Législatives : dans la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine, Gabriel Attal en terrain conquis ?

Devant la station de métro « Plateau de Vanves », les militants LREM tractent pour la candidature de Gabriel Attal aux élections législatives. ©Héloïse Bauchet

Plus que quelques jours avant le premier tour des élections législatives. Dans la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine, tout semble sourire au candidat LREM et membre du gouvernement Gabriel Attal. Mais la NUPES s’organise et l’abstention menace le résultat du scrutin.

« Gabriel est souvent sur le terrain, dans les écoles, à la sortie des métros… Les tracts, les habitants les ont depuis longtemps ! On fait ça pour leur montrer qu’on est toujours là pour les législatives », explique Martin Garagnon, conseiller national En Marche et animateur du groupe « Vanves En Marche ». Mercredi 1er juin, dès 7h45, un groupe de militants s’est retrouvé au métro « Plateau de Vanves », tracts en main et vêtus de sweat shirts floqués « Gabriel Attal avec vous ». Ce matin, « Gabriel » n’est pas là, mais un grand drapeau à son effigie flotte devant la station. Les marcheurs sont « les seuls », selon Martin Garagnon, à avoir cet équipement de campagne sur toute la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine. Cette dernière regroupe les villes de Vanves, d’Issy-les-Moulineaux mais aussi la partie sud de Boulogne-Billancourt et la partie nord de Meudon.

A Vanves et à Issy-les-Moulineaux, les deux principales communes de la 10ème circonscription des Hauts-de-Seine, les militants LREM et NUPES tractent à la rencontre des électeurs. ©Héloïse Bauchet

Un candidat populaire

À Vanves, la plus petite commune des Hauts-de-Seine, Gabriel Attal s’est lancé dans la campagne sans trop d’appréhension et de difficulté. Ici, il jouit d’une forte popularité. « Il habite à une rue de chez moi ! Il faut le reconnaître, il connaît le territoire et on le voit souvent tracter à Vanves. Ici, il fait un peu l’unanimité », assure Chloé, 22 ans, qui s’apprête pourtant à voter pour la Nouvelle Union Écologique et Sociale (NUPES), plus en accord avec ses valeurs. En 2017, l’ancien porte-parole du gouvernement avait déjà remporté les législatives à plus de 60% au second tour. Mais cette année, les élections ne sont pas encore tout à fait gagnées pour celui qui vient d’être nommé ministre délégué aux Comptes publics.

Dans la circonscription, et en particulier à Vanves, Jean-Luc Mélenchon est arrivé juste derrière Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. L’insoumis y avait recueilli 27% des voix contre 35,6% pour le président sortant. Alors, pour faire face à LREM, l’union des gauches s’organise. « Il faut mobiliser les électeurs de gauche ! Rien n’est écrit ! », lance Cécile Soubelet, la candidate étiquetée NUPES, en tendant un tract à une mère de famille qui sort de l’Intermarché d’Issy-les-Moulineaux. Accompagnée de Michael, militant La France Insoumise (LFI) d’une trentaine d’années, elle s’est rendue sur ce lieu de passage mardi 31 mai. Dès qu’elle le peut, cette salariée en communication prend sur son temps libre pour rencontrer les électeurs et affirmer la présence d’un vrai parti d’opposition. Sur les panneaux électoraux de la circonscription, seules quelques affiches du parti animaliste semblent nuancer l’impression d’un duel politique entre la NUPES et LREM. Les sept autres candidats y sont souvent absents et ne font pas réellement campagne dans la 10e circonscription.

Sur les panneaux électoraux de Vanves, les affiches sont peu nombreuses. Seules celles du parti animiste viennent concurrencer celles de NUPES et de LREM. ©Héloïse Bauchet

Une alliance stratégique avec la droite

Les candidatures de droite sont aux abonnés absents. Pourtant, ce territoire est marqué par la forte présence du parti politique de centre-droit, l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI). En témoigne la figure politique centrale d’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, qui réalise actuellement son 8ème mandat. Rivaux au second tour des dernières législatives, l’UDI s’est cette fois-ci rangée aux côtés de LREM. Une alliance scellée par la candidature de Claire Guichard, adjointe à la mairie d’Issy depuis 25 ans, en tant que suppléante de Gabriel Attal. Compte tenu du poste de ministre de Gabriel Attal, c’est elle qui siègera à l’Assemblée en cas de victoire.

