Un tag « mort aux arabes » découvert au Conseil départemental à Marseille

Photo police

La présidente du département, Martine Vassal, a annoncé vouloir porter plainte. Il y a quelques jours, la maire de Marseille a elle aussi été ciblée par des menaces anonymes sur Internet.

Un tag « mort aux arabes » a été inscrit, jeudi 11 septembre, sur la porte d’un bureau d’une conseillère départementale, à l’hôtel du département des Bouches-du-Rhône, dans le 13e arrondissement de Marseille, selon les informations de ICI Provence (ex-France Bleu). La présidente du département, Martine Vassal, déclare qu’elle va porter plainte et « condamne fermement ces actes ».

Un « racisme décomplexé » jusqu’à « l’intérieur du bâtiment »

Audrey Garino, l’élue communiste concernée, regrette, « au-delà de l’attaque personnelle », le fait que « toute [la] ville est visée par le racisme et la haine, par les amalgames et ces idées immondes ». L’élue départementale dénonce « une menace de mort, une de plus ». Il y a quelques jours, le maire de Marseille a lui aussi été ciblé par des menaces anonymes sur Internet, après avoir participé à un couscous dans le quartier Noailles.

Face à ces nouvelles menaces de mort, Benoît Payan, maire de Marseille, a déploré sur X « le racisme décomplexé et les menaces de mort » qui « arrivent jusqu’à l’intérieur du bâtiment ». « Nous ne laisserons pas faire, Marseille est unie, fière et plus forte que la haine », ajoute l’élu.

« Couvre-feu numérique », « Majorité numérique à 15 ans »…La France peut-elle déclarer la guerre à TikTok ?

Rendu ce jeudi, le rapport de la commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs propose des mesures fortes : « majorité numérique à 15 ans », contrôle renforcé des algorithmes, et un « couvre-feu numérique ». Mais derrière l’ambition politique, des experts interrogent la faisabilité technique et l’efficacité réelle de ces recommandations.



« Avant 15 ans, les réseaux sociaux, c’est non. » Cette petite phrase lancée par la ministre du Numérique, Clara Chappaz, lors de son audition, a fait son chemin jusque dans les conclusions du rapport parlementaire sur TikTok. Adopté ce 11 septembre, après quatre mois d’auditions et plus de 160 personnes entendues, le document dresse un constat sévère : l’application la plus populaire chez les adolescents exerce un impact préoccupant sur leur santé psychologique.

Addiction, anxiété, troubles du sommeil, exposition à des contenus violents ou hypersexualisés : la commission présidée par Arthur Delaporte (PS) et rapportée par Laure Miller (EPR) n’a pas mâché ses mots. « A l’issue de cette commission d’enquête, le verdict est sans appel : cette plateforme expose en toute connaissance de cause nos enfants, nos jeunes, à des contenus toxiques, dangereux, additifs » observe Arthur Delaporte, dans son avant-propos.

Les doutes des experts en cybersécurité

Parmi les recommandations phares, le rapport préconise d’instaurer une majorité numérique à 15 ans, assortie d’une interdiction légale d’accès aux réseaux sociaux pour les plus jeunes. Une mesure radicale, inspirée de Douyin, la version chinoise de TiKTok, où le temps d’écran des mineurs est strictement limité.

Pour Jul Vignali, spécialiste en cybersécurité, la faisabilité des recommandations pose plusieurs défis. « Techniquement, on peut tout bloquer et tout filtrer. C’est le même principe que pour les sites de casino en ligne, ou les sites pornographiques, c’est faisable avec une pièce d’identité ou au moment de l’inscription », explique-t-il à Celsalab.

Le rapport évoque également l’idée d’un « couvre-feu numérique » pour limiter le temps d’écran des adolescents. Là encore, l’efficacité reste relative : « Oui, on peut mettre en place des outils qui bloquent l’application après un certains temps d’utilisation, mais ce ne sont que des pansements. Sans éducation et sensibilisation, ça ne fonctionne pas », insiste l’expert.

Arthur Delaporte à annoncé ce matin: « J’ai décidé de saisir la procureure de la République » pour mise en danger des utilisateurs.

