Convaincre les Français de se faire vacciner : le futur défi du gouvernement

Alors que les laboratoires américains Pfizer ont annoncé lundi 9 novembre être en bonne voie pour proposer un vaccin contre le Covid-19, un sondage publié quatre jours plus tôt montre que près de la moitié des Français refuserait de se faire vacciner. La France est l’un des pays les plus anti-vaccins au monde, et le fait que le vaccin contre le Covid-19 ait été créé dans l’urgence attise les complotismes.

Selon l’Ipsos, 46% des Français refuseraient de se faire vacciner contre le Covid-19. Illustration : Ludovic Marin / AFP

Près de la moitié des Français refuserait de se faire vacciner contre le Covid-19 à sa sortie. C’est le résultat publié par l’institut de sondages Ipsos jeudi 5 novembre. Parmi la quinzaine de pays sondés début octobre, la France est celui où l’intention de se faire vacciner est la plus faible, à 54%. C’est aussi le pays où les personnes sondées auront le plus tendance à attendre quelques temps avant de se faire vacciner. Un tiers des Français pense attendre au moins trois mois après la sortie du vaccin.

Avec l’annonce lundi 9 novembre par l’entreprise pharmaceutique Pfizer de la mise au point d’un vaccin efficace à 90%, mais aussi les revendications des laboratoires américains Moderna et de chercheurs russes, l’espoir de l’arrivée prochaine d’un vaccin contre le Covid-19 se concrétise enfin. Mais cette réticence française aux vaccins vient noircir le tableau. En effet, les épidémiologistes jugent que pour que toute la population soit protégée, il faudrait qu’au moins 60 ou 70% des Français soient vaccinés, ce chiffre variant beaucoup selon les estimations.

La confiance des Français envers les autorités sanitaires se dégrade depuis plus de dix ans

Ce rejet des vaccins plus répandu en France que dans les autres pays n’est pas une nouveauté. Françoise Salvadori et Laurent-Henri Vignaud ont co-écrit le livre Antivax, La résistance aux vaccins du XVIIIème siècle à nos jours, qui est paru en 2019. « Cette méfiance n’est pas propre à la situation actuelle, explique Françoise Salvadori au CelsaLab, qui est maîtresse de conférence en immunologie. On date cette augmentation de la méfiance vis-à-vis des vaccins à partir des années 2008 et 2009, au moment de la grippe A-H1N1. Il y a eu un gros bug de communication, avec un discours qui a pu paraître alarmiste. Les vaccins ont été mal présentés et mal distribués. »

Selon la chercheuse, il y a de nouveau un problème de communication entre l’État et les Français : « Il y a un manque de confiance général des Français envers leurs autorités politiques et sanitaires, et je pense que la gestion de la crise actuelle ne va pas augmenter cette confiance. Il faudra des années pour compenser ce manque ». Françoise Salvadori fait référence à la communication sur les masques et les tests, au sujet desquels le gouvernement est revenu sur ses propos.

Le scepticisme des Français face au futur vaccin contre le Covid-19 augmente en effet avec le temps, puisqu’un autre sondage de l’Ipsos, sorti au début du mois de septembre, montrait que 59% des Français seraient prêts à se faire vacciner, contre 54% aujourd’hui.

Crainte des effets secondaires ou rébellion face à l’autorité

Parmi les arguments avancés par les personnes sondées, les plus récurrents sont la crainte des effets secondaires et la peur que le vaccin ait été conçu à la va-vite. La méfiance pourrait aussi être accrue par le fait que le vaccin proposé par Pfizer ou par Moderna utilise une technologie encore peu répandue, qui consiste à injecter de l’ARN messager pour indiquer à nos cellules de créer des antigènes, au lieu d’injecter un échantillon du virus lui-même.

