Le gerrymandering aux États-Unis : quand les élus choisissent leurs électeurs

À six mois des élections de mi-mandat américaines, une décision de la Cour suprême, restreignant la portée du Voting Rights Act de 1965, relance la bataille du redécoupage électoral. Mais qu’est-ce que le gerrymandering, et pourquoi complique-t-il la démocratie américaine depuis deux siècles ?

La Cour suprême des États-Unis, 14 mars 2026. REUTERS/Will Dunham

Le 29 avril 2026, la Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, a rendu un arrêt retentissant dans l’affaire Louisiana v. Callais. Par six voix contre trois, elle a drastiquement restreint la portée du Voting Rights Act de 1965. Cette loi, adoptée dans le contexte du mouvement des droits civiques, vise à protéger le droit de vote des minorités. Désormais, aux États-Unis, un État peut tracer des cartes électorales favorisant ouvertement le Parti républicain ou le Parti démocrate, même si ces tracés affaiblissent le poids électoral des communautés afro-américaines ou hispaniques.

Dans les heures suivant l’arrêt, plusieurs gouverneurs républicains ont annoncé vouloir redessiner leurs cartes. La Louisiane a suspendu ses primaires de mai pour permettre un nouveau découpage. L’Alabama, la Caroline du Sud et le Tennessee pourraient également suivre. Pour les analystes du Cook Political Report, « nous avançons en terrain inconnu ». L’impact de l’arrêt reste difficile à mesurer : les recours vont se multiplier et les délais électoraux sont serrés. Mais, pour Thomas Ruckebusch, professeur d’histoire à l’Université de Lille et spécialiste des États-Unis, « [le gerrymandering] participe à un “chaos électoral” préoccupant ».

Les primaires des élections sénatoriales sont en cours dans plusieurs États, mais la décision de la Cour n’a pas d’effet direct sur celles-ci. En revanche, l’arrêt rebat les cartes à la Chambre des représentants. La politologue Mindy Romero résume l’ambiance : « c’est un échiquier en mouvement, à l’arrière d’un camion, sur une route de campagne cahoteuse ».

Une salamandre nommée Gerry

Le mot « gerrymandering » est vieux de plus de deux siècles. En 1812, le gouverneur du Massachusetts, Elbridge Gerry, promulgue une loi redessinant les circonscriptions sénatoriales de son État afin de concentrer les voix adverses dans quelques districts. Le contour de l’une des circonscriptions ressemblait à une salamandre : un journal satirique y vit la « salamandre de Gerry », donnant naissance au terme.

Deux cents ans plus tard, la pratique n’a pas disparu. Elle consiste toujours à redessiner les circonscriptions électorales de façon à avantager délibérément un parti. Deux techniques dominent : le cracking, qui répartit les électeurs adverses dans de nombreuses circonscriptions pour diluer leur poids, et le packing, qui les entasse dans quelques districts afin de concentrer leurs voix.

4 façons de diviser 25 personnes en 5 districts 21Maps

2026 : la vague que personne n’avait prévue

Les élections de mi-mandat sont habituellement défavorables au parti du président. Depuis la fin des années 1850, sur les quarante-deux scrutins organisés, le camp présidentiel a perdu des sièges trente-huit fois. En 2026, la majorité républicaine à la Chambre est mince et, pour Donald Trump, dont la cote d’approbation plafonne à 39 % dans les sondages nationaux, les perspectives s’assombrissent.

« Le président est assez impopulaire, et c’est habituellement un indicateur assez fort de la performance du parti présidentiel lors des élections de mi-mandat », explique Thomas Ruckebusch.

La situation reste pourtant complexe pour les démocrates. Depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025, Donald Trump a encouragé plusieurs États républicains à redessiner leurs cartes électorales. S’est ensuivie une offensive de gerrymandering sans précédent en dehors des années de recensement, afin de préserver la majorité républicaine au Congrès. La Californie et la Virginie, deux États majoritairement démocrates, ont riposté en engageant leurs propres redécoupages. La Floride a adopté en avril une carte proposée par le gouverneur Ron DeSantis, susceptible d’offrir jusqu’à quatre sièges supplémentaires aux républicains.

Cette ambivalence de l’électorat est au cœur de l’incertitude qui domine la campagne. « Les Américains sont mécontents de la situation générale et des deux partis. Pourtant, quelqu’un doit bien gagner », souligne Thomas Ruckebusch. Les sondages montrent un rejet de Donald Trump, mais pas d’enthousiasme marqué pour l’opposition démocrate. Certains électeurs, insatisfaits des démocrates, pourraient néanmoins se tourner vers eux faute d’alternative.