Le candidat marcheur a fait alliance avec Claire Guichard, adjointe à la Mairie d’Issy-les-Moulineaux. ©Héloïse Bauchet

Avec un candidat LREM plutôt très apprécié à Vanves et sa suppléante bien implantée à Issy-les-Moulineaux, la coalition semble relever d’une stratégie politique bien réfléchie, qui pourrait convaincre. « Je n’aime pas Gabriel Attal mais j’adore Claire Guichard. J’ai travaillé avec elle, c’est une femme géniale », lance Nathalie, une ancienne fonctionnaire d’Issy-les-Moulineaux, qui habite la commune depuis plus de 50 ans. « Mais ce n’est pas une tactique électoraliste ! », assure Martin Garagnon, plutôt une alliance qui assure la bénédiction du candidat marcheur par André Santini, figure influente s’il en est. « Si le maire va derrière Gabriel Attal, je le suis », explique ainsi Angel, un homme d’une cinquantaine d’années qui a passé la quasi-totalité de sa vie dans la ville. Comme la plupart des personnes interrogées dans la circonscription, il aime sa commune. Chloé aussi est « très attachée à Vanves » et n’a aucune intention de déménager. Pourtant, les villes de la 10ème circonscription ont beaucoup changé ces dernières années. « Il y a 50 ans, Issy c’était un village », explique Nathalie. Depuis, des immeubles ont poussé un peu partout, de grandes entreprises se sont installées. Le territoire est devenu plus attractif et les prix de l’immobilier ont augmenté. 

Un électorat idéal pour En Marche

Des évolutions qui ne semblent pas inquiéter outre-mesure les habitants, surement parce qu’ils jouissent d’un niveau de vie supérieur à celui du reste des Français. C’est le cas d’Angel, chef d’entreprise, qui « gagne très bien [sa] vie ». Selon l’INSEE, les habitants de la 10ème circonscription sont très diplômés (40% d’entre eux ont un diplôme de niveau bac+5, contre 15% à l’échelle nationale) et exercent majoritairement des professions de cadres (plus de 45% d’entre eux, contre un peu plus de 15% dans la reste de la France). Le portrait de l’habitant-type qui se dessine semble correspondre à la sociologie de l’électorat de LREM mise en avant par un sondage Sopra Steria. Mais pour Cécile Soubelet, « le territoire est quand même assez hétérogène. Il y a pas mal de logements sociaux notamment vers le Pont-de-Sèvre, la partie la plus à gauche de Boulogne-Billancourt. » C’est auprès des électeurs de ces zones que la NUPES espère aussi récolter des voix, même s’ils y craignent un fort taux d’abstention.

 

À l’échelle de la circonscription, les candidats s’attendent à une abstention avoisinant les 50%. Un élément de réponse : le relatif désintérêt de la population pour les élections législatives. « J’ai l’impression que ce sont des élections qu’on laisse un peu de côté par rapport à la présidentielle », observe Tom, un militant en marche de 18 ans venu lui aussi tracter devant la station de métro Vanvéenne. Pour ces élections, Gabriel Attal va donc devoir faire face à l’abstention mais aussi à la campagne assidue de la NUPES. Un combat d’autant plus crucial pour le candidat qu’en cas de défaite, il devra démissionner de son poste de ministre au gouvernement. 

Nikita Guerrieri et Héloïse Bauchet

 

 

Hauts-de-Seine : la 6e circonscription, véritable « Game of Thrones » des élections législatives

Mercredi 1er juin à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Le candidat LR Patrick Pessis (à gauche), l’élu et soutien de la candidate Fayza Basini, Emmanuel Canto (à droite) et un militant Reconquête (centre) distribuent des tractes. (© Imane Lyafori).

