
Cette semaine est sortie en salles Primetime, film sur une émission américaine de chasseurs de pédocriminels. Avec l’avènement de l’IA, des lives sur les réseaux sociaux, comment ont évolué la traque de ces individus entre aujourd’hui et le début des années 2000 ?
Avec Primetime, sorti mercredi 23 septembre 2026, le réalisateur Lance Oppenheim brosse le portrait de Chris Hansen, présentateur américain de l’émission « To Catch a Predator », diffusé sur la NBC entre 2004 et 2007. Le principe du programme ? Hansen et son équipe piégeaient des pédocriminels en ligne avant de révéler leur identité à la télévision. L’émission, qui a réellement existé, s’est arrêtée après le suicide de l’un des hommes qu’elle avait exposés. Mais si sa transmission s’est arrêtée, elle semble aujourd’hui avoir trouvé des héritiers grâce à des créateurs de contenus sur les réseaux sociaux.
Des « peines ridicules » pour les pédocriminels
En mai, l’influenceur Finnyzyy, responsable de l’arrestation du pédocriminel Dominique B, créait la polémique à cause de ses méthodes jugées irresponsables. En effet, certaines associations lui reprochent qu’afficher les victimes dans des lives pouvait saboter les enquêtes de la police. Cedric Teynat, le fondateur des Enfants d’Argus, association qui traque les prédateurs sur les réseaux sociaux au moyen de faux profils d’enfants, estime qu’ils n’ont pas les « meilleures méthodes » mais que ces « coups de buzz sont nécessaires pour mettre en valeur notre combat. »
Il a fondé son association il y a 26 ans, en 2000, révolté par les « peines ridicules » du système judiciaire. « Un braqueur va prendre 12 ans de prison alors qu’un pédocriminel peut n’écoper que d’une peine de 7 ans et en plus ils sont souvent conditionnables. » « Ils sortent du parking en même temps que moi », rajoute-t-il dans un mélange d’ironie et de désabusement.
Un procédé rigoureux pour débusquer les suspects
Contrairement à l’émission de Chris Hansen et certains influenceurs qui sont en quête de sensationnalisme, Enfants d’Argus travaillent dans l’obscurité. Cedric Teynat tient à préciser que ce n’est pas son association qui « chasse les pédocriminels » mais ces derniers qui « chassent des enfants » sur les réseaux sociaux. Pour les attirer à eux, les bénévoles de l’association créent des « enfants virtuels. » « On ne fait rien après la création des comptes, les algorithmes vont tout simplement attirer les potentiels pédophiles à nous », détaille-t-il.
« C’est important que ça ne soit pas nous qui les incite », explique le cinquantenaire. « On essaye que chacun des dossiers que nous constituons et que nous allons après envoyer au procureur soit impeccable. » Contrairement à ce qui est montré dans le film de Lance Oppenheim, les enfants virtuels d’Argus n’envoient pas de messages aguicheurs dans la discussion. « Parfois on me dit que je suis pénible avec mes conversations longues mais nous faisons tout pour ne pas aller à l’encontre de la loi ». Une méthode qui semble porter ses fruits puisque Enfants d’Argus dépose par mois entre 10 et 15 plaintes sur le bureau du procureur.
Des suspects aux profils très variés
« On a pensé à alimenter nos enfants virtuels avec de l’IA plutôt que de mobiliser nos bénévoles mais le problème c’est que les IA n’ont pas suffisamment de vices pour décrocher rapidement les informations dont on a besoin pour interpeller ces ordures », raconte celui qui a également joué le rôle d’enfant virtuels.
Les Enfants d’Argus comptent en plus de leur trentaine de bénévoles, tous anonymes, des collaborateurs externes. « En plus de nos propres enquêteurs, je signe aussi des contrats annuels avec des enquêteurs de l’ONARP afin qu’ils nous aident à identifier certains de nos suspects. » Des suspects qui ont tous des profils très divers : « pompier, instituteur, homme politique, homme de 19 ans ou de 84 ans et de toutes religions » « C’est un combat qui est très dur à tous les niveaux car on a l’impression qu’il n’y a pas une couche de la société qui n’est pas impactée », rajoute-t-il.
Un combat d’autant plus désespérant au vu des statistiques. En France, toutes les 3 minutes un enfant est victime d’agression sexuelle, de viols ou d’inceste rapporte des chiffres de l’UNICEF. « On agit que sur 5% des adultes », explique Cedric Teynat dépité avant de rajouter que « 90% des personnes qu’ils arrêtent sont des récidivistes. » Il regrette qu’il soit aussi « difficile de faire bouger les politiques » sur cette question, ce qui oblige les associations et les actions individuelles à combattre la pédocriminalité.
