Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté jeudi les autorités tunisiennes à cesser les restrictions visant la société civile, les journalistes et les opposants politiques. Il dénonce une multiplication des poursuites pénales et des obstacles administratifs contre les voix critiques.
Depuis Genève, le chef des droits de l’homme de l’ONU estime que cette répression porte atteinte aux libertés garanties par la Constitution tunisienne et aux engagements internationaux du pays. Selon lui, les organisations civiles, les défenseurs des droits humains, les magistrats et les militants figurent parmi les principales cibles des autorités.
Volker Türk appelle Tunis à préserver l’espace civique et la liberté de la presse, dans un contexte de vives inquiétudes internationales concernant le recul des libertés publiques dans le pays.
Le 11 novembre, la Russie et la Turquie ont signé un mémorandum sur la création d’un centre commun pour l’observation du cessez-le-feu dans le Haut Karabakh. Alors que les relations entre les deux pays sont encore marquées par les désaccords sur le conflit syrien, la gestion double de ce territoire du Caucase n’assure en aucun cas l’apaisement des liens russo-turcs.
Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan prévoient une gestion commune du cessez-le-feu dans le Haut Krabakh
Sergei Ilnitsky / POOL / AFP
« La Turquie et la Russie travailleront ensemble dans le cadre de cette mission de paix. » C’est ce qu’a annoncé le Président Turc Recept Tyyip Erdogan devant le Parlement turc à l’occasion de la mise en place d’un observatoire commun avec la Russie pour la gestion du cessez-le-feu entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, décidé lundi 9 novembre. Mais rien n’indique que cette collaboration réchauffe les relations entre les deux géants. « On n’est pas dans un schéma de nouvel « équilibre géopolitique » explique le journaliste spécialiste du Moyen-Orient Tigrane Yégavian. « On est dans un schéma d’alliance tactique. »
Des intérêts divergents
La Russie, tout comme la Turquie, espère « être maître du jeu caucasien » indique le journaliste. Et leurs intérêts et leurs alliés dans la zone diffèrent largement : Ankara, qui a déployé un soutien militaire majeur à Bakou depuis septembre dans le conflit l’opposant à l’Arménie « veut un grand Azerbaidjan ». Alors que les deux pays la même langue et la religion, le ministre turc de la Défense avait même déclaré cet été que « les relations entre la Turquie et l’Azerbaidjan sont celles de deux pays, mais un seul peuple ». Le cessez-le-feu, bien que placé sous l’égide russe, représente donc une opportunité pour la Turquie de « mettre un pied dans le Caucase » et de contrôler les voies d’accès de cette région riche en gaz. En effet, l’accord stipule l’ouverture d’une voie d’accès entre la région azerbaidjanaise du Nakhitchevan, frontalière de la Turquie, et le reste du territoire de l’Azerbaidjan. Quant à la Russie, membre du groupe d’interposition de Minsk, elle « ne veut pas perdre son pré carré qu’est le Caucase ». Proche de l’Arménie, Moscou a d’ailleurs envoyé, dès l’annonce du cessez-le-feu, des troupes militaires pour assurer le maintien de la paix sur le territoire disputé. Un moyen pour le pays d’imposer sa force militaire dans les trois Etats du Caucase du Sud (Géorgie, Arménie, Azebaidjan).
La gestion du Haut Karabakh, « zone de friction entre deux blocs stratégiques » ne serait donc pas forcément synonyme de rapprochement entre la Russie et la Turquie, dont les relations pâtissent aussi de récents affrontements à Idlib en Syrie. Pour Tigrane Yégavian, le Haut Karabakh pourrait bien devenir « le territoire d’une nouvelle Guerre Froide entre ces deux puissances qui sont les seules à avoir les moyens de se déployer ».
« Poutine préfère traiter avec Erdogan qu’avec les Occidentaux »
Mais l’observation commune du cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaidjan serait aussi une chance pour Ankara et Moscou de « faire bloc » face au reste du monde occidental: « ils partagent tous deux un rejet de l’Occident, des Etats-Unis. Ils sont dans une même posture opportuniste » souligne le spécialiste du Moyen-Orient. « Poutine préfère traiter avec Erdogan qu’avec les Occidentaux. » L’alliance pourrait donc bousculer les équilibres géopolitiques, d’autant plus que « les Etats-Unis se sont retirés du Caucase », et que l’intervention des Européens dans le conflit est restée limitée.