Dans la 6e circonscription des Hauts-de-Seine (Neuilly-sur-Seine, Puteaux, Courbevoie sud), 12 candidats se lancent dans la course aux élections législatives, dont le premier tour se tiendra le 12 juin prochain. Une multiplicité de profils, à gauche comme à droite, qui révèle des dissidences au sein de la majorité présidentielle et menace les voix des Républicains.

« Casse toi ! », fustige un passant, en levant le bras au ciel. Martin*, militant de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES), ne se décourage pas pour autant. Une nouvelle masse de personnes se dirige vers la sortie de la gare de Puteaux (Hauts-de-Seine). Le trentenaire repart aussitôt à l’attaque. « Bonjour monsieur, votez pour la justice sociale ! », tente-t-il en tendant des tractes. De l’autre côté des marches, Julie Barbaux, professeure des écoles et candidate NUPES aux élections législatives dans la 6e circonscription des Hauts-de-Seine (Neuilly-sur-Seine, Puteaux, Courbevoie sud), se charge de ceux qui seraient passé entre les mailles du filet. « Dès que je sors du travail, je me dépêche de rouler avec mon vélo jusqu’aux lieux de tractage. Heureusement que ça ne dure que quelques semaines », lance-t-elle en riant.

Un exercice de taille dans cette circonscription traditionnellement à droite où pas moins de 12 candidats, dont huit allant du centre à l’extrême droite, se présentent. La candidate sortante Constance Le Grip, ex-Les Républicain (LR) aujourd’hui investie par la majorité présidentielle, est à la tête des villes de Neuilly-sur-Seine, Puteaux et Courbevoie depuis son élection comme députée en 2017. Une victoire qu’elle avait obtenue avec 53,8% des voix contre son opposant de l’époque, Laurent Zameczkowsi (LREM) avec 46,1%. Des chiffres loin des résultats obtenus par La France Insoumise (LFI) qui n’avait séduit que 4,96% des votants au premier tour. « On a encore une chance de faire passer des lois qui ne sont pas destructrices pour ce pays », soutient Martin, pour qui les élections législatives du 12 et 19 juin prochain peuvent « aider les gens à faire le bon choix ».

La 6e circonscription des Hauts-de-Seine représente les villes de Neuilly-sur-Seine, Puteaux et de Courbevoie sud et compte 117 731 habitants. (© Adrien Chapiron).

La macronie s’invite chez Les Républicains

Changement d’ambiance radical au théâtre des sablons (Neuilly-sur-Seine). La candidate sortante Constance Le Grip affiche ses nouvelles couleurs macroniennes. Selon elle, cette investiture était nécessaire pour faire « face aux extrêmes, de gauche comme de droite ». Tout est mis en œuvre pour présenter l’ancienne députée européenne comme « une élue locale en phase avec les réalités [du] département ». Un récit déroulé tour à tour par les différents élus réunis autour d’une table placée face au public. Les vidéos de soutien de l’actuel ministre délégué chargé de l’Europe Clément Beaune et du ministre de l’Economie Bruno Le Maire en impressionnent certains dans la salle. Des invités de taille qui réussissent à convaincre quelques futurs votants. « Le discours de Mme. Le Grip est vrai, sincère et cohérent. C’est devenu très rare en 2022 », insiste Carole, 61 ans, qui arbore l’un des tee-shirts à l’effigie de la candidate.

Mardi 31 mai à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Des tee-shirts à l’effigie de la candidate Constance Le Grip sont distribués lors de sa réunion publique tenue au théâtre des sablons. (© Imane Lyafori).

C’est aussi une manière pour l’ancienne députée LR d’assoir sa légitimité. « Les ministres m’ont spontanément proposé leurs soutiens. Ça montre que je suis une personne fiable et crédible », assure-t-elle. Pour cause, une autre candidate marcheuse de la première heure, soit depuis 2016, aurait dû être investie par la majorité présidentielle. Du moins, c’est ce que défend Fayza Basini, candidate dissidente LREM, qui aborde le sujet avec un sourire crispé. « Le succès d’En Marche attire des candidats, forcément. Mais personne ne connaît le nom de Constance Le Grip. Moi-même, si je n’étais pas engagée en politique, je ne la connaîtrais pas », lance-t-elle.

