Trois questions à… Annick Lacout, fondatrice du bureau d’études Agir ensemble pour une faible empreinte écologique

Peut-on parler d’une vraie tendance de fond pour le recyclage ?

La réglementation va dans ce sens, avec des incitations financières et des politiques publiques qui encouragent la réduction des déchets ou l’amélioration de leur valorisation et de leur recyclage. Il y a aussi un engouement pour l’économie circulaire de la part des acteurs de la société, qui cherchent des solutions nouvelles pour produire tout en limitant le gaspillage et la surconsommation.

Y a-t-il eu un déclic récent ?

Il y avait eu un premier sursaut dans les années 2007-2010, au moment du Grenelle Environnement et du film d’Al Gore, Une vérité qui dérange. On est de nouveau dans une période de prise de conscience. Quand on voit comment Greta Thunberg- la jeune suédoise de 15 ans à l’origine des grèves étudiantes pour le climat chaque vendredi-   a réussi à mobiliser la jeunesse, c’est génial, c’est encourageant. On se dit que si ça s’intègre dans les modes de vie des jeunes et que cela devient le mainstream, on aura gagné.

Faut-il aller plus loin que le recyclage ?

Ce qui marche très fort en ce moment, c’est le zéro déchet. A Paris, cela peut sembler parfois un peu dérisoire mais certains messages vont dans ce sens. Pas aussi vite que ce que l’on voudrait, mais ils y vont. Les collectivités sont obligées de développer en effet des programmes de prévention des déchets, les PLPDMA (Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés). Même si cela se fait plus ou moins, et que c’est plus ou moins visible.

 

Pour compléter :

Le recyclage urbain, effet de mode ou réelle évolution des mœurs ?

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Start-up et recyclage, une alchimie efficace

Start-up et recyclage, une alchimie efficace

Le recyclage n’est pas incompatible avec une activité économique viable et, pour la jeune entreprise Les Alchimistes, la formule fonctionne. Transformer les déchets organiques d’entreprises parisiennes en compost, c’est la formule de la start-up fondée, en décembre 2016, par Fabien-Kenzo Sato et Alexandre Guilluy.

Sur son site, installé dans le village associatif Les Grands Voisins, dans le 14e arrondissement, le composteur électronique traite 30 à 40 tonnes de déchets sur l’année et produit 10 tonnes de compost. Avec les équipements de La Caverne, une ferme souterraine, Porte de la Chapelle, et ceux de l’Île Saint-Denis, 700 tonnes d’ordures organiques sont valorisées sur l’année.

Un moyen de nourrir les sols tout en valorisant les déchets collectés chez des professionnels, dans un rayon de 5 km autour des composteurs. Une volonté de circuit court qui tranche avec les centaines de kilomètres que parcourent d’ordinaire les déchets parisiens. “Une absurdité écologique et économique” que dénonce Martin Guinement, responsable développement de l’entreprise. La collecte se fait en vélo-remorque ou en fourgon fonctionnant à l’énergie renouvelable. Dix points de vente, épiceries et magasins biologiques, proposent aux consommateurs d’acquérir le compost produit.

Les Alchimistes valorisent 700 tonnes de déchets sur l’année.

La collecte payante et la vente, ce sont les fondamentaux du modèle économique des Alchimistes. “Il faut créer de la valeur, explique Martin Guinement, on n’est pas anticapitalistes, même si on aimerait un capitalisme différent. Il faut faire converger le militantisme bricoleur avec des projets économiques viables.” La start-up accompagne ainsi cinq projets comparables dans d’autres métropoles françaises. Quant à elle, elle continue d’étendre son maillage territorial et prévoit l’ouverture de deux autres sites en Île de France, et près de 1 000 composteurs d’ici 2030.

 

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Le Filon : un accompagnement sur la durée

Une personne dans l’urgence permanente ne peut pas reprendre le contrôle sur sa vie”, explique Cécile Tarchini, bénévole au Filon. L’association, créée en 2017 par Perrine Boyer, diplômée en management, offre aux femmes SDF un accompagnement sur le long terme afin de faciliter leur réinsertion. Le Filon, situé dans un petit local du 17e arrondissement de Paris, propose un accueil de jour où les bénéficiaires peuvent se reposer, cuisiner ou faire leur lessive. En tout, soixante-dix bénévoles viennent en aide à une quinzaine de femmes pendant plusieurs mois.  Par des ateliers de couture, de jardinage ou de décoration, les membres de l’association espèrent rétablir la confiance en leurs capacités des femmes non-domiciliées. Une fois par mois, les “filondors” -comme sont appelées les bénéficiaires de l’association- et les bénévoles organisent un repas où chacun peut inviter un membre de sa famille ou un ami. Un accompagnateur social les aide dans leurs démarches pour trouver des solutions à long terme, en matière de logement ou d’emploi.

Antonella Francini et Eva Mbengue

L’hygiène : un combat de plus pour les femmes SDF

 

Souvent victimes d’agressions sexuelles, les femmes sans-abri fuient les lieux mixtes. Selon le Samusocial de Paris, seuls 10 % des usagers dans les bains-douches sont des femmes. Pour répondre à ce problème, le premier centre d’hygiène uniquement réservée aux femmes a ouvert rue de Charenton dans le 12eme arrondissement de Paris en mars 2019. Cet espace cherche à répondre aux besoins spécifiques d’hygiène féminine. Le lieu dispose de plusieurs douches, d’une bagagerie, d’un espace épilation et coiffure. Il est aussi doté d’un dispositif d’aide sociale et médico-psychologique. Les femmes peuvent y consulter des spécialistes comme un gynécologue. Des protections pour les menstruations y sont mises à dispositions.

Dans la rue, les règles sont un problème de plus à gérer pour les femmes. À l’automne 2018, Axelle de Sousa -une jeune femme sans domicile- lance une pétition pour que les protections hygiéniques soient remboursées par la Sécurité sociale, afin que le personnes en grande précarité puissent y avoir accès.

 

Eva Mbengue et Antonella Francini