Laurent-Henri Vignaud, qui est historien des sciences, a étudié les types de populations qui sont sensibles aux arguments anti-vaccins : « C’est une opinion qui a prospéré dans les classes moyennes éduquées. Le premier profil courant est plutôt féminin, d’âge moyen et de classe moyenne, dans un cadre familial. Ce sont des familles refermées sur elles-mêmes, qui mettent leurs enfants dans des écoles hors contrat. Le second profil est plutôt masculin, d’âge plus avancé, célibataire et sans enfant ». Si le premier profil qu’il décrit considère que tout ce qui est extérieur à la famille est un danger, et notamment les vaccins, le deuxième refuse toute autorité de l’État sur les individus.

Dans le cas du Covid-19, Laurent-Henri Vignaud reconnaît que c’est ce second profil qui risque d’être le plus fréquent. En effet, des adultes seront amenés à se faire vacciner, alors que le reste du temps, les personnes anti-vaccins sont souvent des parents qui s’opposent aux vaccins obligatoires pour leurs enfants. « C’est précisément cette catégorie de personnes qui est particulièrement présente sur les réseaux sociaux, continue le chercheur. On pourrait être confronté à une forme de mouvement « gilets jaunes » sanitaire, comme c’est déjà le cas avec les anti-masques. »

En deux mois, la part des Français prêts à se faire vacciner contre le Covid-19 est passée de 59% à 54%. Illustration : Vincenzo Pinto / AFP

Les deux chercheurs considèrent que la communication du gouvernement sera cruciale dans l’acceptation ou le rejet de ce vaccin par les Français. La possibilité de le rendre obligatoire a déjà été évoquée, notamment par le député Européen Yannick Jadot. Mais selon Françoise Salvadori, cela paraît peu probable car le vaccin ne sera dans un premier temps pas disponible en quantités suffisantes, et parce qu’aujourd’hui, les seuls vaccins qui sont obligatoires sont ceux que l’on fait à un très jeune âge. « Il faudra un discours clair et honnête de la part de l’État, plutôt que des batailles politiques qui n’aident pas les gens à prendre leur décision », conclut la chercheuse.

Julie Bringer

Des entreprises de collecte de déchets médicaux à la limite de la saturation

Masques, blouses, gants… avec le retour de l’épidémie, les établissements de santé ont de nouveau produit plus de déchets médicaux. Face à cette augmentation, les entreprises de collecte de déchets médicaux doivent elles-aussi s’adapter.

Les bacs des déchets médicaux, appelés DASRI (déchets d’activités de soins à risque infectieux) sont conduits à une usine de traitement où leur contenu est incinéré. (Photo by JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

« On doit ramasser beaucoup plus de déchets que pendant le premier confinement. » Ces dernières semaines, Olivier Gillet, patron d’une petite entreprise de collecte de déchets médicaux dans l’Allier a été beaucoup plus sollicité qu’en temps normal. Relativement épargné lors du premier pic de la crise sanitaire au mois d’avril, ce département d’Auvergne-Rhône Alpes connaît depuis mi-octobre une augmentation du nombre de cas de Covid-19. Au 12 novembre, 75,2 hospitalisations ont été enregistrées pour 100 000 habitants. SI bien que la région est devenue l’épicentre de la pandémie en France. Les soins ont entraîné une surproduction de déchets qui oblige alors les entreprises de collecte à s’organiser. « En ce moment, on passe dans les établissements de santé deux fois par semaine alors qu’ordinairement, c’est une fois tous les quinze jours. »

« C’est assez différent de la première vague », constate à son tour Sébastien Rigal, directeur de l’unité de tri de Veolia dans le Puy-de-Dôme. Comme Olivier Gillet, lui et ses équipes ont dû s’adapter à une augmentation du nombre de déchets médicaux. « On remarque une augmentation de 5 à 10% par rapport au mois de mai », estime-t-il, « c’est lié au fait que le covid est arrivé plus brutalement ici et jusqu’à la semaine dernière, les hôpitaux n’avaient pas encore suspendu leurs opérations.» En effet, les opérations chirurgicales produisent des déchets médicaux plus lourds que les soins Covid. Au mois de mai, Sébastien Rigal avait même noté une baisse du tonnage de déchets médicaux traité par ses équipes du fait de la priorisation au Covid-19 des services hospitaliers.