Du côté des soutiens de Fayza Basini, les mots sont plus durs envers l’ancienne LR. « On vit très mal ce ralliement de dernière minute », confie Emmanuel Canto, chef du groupe municipal d’En Marche Puteaux. « Il paraît que Nicolas Sarkozy est intervenu pour la faire investir », chuchote l’élu. « Mais bon, entre l’original et la contrefaçon… », ajoute Eric Becque, ancien président du comité de Neuilly-sur-Seine, en levant les yeux aux ciel. Mais hors de question de changer de cap pour la marcheuse « chiraquienne et juppéiste » qui assure ne pas avoir été exclue par la majorité présidentielle mais bien s’être retirée de son plein gré. « Ça fait plus de 10 ans que je suis engagée sur ce territoire. Je connais les dossiers ».

Mercredi 1er juin à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Emmanuel Canto tracte pour la candidate dissidente Ensemble !, Fayza Basini. (© Adrien Chapiron).

A la suite de cette annonce, Paul s’est engagé auprès de la candidate dissidente. Tous les matins, entre huit et neuf heures, le salarié de 29 ans essaye tant bien que mal d’aborder les passants très pressés de l’avenue Charles de Gaulle. « Pour moi, Fayza Basini est la meilleure candidate pour la circonscription. Elle porte les valeurs progressistes qui me sont chères. Contrairement à Constance Le Grip et son positionnement autour du mariage pour tous », affirme-t-il en distribuant des tracts. En 2014, l’ancienne élue LR, à l’époque députée européenne, avait signé la charte de la Manif pour tous où les principes étaient de « défendre le mariage et la filiation en cohérence avec la réalité sexuée de l’humanité ». En 2017, la candidate avait également co-signé une proposition de loi « visant à la protection de l’enfant », associant la pédopornographie et le mariage entre personnes du même sexe.

Une campagne sur fond de querelles familiales 

Dès 10h30, la place du marché est prise d’assaut par les différents candidats et leurs tracteurs respectifs. Tous se positionnent à différents points de passages stratégiques. Impossible de continuer son chemin sans repartir avec quelques brochures. Les républicains et les macronistes se font face. « Ici, c’est comme un petit Game of Thrones », avance Patrick Pessis, candidat LR et scénariste. Mais rien de bien décourageant pour Sasha, 18 ans. « LR c’est la vraie droite. Je resterai fidèle à ce parti, quoi qu’il arrive », prévient le tracteur.

Le remplaçant express de Constance Le Grip dénonce une « inconstance » chez son ancienne collègue. « Ça faisait un mois et demi qu’on tractait pour Constance. Il y a deux semaines, un dimanche soir, on apprend par la presse qu’elle se rallie à la majorité présidentielle. Le matin même, elle nous demandait de tracter pour elle », se souvient le candidat. Une trahison qui ne passe pas. « La manière de faire est tout de même assez basse. Elle nous a trompés sans négociation. Je pense qu’elle a fait ça par opportunisme », juge Patrick Pessis.

Bien loin des soucis de familles que rencontrent certains, Franck Keller, candidat Reconquête, mise sur les 18,75% de Neuilléens ayant voté pour Éric Zemmour à l’élection présidentielle. « Les idées avancées par Éric Zemmour reçoivent un écho important au sein de la population de Neuilly-sur-Seine, sachant que le Rassemblement national, sur cette circonscription, n’a jamais fait de score important », assure-t-il, confiant. En 2017, le Rassemblement national n’a récolté que 3,9% des voix au premier tour. Un score qui justifie sans doute la candidature de Marie-Caroline Le Pen. Contacté à ce sujet, la candidate n’a pas donné suite.

Imane Lyafori

À Nanterre et Suresnes, la lutte de la Nupes pour convaincre les électeurs

Lors des précédentes élections législatives en 2017, la gauche a perdu pour la première fois depuis 2002. Cette année, Sabrina Sebaihi, candidate de la Nupes, et ses équipes de campagne redoublent d’effort pour convaincre et refaire basculer Nanterre et Suresnes de leur côté.