Le bras de fer se poursuit entre la Turquie et la Syrie. Dans la nuit de mardi à mercredi, le pays de Recep Tayyip Erdogan a dépêché des véhicules blindés à la frontière entre les deux pays, avant de lancer, ce mercredi, l’opération. Alors que l’offensive turque au nord-est de la Syrie contre une milice kurde préoccupe une partie de la communauté internationale, l’ambiguïté de la politique américaine dans le pays est pointée du doigt.
Près d’Akcakale, dans la province syrienne de Sanliurfa, l’artillerie turque est prête pour l’offensive. BULENT KILIC / AFP
Le président turc Recep Tayyip Erdogan affirmait lundi qu’une offensive turque contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) dans le nord-est de la Syrie pourrait intervenir à tout moment, après avoir reçu ce qui semblait être un feu vert de son homologue américain Donald Trump. Cette offensive, contre une milice kurde que le pays qualifie de « terroriste », contribuera à apporter « la paix et la stabilité » en Syrie, affirmait ce mercredi Recep Tayyip Erdogan à son homologue russe Vladimir Poutine, quelques heures avant de lancer les opérations.
« Lors de cet entretien, le président a déclaré que l’opération militaire prévue à l’est de l’Euphrate contribuera à la paix et à la stabilité de la Syrie et facilitera la voie vers une solution politique », raconte une source à la présidence turque.
En milieu d’après-midi, le président turc annonce sur twitter avoir lancé le début de « l’Opération Peace Spring » contre les « terroristes » du nord-est de la Syrie. Il poursuit dans un second tweet que cette offensive permettra de « neutraliser les menaces terroristes contre la Turquie et de permettre la mise en place d’une zone sécurisée, facilitant le retour des réfugiés syriens chez eux ».
#OperationPeaceSpring will neutralize terror threats against Turkey and lead to the establishment of a safe zone, facilitating the return of Syrian refugees to their homes.
We will preserve Syria’s territorial integrity and liberate local communities from terrorists.
Malgré des propos qui se veulent rassurants, le président Erdogan ne convainc pas et l’opération militaire menée dans le nord-est de la Syrie préoccupe la communauté internationale.
Après l’ONU, qui indiquait lundi se « préparer au pire » en cas de nouvelle crise humanitaire en Syrie, c’est au tour d’Emmanuel Macron de faire part de son inquiétude. Ce mercredi, le président français se dit « très préoccupé » par une telle offensive. Il avait rencontré lundi la responsable kurde Ilham Ahmed.
« L’idée est de montrer que la France est au côté des FDS (Forces démocratiques syriennes, ndlr), parce que ce sont des partenaires clés dans la lutte contre Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique, EI), qu’on est très préoccupé de la possibilité d’une opération turque en Syrie et qu’on passera ces messages directement aux autorités turques », explique l’entourage du chef de l’Etat.
Paris avait exhorté lundi la Turquie à s’abstenir de toute opération militaire en Syrie, qui contribuerait selon la France à la résurgence de l’Etats islamique dans la région. Devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Edouard Philippe a renouvelé mardi son soutien envers les FDS, qui ont été le fer de lance dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) avec l’appui des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux, comme la France.
Le combat contre Daech n’est pas terminé et il reste notre priorité en Syrie. Cela ne fait que renforcer la nécessité de soutenir les Forces démocratiques syriennes. #QAGpic.twitter.com/8PsKqCMtif
De leur côté, les Etats-Unis ont eu une position plus hésitante sur la question syrienne : en début de semaine, la Maison Blanche semblait donner le feu vert à la Turquie, avant de rétro-pédaler quelques jours plus tard. Après plusieurs jours de tergiversation, le président américain déclare ce mercredi qu' »intervenir au Moyen-Orient fut la pire décision de l’histoire des Etats-Unis ». Trois jours plus tôt, il annonçait le retrait de troupes américaines de secteurs proches de la frontière turque en Syrie.
….IN THE HISTORY OF OUR COUNTRY! We went to war under a false & now disproven premise, WEAPONS OF MASS DESTRUCTION. There were NONE! Now we are slowly & carefully bringing our great soldiers & military home. Our focus is on the BIG PICTURE! THE USA IS GREATER THAN EVER BEFORE!
« Nous ramenons désormais lentement et sûrement nos formidables soldats et militaires à la maison », ajoute-t-il sur Twitter, en soulignant que les conflits au Moyen-Orient ont coûté aux Etats-Unis quelque « 8.000 milliards de dollars ».
En Russie, cette politique ambiguë menée par Donald Trump préoccupe la sphère gouvernementale. La politique américaine en Syrie risque de « mettre le feu » à la région, estime Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, en déplacement au Kazakhstan.
