La sensibilisation des enfants face aux agressions sexuelles dans les écoles parisiennes

Depuis plusieurs mois, le périscolaire parisien est mis à mal. Violences, agressions, harcèlement sexuel… les histoires et témoignages des enfants se multiplient. Face à ces révélations sordides, les parents et associations de parents d’élèves à Paris tentent de sensibiliser leurs enfants.

Les parents d’élèves se mobilisent face aux violences dans le périscolaire à Paris, à défaut d’avoir une réelle action de la part des écoles. ©Maxppp – Bruno Levesque

Alors qu’un professeur d’anglais a été placé en garde à vue mardi 22 septembre, soupçonné de viols et d’agressions sexuelles sur des élèves de maternelle à Paris, l’inquiétude des familles continue de grandir. Depuis le début de l’année, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville de Paris et plus de 200 enquêtes pénales sont en cours dans les écoles primaires et les crèches, selon le parquet. Comment protéger enfin nos enfants ?

Parler avant qu’un problème survienne

Isabelle Garcin, mère de deux enfants dont un en école primaire, a choisi de ne pas attendre. Alertée par une enseignante sur des violences verbales qui auraient eu lieu pendant le périscolaire, elle déplore le manque de moyens et d’animateurs formés. À la maison, elle lit depuis plusieurs années à ses enfants Respecte mon corps, du docteur Catherine Dolto. Son fils de neuf ans lui a ainsi raconté qu’un camarade lui avait demandé de toucher ses parties intimes. « C’est tombé comme un cheveu sur la soupe, j’ai dû prendre le sujet à bras le corps », raconte-t-elle. Sans aborder toutes les affaires récentes, elle leur transmet des réflexes simples : « On te touche, tu cries. » Le guide envoyé par la Ville aux parents en mars 2026 recommande lui aussi d’apprendre très tôt à l’enfant que son corps lui appartient.

Une parole libérée mais rarement écoutée

Pour faciliter la transition entre l’enfant agressé et l’adulte et ensuite agir réellement, l’association Les Papillons installe des boîtes aux lettres dans certaines écoles. Laurent Boyet, président-fondateur de l’association Les Papillons, assure que les enfants s’en saisissent immédiatement : « Dès le premier jour, on reçoit vingt, trente, quarante courriers. Quand on tend la main aux enfants, ils la prennent. » Parmi eux, trois ou quatre nécessitent un signalement au procureur, pour des situations préoccupantes et urgentes. L’association n’a constaté aucune hausse depuis le début des affaires du périscolaire, car les violences ont toujours eu lieu, même avant les outils mis en place. Pour les plus petits, qui ne savent pas écrire, des dessins parfois “très explicites” disent ce qu’ils vivent. « Très peu d’enfants appellent le 119, ils n’ont pas de téléphone portable quand ils sont jeunes », rappelle-t-il.

Ces boîtes restent pourtant minoritaires. Le déploiement est mesuré car il faut pouvoir suivre chaque courrier et accompagner les élèves avec des psychologues. Il se heurte aussi à l’Éducation nationale, qui voit cette initiative comme « une mise en avant de leur incapacité sur le sujet». Pourtant, selon Laurent Boyet, le dispositif permet d’alerter les chefs d’établissements sur des situations inconnues. Pour lui, la sensibilisation est contre-productive quand elle vient de l’école : « Les enfants se retrouvent dans le carcan de l’école. » Il plaide pour que l’institution ouvre ses portes aux associations, dont les interventions, construites avec des psychologues, s’adaptent à l’âge des enfants. « Quand on se met à la hauteur des enfants, ça fonctionne. Alors que les questionnaires, ça ne respecte pas l’enfant. »

Vient le moment où l’enfant se confie. Isabelle Garcin juge la réponse de certains responsables « désastreuse » : « on enterre, on fait pas de vagues et on justifie ». Laurent Boyet fait le même constat : « On ne croit pas toujours la parole des enfants, on essaie toujours de trouver des excuses. » Il dénonce aussi une rupture avec la justice. Le temps de la procédure est trop éloigné de celui de la victime et l’enfant doit répéter son récit, ce qui finit par le bloquer.

Face au plan d’action de la Ville, il reconnaît une vraie volonté d’éviter que le passé se reproduise, mais estime qu’il manque encore des outils de prévention et de détection. Selon lui, les formations mises en place pour le corps enseignant ne servent qu’à rassurer les adultes.

« L’école ne peut pas tout. Les familles ne peuvent pas tout non plus. La violence scolaire est une affaire collective », résume Hélène Laubignat, présidente nationale de l’Apel. Sensibiliser signifie leur donner des repères et des adultes vers lesquels se tourner, faut-il encore s’en donner les moyens.

Marie Billat

Eurovision : les Pays-Bas reprennent leur participation avec un nouveau diffuseur

Les Pays-Bas avaient annoncé ne pas participer à la prochaine édition de l’Eurovision, estimant que le concours ne pouvait « plus être considéré comme neutre » en raison des divisions suscitées par la guerre à Gaza. Un autre diffuseur néerlandais va prendre le relais.

