La longue route vers la rémission des patients Covid

Selon des chiffres du gouvernement datés du 18 juin, près de 74000 patients atteints du Covid-19 se sont rétablis après avoir été hospitalisés. Mais que l’on soit passé par l’hôpital ou non, le rétablissement peut être long, et certains malades font face au rejet de leur entourage. Comment vit-on l’après-Covid-19 ?

Pour les patients les moins gravement atteints, l’usage du paracétamol est largement recommandé. Photo Elisa Fernandez

“On entend souvent “Vous avez de la fièvre ou de la toux ? Vous êtes peut-être malade”. Ça me fait rire. Ma fille et moi, on avait bel et bien le Covid, pourtant on n’avait pas ces symptômes-là”. À l’hôpital d’Aix-en-Provence, Murielle Bonati s’est portée volontaire pour travailler en service Covid. Mais lors de sa première nuit, l’aide-soignante de 44 ans ne sent plus le goût des aliments. À cela s’ajoute une difficulté pour respirer. Elle et sa fille de 14 ans sont testées positives et Murielle est arrêtée pendant près d’un mois.

Mais alors qu’elle récupère ses capacités et que ses derniers tests sont négatifs, elle perçoit une certaine méfiance dans son entourage : “Ma fille avait prévu d’aller dormir chez une copine, et finalement sa mère a refusé parce que personne ne sait réellement combien de temps on est malade. On a laissé tomber. Si par malheur elle l’attrapait de son côté, elle aurait pu dire que c’était de notre faute”. Une réaction qu’elle trouve légitime, mais qui lui donne l’impression d’être considérée comme une “pestiférée” : “Cette joie de retrouver nos proches après le confinement, c’est quelque chose qu’on n’aura pas tout de suite. Je comprends qu’on puisse se méfier, avoir de l’appréhension. Mais on n’est plus contagieuses et je n’ai pas envie que les gens aient peur de nous côtoyer”

Cette sensation de rejet, Joseph Amzallag en témoigne également alors que toute sa famille a contracté le virus au début du confinement. Pour l’étudiant en sciences politiques, confiné avec ses parents et son frère, le caractère inconnu du virus a pu nourrir cette méfiance : “Quand on disait aux gens de notre entourage qu’on avait le virus, ils étaient, peut-être pas dégoûtés, mais surpris. C’était au début du confinement, et on ne connaissait encore personne qui l’avait attrapé”.

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“Un grand coup de massue” 

Le docteur Leborgne a été hospitalisé après de fortes difficultés respiratoires. Photo Colette Aubert

J’ai commencé à être malade le 20 mars. Le premier symptôme que j’ai eu, c’est comme si j’avais pris un grand coup de massue, je me suis senti fatigué comme rarement. Le lendemain, j’étais très essoufflé, je toussais énormément, les bronches me brûlaient et j’avais de la fièvre”À 66 ans, Patrick Leborgne, médecin généraliste à La Roche Blanche dans le Puy-de-Dôme, a passé quatre jours en réanimation sous assistance respiratoire à la suite d’un test positif.

Ayant directement pris un traitement à base de chloroquine, il note une nette amélioration de son état au bout de cinq jours. Avant une sévère rechute : “J’allais très bien jusqu’au septième jour, c’était un samedi. Je disais même à une amie que j’allais reprendre le travail le lundi. Et le samedi après-midi, d’un seul coup, j’ai été profondément épuisé. Le lundi soir, mon fils appelait les pompiers pour me faire hospitaliser car j’étais passé en détresse respiratoire.” À l’heure actuelle, après sept semaines d’arrêt de travail, il ressent encore la trace laissée par la maladie sur son corps : “J’aime bien faire du golf, et un parcours fait 12km. Aujourd’hui je ne pourrais pas le faire, c’est trop”. 

