Depuis mardi 22 septembre, Thélyson Orélien est au cœur d’une polémique. Son roman à succès, C’était ça ou mourir (Grasset), est soupçonné d’avoir été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle, selon des accusations lancées par le compte X « Balance ton Claude ».

IA ou pas IA, telle est la question. Alors que l’intelligence artificielle s’invite dans notre quotidien et dans tous les secteurs professionnels, le monde du livre n’y échappe pas. Jeune auteur québécois d’origine haïtienne, Thélyson Orélien a publié son premier roman, C’était ça ou mourir*, un récit d’exil d’un migrant haïtien, paru le 19 août dernier. Récompensé par le prix du roman Fnac et salué par la critique, le livre s’est vendu à près de 35 000 exemplaires en cinq semaines, d’après Le Monde. Dans les librairies parisiennes, il occupe toujours les présentoirs et il devrait y rester malgré la polémique, assure Morgane, libraire à L’Usage du monde (Paris 17e).
Un soutien solide des libraires
Depuis quelques mois, le monde du livre est secoué par plusieurs controverses, dont celle qui a touché les éditions Grasset en avril, ainsi que d’autres liées à l’usage de l’intelligence artificielle. Face à cette nouvelle secousse, les librairies prennent position et défendent Thélyson Orélien.
Pour les libraires, garder le roman dans leurs rayons va de soi. La première raison est économique. Face aux géants de la vente en ligne, la survie des librairies indépendantes est difficile et chaque polémique les atteint. « Je ne vais pas me tirer une balle dans le pied, c’est assez compliqué comme ça », insiste Corinne Giraud, libraire à Comme une orange (Paris 17e), qui en a vendu cinq exemplaires la veille. Les lecteurs, eux, continuent d’acheter ce best-seller. Morgane a même l’impression que « les gens l’achètent aussi par soutien ».
Certains libraires prennent des précautions et suivent l’actualité pour toute nouvelle information le concernant. « On continue de le défendre, mais on reste prudent, car on ne sait pas si l’outil de vérification est fiable à 100 % », confie Morgane. Libraires et lecteurs s’interrogent aussi sur ce tollé soudain, “pourquoi cet auteur en particulier, et pas un autre ?”, se demande Morgane.
L’IA et l’écriture, le début du débat
À présent, la question de l’intelligence artificielle se pose sérieusement dans le monde du livre. Pour Morgane, la vigilance n’est pas l’affaire des libraires, c’est celle des éditeurs. De son côté, Corinne Giraud estime que la loi doit encadrer son usage afin de ne « pas décrédibiliser le secteur », déjà fragilisé. Mais l’actualité ne la déstabilise pas, « Il va y en avoir d’autres… », prévient-elle.
Au-delà de l’affaire, c’est le métier de libraire qui est interrogé. Selon Le Monde, François Michel, de la librairie Livres in Room à Saint-Pol-de-Léon (Finistère), reconnaît qu’il n’y a plus la même naïveté face aux œuvres. Il craint aussi qu’une telle controverse rende les lecteurs plus volatils, ce qui compliquerait la gestion des stocks.

Le soupçon n’est pas nouveau pour les écrivains, hier c’était le plagiat, aujourd’hui l’IA. À la librairie Fontaine V.H. (Paris 16e), les libraires relativisent : « Il y a beaucoup de textes qui ont été remaniés par les traductions, ce n’est pas une problématique nouvelle. Il est possible de se faire aider. » Cela n’enlève rien, selon elle, à la valeur du récit de vie de l’auteur, qu’elle juge « très beau et humaniste ».
Pour le moment, les libraires interrogés semblent vouloir continuer à défendre le roman, l’un de leurs favoris de la rentrée et un succès commercial dont ils ne peuvent pas se priver dans un contexte économique difficile. De son côté, Thélyson Orélien dément avoir utilisé une intelligence artificielle pour l’écriture de son roman, il a même affirmé « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine.», d’après Libération.
* »C’était ça ou mourir », de Thélyson Orélien, 272 pages, paru le 19 août 2026 aux Éditions Grasset
Marie Billat
