Sénatoriales 2026 : la fracture des gauches et des droites

178 sièges du Sénat seront renouvelés après les élections du 27 septembre 2026.

Dimanche 27 septembre 2026, les grands électeurs seront appelés à renouveler la moitié du Sénat pour les trois prochaines années. Invisibles, ces élections ont pourtant une portée symbolique majeure à quelques mois des présidentielles, les fractures entre gauche et droite profitant à la formation potentielle d’un groupe RN.

Le scrutin ne sera pas celui d’un déséquilibre magistral. Son dénouement reste toutefois suspendu au nombre de sièges que la liste RN parviendra à acquérir. Aujourd’hui, seuls trois sénateurs siègent au Palais du Luxembourg, venant du Nord, du Pas-de-Calais et de la Seine-et-Marne. 

S’ils venaient à obtenir 10 sièges, suffisant pour constituer un groupe, les moyens d’action parlementaire du Rassemblement national s’en verraient décuplés, déjà solidifiés par leur progression aux municipales. « Un groupe au Sénat, c’est davantage de moyens pour embaucher des collaborateurs, une tribune politique avec la niche parlementaire et des questions au gouvernement, et la possibilité de travailler de concert avec le groupe à l’Assemblée » confirme au Monde Renaud Labaye, secrétaire général du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale.

Des votes “cachés” pour le RN

Certes, le mode de scrutin indirect prévalant pour les élections sénatoriales contribue à invisibiliser les élections, puisqu’aucun concitoyen n’est appelé au vote. Malgré tout, ce sont 178 sièges remis en jeu, élus par 172 000 grands électeurs –  députés et sénateurs sortants d’abord, puis les conseillers régionaux et départementaux ensuite, pour finir avec les délégués des conseils municipaux qui représentent près de 95% des grands électeurs. Depuis les dernières élections législatives de 2024, le Sénat est apparu comme un pôle de stabilité parlementaire, presque hermétique, avec lequel le gouvernement devait compter, voire sur lequel il pouvait s’appuyer. 

L’élection la plus prévisible, car dépendante des résultats aux élections municipales, ne l’est donc plus autant qu’avant. Au-delà des départements conquis par le RN comme le Var et les Alpes-Maritimes, la majorité sénatoriale de Gérard Larcher, candidat à sa succession pour la présidence de la chambre, craint le capital sympathie que la liste d’extrême droite a acquis auprès des élus sans étiquette, en particuliers des territoires ruraux, et dont le vote dit “caché” pourrait peser dans la balance. Au cœur du suffrage, la Gironde est l’un des départements avec le plus de sièges en lice. Si un dixième sénateur RN devrait permettre la création d’un parti, cette terre socialiste par excellence pourrait créer la surprise.


La scène politique se restructure

Remise en perspective, la progression du RN, loin d’être surprenante, traduit d’un continuum : la droite est plus morcelée que jamais, et certains sénateurs autrefois LR, comme Marie-Pierre Callet dans les Bouches-du-Rhône, rejoignent le parti à la flamme. “Mes convictions n’ont pas changé, c’est le parti qui a glissé petit à petit vers le centre et la macronie, ce que je ne suis pas. Je retrouve aujourd’hui, au sein du Rassemblement Nationale, mes convictions de droite”, affirme l’élue au micro de Public Sénat. À l’image d’Eric Ciotti qui claquait la porte du parti républicain pour fonder son parti, aujourd’hui allié de Marine Le Pen, la droite se droitardise.

De leur côté, la liste de Jean-Luc Mélenchon espère pouvoir faire son entrée au Sénat sous leur propre couleur, notamment rassurée par des victoires dans le Rhône. Mais leurs contentieux avec les listes Écologistes et Socialistes ont engendrées quelques pertes municipales qui pourraient peser dans leur représentation et complique la constitution d’une liste commune. Les effectifs du groupe Socialistes, Ecologistes, Républicain, en déclin depuis une dizaine d’années, s’élèvent à 65 sénateurs et sénatrices, malgré les victoires municipales de 2020.