Les Pays-Bas vont reprendre leur participation à l’Eurovision avec un nouveau diffuseur. Crédit photo : MrSilesian

Les Pays-Bas participeront finalement à l’Eurovision l’année prochaine, a annoncé mercredi la chaîne publique qui diffusera le télé-crochet, prenant ainsi le relais du précédent diffuseur qui s’était retiré en août.

« La chaîne publique néerlandaise participera à nouveau au Concours Eurovision de la chanson à partir de 2027 avec un candidat néerlandais. Une équipe indépendante d’experts encadrera avec soin le processus lié à la sélection de l’artiste », a déclaré la chaîne publique nationale NPO. Et cette dernière de poursuivre : « L’UER (Union européenne de radio-télévision, qui organise l’Eurovision) a depuis pris des mesures importantes concernant le règlement du Concours Eurovision de la chanson. »

Des polémiques sur fond de guerre à Gaza

En août, le diffuseur Avotros, qui sélectionnait le candidat néerlandais et diffusait l’émission depuis plusieurs années, avait annoncé son retrait du concours, estimant que l’Eurovision ne pouvait « plus être considéré comme neutre » en raison des divisions suscitées par la situation à Gaza.

Le concours a récemment été secoué par une vague de boycotts liés à la participation d’Israël. Cet été, les organisateurs ont annoncé qu’un pays impliqué dans un conflit ne pourrait désormais plus organiser le concours. La prochaine édition aura lieu le 15 mai à Bourgas, ville bulgare située sur la mer Noire.

Législatives au Maroc : la jeunesse ne votera pas

Près de 16 millions d’électeurs sont appelés à venir voter aujourd’hui, mercredi 23 septembre, pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Une élection pas vraiment attendue par la jeune génération. Entre le ras-le-bol général et une défiance institutionnelle, la « Gen Z » ne croit plus en ce mode de représentation. 

4%, c’est la part des 18-24 ans au sein du corps électoral marocain alors qu’ils représentent près de 11 % de la population en âge de voter. Les jeunes marocains, avant de parler de vote, ne s’inscrivent tout simplement pas sur les listes électorales. Selon Mohamed Amyn Nfaoui, doctorant en science politique au CNRS et spécialiste des processus électoraux au Maroc, il y a une vrai défiance envers les institutions politiques. « Il y a vraiment une rupture de confiance et une non-participation » confirme le chercheur. Il a notamment remarqué que les appels au boycott se sont multipliés :  » il y a un rejet de la campagne électorale, par exemple ils refusent de prendre les tracts, […] c’est une somme d’actes individuels. » Pour le doctorant, cette faible participation créer un cercle vicieux : « Les partis politiques n’ont aucun intérêt à faire des programmes tournés vers la jeunesse. À partir du moment où ils représentent si peu dans le corps électoral, ce n’est pas du tout la cible. »

38,4 % des 15-24 ans sont sans emploi

Cette lassitude s’explique par plusieurs facteurs, un des plus évidents est la frustration de ne jamais voir de changement. Et ce malgré les fortes mobilisation lié au mouvement Gen Z 212 de septembre et octobre 2025. Selon l’Association marocaine des droits humains, près de 650 personnes sont toujours en prison suite à ces manifestations. Elles demandaient un meilleur accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi. Ces problèmes ne semblent pas résolus. Mohamed Amyn Nfaoui précise que cette nouvelle génération est « plus diplômée que les générations précédentes, elle se retrouve avec des services publics complètement défaillants et donc se retrouve sans emploi« . Le taux de chômage atteint 38,4 % pour les 15-24 ans en 2025 selon un rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP).

Des partis plus exécutants que décideurs

Un autre facteur important est du pouvoir relatif des partis politiques. Pour Mustapha El Mnasfi, politiste et enseignant-chercheur à l’Université Moulay Ismaïl (Maroc), les jeunes « ont conscience que les élus ne disposent pas toujours de prérogatives suffisantes pour agir sur les politiques publiques« . Le Maroc est une monarchie constitutionnelle, la royauté à donc un rôle exécutif important. « Les programmes des partis s’inscrivent dans un cadre politique plus large, marqué par les orientations de l’institution monarchique » continue l’universitaire. Cela à pour effet d’influencer la vision des jeunes de ces institutions politiques, « Cette perception contribue à renforcer la distance entre une partie des jeunes et les institutions représentatives, et notamment leur engagement dans les partis politiques. »

Un engagement d’abord numérique

Ce n’est pas pour autant que la jeunesse marocaine n’est pas politisée, elle utilise d’autres canaux et moyens d’actions. Selon Mohamed Amyn Nfaoui, « le système ne permet pas de répondre à leurs attentes ou de porter leurs contestations, ils vont se tourner vers d’autres modèles« . Pour Mustapha El Mnasfi, ces nouveaux moyens sont surtout numériques : « Les jeunes investissent davantage les réseaux sociaux, où ils expriment leurs opinions, débattent et se mobilisent« . Toujours selon lui, cette nouvelle façon de faire passe aussi beaucoup par « les mobilisations ponctuelles« , à l’image des manifestations du mouvement Gen Z 212.