Paul, un policier de 26 ans touché par le virus fin mars, a aussi eu à supporter une rémission physique lente : “Parler, monter les escaliers, faire de tout petits efforts était devenu pénible, j’étais essoufflé très vite”. Si la récupération physique a pu être vue comme une étape courte et sans séquelles a posteriori, elle n’a pas toujours été bien vécue : Louis Delahaye, 17 ans et amateur de triathlon, explique que le Covid-19, en plus de l’avoir isolé de sa famille, a largement limité ses capacités physiques : “Le temps que ça aille mieux, que je puisse reprendre le sport et revoir ma famille, il m’a bien fallu une semaine en plus pour vraiment être en pleine forme”. Au-delà de la fatigue, Joseph Amzallag souligne la persistance de la perte de goût, deux mois après avoir été infecté : “L’odorat est revenu, mais le goût, ça va ça vient.” 

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Une rééducation balbutiante

Si les symptômes dépendent largement de chaque individu, l’étendue des séquelles physiques a été largement sous-estimée selon le Dr Leborgne : “Au début, on a tous cru que c’était une grippe habituelle. On s’est rendu compte ensuite que le virus atteignait le système vasculaire, le coeur, le foie, les intestins… il y a même des lésions neurologiques, et on l’ignorait.”

La maladie pourrait engendrer, au lieu des huit semaines de rémission présumées, plus d’une année de rééducation pour les patients les plus atteints : “Pour 85% des cas c’est une petite grippe, pour 15% c’est une maladie sévère” explique le médecin généraliste. Et si les patients les plus sévèrement touchés ne peuvent a priori pas être de nouveau contaminés par le virus, les rechutes ne sont pas exceptionnelles ; elles surviennent le plus souvent entre le huitième et le dixième jour après l’apparition des premiers symptômes.

Pourtant, la rééducation des patients semble encore difficile. D’autant qu’il est encore difficile pour les kinésithérapeutes de les recevoir : “Pour accueillir les patients, il faut du matériel qu’on n’a pas encore : sur-chaussures, gants, charlottes, visières… pour l’instant, on n’est pas équipés” dénonce Guillaume Chambas, kinésithérapeute à Clermont-Ferrand.

Quant au traitement à la chloroquine préconisé par l’infectiologue Didier Raoult, le médecin généraliste puydômois rappelle qu’il fait encore débat : “Dans l’ensemble des CHRU, on ne le dit pas officiellement, mais tous les patients en reçoivent. Sauf à Paris, où il y a un certain ostracisme. C’est un médicament que l’on manipule depuis longtemps, des milliers de personnes en prennent chaque année pour traiter des maladies auto-immunes. Mais, par précaution, il faut faire un électrocardiogramme car il y a une contre-indication.” 

 

“Je pensais que j’allais mourir”

Pour lutter contre la propagation du virus, au moins quatorze jours de quarantaine sont recommandés pour les malades. Photo Elisa Fernandez

L’isolement est la première mesure recommandée par le corps médical afin de freiner la propagation du virus. Mais il n’est pas sans conséquences pour certains malades ; dans plusieurs cas de figures, il a généré du stress : “J’étais enfermé dans ma chambre toute la journée. Pour ne pas contaminer les autres, c’était l’enfer. Je restais dans ma chambre, et ils me mettaient mes repas devant la porte”, se souvient Louis Delahaye. Paul a lui aussi souffert de cet isolement, doublé du sentiment d’être un danger pour les autres : “Ma copine ne voulait pas me voir pendant quelques jours après la fin de ma quarantaine.”

Chez certains patients, la peur de la maladie a pris un tournant plus grave. Laurence Trastour-Isnart, 48 ans, députée française et conseillère municipale dans les Alpes-Maritimes, a été contaminée “sûrement lors du premier tour des municipales”. Sévèrement atteinte, le virus a fortement atteint son moral : “À certains moments, je pensais que j’allais mourir. Je me sentais tellement mal que je pensais que je n’allais jamais surmonter ça.” Angoissée à l’idée de ne jamais guérir, la députée appréhende le retour au travail : “Je veux désinfecter toute la permanence, prendre des précautions, ne laisser entrer qu’une personne à la fois.”

Afin d’aider les patients en convalescence, une aide psychologique leur est proposée, notamment après les hospitalisations. “Je n’en ai pas eu besoin’ explique le Dr Leborgne ; “beaucoup d’amis et de patients m’ont demandé si j’avais eu peur. Non, mais le fait d’être médecin m’a aussi permis de prendre du recul”. 

