Réunis en assemblée générale le 23 septembre, les copropriétaires du plus haut gratte-ciel de Paris ont rejeté à plus de 76% le lancement des premiers travaux de rénovation. Le projet à 800 millions d’euros, en discussion depuis 2015, ne verra pas le jour.
Plusieurs copropriétaires de la tour Montparnasse ont annoncé, dans un communiqué diffusé mercredi 23 septembre, l’abandon du projet de transformation de l’édifice. (Crédit images : Frédéric Soltan – DR)
Dix ans de promesses
L’histoire commence en 2015. L’année suivante, un concours international d’architecture, baptisé « Demain Montparnasse », est lancé pour moderniser le bâtiment inauguré en 1973. En septembre 2017, l’agence Nouvelle AOM est désignée lauréate parmi sept propositions. Son projet prévoit de remplacer la façade sombre par un vitrage clair, d’ajouter des terrasses, de réaménager le parvis et de coiffer l’édifice d’une serre végétalisée. La tour, qui culmine aujourd’hui à 209 mètres, devait accueillir 12 000 personnes, contre 6 000 auparavant, tout en divisant par dix sa consommation d’énergie. Un hôtel, des commerces, un club de sport et la restructuration du centre commercial situé au pied de l’immeuble complétaient le programme.
Le chanteur Vianney avait acheté le 43ème étage de la tour Montparnasse au printemps 2026 avant de revendre ses parts en juillet de la même année. (Crédits images : Houpline Renard – DR)
Des fractures, des échecs et… le chanteur Vianney !
La rupture intervient en juillet. LFPI, La Financière patrimoniale d’investissement, premier copropriétaire avec 28 % des tantièmes, annonce qu’il ne soutient plus un projet qu’il défendait jusque-là. Deux motifs sont avancés : la dérive des coûts et des désaccords sur des échanges de surfaces, en particulier les étages compris entre le 42e et le 45e, destinés à un hôtel de luxe. Dans le même temps, le chanteur Vianney, qui était récemment devenu propriétaire du 43ème étage, cède son bien. La mairie de Paris intervient et rappelle les copropriétaires à leurs responsabilités. Le 31 juillet, le projet est approuvé à la majorité mais le répit est de courte durée. Au fil de l’été, la mutuelle MGEN et l’assureur Axa (tous deux copropriétaires) rejoignent LFPI dans le camp des opposants. Le vote du 23 septembre entérine donc ce basculement.
Un immeuble vide qui se dégrade
Depuis le 31 mars dernier, la tour n’abrite plus aucun occupant. Ses 59 étages sont déserts et le bâtiment souffre : des vitres se sont même détachées de la façade. Le centre commercial, dont la rénovation était liée à celle de la tour, reste lui aussi en suspens malgré une vétusté qui se fait de plus en plus ressentir. L’assemblée générale a par ailleurs installé un nouveau conseil syndical. Les sociétés de l’entrepreneur Xavier Niel et de Frédéric Lemos, ancien président de cette instance, n’en font plus partie. Cette nouvelle gouvernance entend concevoir un projet allégé et déposer un nouveau permis de construire.
Le projet de rénovation dure depuis dix ans. (Crédits images : Joel Saget – AFP – DR)
Vers un chantier réduit ?
Le scénario privilégié écarte l’extension avec la serre végétale et la création de l’hôtel. Il se limiterait à un remplacement de la façade, à une mise en conformité et au désamiantage, sans changement de destination des locaux, dans le cadre du nouveau plan local d’urbanisme de la capitale. Une prochaine assemblée générale doit se prononcer sur le lancement du curage et du désamiantage. Ce premier chantier, d’une durée envisagée de deux ans, laisserait le temps de bâtir, valider et financer une nouvelle version du projet. Xavier Niel, Frédéric Lemos et deux autres copropriétaires refusent pour leur part de considérer la transformation comme enterrée et appellent à une réunion rapide entre copropriétaires, financeurs et pouvoirs publics. La Ville de Paris réclame une solution alternative dans les meilleurs délais afin que le site ne reste pas durablement à l’arrêt. Le maire du XVe arrondissement, Philippe Goujon, a lui aussi fait part de son opposition à l’abandon d’un projet mûri pendant dix ans. Dans l’immédiat, l’issue reste incertaine pour un quartier dont la reconfiguration est promise depuis plus d’une décennie.




