Confinement : la France aux fourneaux

Elles s’appellent « confineries », « confinades », ou « confinettes ». Elles, ce sont ces recettes par milliers qui ont vu le jour sur internet, et ont été réalisées dans les cuisines des Français. Depuis le début du confinement le 17 mars, de nombreux citoyens ont traduit l’injonction à rester chez soi par une invitation à cuisiner. Novice, chef gastronomique ou styliste culinaire, rencontre avec trois profils culinaires en confinement.

 

Réaliser des macarons : une première pour Eléana B.

1/3 des Français aux fourneaux

Selon un sondage Odoxa réalisé pour franceinfo, 29% des Français placent la cuisine comme activité principale de leurs journées confinées (sondage Odoxo-CGI, réalisé le 7 avril 2020).  En témoignent les rayons vides des supermarchés, désertés par les farines T45 et autre levure boulangère. Avec autant de temps devant elles, les pâtes en tout genre ont le temps de reposer et les brioches de lever…  Et si le confinement avait changé pour de bon, notre rapport à la cuisine ?

Pour Eléana Bonnasse, étudiante de 22 ans, cette période est l’occasion de franchir un cap dans son rapport à la cuisine : « Avant le confinement, je me considérais plutôt comme experte en nourriture mais côté consommation. J’ai toujours adoré découvrir de nouvelles saveurs, essayer des restaurants. Donc les gens me demandaient assez naturellement ‘Tu cuisines ?’ ». Sauf que non. Et je ressentais ce manque de savoir-faire comme une grosse lacune ». L’étudiante s’est mise à la cuisine pendant le confinement et évoque plusieurs facteurs déclencheurs : l’envie d’aider ses parents dans cette tâche, l’opportunité d’être entourée de petits producteurs pour se procurer les ingrédients et le temps libre.

« Je me suis prouvée à moi même que j’étais capable de cuisiner de bons plats. Je me suis même lancée dans des recettes plus élaborées comme les macarons ! »

Pour l’inspiration, l’étudiante évoque des sources multiples : « Sur Instagram j’ai vu plein de belles choses. Le compte du pâtissier Yann Couvreur par exemple, ou encore celui d’une amie qui a lancé son propre compte culinaire au début du confinement. C’est très inspirant », affirme-t-elle. Une dynamique de l’offre et de la demande se joue en effet sur Instagram, où les apprentis-cuisiniers peuvent s’inspirer des chefs confirmés.

Cuisiniers confirmés confinés

Photo du fraisier de Christophe Michalak, recette en live vidéo sur le compte d’ELLE à table, ou en « pas à pas » dans les stories de différents chefs : Instagram est devenu un livre de recettes dont les pages n’en finissent plus de s’accumuler. Source d’inspiration pour les novices comme Eléana Bonnasse, et nouveau support de création pour les professionnels, le réseau social remplace la table de restaurant comme lieu de partage des expériences culinaires.

« Le confinement nous a offert le cadeau du temps, cela faisait deux ans que je n’avais pas cuisiné pour nous des plats que l’on mange réellement » explique Shirley Garrier, l’une des deux membres du compte Instagram @thesocialfood. Elle et son conjoint, Mathieu Zouhairi, sont stylistes culinaires. Habituellement, ils partagent avec leurs 60 000 abonnés la cuisine des autres : « Nous photographions autant des chefs que des producteurs ou des marques, on voyage beaucoup aussi pour des magazines, aucune journée ne se ressemble », développe Shirley G.

Mais depuis le début du confinement, le couple d‘instagrammeurs s’est lancé le défi de réaliser une recette par jour. 42 recettes (et ce soir 43 !) sont ainsi consultables sur leur compte instagram. Des réconfortants pancakes (jour 41) aux plus techniques sushis (jour 25), les recettes préparées dans leur appartement parisien s’accumulent. L’occasion pour le couple de s’atteler à des préparations longtemps envisagées mais jamais entreprises : « J’ai fait des recettes que j’avais ratées et que je voulais réessayer, et d’autres que je voulais faire depuis longtemps. C’est le cas du banh bot loc, des raviolis à base de fécule de tapioca garnis de porc et de crevettes», poursuit la photographe.

