Le quotidien à Saint-Denis : ni terreur permanente, ni harmonie parfaite

“Molenbeek sur Seine”, “prosélytisme”, “intégrisme”. Les mot utilisés par la reporter Nadjet Cherigui dans son enquête sur Saint-Denis (93) parue dans le Figaro Magazine ont choqué certains résidents de la ville. Des dizaines d’entre eux ont publié une tribune dans Libération, Médiapart et l’Humanité nommée “Notre fierté de vivre à Saint-Denis”. Artistes, journalistes, militants associatifs y décrivent une commune “où se croisent les mondes, où la vie culturelle foisonne”. Dans les rues de la ville, Blancs, Noirs, Arabes, étudiants, travailleurs ou retraités décrivent un quotidien plus nuancé.

Au marché de Saint-Denis, la plupart des passants n’ont pas entendu parler de l’article du Figaro Magazine. Quand on leur demande ce qui caractérise leur vie ici, les mots qui reviennent ne sont pas “islam” et “communautarisme”, mais plutôt “saleté”, “trafics”, “insécurité”. Ici, beaucoup de femmes sont voilées, mais elles sont loin d’être majoritaires. Des marchands de tapis côtoient des coiffeuses afro. Des hommes en chéchia (chapeau traditionnel musulman) et djellaba font la quête pour une mosquée et des femmes distribuent des tracts de l’Église évangélique.

Sous la halle du marché de Saint Denis
Sous la halle du marché de Saint Denis
Une boutique de beauté africaine rue de la République
Une boutique de beauté africaine rue de la République

Aucun des Dionysiens rencontrés dans les allées du marché ne cite la propagation de l’islam radical comme le premier problème qui impacte le quotidien. “Je n’ai pas d’ennuis, je blague avec les gens de toutes les couleurs quand je vais au marché”, raconte Gérard Potvin, un ambulancier à la retraite. “Mais ça m’embête que ça soit aussi sale, qu’il y ait toute cette contrebande, de cigarettes, de téléphones, de bijoux…”.

 

“Je ne fais pas l’amalgame, pas encore…”

Tous ne considèrent pas que les différentes communautés vivent en parfaite harmonie. “Les questions religieuses, je m’en fiche.”, précise d’abord une retraitée qui préfère rester anonyme. “Mais j’ai l’impression que les autorités locales nient la réalité. Il y a de l’insécurité. Je me suis faite agresser deux fois par des bandes, tabasser, voler mon sac. Des jeunes inconnus m’ont insultée parce que je suis Blanche. Je ne fais pas l’amalgame, pas encore, mais c’est dur.” 

Mounir Othman, comédien et membre d’un collectif de parents d’élèves du Nord de la ville, a quant à lui signé la tribune pour défendre l’image de Saint-Denis dans les médias. “C’est une ville-monde, et ça c’est une vraie richesse. Dire qu’il y a du communautarisme, c’est faux. Je suis de culture musulmane, mais ma famille est athée et il n’y a aucune pression sur nous. C’est même pas un sujet pour les habitants de mon quartier.” Là-bas, d’autres thèmes font débat : “Dans les écoles, les professeurs ne sont pas remplacés, la poste est surchargée, les bus ne passent jamais. Mais ça, c’est moins vendeur pour les journaux que le danger de l’islam.” Laura Belhadjer, une étudiante de 22 ans, décrit une ville “colorée”, et évoque sa bande d’amis “de cultures très différentes, reliés par les études, les problèmes quotidiens, et pas par une religion ou une origine”. Elle porte le voile, et se dit “dégoûtée” par la une du Figaro Magazine, qui “stigmatise”.

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La file d’attente à la charcuterie du marché de Saint-Denis

 

La diversité, un défi mais pas un problème

Le prêtre Jean Courtaudière, qui travaille à Saint-Denis depuis treize ans, a été cité dans l’article Figaro Magazine. Il juge l’article “plutôt équilibré” mais regrette le choix des photos et des titres : “c’est de la manipulation de l’opinion. Le photographe a dû se balader longtemps pour trouver les jeunes femmes portant un voile intégral. Il n’y en a nulle part ici”. Cet homme au ton chaleureux est responsable du dialogue entre la religion chrétienne et les autres religions dans le 93. “Oui, il y a beaucoup de musulmans ici, parce qu’il y a beaucoup de populations issues de l’immigration. Est-ce un mal ? Non ! Mais c’est vrai qu’il y a des courants salafistes qui essayent d’influencer les musulmans de Saint-Denis”. Selon lui, preuve en est le nombre croissant de femmes voilées dans les rues : “des  croyantes défendent le voile avant la conviction religieuse, cet affichage peut être vu comme un signe de radicalisation.” 