 

Maintenir les consultations à distance 

 

Mesures de distanciation sociale oblige, beaucoup de psychologues ont opté pour la téléconsultation afin de continuer à répondre à la demande. Au début du confinement, Marie-Jo Brennstuhl et ses collègues du centre Pierre Janet à Metz décident de mettre en place un dispositif de rendez-vous téléphoniques inédit : “C’est quelque chose qui se fait très peu en psychologie. On a dû trouver des solutions pour garder le contact. Et s’adapter aux contraintes qui s’imposent d’elles-même : le manque de réseau ou de matériel informatique…”. Les patients prennent rendez-vous sur la plateforme Doctolib et échangent gratuitement avec un psychologue pendant une heure. “Pour les patients Covid, il y a un choc lié à l’annonce. L’idée d’être diagnostiqué positif peut déclencher de l’anxiété, voire du trauma”, explique Marie-Jo Brennstulh.

Si le maintien d’un lien peut être bénéfique, reste encore à savoir comment envisager l’après-Covid-19. Sophie Riou, psychologue à Nice, soulève les prochains enjeux de l’accompagnement psychologique : “Une fois qu’ils s’en sont sortis, qu’est-ce qu’il se passe ? Il est encore difficile de se projeter. C’est une source d’interrogation qui est angoissante chez l’être humain en général”. Même une fois le patient rétabli, la psychologue tente de garder un contact avec lui : “Comme pour d’autres expériences traumatisantes, on verra peut-être apparaître des formes de mal-être, de décompensation. C’est pour ça que j’essaie de maintenir le lien absolument”

 

Colette Aubert et Elisa Fernandez

 

 

Déconfinement : ce qu’il faut retenir du plan présenté par Édouard Philippe

C’était l’une des prises de parole les plus attendues de ces dernières semaines. Édouard Philippe s’est exprimé mardi durant une heure devant les députés pour présenter le plan de déconfinement du gouvernement, alors que l’épidémie de Covid-19 semble se stabiliser. 

Édouard Philippe s’est exprimé à 15 heures devant les députés pour présenter le plan de déconfinement. Flickr / Public Sénat

Les rangs de l’hémicycle étaient parsemés en ce mardi 28 avril : seuls 75 députés ont pu assister à la présentation du plan de déconfinement par Édouard Philippe, pour maintenir les règles de distanciation sociale.

Très attendu, le Premier ministre a abordé, comme annoncé, six domaines-clés : écoles, entreprises, commerces, masques, tests et isolements des malades, et rassemblements. Un maître-mot régnera pour tous : progressivité. Aucun secteur ne rouvrira de manière totale dès le 11 mai. Cette première date constituera la première phase du déconfinement, qui s’étendra jusqu’au 2 juin, pour aller jusqu’à l’été.

Des différenciations territoriales devront aussi s’observer en fonction de l’intensité de la circulation du virus. Dès jeudi prochain, le directeur général de la Santé Jérôme Salomon présentera chaque soir une carte département par département. Le 7 mai sera ensuite déterminé quels départements basculeront le 11 mai dans la « catégorie rouge » – circulation élevée du virus – ou « verte » – circulation limitée.

Réouverture des écoles : pas de date pour les lycées

Après les annonces partielles de Jean-Michel Blanquer la semaine dernière, le Premier ministre a éclairci la situation quant aux écoles. En rappelant « l’impératif pédagogique et de justice sociale » de rouvrir les établissements scolaires, Édouard Philippe a expliqué les différentes étapes que devront suivre ces réouvertures.

Dès le 11 mai, les écoles maternelles et élémentaires accueilleront de nouveau des élèves, à raison de groupes de dix enfants maximum. La présence de ces derniers s’effectuera sur la base du volontariat des parents, et ce sur tout le territoire.

Pour les collégiens, les élèves de 6e et de 5e seront les premiers à pouvoir retourner à l’école à partir du 18 mai, dans une limite de quinze élèves par classe. Tous les enseignants et encadrants de la vie scolaire auront des masques qu’ils devront porter lorsqu’ils ne pourront pas respecter les règles de distanciation.