 

Capture d’écran du compte Instagram de @thesocialfood. (16 avril 2020)

Pour le couple de stylistes culinaires, ce confinement est donc l’occasion de se reconnecter intimement à la nourriture. Un rapport à la cuisine différent du quotidien d’avant-confinement, où l’appareil-photo s’interposait toujours entre-eux et les plats.

Repenser notre rapport à la cuisine

Si la période actuelle force tout un chacun à s’alimenter différemment, le confinement invite aussi à réfléchir plus globalement à notre rapport à la cuisine. Pour Pierre Carducci, chef du restaurant gastronomique Éclosion (Saint-Paul-en-Jarez, Loire), cette période n’est pas uniquement l’occasion de créer du contenu en ligne mais aussi de réfléchir au futur visage de la cuisine. Le chef d’Éclosion envisage la vente à emporter pour l’après-confinement : « L’idée serait de pallier le manque de clients à venir en proposant des plats à emporter. Du coup forcément, ça implique de réfléchir à des manières plus accessibles d’approcher la gastronomie ».

Le jeune chef explique également prendre plus de temps pour penser ses prochains menus sans pour autant se lancer de défis techniques culinaires : « Quand je suis chez moi, confinement ou pas, je n’ai pas envie de manger la cuisine que je fais au restaurant. Je n’ai pas poussé ma technique mais j’ai eu le temps de me poser davantage pour créer les nouveaux menus, un peu comme si c’était l’occasion d’une nouvelle ouverture ».

Manger plus local

Si les Français revendiquent un attachement de longue date à la gastronomie, ce confinement aura été pour beaucoup l’occasion, non seulement de changer de comportement alimentaire, mais aussi de s’interroger plus profondément sur les pratiques culinaires. Shirley G. s’étonne ainsi des ruptures de stocks dans les supermarchés :

« Pourquoi la farine et les pâtes ? Je réalise que les gens sont totalement déconnectés de ce dont leur corps a réellement besoin et de ce qui est bon pour nous »

La jeune femme se montre cependant optimiste pour les changements à venir : « Je pense que le confinement va pousser les gens à manger plus local ». Pour Eléana Bonnasse, la cuisine s’est révélée être un outil de confiance en soi : « C’est très gratifiant de se délester d’un préjugé dégradant sur soi-même. On peut être bon en cuisine, il suffit de s’y mettre. Ça a quelque chose d’assez émancipant de cuisiner pour soi. C’est un peu se montrer qu’on est capable d’être auto-suffisant, avec le support des producteurs bien sûr », se réjouit l’apprentie-cuisinière. 

Si la fermeture de son restaurant évoque peu de points positifs à Pierre Carducci, le chef se réjouit d’avoir plus de temps pour cultiver son potager :

« On a planté de nouvelles plantes aromatiques et de nouvelles essences. On se concentre sur le produit brut plutôt que sur la façon de le transformer en somme »

Capture d’écran de la page Facebook du restaurant Éclosion. ( 20 avril 2020)

 

Novice ou confirmé, photographe ou cuisinier, le temps long du confinement est l’occasion pour nombre d’entre nous de jouer des couteaux et autres moules à gâteau. Une tendance sur laquelle les chaînes télé n’ont d’ailleurs pas tarder à surfer. Ce soir à 18H45, comme tous les soirs de la semaine, vous pourrez regarder Cyril Lignac, en direct sur M6, concocter une de ses recettes en 50 minutes chrono. Ou Juan Arbelaez dans Quotidien sur TMC.

 

Morgane Mizzon

Agriculteurs : le point sur les blocages par région

Depuis mardi matin, les agriculteurs mènent des opérations escargot et des blocages dans toute la France, à l’appel de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes agriculteurs (JA). Ils protestent contre les arrêtés anti-pesticides, les accords de libre-échange et dénoncent aussi l' »agribashing« . Le point sur les opérations par région. 

© Jean-Philippe Ksiazek/ AFP

 

  • Hauts-de-France :

Les agriculteurs de la Somme ont mis en place des barrages aux entrées d’autoroutes. Selon France Bleu Picardie, la circulation est particulièrement compliquée au rond point de l’A29 à Boves.

  • Occitanie :

Les agriculteurs se sont installés sur le périphérique au sud de Toulouse (Haut-Garonne) et viennent de sortir un barbecue. L’opération s’est poursuivie jusqu’à 15h.