Pour lui, la diversité est un défi mais pas un problème. “Ce mélange, c’est extraordinaire, mais ça demande des efforts, il faut apprendre à accepter les différences de croyances, de culture.”  Si la religion musulmane se fait plus visible, qu’elle se développe dans l’espace public, ça n’est pas pour autant que les gens ne vivent pas ensemble : “à l’école, au travail, au sport, les gens se mélangent, sans se poser la question des origines, des religions.”

 

Célia Laborie

 

CGT et gouvernement : 4 ans de relations compliquées

La CGT l’a annoncé. Toutes les raffineries sont désormais bloquées, en protestation contre le projet de loi travail. Les tensions entre le pouvoir et le syndicat sont à leur paroxysme. L’occasion de retourner sur la relation houleuse qu’entretient la CGT avec le gouvernement, depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir. Continuer la lecture de « CGT et gouvernement : 4 ans de relations compliquées »

Le revenu universel, un salaire pour tous, sans conditions

750 euros chaque mois, pour tous les Français, sans aucune condition. L’idée du revenu universel fait son chemin en France. La fondation Jean Jaurès vient d’en étudier le coût et estime que verser à tous un salaire entre 500 et 1000 euros serait faisable, sans ruiner les finances l’État.

Revenu de base, salaire universel ou d’existence, le principe a plusieurs noms mais une seule définition : « C’est un revenu versé à tous les membres de la société sans conditions, sans contrepartie de travail, de façon individuelle et qui se cumule avec les autres revenus », explique Jean-Eric Hyafil, doctorant en économie et membre du Mouvement français pour un Revenu de base. Ce principe accorde donc à tous, pauvres ou riches, enfants ou adultes, un salaire égal.

Les arguments pour le revenu de base sont nombreux et divers : sortir de la pauvreté, réduire les inégalités ou avoir le droit à la paresse. Dans un article publié dimanche, la fondation de recherche Jean Jaurès, proche du PS, explique que ce principe n’est pas une utopie. Dans une France où le nombre d’emplois chute et où les compétences humaines deviennent obsolètes face à l’automatisation et à la numérisation, le plein emploi et la croissance à tout prix ne sont plus des buts réalistes. Le revenu universel propose donc une solution pour éviter la précarisation.


Comment financer ce revenu ?

Instaurer le revenu de base coûterait plusieurs centaines de milliards d’euros par an à l’État. Pour financer ce principe, la fondation propose de supprimer les principes de la protection sociale (allocation chômage, retraite, RSA, logement, maladie…), puis de redistribuer équitablement ces dépenses. « Le revenu de base remplace les aides sociales sans créer des recettes fiscales supplémentaires. On fond les prestations sociales et on redistribue, explique Thomas Chevandier, auteur de l’étude de la fondation Jean Jaurès. « Mais il faudra quand même garder le financement des affections de longues durées, comme les maladies handicapantes, pour que le principe soit réellement équitable. »
Pour étudier la faisabilité de cette mesure, la fondation a établi trois scénarios de revenu de base et en a étudié les conséquences sociales, et le prix pour l’État.

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Un revenu de base à 750€ apparaît ainsi être un montant réaliste. Suffisant pour remédier au problème de précarité, mais pas assez pour « désinciter » les gens à travailler. Ce revenu à 750€ pourrait être financé grâce à la suppression des prestations sociales. Cependant, si le revenu de base permet à chacun de toucher un salaire égal, aucune solution n’est proposée quant aux aléas de la vie, opération médicale coûteuse, accident…


L’idée arrive au gouvernement

L’idée du revenu de base avait déjà été discutée par les politiques. En 2011, Dominique de Villepin proposait une ébauche de « revenu citoyen » : verser 850€ aux plus démunis contre un engagement dans des associations. En avril, Manuel Valls évoquait la même idée comme un « revenu universel pour les 8 millions les plus pauvres. » Mais ces ébauches abandonnent l’idée de l’universalité au profit d’une sorte de minima social amélioré.
Le 19 mai, le Sénat a rejeté un projet d’instauration du revenu de base, présenté par le sénateur écologiste Jean Desessard. Mais une mission d’information a été lancée pour six mois, sur  » l’intérêt et les formes possibles de mise en place d’un revenu de base en France. »

Après ces six mois d’études, la France décidera peut-être de s’inspirer de ses voisins européens. En Suisse, les citoyens se prononceront le 5 juin sur l’instauration d’un revenu de base à 2300 euros mensuels dans tous le pays.