Le diplomate dénonce les « contradictions » des Etats-Unis et leur « incapacité à parvenir à des compromis », assurant que « les Américains ont enfreint leurs promesses de nombreuses fois ». Il qualifie par ailleurs de “jeu dangereux” le soutien de Washington aux Kurdes en Syrie ces dernières années, qui a selon lui « provoqué la colère des populations arabes habitant traditionnellement sur ces territoires ».
Les Kurdes se mobilisent
Les Kurdes du nord de la Syrie, confrontés aux hésitations de leur allié américain, se disent « très inquiets » et « craignent que cela mette le feu à toute la région ». Ils redoutent notamment un éventuel « retour » de l’Etat islamique.
Ils appellent désormais Moscou à l’aide. Evoquant un « dialogue » avec « le gouvernement syrien », l’administration semi-autonome kurde dit dans un communiqué « espérer que la Russie jouera un rôle de soutien et de garant ». De son côté, Damas avait appelé la minorité à revenir dans son giron.
Face à l’offensive imminente, les kurdes décrétaient en début de journée une « mobilisation générale » de trois jours, en exhortant les habitants de la région à la « résistance ».
📷 Ces derniers jours, la tension est montée d’un cran à la frontière entre la Turquie et la Syrie. Menaçant de lancer une opération militaire contre une milice kurde syrienne, Ankara a massé des renforts et dépêché des véhicules blindés dans le secteur #AFPpic.twitter.com/hpD2u4yf9a
En cas d’attaque, les forces kurdes en Syrie déclarent qu’elles ne cibleront pas la Turquie, mais qu’elles se réservent le droit de se « défendre jusqu’à leur dernier souffle ».
L’Europe craint une nouvelle crise migratoire
Plusieurs dirigeants européens réunis mardi à Luxembourg se sont inquiétés de voir survenir un nouvel afflux migratoire en raison de la situation en Syrie. Dans un texte transmis aux ministres de l’Intérieur de l’Union européenne (UE), la Grèce, Chypre et la Bulgarie ont souligné « la hausse spectaculaire d’arrivées de migrants sur la route de Méditerranée orientale », y voyant les « signes alarmants de l’émergence d’une crise ».
L’UE appelle alors à « la fin des hostilités » en Syrie, un pays où le conflit a déjà fait depuis 2011 des millions de déplacés et a coûté la vie à plus de 370.000 personnes.
Des soldats de l’armée turque se dirigent vers la frontière syrienne, le 8 octobre 2019. – Bulent Kilic / AFP
Alors que la Turquie avait annoncé une opération militaire imminente contre les Kurdes dans la nuit de dimanche à lundi, Donald Trump avait lui évoqué le retrait des troupes américaines du territoire syrien, créant une forte inquiétude chez les autorités kurdes. Avant de revenir sur ses propos en début de semaine.
Le président américain se trouve une nouvelle fois au centre d’une polémique au Moyen-Orient. Tout est parti d’un communiqué, publié dimanche soir par la Maison Blanche : Stephanie Grisham, la porte-parole du président américain, rendait compte d’un échange téléphonique entre Donald Trump et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, précisant qu’un assaut de la Turquie contre les Kurdes dans le nord de la Syrie était imminent. « La Turquie va bientôt engager son opération prévue dans le nord de la Syrie. Les forces armées des Etats-Unis ne soutiendront ni ne participeront à l’opération et les forces des Etats-Unis, après avoir vaincu le “califat” territorial de l’Etat islamique [EI], ne seront plus dans les environs immédiats ».
Après ce qui semblait être un abandon des Kurdes de la part de Donald Trump, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a immédiatement dénoncé les « contradictions » des Etats-Unis, craignant que la politique américaine en Syrie ne mette le feu à la région.
Changement de discours
Alors que des critiques s’élevaient jusque dans le camp des républicains, Donald Trump s’est empressé de revenir sur ses propos dans la journée de lundi, précisant qu’il ne s’agissait pas d’un feu vert donné aux forces turques et que les Etats-Unis n’avaient « pas abandonné les Kurdes ». Il avait également affirmé qu’il « anéantirait complètement l’économie de la Turquie » si celle-ci « dépassait les bornes ».
Une mobilisation générale pour faire face à la menace de la Turquie est prévue dans le nord-est de la Syrie par les autorités semi-autonomes kurdes, qui ont appelé ce mercredi les habitants concernés à la résistance contre l’éventuelle offensive.