Le Premier ministre a affirmé que le port du masque ne sera pas obligatoire pour les enfants, mais que les collégiens devront en revanche en porter. « Nous fournirons des masques aux collégiens qui n’ont pas pu s’en procurer« , a-t-il précisé.

Quant aux lycées, leur réouverture ne sera décidée que fin mai en fonction de l’évolution de la situation. Le gouvernement se penchera dans un premier temps sur le cas des lycées professionnels, pour envisager une potentielle réouverture de ces derniers au début du mois de juin.

Enfin, les crèches rouvriront à partir du 11 mai par groupes de dix enfants maximum. Le port du masque sera « obligatoire pour les professionnels de la petite enfance. »

Le télétravail devra rester la référence

Le télétravail, lorsqu’il est possible, devra être maintenu au moins « dans les trois prochaines semaines » à compter du 11 mai. Pour permettre cela, « le dispositif d’activité partielle restera en place jusqu’au 1er juin. Il faudra ensuite l’adapter progressivement« , a affirmé Édouard Philippe.

Lorsque le travail en présentiel sera inévitable, le Premier ministre a appelé à mettre en place des horaires décalés, pour éviter le nombre de personnes en contact les unes avec les autres.

Le maintien de la généralisation du télé-travail devra notamment permettre de limiter les déplacements des personnes et l’utilisation des transports en commun.

Éviter au maximum les transports

Édouard Philippe s’est ainsi penché sur la question épineuse des transports en commun, dans lesquels la distanciation physique est particulièrement complexe à mettre en place.

« Nous allons augmenter au maximum l’offre de transport urbain. Nous voulons aussi baisser la demande, en continuant le télétravail, et en rappelant aux Français que les transports en heures de pointe doivent être laissés aux gens qui travaillent. »

Si 70 % de l’offre de la RATP sera théoriquement disponible au 11 mai, les citoyens continueront à être appelés à limiter au maximum leurs déplacements, afin de ne pas saturer les transports. « Le port du masque sera rendu obligatoire dans les transports, métros et bus », a expliqué Édouard Philippe.

Pour le cas des transports scolaires, seul un siège sur deux devra être utilisé, et les chauffeurs et collégiens devront obligatoirement porter un masque. Il en sera de même pour les taxis et VTC ne disposant pas d’une séparation en plexiglass.

L’offre de la SNCF continuera elle aussi à être réduite pour limiter les déplacements entre départements. Les attestations pour se déplacer près du domicile ne seront plus obligatoires, sauf pour les déplacements au-delà de 100 kilomètres qui continueront à être autorisés uniquement pour « motif impérieux, familial ou professionnel« , dans le but de « ne pas propager la circulation du virus. »

Une réouverture majoritaire des commerces

« Tous les commerces, sauf les cafés et restaurants, pourront rouvrir à compter du 11 mai », a déclaré le Premier ministre. Comme indiqué la semaine dernière, une date de réouverture des cafés et restaurants sera communiquée à la fin du mois de mai, et concernera donc la deuxième phase du déconfinement.

Pour l’heure, les commerces pourront rouvrir à condition de respecter les règles de distanciation d’un mètre entre chaque personne. Le port du masque grand public sera quant à lui recommandé lorsque ces mesures ne pourront être garanties. Les marchés seront « en général » autorisés à rouvrir, en suivant les mêmes mesures de sécurité.

« Les commerces devront respecter un cahier des charges strict (…) pour faire respecter les distances minimales. Le port du masque sera recommandé pour le personnel et les clients. Un commerçant pourra subordonner l’entrée au port du masque. »

À une exception près : le cas des centres commerciaux sera laissé à l’appréciation des préfets qui pourront décider de ne pas laisser ouvrir les centres de plus de 40 000 m2 « qui risqueraient de susciter d’importants mouvements de population« .

Des masques en quantité suffisante à partir du 11 mai

Le Premier ministre est revenu longuement sur la question des masques et a tenu à justifier le choix d’avoir réservé exclusivement ces derniers aux soignants.