Une pénurie de bacs de déchets médicaux

« Le problème n’est pas tant l’augmentation des déchets mais celle des bacs dans lesquels on les met », explique-t-il. « Les hôpitaux nous en demandent 10 à 12 à chaque fois, ce qui nous oblige à augmenter les rotations et les équipes au sein des usines de traitement pour maintenir un rythme plus important que d’habitude. » Face à cette hausse de la demande de bacs, l’entreprise de gestion et de tri a dû utiliser son stock mais craint bientôt de ne plus en avoir assez. « On en aurait bien demandé aux régions voisines mais il y a une pénurie au niveau national », assure le directeur.

Face à une forte demande des hôpitaux, la filière de traitement des déchets médicaux arrive à saturation. (Photo by JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Les bacs, une fois récupérés à l’hôpital par des camions dédiés à ces déchets médicaux, sont emmenés dans des centres d’incinération spéciaux où ils sont brûlés. Les bacs sont ensuite nettoyés puis emmenés de nouveau dans des établissements de santé où ils seront remplis. Un système de rotation qui est donc arrivé à saturation face à cette augmentation du nombre de bacs. « Même en renforçant les équipes pour la collecte, on avait plus de bacs à fournir parce qu’on n’a pas pu vider tous les bacs qui étaient arrivés en traitement », déplore Sébastien Rigal.

Malgré le besoin, le recrutement a en plus été difficile, faute de personnes formées. «Le métier du déchet est de plus en plus spécialisé et on a beaucoup de mal à recruter des gens », regrette le directeur, « au mois de mai, on a surtout mis en valeur les collègues qui ramassent les ordures ménagères, sauf que le déchet, ce n’est pas que ça. Mais ça reste une filière où les gens n’ont pas envie d’aller.» En attendant, les entreprises de collecte espèrent que l’épidémie ne va pas s’intensifier. « Autrement, ça va vraiment être compliqué», lâche Olivier Gillet, amer.

Aurélie Loek

Au Québec, un soutien virtuel face au Covid-19

« J’ai eu la COVID-19 » est un groupe Facebook visant à favoriser l’échange entre victimes directes ou indirectes du coronavirus. Sa créatrice Julie Breton envisage d’étendre l’édition québécoise à l’Hexagone.

Julie Breton a créé la page Facebook « J’ai eu la COVID-19. » pour rassembler des témoignages et informer la population. Photo Julie Breton

“Le” ou “La” Covid, la question fait débat. Et si l’Académie Française, tout comme l’Organisation Mondiale de la Santé, recommande bien de parler de “la” Covid, les Québécois, eux, ont déjà tranché sur la question depuis longtemps.

« J’ai eu la COVID-19” se destine à « être un lieu de témoignages de gens qui se sont rétablis. » Créé il y quelques semaines par Julie Breton, enseignante québécoise de 42 ans, il rassemble des posts de personnes testées positives au coronavirus ou de leurs proches. « L’objectif est d’avoir un endroit où se rassurer ; au Québec, on n’a pas tous les jours le nombre de morts, d’hospitalisations, de soins intensifs. À l’occasion on a un nombre de gens rétablis, mais c’est tout. Je voulais donner une voix à ces gens.»

Comptant 289 membres à l’heure actuelle, le groupe facebook est un moyen pour les patients remis de la maladie de partager leur expérience. Sélectionnés à l’entrée, les membres doivent obligatoirement avoir été testés positifs au Covid-19, ou connaître une personne ayant reçu un diagnostic médical. Écrire, raconter son vécu est alors une façon d’affronter psychologiquement cette crise sanitaire, et de créer un lien social : « Parmi les membres, certains ont écrit dans le groupe que cela leur avait fait du bien d’en parler. D’autres membres déjà rétablis reviennent donner des nouvelles, et les membres entre eux s’écrivent, se soutiennent » explique Julie Breton.

Pour l’instant, le groupe ne possède pas d’équivalent sur la toile française. Au Québec, selon les chiffres du 18 mai, on compte 42 920 cas confirmés de coronavirus, 3562 décès et 11 754 guérisons.