À Suresnes ce mercredi 1er juin, quelques affiches de campagne sont déjà présentes sur les panneaux d’affichage électoraux près de la mairie. Celles de “la candidate d’Emmanuel Macron”, Isabelle Florennes, députée sortante ; de Florence Muller, candidate du parti Reconquête d’Éric Zemmour ; mais aussi de Sabrina Sebaihi, choisie pour représenter la Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale) aux élections législatives. Dans la ville voisine, Nanterre, la situation est bien différente. Les affiches de la candidate de la Nupes sont les plus nombreuses, et rares sont les autres candidats à apparaître sur les murs ou les panneaux d’affichage aux alentours du centre-ville.

Pendant quinze ans, la 4e circonscription a été un bastion de la gauche : jusqu’en 2017, c’est Jacqueline Fraysse, figure emblématique du Parti communiste français, qui représentait les villes de Nanterre et Suresnes à l’Assemblée nationale. Mais en 2017, c’est Isabelle Florennes, la candidate du MoDem soutenue par La République en Marche d’Emmanuel Macron, qui est élue députée. Un coup dur pour la gauche qui, pour ces nouvelles élections législatives, espère reprendre la circonscription en main. 

C’est dans cette optique que la candidate de la Nupes multiplie les actions. Porte-à-porte, distribution de tracts, réunions publiques : “On est mobilisé tous les jours, explique Béchir Saket, membre de la direction de campagne de Sabrina Sebaihi. D’habitude, ce rythme est atteint trois jours avant le premier tour.”

La Nupes rassemble les principaux partis à gauche de l’échiquier politique français, tels qu’Europe-Écologie-Les-Verts (EELV), la France insoumise ou le Parti socialiste. Pourtant, dans la 4e circonscription, sept candidatures étiquetées à gauche viennent s’ajouter à celle de Sabrina Sebaihi. “Ce sont des candidatures qui participent à la division de la gauche, regrette Béchir Saket. Ça nous inquiète, mais on accepte.” 

On espère qu’elles seront suffisantes pour faire valoir les idées de gauche mais pas assez pour diviser la gauche.” – Béchir Saket

Le matin du 31 mai, Marcel, retraité nanterrien, est venu faire son marché place du Maréchal Foch. Équipé d’un chapeau blanc et de sa canne, il se dirige vers les étalages de fruits et légumes, en plein soleil. Installé à Nanterre depuis les années 1970, il n’est pas étonné de voir autant de candidatures à gauche. “Nanterre est une ville de gauche, le maire a longtemps été communiste,” explique-t-il. Selon lui, la division risque de faire perdre la gauche aux législatives. C’est ce qu’espère d’ailleurs la députée sortante Isabelle Florennes. À la question “la division de la gauche peut-elle vous faire gagner ?”, la réponse est claire et assurée : “Oui. D’autant plus que j’ai la chance de réunir Les Républicains et Renaissance.”

Alexis Martin, directeur de campagne de Sabrina Sebaihi, est cependant plutôt confiant quant au passage de sa candidate au 2nd tour. Il voit en ces multiples candidatures “un réservoir de voix”. Valéry Barny, candidat du “parti underground” Citoyen Responsable, classé à gauche, rejette fermement cette idée : “Les gens ont la liberté de penser et d’agir. Je ne suis personne pour leur dire quoi faire.” Pour lui, pas question de soutenir la Nupes : “Ce n’est pas un bon message pour les Français, estime-t-il. On regroupe des personnes qui hier se sont affrontées !”

Faire baisser le taux d’abstention de Nanterre

Mais si la candidate de la Nupes et ses équipes ne s’inquiètent que peu de la concurrence à gauche, c’est parce que la véritable menace est l’abstention. “Nanterre a tendance à moins voter que Suresnes,” constate Alexis Martin. Il ajoute que ce sont surtout les habitants des quartiers populaires qui se déplacent le moins lors des élections législatives. Un vrai problème pour Sabrina Sebaihi car ce sont ces habitants qui, lors des grandes échéances telles que l’élection présidentielle, votent le plus à gauche. Face à une ville comme Suresnes, très ancrée à droite, les militants tentent de mobiliser les électeurs nanterriens. “Moins les gens voteront, plus ce seront les habitants de Suresnes qui donneront le la, explique Béchir Saket. Le jour des résultats, on saura si on a gagné ou non dès qu’on verra l’estimation du taux d’abstention.”