Matthieu Holyman

Antoine Griezmann a disputé son dernier match européen

Le joueur français de 35 ans a disputé mardi soir sa dernière rencontre de Ligue des champions sous les couleurs de l’Atlético de Madrid, éliminé en demi-finale par Arsenal (0-1). Une page se tourne pour le champion du monde 2018, qui s’envolera cet été pour Orlando City.
Antoine Griezmann lors d’un match avec l’Atletico de Madrid. Libre de droit

Antoine Griezmann a disputé son dernier match de Ligue des champions sur la pelouse de l’Emirates Stadium. Battu 1-0 par Arsenal en demi-finale retour, l’Atlético de Madrid est éliminé de la compétition. Pour l’attaquant de 35 ans, qui rejoindra Orlando City en juillet, il s’agissait de sa dernière apparition sur la scène européenne, après dix-sept saisons passées en Espagne.

« Il termine comme une légende vivante de l’Atlético »

À l’issue du match, le joueur français s’est avancé vers le parcage des supporters colchoneros. Pendant de longues secondes, les fans ont scandé son nom et l’ont chaleureusement applaudi. Visage fermé, « Grizou » leur a rendu leurs ovations, conscient que la Ligue des champions, l’un de ses grands objectifs, lui échappera désormais.

Cet hommage londonien fait écho à celui reçu à Madrid lors du match aller. « On a vu des supporters avec des pancartes pour lui adresser des messages d’admiration ou lui demander son maillot. Malgré la défaite, il a fait exactement ce qu’on attendait de lui. Je pense qu’il termine comme une légende vivante de l’Atlético », résume Ian Holyman, journaliste sportif depuis plus de vingt ans.

Une dernière sortie sans trophée

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 212 buts et près de 500 matchs disputés sous les couleurs madrilènes. Entraîné depuis 2014 par Diego Simeone, Griezmann s’est approprié au fil des saisons le « cholismo », ce mélange d’exigence technique et de combativité forcenée prôné par l’entraîneur argentin. « Il incarne vraiment la philosophie de Simeone : la grinta des équipes sud-américaines, ce goût pour la bataille, cette détermination à ne jamais lâcher », souligne Ian Holyman.

Son palmarès en club reflète imparfaitement la trace laissée par le numéro 7. La Ligue Europa remportée en 2018 face à Marseille reste son unique trophée européen. « Souvent, les joueurs sont jugés en fonction des trophées remportés, pas de ce qu’ils ont frôlé. Mais il ne faut pas oublier qu’au-delà de cette victoire, l’Atlético a atteint une finale de Ligue des champions et terminé deux fois vice-champion d’Espagne, à une époque dominée par le Real Madrid et le Barça », tempère le journaliste, qui s’apprête à couvrir la Coupe du monde 2026 pour la FIFA.

Cap sur la Floride !

À 35 ans, Griezmann affiche une fraîcheur remarquable. Auteur de 13 buts en 43 matchs cette saison, il doit sans doute cette longévité à une discipline construite au fil des années. « Il a très bien joué cette saison alors qu’il a 35 ans, ce qui est déjà avancé dans le football. Sans doute grâce à une hygiène de vie irréprochable », observe Ian Holyman, qui rappelle toutefois quelques écarts de jeunesse. « Je me souviens d’une virée nocturne que j’avais couverte en 2012 », sourit-il. En plein rassemblement de l’équipe de France Espoirs, l’attaquant et quatre coéquipiers avaient quitté Le Havre pour faire la fête sur les Champs-Élysées.

Reste à savoir si « Grizou » reviendra un jour en France, en tant que dirigeant, entraîneur ou consultant. Ian Holyman en doute : « Je ne le pense pas. C’est un joueur qui n’a pas été formé en France, il est parti très jeune à la Real Sociedad. Il a pleinement adopté la culture espagnole. S’il devait occuper un poste après sa carrière, ce serait plutôt là-bas. Il pourrait aussi être tenté par une expérience dans le football américain. Une chose est sûre : il ne sera pas dépaysé en Floride, où la culture hispanique est très présente. »

Avant ce nouveau chapitre, Griezmann disputera encore quatre rencontres de Liga, qui devraient lui permettre de franchir la barre symbolique des 500 matchs avec son club de cœur.

Elouan Brulé

NBA : Un dernier défi pour LeBron James ?