Colette Aubert

Concours 2020 : le marathon continue

L’épidémie du Coronavirus a bouleversé le calendrier des concours nationaux. Entre modifications des épreuves, report des examens et annulations en cascade, les candidats aux grandes écoles vivent tant bien que mal une situation inédite.

Chaque année, ils sont des milliers à tenter le concours de Polytechnique pour moins de 400 places attribuées.

La date du concours d’entrée à Polytechnique, Augustin la connaît depuis près de deux ans. Voilà 21 mois que cet étudiant en prépa d’un prestigieux lycée dans le 6ème arrondissement parisien travaille d’arrache-pied avec un objectif : être prêt pour le 20 avril 2020. Pourtant, le 15 mars dernier, tout bascule pour lui. Le ministère de l’Enseignement supérieur décrète le « report des examens nationaux et des concours » en raison de l’épidémie du Covid-19. « C’est comme si on disait à un sprinter qui est dans les starting-blocks que la course est annulée », analyse l’étudiant. Reporter le concours signifie reporter des mois d’efforts. Comme lui, ce sont près de 20 000 candidats aux écoles d’ingénieurs, réglés comme des horloges, qui découvrent un nouveau sentiment : l’incertitude. « Le concours était censé être la délivrance. Se dire que l’on doit patienter deux mois supplémentaires cela fait monter la pression ». Un comble pour le microcosme des grandes écoles où la pression est, dès mars, à son paroxysme.

Pour certains candidats, le constat est encore plus amer. Le Covid-19 a eu raison de certaines épreuves, notamment pour les écoles qui n’avaient pas eu le temps de faire passer leurs écrits avant le confinement. Les Instituts d’études politiques de province, dits « Science Po », les écoles de commerce ou encore certaines écoles de journalisme ont dû annuler leurs concours d’entrée. Ils ont été remplacés en urgence par une sélection sur dossier. « Ce n’est pas facile de se défendre avec un dossier lorsque tu t’es préparé pour des écrits », commente Elizabeth Balas, responsable pédagogique à l’Institut Céres de Lyon, une préparation privée pour les concours. A l’École normale supérieure (ENS) de Rennes, c’est l’oral de culture générale qui a été supprimé. « Ce qui est dommage c’est que mes étudiants ont développé des capacités qui leur permettent de faire la différence, ajoute Nicolas Duprey, professeur d’une prépa « ENS Rennes » au lycée Jean-Mermoz de Montpellier. Certains se disaient « on sauve les meubles à l’écrit car à l’oral on se sent mieux ». Il faut changer la stratégie. ». Et Adrien le sait bien. A 22 ans, il avait fait le choix de passer son printemps dans des salles d’examen bondées en s’inscrivant à sept écoles de journalisme. Depuis septembre, il se réveille tous les jours à sept heures pour écouter les matinales radio et lire les premières éditions des journaux. « Cette intensité ne m’a servi quasiment à rien, analyse-t-il aujourd’hui avec amertume. J’ai fait 6 dossiers en 2 mois. J’ai expliqué 6 fois de manière différente pourquoi j’étais motivé. A la fin, je peux t’assurer que tu n’es même plus motivé ».

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Des inégalités qui se creusent

Dans ce contexte inédit, toute la difficulté pour les étudiants réside dans le fait de garder le rythme. Avec la mise en place du confinement et l’annulation des cours en présentiel, les conditions de travail sont devenues encore plus difficiles. « On a baissé le rythme par rapport à la prépa car 12 heures de travail par jour c’est impossible à tenir à la maison », détaille Augustin. L’étudiant le reconnaît : se confiner avec trois amis à lui, tous candidats aux mêmes écoles, l’a aidé à se motiver. « Tout seul, j’aurais eu énormément de mal ».