Pour tenter de pallier cette faible participation, la candidate de la Nupes mène “une campagne de proximité”. En fin de journée, le 31 mai, elle allait à la rencontre des habitants de Suresnes en faisant du porte-à-porte, pendant qu’une partie de son équipe faisait de même dans le quartier du Chemin de l’Île  à Nanterre. Le rendez-vous est fixé devant l’école Émile Zola. À peine arrivée, Christine, retraitée de 71 ans, commence à distribuer des tracts à quelques passants. Elle sera rejointe par Perrine, Alexis et Nicolas. Un groupe à l’image de la nouvelle coalition de gauche : Nicolas et Christine sont de l’Union populaire tandis que Christine et Alexis sont d’EELV. « Une cohabitation qui se passe à merveille », lâchent Nicolas et Perrine, en plaisantant. Cela fait près de quinze jours qu’ils arpentent les marchés, se postent devant les écoles et les gares de la circonscription pour faire connaître leur candidate, mais surtout convaincre les habitants d’aller voter, en particulier dans les quartiers populaires.

Le porte-à-porte est un moyen efficace, qui a fait ses preuves, notamment pendant l’élection présidentielle, s’accordent à dire le quatuor. Jean-Luc Mélenchon avait récolté 32,97% des voix. Durant 1 h 30, le groupe part à la rencontre des habitants des bâtiments Ouessant et Quiberon. Si certaines portes restent fermées, d’autres s’ouvrent et donnent lieu à des discussions encourageantes. À l’image de cet habitant qui a appris grâce au passage des militants qu’il y avait des élections les 12 et 19 juin, et qui compte aller voter. Une mini victoire pour les militants qui, au cours des porte–à-porte, essayent de convaincre les plus déçus de la politique et de faire de la pédagogie en rappelant sans cesse les dates des scrutins et l’importance des élections législatives. “Plus on aura de députés à gauche, plus on aura de chance de faire élire Jean-Luc Mélenchon Premier ministre”, explique Alexis aux habitants.

Convaincre les habitants des quartiers populaires, et en particulier les plus jeunes. À 18h30 ce mardi 31 mai, Kenzy Gauthiérot-Pancarte attend quatre personnes au quartier général de la campagne de Sabrina Sebaihi, pour la “réunion jeunes” qu’il a organisée. “La semaine dernière on était une dizaine, mais aujourd’hui les étudiants ont fini leurs partiels et sont partis en vacances”, regrette-t-il. Il a malgré tout prévu des jus de fruits, du café et quelques gâteaux pour accompagner les discussions. Dans le petit local, où quelques chaises côtoient une pile de prospectus de campagne, ils seront en effet quatre à venir. Malo, étudiant en deuxième année de licence de droit et militant d’EELV. Pierre, qui travaille depuis un an dans le domaine de l’intelligence artificielle et est venu à cette réunion par curiosité. Et enfin Loïc et Adrien, lycéens d’à peine 18 ans, venus après avoir rencontré Kenzy Gauthiérot-Pancarte quelques semaines plus tôt.

Eux n’y connaissent rien en politique : “ça ne me rapporte pas d’argent et on ne m’en a jamais parlé, donc je ne m’y suis jamais intéressé”, reconnaît Loïc. Pendant près d’une heure pourtant, il a tenté de comprendre ce qu’est la Nupes, mais aussi le fonctionnement général de la vie politique ou la différence entre chaque parti politique. À plusieurs reprises, Kenzy Gauthiérot-Pancarte a tenté de faire comprendre aux deux lycéens qu’eux aussi ont un rôle à jouer dans le monde politique. “On a besoin de vous, martèle-t-il. Ce ne sont pas les plus vieux qui doivent dicter les choses, vous êtes ceux qui subiront le plus les décisions politiques.