Louise Baucry

Commission spéciale sur la loi intégrale : vers une nouvelle gestion des violences sexistes et sexuelles dans les partis et les syndicats

Hier soir, l’amendement pour structurer la prise en compte des signalements pour VSS dans les partis et les syndicats a été adopté lors de la commission spéciale sur la loi intégrale. Si la loi est votée, tous les partis devront mettre en place des dispositifs afin d’accompagner les victimes se signalant. 

Mardi 22 septembre, lors de la commission spéciale de la loi intégrale, les députés ont adopté un amendement ayant pour but de créer un dispositif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans tous les syndicats et les partis politiques. La procédure en question vise à proposer une meilleure structuration du recueil des signalements et leur prise en charge.  Comme l’explique le député Horizons Bertrand Bouyx qui a déposé l’amendement : « Si la loi est votée, les partis et les syndicats auront un an pour proposer un socle minimal afin de prévenir les violences, recueillir et conserver des témoignages, et orienter les personnes dans le signalement et son traitement. »

L’accusation portée envers le député et ancien candidat à la primaire du parti socialiste Philippe Brun révèle la complexité du fonctionnement du signalement des violences au sein des partis. Le signalement effectué à son encontre le 15 septembre, qui lui a valu d’être exclu du parti et de la primaire, a bien été effectué auprès d’une cellule indépendante, mais révèle les enjeux de pouvoir importants dans le signalement des violences.

« Chez LR ou le RN, c’est un non-sujet »

Arthur Delaporte, député au Parti socialiste, insiste sur la nécessité de l’amendement. Assurant que le Parti socialiste est irréprochable sur ces questions, il affirme néanmoins « qu’il reste nécessaire que cette procédure soit formalisée par la loi pour que tous les partis soient soumis à ce dispositif car pour l’instant ce n’est pas le cas. Chez LR ou le RN, c’est un non-sujet. ».

Une analyse partagée par Léa Balage El Mariki pour qui « Il est primordial qu’il y ait un dispositif commun et que ça ne soit pas uniquement la responsabilité des partis. ». La députée écologiste souligne le fait que « les partis de droite n’ont pas forcément de cellule contre les violences sexistes et sexuelles, mais pour autant ça ne veut pas dire que les militantes de droite doivent rester seules face aux violences. »

Effectivement, selon le rapport sur la parité politique du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes publié en 2022, Les Républicains et le Rassemblement national ne disposent pas de dispositif de signalement pour les violences sexistes et sexuelles, bien que cela ait fait l’objet de débats, notamment au sein des Républicains après que Bruno Retailleau se soit dit favorable à l’idée d’ouvrir une cellule lorsqu’il était candidat à la présidence du parti la même année.

« Supprimer l’angle mort des VSS dans les partis »

Les partis qui disposent déjà de procédures de signalement des violences relèvent néanmoins la difficulté de recueillir les témoignages. C’est notamment le cas d’Arthur Delaporte qui préconise d’avoir « des structures disponibles pour tous les militants car les violences restent parfois un tabou ou peuvent faire l’objet de représailles, surtout dans les endroits comme les partis où il peut y avoir des jeux de pouvoir importants ».

Très concrètement, il peut être difficile pour une victime de témoigner si son agresseur a des responsabilités ou un mandat.  « L’importance des rapports d’influence dans le cadre de mandats et de postes à responsabilités », c’est ce qui a poussé Bertrand Bouyx à déposer l’amendement dans l’optique de « supprimer l’angle mort des VSS dans les partis ». Pour le député : « Quand on est dans un lieu de grand pouvoir, il faut les protections qui vont avec ce pouvoir pour en éviter les zones grises. »

Équiper et protéger les militants

Les cellules contre les violences sexistes et sexuelles, notamment à l’échelle locale des partis, sont assurées par des bénévoles qui manquent de temps. C’est ce que pointe Arthur Delaporte comme l’un des principaux dysfonctionnements pouvant rendre les procédures longues et douloureuses pour les victimes. De son côté, Léa Balage El Mariki met l’accent sur la formation : « Recueillir la parole de victime, ça n’est pas facile et il faut pouvoir être formé à l’écoute et orienter les victimes vers les dispositifs adéquats. »