« Des solutions techniques limitées face à l’ingéniosité des adolescents »

Gérôme Billois, associé en cybersécurité et confiance numérique au sein du cabinet Wavestone, confirme cette analyse. « Ces mesures envoient un signal fort. Mais elles seront contournées. La vraie solution reste d’accompagner les familles et d’informer clairement les adolescents ». Selon l’expert, il faut combiner contrôle technique, régulation des contenus et éducation numérique.

Pour Jul Vignali c’est simple de contourner l’algorithme : « Il suffit de mentir sur sa date de naissance, d’utiliser la carte d’identité d’un proche ou d’utiliser le téléphone des parents ».

Sur la question du temps d’écran, il tempère encore : « Oui, on peut mettre en place des outils qui bloquent l’application après un certain temps. Mais ces outils ne sont pas une solution miracle. Sans éducation et sensibilisation, ça ne fonctionne pas. »

Le rapport parlementaire marque un tournant dans la prise en compte des risques numériques pour les mineurs. Le porte-parole de TiKTok à déclaré à franceinfo être en « désaccord avec les conclusions » de ce rapport. Le chemin reste encore long pour mettre en place ces 43 recommandations.

Ava Ouaknine 

Miss France : face au livre d’Hubert Guérin, l’organisation et ses Miss répondent d’une seule voix

Dans Miss France, du rêve à la réalité, Hubert Guérin, ancien proche de Geneviève de Fontenay, retrace un siècle d’histoire du concours et rapporte des témoignages anonymes de candidates affirmant avoir subi des violences sexuelles dans les années 1990-2000. La sortie de l’ouvrage a suscité de vifs démentis de Miss et de l’organisation.

Le comité Miss Île-de-France regrette que « certains cherchent à l’affaiblir le concours avec des polémiques infondées. » © Crédit photo : AFP / GUILLAUME SOUVANT

 

Hubert Guérin, professeur d’histoire-géographie en Bourgogne, est avant tout un passionné du concours. Son histoire avec Miss France commence tôt : à 12 ans, il écrit à Geneviève de Fontenay pour demander un autographe, obtient un déjeuner avec elle et devient peu à peu un proche. Adolescent, il l’aide bénévolement à gérer ses réseaux sociaux, puis l’accompagne sur les tournées de Miss Prestige National, l’élection concurrente que la « dame au chapeau » avait lancée après sa rupture avec Endemol. Il se présente aujourd’hui comme son dernier collaborateur.

Un livre critiqué pour ses imprécisions

Son ouvrage de près de 500 pages retrace l’histoire du concours depuis un siècle. Mais ce sont quelques lignes qui font l’effet d’une bombe : des témoignages anonymes de candidates affirmant avoir subi des violences sexuelles dans les années 1990-2000. Le professeur déclare sur le plateau de Cyril Hanouna avoir « recueilli les témoignages des soixante miss encore vivantes ». L’auteur a d’ailleurs été rattrapé par ses propres approximations : Camille Cerf (Miss France 2015) a sèchement démenti sur le réseau social X les propos qu’il lui attribuait concernant des violences subies : « Je n’ai jamais discuté avec Hubert Guérin, ce qu’il dit à mon sujet est faux et inventé de toutes pièces. » Ce dernier a présenté ses excuses, parlant d’une « imprécision de langage ». Sylvie Tellier, également citée dans l’ouvrage, affirme « n’avoir jamais été interviewée ».

 

« Le livre ne repose sur aucun élément concret »

La sortie du livre a déclenché une réaction rapide de la société Miss France : un communiqué officiel rappelle que les faits évoqués concerneraient « une période antérieure à la reprise par Endemol » et « souhaite rappeler que toute forme de violence sexuelle, d’abus ou de harcèlement est inacceptable et condamnable ».

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Miss France Officiel (@missfranceoff)

 

Dans la foulée, plusieurs miss des années 2008 à 2020, de Malika Ménard à Iris Mittenaere, ont publié des messages quasi identiques : elles disent n’avoir jamais vécu de telles situations et soulignent avoir été protégées par l’organisation.

Du côté des comités régionaux, le silence est majoritaire. La plupart n’ont pas souhaité répondre à nos sollicitations. Le comité Miss Île-de-France affirme toutefois : « Le livre évoqué ne repose sur aucun élément concret : ni faits établis, ni dates, ni noms. Le seul impact que nous observons est l’élan de solidarité de nombreuses Miss qui ont immédiatement dénoncé les faussetés contenues dans cet ouvrage. Le concours se porte très bien et continue de rassembler un large public. »

Un discours qui illustre la machine de communication bien huilée du concours : front uni, messages alignés et peu de place pour les voix discordantes.

