas contrôler. Après quelques minutes de discussion avec lui, il ressort qu’il regrette pleinement et sincèrement sa furie, mais elle le dominera pendant encore une bonne vingtaine de minutes. Puis c’est l’effet domino. Un esclandre éclate, dans l’atelier menuiserie, puis encore un autre chez les bijoutiers du jour, amenant Shanga à frapper une table de sa jambe jusqu’à en saigner légèrement. A son tour, après quelques minutes de répit, le jeune homme vient s’excuser de lui-même pour son attitude. Son comportement, comme celui de son collègue, n’a rien d’infantile, et il serait dangereux de les y réduire. Pendant ce temps-là l’équipe d’encadrement, dont le manque effectif devient criant dans une situation comme celle-ci, arrive tant bien que mal à apaiser tout le monde sans se laisser déborder.

Le travail ne guérira jamais l’autisme, mais les Colombages fournissent un véritable cadre à leurs travailleurs, pour vivre une vie au-delà de leur handicap. Et son modèle mérite clairement d’être décliné. Mais comme toutes les formes d’accompagnement d’autisme en France, celle-ci manque de moyens humains. L’animatrice en est d’ailleurs consciente : « j’ai entre 20 et 25 travailleurs à chaque atelier. C’est trop. »

Pour aller plus loin : 

Le témoignage d’une mère de trois enfants autistes

Un cinéma qui accueille des enfants autistes

Enquête : enfin un vrai accompagnement pour les autistes ?

Maëva Poulet et Sami Acef