Pour Alix Robichon, professeure d’anglais pour les classes préparatoires au lycée Carnot de Dijon, le Covid-19 a creusé les inégalités des élèves face aux concours. « Ils doivent tenir à la maison une discipline déjà compliquée à respecter à l’école, observe-t-elle. Il faut s’astreindre à un certain nombre d’heures, être rigoureux … Cela dépend énormément de l’endroit où ils sont confinés ». Elle confie par exemple entendre des enfants en bas âge pleurer lors de cours virtuel qu’elle organise via les outils numériques. « Ils ne sont pas tous égaux face à la situation. Il y en a qui n’ont même pas accès à internet. C’est dramatique », commente la professeure. « D’un coup, le rythme s’est écroulé en mars. Au début, je me suis senti un peu perdu, ajoute Adrien qui est confiné seul chez ses parents à Toulouse, bien loin de Lille, sa licence et ses amis. Avec le confinement on ne peut même plus souffler en sortant voir des amis. Il n’y a plus cet esprit de camaraderie si utile à la préparation. Là, on se retrouve vraiment tout seul chez soi ».

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Les premières années, premiers perdants

En temps normal, les classes préparatoires publiques sont censées corriger au maximum les inégalités entre étudiants. « Ce qui t’aide à travailler en prépa c’est l’environnement. La routine, voir les mêmes personnes, la même classe, la même école … Les élèves baignent dedans et ça les motive », affirme Alix Robichon. Mais avec l’épidémie, ce modèle d’accompagnement est mis à mal. « Depuis le 31 mars, on a interdiction de mener des khôlles [N.D.L.R. : exercice oral spécifique aux classes prépas]. On n’a plus aucun accompagnement en trinôme ou en binôme, déplore Nicolas Duprey. On ne peut plus creuser avec eux, les accompagner, vérifier leur travail correctement … C’est pourtant ce qui fait la spécificité de la prépa ».

Pour le professeur d’économie, les grands perdants du Covid-19 sont pourtant les futurs candidats: les premières années. « A cet âge-là, lorsque tu es au mois de mars, c’est très difficile d’être autonome. Tu ne te connais pas assez bien, tu ne connais pas parfaitement ton rythme de travail. Il va y avoir un vrai impact sur la promotion en cours », affirme celui qui encadre les futurs candidats à l’ENS de Rennes. En plus, « les élèves qui voulaient arrêter la prépa veulent tous rester car ils se disent que c’est, au final, gérable comme quotidien. En deuxième année on va être encore 45. Cela va poser de gros problèmes ». Et à Alix Robichon d’ajouter. « Ceux qui n’ont en plus pas accès à internet ne peuvent pas suivre ce qui s’est fait ces dernières semaines. Or, 6 semaines sur 2 ans c’est énorme. Beaucoup de chapitres et de notions passent à la trappe. Je ne vois pas comment les premières années pourront s’en sortir l’année prochaine. ».

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Un système chamboulé

C’est donc un épisode délicat qui se joue actuellement pour les concours d’entrée aux grandes écoles. Entre l’annulation de certaines épreuves, le report d’autres et les inégalités qu’accentuent le confinement, les futures promotions risquent d’être fortement affectées. Avec l’épidémie, c’est le système méritocratique français incarné par la figure de l’examen qui vacille. Une croyance fortement répandue chez les élèves si l’on en croit les pétitions qui se multiplient sur internet. Plus de 6 500 signatures pour le maintien des oraux en école de commerce, 2800 pour demander la tenue des épreuves de Science Po au nom de l’égalité des chances … Les élèves admis dans les grandes écoles en 2020 s’inquiètent déjà pour la valeur de leur futur diplôme. « L’avenir nous le dira mais comme les oraux sont d’ordinaire assez impersonnels en science il n’y aura probablement pas de dévaluation du diplôme », affirme pour autant Alix Robichon. Par contre, des surprises peuvent être attendues cette année. « On se dit naïvement que cela peut être le moyen que les cartes soient rabattues. Les boîtes à concours qui font du bachotage n’ont plus l’avantage concurrentiel car il y a plus de temps pour tout le monde. Potentiellement, il peut y avoir des surprises. Mais il peut aussi y en avoir des mauvaises … », tempère de son côté Nicolas Duprey. Pour Augustin, en tout cas, l’école qu’il vise a décidé de maintenir coûte que coûte ses épreuves, oraux compris. Et cela rassure l’étudiant. Au moins, « On ne pourra pas dire que Polytechnique aura été bradé ».

 

Gianni Roche et Paul De Boissieu