La RN88 a été bloquée jusqu’à 14h30, selon France Bleu Occitanie. Des tables de pique-nique y ont été dressées.

Les agriculteurs se sont également rassemblés sur le viaduc du Viaur (Tarn) où ils ont affiché ce message : « vous tuez vos paysans ».

  • Grand-Est

Des centaines de tracteurs bloquent l’accès aux autoroutes à six endroits en Alsace, indique France Bleu Alsace sur Twitter. 

  • Normandie

Les exploitants ont commencé à se mobiliser sur l’A 84 dans les deux sens, Rennes-Caen et Caen-Rennes au niveau des échangeurs de Villedieu-les-Poëles, Fleury et Torigni. Un barrage filtrant était prévu entre 11 heures et 14 heures au rond-point de Guilberville. Une mobilisation s’est tenue sur le périphérique de Caen ce midi.

  • Nouvelle Aquitaine

À Pau (Pyrénées-Atlantiques), les perturbations se concentrent autour du magasin Auchan et du centre commercial Quartier Libre. Une dizaine de véhicules ont bloqué la route de Morlanne (Pyrénées-Atlantiques).

►Pau : les perturbations se concentrent autour d’Auchan et Quartier Libre
► Sauveterre-de-Béarn : le rond-point des glaces est bloqué

► Le détail : https://t.co/BGN1lsCm5a pic.twitter.com/2oFUY0ALCP

— France Bleu Béarn (@Bleu_Bearn) October 8, 2019

  • Pays de la Loire

Les agriculteurs se sont réunis à Angers (Maine-et-Loire), le long de la Maine. Ils bloquent aussi la D323 dans le sens de Atoll-Angers. À Laval (Mayenne), plus d’une centaine d’agriculteurs ont organisé une opération escargot. La préfecture a fait le point sur Twitter en alertant sur la fermeture de l’A81.

La rédaction du Celsalab

Les associations de défense des migrants s’inquiètent d’une possible suppression de l’aide médicale d’Etat

Le débat sur la politique migratoire débute aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Au cœur des discussions : l’aide médicale d’Etat (AME), qui divise au sein de la majorité. Plusieurs associations de défense des migrants s’inquiètent de sa pérennité. 

Free picture (Family doctor) from https://torange.biz/family-doctor-19159

« C’est une protection sociale de merde, un raté de l’universalité, martèle le secrétaire général de l’association Médecins du monde, le Dr Patrick Bouffard, à propos de l’aide médicale d’État (l’AME). Ca n’a aucun rapport avec la sécurité sociale, c’est conçu pour des sous-citoyens. » Patrick Bouffard paraît désemparé, ce lundi, lors d’une conférence de presse organisée par les Etats généraux des migrations à l’occasion du débat parlementaire sur la politique migratoire de la France, qui a débuté à l’Assemblée nationale lundi après-midi.

Créé en 2000, l’AME permet aux personnes en situation irrégulière de se soigner à condition d’avoir résidé en France depuis au moins trois mois et de disposer d’un revenu inférieur à 8 644 euros par an pour une personne. Un peu plus de 300 000 sans-papiers en bénéficient pour un coût d’environ 930 millions d’euros par an, ce qui représente 0,5% des dépenses de santé.

C’est donc un cri d’alarme que lancent les associations de défense des migrants, telles que Médecins du monde et la Ligue des droits de l’homme ou encore Tous migrants,  alors que des rumeurs circulent sur une possible suppression de l’AME ; l’exécutif, divisé sur le sujet, entend revoir certaines modalités du dispositif. Ses détracteurs, dont la plupart sont issus de la droite et de l’extrême-droite, dénoncent son coût toujours croissant et réclament sa suppression totale ou partielle. Patrick Bouffard mentionne de son côté une « instrumentalisation politique de la médecine », dénotant entre autre, les « fraudes » et les « excès » évoqués par certains députés en référence à l’augmentation de l’immigration des Albanais et des Géorgiens. Une partie d’entre eux viendraient se soigner en France pour des pathologies coûteuses comme le cancer ou l’hépatite B.