Le premier duel générationnel du 2e tour des play-offs entre les Lakers de LeBron James et le Thunder de Shai Gilgeous-Alexander a tourné à l’avantage du second, de 14 ans son cadet, dans la nuit du 05 au 06 mai. Vainqueur à domicile, le Thunder apparaît comme ultra-favori pour la suite d’une série qui pourrait être l’une des dernières du « King ».
Lebron James et Shaï Gilgious-Alexander lors du Match 1 des demi-finales de la conférence ouest

L’écart était trop grand. Après trois premiers quart-temps disputés, le Thunder d’Oklahoma City est finalement venu largement à bout (108-90) des Lakers de Los Angeles, dans la nuit du 5 au 6 mai. Si le score laissait présager un match serré, la supériorité collective du Thunder a fini par éteindre les velléités californiennes. Porté par sa jeunesse, OKC a dicté le rythme pour s’offrir ce Game 1 des demi-finales de conférence Ouest.

Les Lakers n’ont trouvé de solutions que par l’intermédiaire de leur superstar LeBron James, meilleur marqueur du match avec 27 points. À 41 ans, le « King » continue de repousser les standards de longévité, portant sur ses épaules l’attaque californienne en l’absence de Luka Dončić. « D’où vient notre manque d’efficacité offensive ? Il nous manque le gars qui marque 37 points par match », a-t-il déclaré en conférence de presse d’après-match.

En face, Shai Gilgeous-Alexander a rendu une copie plus discrète que ses standards habituels. Le MVP en titre, toujours en lice pour sa réélection, a inscrit moins de 20 points pour la première fois de la saison (18 points). Plus inhabituel encore, le meneur s’est montré maladroit dans la distribution du jeu, cumulant plus de ballons perdus (7) que de passes décisives (6).

Premier affrontement en play-offs

À cette occasion, les deux joueurs se sont affrontés en play-offs pour la première fois. Avec le Français Victor Wembanyama (22 ans), Shai Gilgeous-Alexander (27 ans) est appelé à devenir l’une des têtes d’affiche du basket mondial pour les années à venir.

LeBron James, lui, l’est depuis son arrivée en NBA il y a 22 ans. Mais, aussi légendaire soit-il, il doit faire face aux signes du temps. Pour la première fois depuis 2005, il n’a pas été sélectionné comme titulaire au All-Star Game, et sa moyenne de points, bien qu’encore remarquable pour son âge, est au plus bas depuis sa saison rookie.

Les spéculations autour d’une possible retraite à l’issue de ces play-offs vont bon train. L’intéressé reste volontairement flou, laissant entendre qu’il s’interroge davantage sur le « comment » que sur le « quand » de la fin de sa carrière.

En marge de la rencontre, « SGA » a déclaré à propos de son aîné : « Jouer contre une légende comme lui, c’est ce qui vous donne envie de vous lever le matin. […] C’est l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. Évidemment, il n’est plus dans son prime, mais il reste extrêmement performant. »

Alors qu’il a déjà tout gagné, ce duel représente peut-être l’ultime défi de LeBron James. Pour espérer battre le Thunder dans cette série, les Lakers auront toutefois besoin d’un sursaut collectif. Le Match 2 aura lieu jeudi soir, toujours sur le parquet d’Oklahoma City.

Nathan Carneiro

Des stars du tennis menacent de boycotter Roland-Garros

Dans une lettre publiée lundi, Jannik Sinner, Carlos Alcaraz ou encore Aryna Sabalenka dénoncent une répartition injuste des profits des tournois du Grand Chelem.
Photo libre de droit, Aryna Sabalenka

Lundi, un collectif composé notamment de Jannik Sinner, Carlos Alcaraz, Aryna Sabalenka et Iga Świątek a fait part, dans une lettre envoyée aux médias, de « sa profonde déception » face à la hausse jugée trop faible de la dotation financière accordée aux joueurs de Roland-Garros.

Ils réclament que 22 % des revenus des tournois leur soient reversés, contre 15 % actuellement, alors que le tournoi de la porte d’Auteuil enregistre des recettes records (400 millions d’euros l’an dernier). Les signataires demandent également la création d’un fonds de prévoyance destiné à financer leurs retraites, leur couverture santé et les congés maternité, des droits jusqu’ici inexistants.

La menace du boycott

Aryna Sabalenka, numéro 1 mondiale, s’est même dite prête à boycotter le tournoi, qui débute le 18 mai prochain, estimant qu’il s’agit désormais du seul levier de pression efficace pour faire évoluer la situation. Sa rivale Iga Świątek a, elle, jugé cette idée « extrême » lors d’une conférence de presse, hier, au tournoi de Rome.

La direction de Roland-Garros a réagi en expliquant avoir déjà augmenté la dotation globale de 5,4 %. Amélie Mauresmo, directrice du tournoi, met en avant un effort particulier sur les premiers tours, avec 87 000 euros garantis pour une défaite d’entrée. Ces ajustements restent toutefois jugés insuffisants par les joueurs, qui pointent dans leur lettre un problème structurel persistant.

Costa Carrel Koutoulidis