 

Pour ou contre le revenu de base ? Des économistes répondent.


Le revenu universel dans le monde

A travers des expériences de courtes durées, comme en Namibie ou des mesures récentes, au Pays-Bas, le revenu universel est expérimenté à travers le monde, sur tous les continents.

 

Clara Griot

Comment s’organiser pendant la grève des raffineries?

Pénurie ou pas, les automobilistes n’ont pas attendu pour prendre leurs précautions. Sur les réseaux sociaux ou les applications mobiles, l’état des stations-service est recensé et actualisé par les usagers eux-même. Une pratique propulsée, un fois encore, par le web collaboratif. Retour sur les outils disponibles. 

La rumeur va bon train. La grève des raffineries entamée la semaine dernière met à mal le ravitaillement des stations services en carburant. Sur les huit établissements destinés à transformer le pétrole brut en combustible, six sont à l’arrêt ou en phase d’arrêt, selon Emmanuel Lépine, responsable de la branche pétrole CGT. Alors que le gouvernement a promis de venir chasser les grévistes, de plus en plus de stations affichent des taux de rationnement. Pour éviter les attentes trop longues, les automobilistes ont pris en main le recensement des lieux en difficulté.

Des cartes interactives 

Peut-être avez-vous vu circuler cette carte sur les réseaux sociaux?

Le site et l’application Essence, un comparateur de prix de carburant propose désormais une carte interactive où les internautes peuvent signaler les stations services en rupture de stock totale ou partielle. A ce jour, 1914 stations-services ont été répertoriées par l’application grâce à la contribution des utilisateurs. Il suffit de télécharger l’application gratuite et de signaler la station-essence défectueuse. L’application compte entre 300 000 et 500 000 utilisateurs réguliers. Depuis le début du mouvement de grève, l’affluence du site peut atteindre jusqu’à 15 000 visiteurs simultanés, selon Pierre Auclair, président de Ripple Motion, le développeur d’Essence, dans une interview à Sud-Ouest.

L’application star d’aide à la conduite, Waze a lancé dans la journée une initiative similaire. D’autres sites habituellement destinés à aiguiller les automobilistes se sont attachés au problème.

Une opportunité d’attirer de nouveaux utilisateurs que la presse quotidienne régionale a tenté de saisir à son tour. Dans la journée, Ouest-France a lancé sa propre carte collaborative consultable sur son site. Lundi après-midi, la Bretagne était l’une des régions les plus touchées par les ruptures de stock dans les stations-service. En vert, sont signalées les stations services ouverte et en rouge, celles qui sont à sec.

Capture d'écran du site de Ouest-France
Capture d’écran du site de Ouest-France

A noter que le gouvernement possède son propre site de recensement des prix de carburant, mais que pour l’instant aucune information sur les stations fermées n’est relayée.

Sur Facebook, échanger et rassembler les informations.

J’ai créé ce groupe car il y avait des infos sur les stations un peu partout sur Facebook, dans différents groupes, sur les murs … J’ai voulu regrouper toutes ces infos sur une page, pour que tous le monde puisse s’informer au même endroit. C’est plus simple, et plus facile que de chercher à droite et à gauche des infos. Charlène Marvyn, administratrice du groupe Pénurie Carburant en Mayenne/Maine et Loire

La page Facebook créée par Charlène Marvyn, jeudi dernier, compte déjà 1259 membres. Le nombre de publication peut atteindre 35, en une heure. Un flux difficile à gérer pour cette simple internaute  Dessus, les utilisateurs du réseau social s’échangent informations et répondent aux questions de chacun.

capture d'écran d'une publication sur la page du groupe Facebook Pénurie Carburant en Mayenne /Mayotte
capture d’écran d’une publication sur la page du groupe Facebook Pénurie Carburant en Mayenne /Mayotte

Sur Twitter, un hashtag pour partager son ressenti 

Le mot-clé #penuriecarburant est apparu en top des tendances twitter dans la journée de lundi. Près de 14 000 tweets publiés par des internautes ont été recensés en milieux d’après-midi. Moins utilitaires et plus subjectifs: les utilisateurs de Twitter se sont emparés du hashtags pour s’exprimer sur la loi travail ou sur leur expérience en stations-service.


Des messages humoristiques ou plus énervés, les internautes se lâchent sur twitter alors que Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT appelait, lundi, à la généralisation de la grève.

EMMA DONADA