Le délégué général de La République en marche, Stanislas Guerini, avait invoqué début septembre, des « abus » d’utilisation de l’AME, « par exemple pour financer des prothèses mammaires ». Sans preuve, ce dernier est revenu sur ses propos. Le taux de non-recours à l’AME s’élevant à 88%, le Dr Bouffard pointe du doigt un autre enjeu de ce débat : « le manque de connaissance qui règne au sein du corps législatif ». 

« Je vais me permettre de jouer au docteur, poursuit Patrick Bouffard. Ce qui m’inquiète le plus, c’est le mot “violence“. Il y a de nouvelles entités pathologiques comme la santé mentale. Quand on abandonne les gens à eux-même, ils deviennent fous ». « La maladie est un droit », répète-t-il plusieurs fois en appuyant les propos de sa confrère Dominique Noguères, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme : « un migrant n’est pas un objet, il est un sujet de droit ». Le Dr Bouffard ne cache pas son espoir à l’égard de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn ; ayant été médecin, elle devrait  comprendre certaines problématiques : « L’éthique, tout le monde s’en fiche. Le dernier argument qui nous reste, c’est celui de la santé publique ».  Patrick Bouffard conclut : « Quand vous soignez les plus démunis, vous soignez l’ensemble de la société ».

En effet, Agnès Buzyn avait évoqué, en septembre dernier, la nécessité de « soigner les gens tôt, au bon moment », lorsqu’elle apportait son soutien à une tribune de 805 médecins contre la limitation de l’AME.

Bertille van Elslande

Quand le cannabis se livre à domicile

Le business de la vente de drogue évolue avec son temps : promotions pour les clients fidèles, livraison à domicile via Internet, centrales d’appel pour répartir les livreurs… Ces nouvelles pratiques facilitent les transactions entre consommateurs et dealers, et compliquent le travail de la police.
Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 44,8 % des Français ont déjà consommé du cannabis au cours de leur vie. / Crédits : pixabay

Lorsque Benjamin*, 23 ans, emménage à Paris, il commence à se rendre dans un “four” à Gallieni, terminus de la ligne trois, où le commerce de cannabis se fait à ciel ouvert. Consommateur quotidien, il s’y rend régulièrement, jusqu’à ce qu’il se fasse attraper par la police : “ils m’ont dit que s’ils me revoyaient à Gallieni j’aurais un casier et une amende, donc j’évite d’y retourner” explique-t-il. Dans la loi française, l’usage de drogue, quelle qu’elle soit, est en effet puni d’un an de prison et 3 750 euros d’amende. Dans les faits, les consommateurs sont souvent condamnés à des peines alternatives : stages de sensibilisation, suivi thérapeutique, travail d’intérêt général… Mais depuis l’année dernière, les consommateurs pris sur le fait risquent une amende forfaitaire de 200 euros.

Pour prendre le moins de risques possible, Benjamin décide de se tourner vers une méthode “plus pratique” et plus discrète. Quand il veut se fournir, il envoie un message banal au numéro d’un dealer qu’il connaît, pour lui demander s’il est disponible “pour aller boire un verre”, avec l’adresse où il souhaite le retrouver. Entre “20 minutes et une ou deux heures plus tard”, une voiture vient le chercher en bas de chez lui, comme s’il prenait le taxi. Une fois dans la voiture, “il me demande ce que je veux, on fait l’échange tranquillement, on discute un peu et il me re-dépose devant chez moi, tout simplement” déclare Benjamin.

Une entreprise presque comme les autres

Le système est extrêmement rodé : “c’est une tour de contrôle le truc, le type est dans son appart et il envoie ses employés faire les livraisons. Ce sont souvent des filles parce qu’elles ont moins de chance de se faire attraper par les flics” raconte Tomàs, 23 ans, consommateur régulier. Souvent, la personne qui est contactée par le client n’est pas la même que celle qui effectue la livraison.

C’est ce que confirme Ouss, parisien de 23 ans. Après un BTS management il commence à dealer. « Je fais les livraisons, mais je ne suis jamais en contact direct avec les clients. Je reçois l’adresse par téléphone et quand j’y suis je préviens mon collègue qui contacte le client” explique Ouss. Ce collègue, il ne l’a jamais vu. La seule personne du réseau qu’il rencontre régulièrement, c’est celui qui le fournit en marchandise. Il lui remet une “recharge” qui doit lui tenir toute la journée. Sa tournée peut alors commencer.

