Pourquoi l’IA est-elle devenue un enjeu pour le pontificat de Léon XIV ?

Depuis la publication en mai de l’encyclique Magnifica Humanitas, lettre de réflexion sur l’humanité à l’ère de l’intelligence artificielle, le pape Léon XIV a pleinement investi le débat sur l’IA. Pour l’Église catholique, l’enjeu est clair : veiller à ce que l’humain reste maître de cette technologie. 

“Dieu créa l’homme à son image” et l’homme créa ses images avec de l’IA. Loin des clichés d’une Église catholique qui n’évolue pas avec son temps, le souverain pontife a récemment multiplié les prises de position autour de l’IA. En publiant l’encyclique Magnifica Humanitas et en dialoguant avec l’entreprise Anthropic sur l’éthique et la régulation de l’IA, Léon XIV espère éviter que les traits humains s’effacent au profit des machines. 

C’est à la fois un symbole et une mise en garde. Fidèle à ses positions depuis le début de son pontificat, Léon XIV a rappelé l’importance de « replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion ». Présent à Paris, ce vendredi 25 septembre pour sa visite pontificale, le pape a aussi appelé à ne pas “perdre notre humanité au milieu du ‘paradis de machines’ qui envahissent et conditionnent notre quotidien”.

“L’Église a toujours pris position par rapport aux questions modernes”

Si le lien entre Église et intelligence artificielle pourrait paraître anachronique, l’institution n’est pourtant pas hermétique aux thématiques plus modernes. “Les encycliques parlaient déjà de la condition ouvrière au moment de la révolution industrielle, ce n’est pas nouveau. L’Église a toujours pris position par rapport aux questions modernes”, assure Thierry Magnin, prêtre catholique et théologien. 

L’Église catholique s’est saisie de cette technologie comme d’un reflet des évolutions de la société. Une thématique déjà mobilisée par le pape François lors de son pontificat. “Le pape est un chef spirituel, tous les chefs spirituels s’expriment sur les enjeux de société, c’est leur mission. L’IA étant devenue un enjeu de société, c’est assez normal qu’il s’engage sur cette thématique”, justifie Raja Chatila, spécialiste de l’IA et professeur émérite à Sorbonne Université.

“Protéger la personne humaine des dommages collatéraux de l’IA”

L’IA est, pour beaucoup, devenue une nouvelle réalité au quotidien. En 2026, près d’un Français sur deux (48 %) a adopté les outils d’intelligence artificielle, selon le Crédoc. Un changement qui inquiète. “On est entré dans une nouvelle ère : celle de la société-machine. La machine a des effets interpersonnels et s’invite dans tous les aspects de la vie humaine. Le pape veut protéger la personne humaine et les sociétés des effets collatéraux des IA.”, estime Laurent Stalla-Bourdillon, théologien et conférencier sur l’intelligence artificielle. “Il y a une question de fracture numérique : est-ce que l’IA va creuser les inégalités ou aller vers plus de justice sociale ?”, se questionne Thierry Magnin. 

Pour le pape, les dangers portent surtout sur l’idée que les machines supplantent ou aliènent les hommes, incapables à l’avenir de disposer de leur libre-arbitre. L’IA peut rester une aide sans remplacer la conscience humaine qui fait la spécificité de l’homme. “On ne peut pas passer à côté de cet outil. Je peux faire mon homélie par IA, elle l’agrémentera de formules peut-être plus belles ou mieux tournées, mais ce n’est pas moi”, nuance le théologien. 

Un discours qui s’inscrit dans un cadre plus large

Intégrer ce discours à la pensée de l’Église permet de se position de façon philosophique, voire anthropologique, sur la place de l’homme et son lien avec les machines au XXIe siècle. “Le pape a apporté une analyse de cette technologie, son message est lisible et avertit des dangers possibles liés à l’IA. Il vit avec son temps. Son rôle n’est, en revanche, pas non plus de faire de la recherche”, explique Raja Chatila. 

À l’inverse des discours alarmistes de certains salariés des géants de la tech, qui alertent sur les dérives de l’IA à long terme, le discours du pape se veut résolument plus centré sur le bien commun et la préservation de la pensée personnelle.

Tom Keller

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