« Réserver les masques aux soignants, c’est un choix difficile, contesté, mais que j’ai jugé nécessaire. »

Édouard Philippe a aussi justifié la pénurie qu’a connue la France dès le début de la crise sanitaire par le blocage de l’importation de masques, provenant de Chine, et la considérable augmentation de consommation de ces derniers en France. Il a toutefois été assuré qu’il y aurait « assez de masques dans le pays pour faire face aux besoins à partir du 11 mai. »

Pour cela, les collectivités territoriales seront soutenues par l’État à hauteur de 50 % pour l’achat de masques lavables. Les pharmacies et la grande distribution seront elles aussi invitées à mettre en vente des masques en tissu ou lavables.

« Progressivement, nous parviendrons à une situation classique, où les Français pourront, sans risque de pénurie, se procurer des masques grand public dans tous les commerces. »

Les personnes testées positives devront s’isoler

« L’objectif final de cette politique est de permettre d’isoler au plus vite les porteurs du virus. L’isolement n’est pas une punition ni une sanction. C’est une mesure de précaution collective », a affirmé Édouard Philippe.

Avec un objectif de 700 000 tests virologiques disponibles en France chaque semaine à compter du 11 mai, chaque personne testée positive devra procéder à un isolement. Deux options se présenteront à elle : s’isoler dans le domicile familial, entraînant l’isolement de toute la famille pour une durée de 14 jours, ou s’isoler dans des « hôtels réquisitionnés« . Ces tests seront pris en charge « à 100 % par l’Assurance maladie. »

Les cas contacts – autrement dit les personnes ayant été en contact avec une personne déclarée positive – seront eux aussi incités à procéder au test virologique.

Le Premier ministre a ainsi rapidement évoqué l’application StopCovid, qui suscite selon lui un « débat prématuré ».

« Lorsque l’application fonctionnera, nous organiserons un débat spécifique, suivi d’un vote spécifique. »

Des rassemblements limités à 10 personnes

« La vie sociale va reprendre progressivement », a tenu à assurer le Premier ministre à l’hémicycle et aux Français. Il sera par exemple possible de se rendre à nouveau dans les parcs et jardins, mais uniquement dans les départements où le virus ne circule pas « de façon active« .

Un certain nombre de lieux publics ne pourront toutefois pas accueillir du public avant la deuxième phase du déconfinement. Les plages resteront inaccessibles « jusqu’au 1er juin« . Même son de cloche pour les « salles de fêtes et salles polyvalentes » qui rouvriront leurs portes le 2 juin.

Les lieux de culte pourront quant à eux rester ouverts mais ne devront pas organiser de « cérémonies religieuses » avant cette même date. Les cérémonies funéraires continueront à être organisées dans les mêmes règles que celles qui valent durant le confinement : pas plus de 20 personnes, personnel funéraire compris. Les cimetières seront néanmoins ouverts dès le 11 mai.

Les « grands musées, cinémas et théâtres » ne pourront pas rouvrir pour le moment. Enfin les grands rassemblements de plus de 5 000 personnes ne s’organiseront pas avant le mois de septembre. Cela met fin notamment à la saison sportive 2019-2020.

« D’une façon générale, il nous faut éviter les rassemblements qui sont autant d’occasions de propagation du virus. Les rassemblements sur la voie publique et dans les lieux privés seront dont limités à 10 personnes. »

Après une heure de prise de parole, le Premier ministre a donné rendez-vous aux Français à la fin du mois de mai pour « évaluer les conditions dans lesquelles nous pourrons poursuivre le déconfinement. » Édouard Philippe proposera aussi dès samedi d’adopter prochainement une loi « qui permettra de proroger l’urgence sanitaire au-delà du 23 mai et autorisera la mise en œuvre des mesures nécessaires à l’accompagnement du déconfinement. »

Dinah Cohen

Le confinement, un casse-tête pour les chaînes de télévision

Entre les tournages annulés et les monteurs en télétravail, les chaînes de télévision doivent redoubler d’inventivité pour combler les trous de leur programmation pendant le confinement, d’autant plus que de grosses audiences sont en jeu.