Ouss travaille dix heures par jour, tous les jours, pour un salaire allant de 4 000 à 5 000 euros par mois. Il préfère la vente à domicile parce qu’il en profite pour découvrir Paris dit-il. Quand il fait ses livraisons, il prend les transports en commun “c’est plus lent, mais beaucoup plus fiable” s’exclame-t-il.

 

Conversation avec Ouss, dealer parisien de 23 ans. / Crédits : captures d’écran

 

Pour les clients, plus besoin de se déplacer, “c’est comme n’importe quel produit qu’on peut commander sur Internet. Aujourd’hui même les piétons peuvent faire leurs courses sur un drive et aller chercher leur commande directement en magasin” estime Adrien*, 23 ans, consommateur occasionnel. Le trafic de stupéfiants vit avec son temps. De véritables techniques marketing sont mises en place par les vendeurs : “quand tu passes le numéro à quelqu’un, après avoir demandé si tu avais le droit, tu as un sachet gratuit, parce que tu leur amènes de nouveaux clients” raconte Benjamin. La fidélité est également récompensée et il y a régulièrement des promotions : un sachet offert pour deux sachets achetés, presque comme n’importe quelle enseigne de grande distribution.

Inconvénient pour les clients, ils sont obligés d’acheter de plus grosses quantités. “Ce n’est pas forcément plus cher que dans un four, mais tu es obligé de prendre un minimum (autour de 50 euros) pour qu’il ne se déplace pas pour rien.” témoigne Adrien. Par ailleurs, dans la rue, le client n’est pas à l’abri de mauvaises surprises : qualité aléatoire, fournisseurs qui changent souvent… “Et tu n’as pas vraiment le temps de regarder ce qu’on te donne, donc tu te fais plus facilement avoir” ajoute Benjamin.

Le « deepweb », allié des consommateurs ?

Mais la commande par téléphone n’est pas la seule manière de se faire livrer à domicile. Nombre de consommateurs passent par le darknet, aussi connu sous le nom de deepweb, pour acheter de la drogue. Via le navigateur Tor, les utilisateurs ont accès au “hiddenwiki”, le Wikipédia du darknet. Celui-ci recense une quantité colossale de sites qui mettent en vente tous types de drogues, mais aussi des faux-billets, faux-papiers, ou des armes… Parmi tous ces liens, Tim, 23 ans, étudiant en école d’informatique et consommateur régulier, sélectionne un site francophone qui vend du cannabis. Pour payer en ligne sur le darknet, il faut d’abord convertir ses euros en crypto-monnaie. Les tarifs sont souvent indiqués en bitcoins ou en ethereum. Après tout ce processus, Tim commande 150 euros de cannabis… Mais son colis n’arrivera jamais.

Une mauvaise expérience qui ne le décourage pas pour autant puisque Tim assure qu’il renouvellera l’expérience. Il estime que le cannabis qu’il peut trouver à Paris n’est “pas le meilleur” et préfère “payer peut-être un peu plus cher, mais pour quelque chose d’un peu plus pur, qui ne soit pas coupé à n’importe quoi”. La prochaine fois qu’il passera commande sur Tor, il choisira un “plus gros site” sur lesquels les vendeurs ont des notes et des commentaires. “Un peu comme un vendeur sur Amazon : plus il est bien noté, plus il aura des clients et plus tu peux être sûr qu’il est fiable” explique-t-il.

Outre la qualité des produits, il pense aussi que le risque de se faire arrêter est minime. “Le meilleur truc à faire c’est prendre une boite postale, pour ne pas lier la commande à son domicile, et “blender” la crypto-monnaie pour qu’on ne puisse pas la tracer. En plus, les produits sont sous vide, dans des emballages normaux, donc ils ont peu de chance d’être attrapés par la douane”. Pourtant, “les douanes font beaucoup de saisies, notamment quand la drogue transite dans de gros aéroports tels que Roissy” déclare Bruno Cossin de l’intersyndicale UNSA police. Un perpétuel jeu du chat et de la souris se livre entre policiers, dealers et consommateurs.

*pour préserver leur anonymat, les prénoms ont été modifiés

Iris Tréhin