À 20h30, alors que le local s’assombrit au fur et à mesure que la nuit tombe, Adrien, bien moins bavard que son camarade, se libère : “C’est agréable de discuter avec vous, on se découvre nous-aussi.” Loïc et lui sont prêts à revenir la semaine suivante. Pour en apprendre plus sur la politique, mais surtout pour profiter des pizzas proposées par Kenzy Gauthiérot-Pancarte et en apprendre plus sur la marche à suivre pour devenir député et profiter du salaire assorti à la fonction. L’organisateur de la soirée est heureux de les avoir vu ce soir, et surtout de savoir qu’ils reviendront. “Même si ce n’est pas pour les bonnes raisons”, reconnaît-il.

Keisha Mougani et Laura Merceron

Législatives 2022 : dans les Hauts-de-Seine, une première circonscription à contre-courant

À l’approche des élections législatives, les habitants de la première circonscription des Hauts-de-Seine semblent traversés par un désintérêt politique. Le territoire est toutefois marqué par un ancrage communiste depuis des décennies. 

Les habitants de la première circonscription des Hauts-de-Seine éprouvent un véritable désintérêt politique pour les élections législatives des 12 et 19 juin 2022. CELSA/Léocadie Martin et Suzanne Zeller

« Avec les politiques, on se sent complètement abandonné. On est délaissé », déplore Ouarda, 57 ans,  habitante de Colombes-Nord depuis sa naissance. Son amie Khadija renchérit : « je ne voterai pas pour les législatives, on est tellement déçu aujourd’hui ». Et elles ne sont pas les seules. Dans la 1ère circonscription des Hauts-de-Seine, l’abstention est à la hausse. En 2017, elle a atteint un taux record. Plus de 65% des habitants de Colombes-Nord, Gennevilliers et Villeneuve-la-Garenne, les trois villes qui composent la circonscription, se sont abstenus au second tour des élections législatives. La circonscription déplore le taux d’abstention le plus élevé du département. Elle dépasse même la moyenne nationale, qui obtenait son taux le plus élevé depuis 1958 aux dernières élections. Lors du second tour, 57,36% des électeurs inscrits ne se sont pas rendus aux urnes. Un mauvais présage pour les élections législatives qui approchent à grands pas.

Pour Jean-Marie, retraité de 69 ans, cette abstention est justifiée. « Les députés perdent leur identité et ne sont plus en lien avec la population. Si c’est simplement une fois tous les cinq ans pour les élections qu’on les voit faire le tour du marché, ça n’a aucun intérêt. » Le villenogarennois déposera, malgré cela, son bulletin dans l’urne les 12 et 19 juin prochain. Cette abstention s’explique, en partie, par les difficultés qui composent le territoire. Dans le deuxième département le plus riche de France (Insee, 2021), la première circonscription comptabilise le taux de pauvreté le plus élevé. Plus de la moitié des ménages, soit 55,3%, sont considérés comme pauvres ou modestes. En comparaison, 40,2% des ménages sont considérés comme tels au niveau national.

À travers une précarité prédominante, les habitants de la circonscription ne se sentent pas représentés par les potentiels futurs députés. « La dernière élue que j’ai vu dans mon quartier est morte il y a une dizaine années, se désole Bernardier, habitant de Gennevilliers depuis les années 1970. La communication superflue ça y va, mais pourtant rien ne vaut le porte à porte. » Il ira tout de même voter. Ce qui n’est pas le cas d’Angie, étudiante de 19 ans. « Les politiques ne m’intéressent pas et, en plus, ici on ne voit rien. Les candidats ne viennent même pas à notre contact. » Un ressenti qui pourrait bouleverser l’ancrage politique de la circonscription.

Un bastion communiste coûte que coûte

Depuis 1967, la première circonscription des Hauts-de-Seine est chaperonnée par le Parti communiste français. CELSA/Léocadie Martin et Suzanne Zeller

« Elsa Faucillon (PCF) a de la bouteille. Elle est accessible. On la trouve devant les écoles et sur le marché le matin… j’ai beaucoup d’admiration pour elle », avoue Fedoua, membre du conseil citoyen apolitique de Villeneuve-la-Garenne. Depuis 1967, la première circonscription des Hauts-de-Seine appartient au Parti communiste français. Cet ancrage politique à gauche se caractérise notamment par la catégorie socio-professionnelle de la circonscription. Les actifs du territoire sont composés à plus de 50% d’ouvriers et d’employés.