Les chaînes de télévision doivent compenser les tournages annulés à cause du confinement (Unsplash)

Avec le confinement, les Français passent plus de temps devant la télévision : d’après Médiamétrie, ils l’on regardée en moyenne cinq heures et dix minutes par jour pendant les deux premières semaines du confinement, au lieu de quatre heures en temps normal. Mais, les chaînes de télévision n’ont pas des réserves infinies d’émissions à diffuser, et les tournages annulés depuis le début du confinement laissent un vide à combler.

Les films comme alternative aux émissions inédites

Pour certaines chaînes, la solution pour continuer de divertir sans produire de nouvelles émissions est la diffusion de classiques du cinéma français. France 2 diffuse depuis le 23 mars un film patrimonial tous les jours à 14 heures. Le succès est au rendez-vous : le film Manon des sources, diffusé le mardi 24 mars, a par exemple attiré 2,5 millions de téléspectateurs.

Certaines chaînes ne renoncent cependant pas à diffuser des programmes inédits, et sont obligées de faire preuve d’inventivité pour tourner des émissions. La chaîne M6 diffuse tous les jours, depuis le 24 mars, une émission spécialement conçue pour les conditions du confinement : « Tous en cuisine », dans laquelle le chef Cyril Lignac cuisine en direct de chez lui.

Les jeux télévisés sont les premiers touchés

Ce sont sans doute les jeux télévisés qui donnent le plus de fil à retordre aux chaînes de télévision. Les émissions « Top Chef » de M6 et « Koh Lanta » de TF1 sont respectivement raccourcies d’une heure et d’une demi-heure depuis le début du mois d’avril. Pour M6, c’est une façon de s’accorder plus de temps pour le montage de l’émission, perturbé par le confinement. Pour TF1, l’idée est de faire durer l’émission en attendant de trouver une solution pour la finale, qui était censée se dérouler en direct en mai.

D’autres émissions n’ont pas eu la possibilité d’étaler leur programmation dans le temps et ont dû s’arrêter prématurément : l’émission « The Voice » de TF1 a ainsi dû repousser sa demi-finale et sa finale, qui étaient censées avoir lieu en mai et être diffusées en direct.

Certaines émissions espèrent pouvoir reprendre les tournages à temps pour ne pas interrompre leur diffusion. Arthur Ouvrard, candidat de l’émission « Le Grand Slam » de France 3, raconte que les émissions auxquelles il a participé ont été tournées au début du mois de mars, juste avant l’annonce du confinement. « Il y a encore quatre émissions inédites déjà tournées, donc je pense qu’ils ont de quoi aller jusqu’au 24 mai. » D’après lui, la chaîne compte reprendre les tournages immédiatement après le confinement :

« S’ils ne veulent pas faire de rediffusions, il va falloir qu’ils reprennent les tournages avant le 31 mai. C’est ce qu’ils ont prévu de faire, mais je suis sceptique. Je ne suis pas sûr que le public aura le droit de venir. »

Beaucoup d’émissions ont quant à elles déjà épuisé leurs stocks d’émissions enregistrées à l’avance. L’émission « N’oubliez pas les paroles » de France 2 a diffusé sa dernière émission inédite le 11 avril, et passe depuis des rediffusions.

Des perturbations jusqu’à l’été

Le casse-tête des chaînes de télévision risque de se prolonger même après le déconfinement. De nombreuses émissions sont habituellement enregistrées au printemps pour être diffusées pendant l’été. Par exemple, le tournage de l’émission « Fort Boyard » de France 2 devra être retardé d’au moins quinze jours, d’après sa productrice. Le tournage de l’émission de M6 « Le meilleur Pâtissier » a lui aussi été repoussé.

Ces émissions pourront sans doute tout de même être tournées et diffusées, même avec un planning bouleversé, mais ce ne sera pas le cas de toutes les émissions prévues pour cet été. L’émission « Ninja Warrior » de TF1 n’a pas pu être tournée en avril, et ne sera pas diffusée cet été. Si le tournage est reporté, ce sera pour l’automne 2020. Les chaînes auront donc toujours des trous à combler dans leurs programmes plusieurs mois après la fin du confinement.

