A la veille des premiers débats sur l’IA au Conseil de sécurité de l’ONU, les dirigeants français et américain ont abordé le sujet dans leurs discours respectifs. Le premier souhaite réguler, l’autre dénonce un “projet mondialiste de contrôle”.
“Welcome to the new world of Superintelligence, SI”. À la tribune des Nations unies, mardi 22 septembre, Donald Trump n’a pas seulement proposé de rebaptiser l’intelligence artificielle. Le président américain a annoncé que son administration utiliserait désormais le terme de “super intelligence” et appelé le reste du monde à l’imiter.
Pour la France le but serait d’échapper à la dépendance
Quelques heures plus tard, Emmanuel Macron, à la même tribune, a appelé les États qui refusent de dépendre des deux grandes puissances technologiques à former une coalition. Ni la France ni l’Union européenne ne disposent aujourd’hui d’un écosystème technologique comparable à celui des États-Unis ou de la Chine. Il appelle à une “coalition des indépendants (…) qui ne veulent pas devenir les vassaux de l’une ou l’autre des deux grandes puissances mondiales”, et ainsi réunir des États capables de partager puissance de calcul, financements et technologies. Le but: développer leur propre modèle, sans dépendre entièrement des plateformes américaines ou chinoises.
Une position soutenue lundi par les dirigeants de plus de vingt pays dont le Canada, l’Allemagne et l’Australie. Ils plaident pour davantage d’encadrement de cette technologie et la création, sous l’égide de l’ONU, d’un organe international de régulation. Mardi, le premier ministre britannique, Andy Burnham, a annoncé vouloir lancer l’élaboration de standards de sécurité de l’intelligence artificielle sous l’égide du G20, afin d’assurer “que le développement de l’IA est sûr”.
A Washington, ne pas perdre l’avance américaine
Donald Trump, de son côté, a réaffirmé sa ligne politique : les États-Unis ne veulent pas ralentir dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Alors que dirigeants de la tech et chercheurs réclament depuis plusieurs semaines davantage de garde-fous, le président américain a rejeté l’idée d’une régulation internationale susceptible de freiner l’innovation américaine. Pour le président américain, la question de l’IA est indissociable de la rivalité stratégique avec la Chine. “Celui qui gagne l’IA gagne”, avait-il déjà résumé, assurant mardi que les États-Unis conserveraient leur avance sur Pékin : “Nous avons maintenant une grande avance sur la Chine et sur tous les autres, et nous allons faire en sorte que cela dure”. Les États-Unis ne vont pas “étouffer la croissance de quelque chose qui sera plus grand que la révolution industrielle” et le gouvernement “recadrera les choses” si nécessaire et dirigera le secteur de manière responsable, avait-il précisé.
Washington dispose aujourd’hui d’une grande partie des entreprises qui structurent le secteur, des concepteurs de modèles aux infrastructures de calcul. En 2025, ils ont produit davantage de modèles d’IA majeurs que tout autre pays. Ils dominent également les infrastructures nécessaires à leur fonctionnement : Amazon, Microsoft et Google contrôlent à eux seuls près des deux tiers du marché mondial du cloud. Selon Stanford, les États-Unis hébergent en outre plus de 5 427 centres de données, plus de dix fois plus que n’importe quel autre pays.
Intérêts plus personnels du président américain
Si les investissements liés à l’IA ont fortement contribué à la croissance et à la progression des marchés américains, ils croisent aussi les intérêts financiers du président américain et de sa famille. Les déclarations financières de Donald Trump font apparaître des investissements dans plusieurs entreprises de semi-conducteurs, de serveurs et d’infrastructures énergétiques liées au boom de l’IA, notamment Meta, tandis que ses fils sont engagés dans des fonds ayant investi dans xAI, Cerebras ou Perplexity. Contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, Trump n’a pas placé l’ensemble de ses avoirs dans un blind trust ; la Maison-Blanche affirme toutefois que ses placements sont gérés par des gestionnaires indépendants et que le président n’intervient pas dans les décisions d’achat ou de vente et récuse tout conflit d’intérêts.
Dans la soirée, pour la première fois, le Conseil de sécurité des Nations unies doit consacrer un débat à l’intelligence artificielle. Jusqu’ici cantonnées à différents groupes de travail et commissions, les discussions sur ses usages militaires ou ses conséquences en matière de cybersécurité entrent ainsi dans l’enceinte de l’ONU.
Juliette Sanchez