L’adoption de la loi permettrait donc de pallier ces difficultés tout en assurant la même protection aux salariés qu’aux simples militants ne disposant pas des mêmes structures. Le député Bertrand Bouyx s’en réjouit : « Dans un parti, il y a des permanents, des élus, des militants et il faut prendre en compte cette spécificité pour que ces personnes puissent être accompagnées de la même manière que dans une entreprise pour un signalement qui interviendrait au QG d’un parti ou dans un syndicat par exemple. »

L’arrivée du texte en séance est prévue le 1ᵉʳ octobre, avant son vote solennel le 13 octobre.

Manon Latour

Coupures budgétaires, suppressions de postes, gel des subventions… La CGT Spectacle se mobilise pour la Culture

Mercredi 23 septembre, la CGT Spectacle manifeste contre les coupures budgétaires massives qui fragilisent le secteur de la culture depuis deux ans, et qui n’ira pas mieux à l’approche du vote du Budget 2027.

C’est la coupe de trop, et le Budget 2027 ne promet rien. Mercredi 23 septembre, la CGT Spectacle appelle à se rassembler contre les coupures budgétaires massives en défaveur de la culture sur la place André Malraux, à quelques rues du Ministère de la Culture. La veille de l’ouverture du Festival d’Avignon, 28 structures culturelles apprenaient que 10% à 13% de leurs subventions de l’Etat pour l’année 2026 avait été “gelée” et soumise à négociation. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. 

Inspirée par la mobilisation de la rédaction de France Inter contre l’arrivée de Charles Sapin en tant qu’ éditorialiste, directeur adjoint du magazine ultraconservateur Valeurs Actuelles, la CGT Spectacle entend aussi bien défendre l’emploi, les salaires et la création que le droit à une information de qualité. “Non à l’austérité, oui au service public !”, revendique l’union des syndicats, motivée par l’approche de l’élection présidentielle.

Une forme d’élitisme

Aujourd’hui, une grande partie des intermittents ne parviennent plus à réunir « les 507 heures nécessaires à l’ouverture de leurs droits à l’assurance chômage et, fait inédit, des plans de licenciement surviennent dans des structures subventionnées du spectacle vivant », alerte encore la CGT Spectacle dans son communiqué. Le risque le plus redouté, conséquence de la dégradation des conditions de travail pour les professionnels du secteur, étant que l’accès à la culture ne devienne une forme d’élitisme. 

Dans le cadre de la politique de généralisation de l’éducation artistique et culturelle (EAC), initiée par le Ministère de la culture, 150 millions d’euros ont été déployés en direction des jeunes, pour l’année 2025, en particuliers issus des territoires prioritaires de la ruralité et des territoires ruraux. Sans cet effort, les zones urbaines concentreront la majorité des musées, bibliothèques municipales, musées et autres événements ponctuels, sans compter la mise à l’écart des familles et jeunes les plus défavorisées.

Beaucoup de baisses les années précédentes

L’Observatoire des politiques culturelles (OPC) anticipe pourtant  le phénomène depuis 2023. L’année dernière, leur “cartocrise” recensait les baisses de soutien public aux structures du secteur culturel entre 2024 et 2025. Au total, une baisse de 30 millions d’euros sur 748 déclarants. “2025 a été relativement stable mais cache en réalité beaucoup de baisses les années précédentes”, souligne le responsable du baromètre à l’OPC. Présenté à Avignon en juillet dernier, l’édition 2026 confirme la tendance : près de la moitié (45%) des collectivités et des intercommunalités a maintenu ses budgets culturels globaux (fonctionnement et investissement) entre 2025 et 2026, sans pour autant assurer la survie du secteur. 

S’ajoute au déficit économique une vulnérabilité au dérèglement climatique, comme l’a confirmé l’été 2026 et les nombreux festivals annulés pour risques liés aux fortes chaleurs. Aujourd’hui, seulement 0,7% du budget est consacré à la culture. Les syndicats militeront toute la semaine, à coups de pétitions et de prises de parole, pour revendiquer 1%.

Louise Baucry