Julie Bringer

Maisons d’enfants à caractère social : « Le confinement a permis d’expérimenter des nouveaux modes de relations »

En cette période de confinement, tous les enfants faisant l’objet d’une mesure de protection de l’enfance ne sont pas rentrés chez eux, notamment dans les Maisons d’enfants à caractère social (MECS). Benjamine Weill, formatrice consultante pour un organisme de conseil auprès des secteurs sociaux, revient sur la gestion de la protection de l’enfance au moment de la crise du coronavirus. 

Maison d’enfants à caractère social à Aulnay-sous-bois dans le 93.

Sur les 300.000 mineurs français qui font l’objet d’une mesure de protection de l’enfance, 55 000 sont placés dans les Maisons d’enfants à caractère social. Et nombreux sont ceux qui sont restés dans ces structures au moment de la mise en place du confinement le 17 mars pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. « C’est important de rappeler que le confinement a permis d’expérimenter des nouveaux modes de relations. On ne retire pas que du mauvais, au contraire« , explique Benjamine Weill, formatrice consultante pour un organisme de conseil auprès des secteurs sociaux. Interview.

Réduction des effectifs des éducateurs, plus d’école ni de stages pour les adolescents, rupture de longue durée avec la famille… Comment les Maisons d’enfants à caractère social ont-elles réagi face aux mesures de confinement ? 

Benjamine Weill : Dans le secteur de la protection de l’enfance, les éducateurs sont restés très impliqués. La plupart des travailleurs sociaux ont continué à travailler, certains en ont même fait plus que d’habitude. Ils se sont notamment placés en mode séjour en restant 24h/24 dans les foyers pour limiter le risque de contamination avec leurs familles. En réponse à la crise, chaque structure a développé des modalités spécifiques. Une directrice a par exemple fait le choix de renvoyer certains enfants chez eux, notamment ceux qui étaient concernés par un retour prévu avant la fin de l’année. Les juges n’ont pas toujours été satisfaits mais les directions ont dû rapidement agir, faute de décision des autorités compétentes… 

Au sujet des autorités compétentes, la protection de l’enfance relève du département, notamment des directions des solidarités. Quelles réponses ont-elles apporté ? 

Benjamine Weill : Chaque département décide de ses modalités d’action. La plupart se sont retrouvés le bec dans l’eau parce que la protection de l’enfance n’était pas leur priorité à l’origine. La priorité est souvent donnée aux secteurs les plus visibles. C’est la raison pour laquelle le secteur social est systématiquement le parent pauvre. Les départements ont mis plusieurs semaines à réagir. Certaines Mecs n’ont pas reçu de consignes qui leur étaient spécifiques, seulement les gestes barrières à appliquer.

Comment expliquez-vous cela ? 

Benjamine Weill : Avant même la crise du coronavirus, l’enveloppe sociale accordée aux départements est problématique. Identique depuis 15 ans, la répartition de cette enveloppe dépend d’un vote. Les départements peuvent par exemple décider d’axer le financement sur la prévention en caméra de surveillance. Le système de la protection de l’enfance devrait être harmonisé au niveau national, la décentralisation créée de trop grandes inégalités entre les territoires. Il est temps de se rendre compte que ces enfants ont besoin d’un accompagnement réel. C’est épuisant de passer son temps à bricoler pour des enfants qui sont déjà en vrac. On répare un vase avec du scotch.

Finalement, qu’est-ce que le confinement a changé dans l’organisation au sein des Mecs ? 

Benjamine Weill : C’est important de rappeler que le confinement a permis d’expérimenter des nouveaux modes de relations. On ne retire pas que du mauvais, au contraire, cette période a permis de renforcer le lien entre les parents et les équipes éducatives, notamment à travers la multiplication des appels téléphoniques lorsque les enfants étaient de retour chez eux. Les éducateurs ont pu prouver aux parents que le travail social est là pour les aider et pas pour leur retirer leurs enfants. Du côté des adolescents restés en foyer, certains ont compris qu’ils pouvaient faire sans drogue. La mise en place d’activités collectives a également permis aux jeunes de penser le placement en tant que séjour et non pas comme un enfermement.

Propos recueillis par Victoire Radenne