Un pavé dans la mare malgré tout

Pour l’instant, le livre de Hubert Guérin a le mérite de relancer un sujet longtemps resté dans l’ombre : celui des comportements déplacés dont certaines jeunes femmes auraient pu être victimes dans l’univers très controversé des miss. Face à cela, l’organisation Miss France répond d’une seule voix et continue de cultiver une image lisse et rassurante. Reste à savoir si cette affaire encouragera de nouveaux témoignages ou si le concours choisira de tourner la page sans ouvrir davantage le débat.

Plusieurs milliers de manifestants en colère réunis place du Châtelet, à Paris, pour « Bloquons tout »

Plusieurs milliers de personnes étaient présentes au coeur de Paris, à la place du Châtelet, ce mercredi 10 septembre, dans le cadre du mouvement national de contestation “Bloquons tout”.

Parmi les slogans brandis, on entendait : « Non au budget. Oui à la taxe Zucman » ou « De l’argent pour les lycées et l’hôpital, pas pour l’armée et les Rafales ». Ces messages ont été portés par des manifestants ce mercredi 10 septembre à Paris, place du châtelet, où ils sont plusieurs milliers à avoir répondu à l’appel de rassemblement de l’intersyndicale. Parmi eux, soignants, étudiants, enseignants et salariés en colère ont fait de ce carrefour une véritable scène de protestation.

Pour Alain Bourdaire, 53 ans, brancardier à la clinique privée Montaigne Santé (8e arrondissement), « ce rassemblement répond à un ras-le-bol général de la politique du gouvernement ». « On n’en pouvait déjà plus, mais le budget de Bayrou, c’est la goutte qui a fait déborder le vase », ajoute-t-il, alors qu’une poignée de manifestants scandent « Macron démission ».

Le pouvoir d’achat au centre des revendications

« Il va falloir arrêter d’enrichir les riches et d’appauvrir les pauvres », affirme Valérie Borieux, 39 ans, employée en restauration. « Il faut revaloriser le SMIC, parce qu’avec l’inflation, on ne peut plus rien s’offrir », insiste-t-elle. Non loin de la Fontaine du Palmier, qui trône au centre de la place du Châtelet, une pancarte portant l’inscription « Génération ZUCMAN », faisant référence à la taxe Zucman, proposée par l’économiste du même nom, survole la foule. Elle appartient à Marius Perimbert, 22 ans, étudiant en ingénierie agronome à Paris Cité. Il explique : « Je dois travailler à côté de mes études parce que tout coûte de plus en plus cher. Pendant ce temps, les Français les plus riches paient moins d’impôts que mes parents proportionnellement à ce qu’ils gagnent.»

« On nous parle de la dette économique mais la vraie dette, c’est la dette climatique »

La question climatique revient régulièrement dans les conversations des manifestants. « La justice sociale et climatique, c’est un seul et même combat. Ce mouvement transpartisan peut faire avancer les choses en allant chercher l’argent là où il est pour réduire les inégalités et mieux s’occuper de notre planète. On nous parle de la dette économique mais la vraie dette, c’est la dette climatique», estime Ina Greutt, 23 ans, tout juste diplômée en droit de Sciences Po Paris.

« Il faut arrêter de se foutre de nous »

Cette mobilisation intervient au lendemain de la nomination de Sébastien Lecornu, ex-ministre des Armées, au poste de Premier ministre, après le départ de François Bayrou. Le choix d’Emmanuel Macron ne semble pas avoir calmé la défiance des manifestants. « J’avais très envie de venir, mais je ne savais pas si je me déplacerais. J’ai décidé de venir après l’annonce de Lecornu : c’est encore et toujours du recyclage de macronistes, il faut arrêter de se foutre de nous », s’indigne Frédéric Aliot, 48 ans, professeur de mathématiques dans un collège de banlieue parisienne.

Après cette journée de mobilisation, qui a rassemblé près de 250 000 manifestants selon la CGT et un peu moins de 200 000 selon Bruno Retailleau, Ministre de l’Intérieur, à travers le pays, le mouvement « Bloquons tout » appelle à une nouvelle journée de mobilisation le 18 septembre, avec blocages et rassemblements prévus dans toute la France.

Hugo Duport