Les socialistes avaient raflé la circonscription en 2012 lors de l’élection présidentielle de François Hollande (PS), avant qu’Elsa Faucillon ne la rende au PCF en 2017. Désormais, elle est la seule député de gauche du département. Mais elle ne fait pourtant pas l’unanimité. « Je ne suis pas sûre qu’Elsa Faucillon soit réélue car elle s’est alliée à  Jean-Luc Mélenchon (LFI), s’avance Ginette, villenogarennoise  de 69 ans et bénévole du secours catholique. À mon avis, ça va être très difficile pour elle. » Avec l’alliance de gauche nommée NUPES et composée notamment du PS, EELV, LFI et PCF, Elsa Faucillon devient la candidate d’une gauche unie. Mais pourtant, pas toute la gauche. Le NPA, qui n’a pas souhaité s’allier à ces quatre partis, a décidé de déployer des candidats dans tout le département. Et pour la première circonscription, c’est Gaël Quirante qui les représente. Une candidature qui a fait réagir Patrice Leclerc (PCF), suppléant actuel d’Elsa Faucillon et maire de Gennevilliers.

Cependant, cette candidature ravit des électeurs qui ne se reconnaissent pas dans cette alliance de la NUPES. « Moi je suis de gauche, mais je ne voterai jamais pour une alliance avec Jean-Luc Mélenchon. Je me reconnais plus dans le candidat du NPA, qui défend une vraie gauche », reconnaît Bernardier. Pour certains habitants, la gauche au pouvoir dans la circonscription n’a pas permis le changement. Et ce constat pourrait bien favoriser l’un des onze autres candidats de la première circonscription.

Candidats de droite, siège de gauche

À Colombes-Nord, à Gennevilliers et à Villeneuve-la-Garenne, une problématique se distingue : l’accessibilité des logements. Plus de 70% des logements sont occupés par des locataires au coeur de la circonscription. « Les logements ne sont pas accessibles. Ils font des nouveaux logements très chers et on ne peut pas y accéder.  Et depuis des années, il n’y a aucun changement : on nous a oublié », s’attriste Ouarda. Certains candidats espèrent devenir le visage de ce changement. « Si les gens ne votent pas, c’est parce qu’ils ont besoin d’une offre qui leur parle. Les uns et les autres doivent s’approprier une candidature », affirme Abdelaziz Bentaj, candidat Les Républicains.

Pour Mariam Camara, candidate du Rassemblement National, « il y a trop d’exclusion dans ce territoire et il y a beaucoup de souffrance. Avec le Rassemblement National, je pourrai enfin vraiment les rassembler. » La question se pose puisque, depuis l’ascension politique de Marine Le Pen, le parti d’extrême droite recueille principalement les voix des ouvriers. Malgré cette volonté de concilier électorat et urnes, les candidats de la première circonscription ne semblent toujours pas établis sur le territoire. « Je vote à toutes les élections, mais cette fois-ci, les visages politiques ne me parlent pas trop », s’étonne Amélie*. Pour beaucoup, les élections législatives paraissent abstraites.

Avec une dynamique de dépolitisation, la population de la première circonscription perd espoir. Jamel, épicier dans le quartier du Stade (Colombes-Nord) depuis 1988, se désole.

« Il n’y a plus beaucoup d’espoir. On ne croit plus que les choses vont changer. Les candidats ont même peur de venir dans le quartier. »

Un client entre dans la boutique et s’accorde avec le commerçant. « Je suis né ici il y a 60 ans et, pour moi, les politiques travaillent pour eux et c’est tout. C’est de l’entre soi. J’irai voter mais sans grande conviction. C’est vraiment malheureux. »

Une campagne électorale qui ne parvient pas à s’imposer, des habitants qui se sentent délaissés et des candidats qui tentent le tout pour le tout : les résultats des élections législatives de la première circonscription des Hauts-de-Seine seront véritablement déterminants pour le dernier bastion communiste du département.

Léocadie Martin et Suzanne Zeller