À 12 H, le ministère de l’Intérieur indiquait que le taux de participation s’élevait à 11.34 %. C’était 12% lors des précédentes élections de 2021. Les résultats provisoires seront connu le jeudi 24 septembre.

Simon Briand

Les Français pessimistes : nouvelles préoccupations électorales

À quelques mois de la présidentielle de 2027, l’avenir s’impose comme une importante préoccupation électorale. Climat, pouvoir d’achat, santé, éducation ou encore insécurité : près de neuf Français sur dix se disent pessimistes pour les générations futures. Mais cette inquiétude massive traverse-t-elle tous les camps politiques de la même manière ?
Près de neuf Français sur dix se disent pessimistes pour l’avenir de leurs enfants, selon une enquête ICI avec Odoxa.©Pixabay

Le chiffre interpelle. Selon une enquête ICI avec Odoxa publiée le 23 septembre, 86 % des Français se disent pessimistes pour l’avenir de leurs enfants. Une inquiétude qui ne semble épargner aucune catégorie de la population : elle concerne aussi bien les employés et ouvriers (89 %) que les cadres (86 %), les moins de 35 ans (87 %) que les plus de 65 ans (82 %). Près de neuf Français sur dix déclarent également que l’avenir de leurs enfants pèsera dans leur choix lors de la prochaine présidentielle.

Face à ce constat, une question se pose : ce pessimisme peut-il être associé à une couleur politique ? Pour Hugo Lasserre, chef de projet à l’Ifop, le phénomène est avant tout transversal. « Quand vous êtes à 80 à 90 % de pessimisme, il est entre 80 et 90 % peu importe la sensibilité politique », explique-t-il. Même si certaines catégories apparaissent légèrement moins pessimistes, « le pessimisme reste massif partout ».

Des inquiétudes communes, des priorités différentes

Derrière le mot « pessimisme » se cachent en réalité des préoccupations très différentes. La santé arrive en tête des inquiétudes mesurées par l’Ifop (août 2026), notamment en raison de la perception d’une dégradation de l’hôpital, des déserts médicaux et de la prise en charge de la dépendance. Ces préoccupations, souligne Hugo Lasserre, « touchent tout le monde », sans véritable clivage politique.

Le pouvoir d’achat, la hausse des prix, l’inflation et le logement constituent également des sources majeures d’inquiétude. Là encore, les sensibilités politiques se retrouvent largement concernées, même si les niveaux diffèrent selon les catégories sociales. L’éducation arrive ensuite parmi les principales préoccupations. Les difficultés du système scolaire inquiètent 54 % des personnes interrogées dans l’enquête ICI-Odoxa.

C’est toutefois sur certains sujets que les différences politiques deviennent plus visibles. Le climat en est un exemple. Le dérèglement climatique constitue la première source d’inquiétude pour l’avenir, cité par 68 % des Français et par 77 % des moins de 35 ans. Pour Hugo Lasserre, cette préoccupation s’est fortement renforcée après les épisodes de canicule et les incendies de l’été. Mais elle est aussi « fortement polarisée » : davantage portée à gauche, elle ne mobilise pas les différents électorats avec la même intensité.

À droite, d’autres inquiétudes prennent davantage de place. L’immigration, par exemple, constitue une préoccupation pour environ un Français sur deux dans les données citées par l’Ifop, avec une importance particulièrement forte chez les électeurs de la droite radicale. La sécurité et la lutte contre le narcotrafic font également partie des thèmes susceptibles de structurer les inquiétudes électorales.

Un pessimisme à tempérer

Pour le politologue Min Reuchamps, il faut toutefois se méfier d’une lecture trop directe entre pessimisme et choix électoral. Il rappelle d’abord une limite méthodologique importante concernant l’enquête ICI-Odoxa : plus de 14 000 Français ont répondu en ligne, mais il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif classique. « On ne sait pas dans quelle mesure cet échantillon est statistiquement représentatif », souligne-t-il.

Surtout, le pessimisme en lui-même reste une variable difficile à mesurer politiquement. « Le pessimisme en tant que tel, c’est pas nécessairement une variable qui était travaillée », explique le politologue. Les chercheurs s’intéressent davantage à la désaffection politique, c’est-à-dire au sentiment d’être éloigné de la décision publique.

Cette désaffection peut avoir plusieurs conséquences. Certains électeurs peuvent se tourner vers des partis qui se présentent comme extérieurs au pouvoir, tandis que d’autres peuvent tout simplement renoncer à voter. « Si on va voter, on aura tendance à voter pour des partis qui sont vus comme anti-système », précise Min Reuchamps. Mais le sentiment inverse existe également : face à des enjeux jugés suffisamment importants, certains électeurs peuvent au contraire décider de participer davantage.

Le lien entre pessimisme et vote serait donc moins mécanique qu’il n’y paraît. « Ce qu’on sait » en sciences politiques, explique le chercheur, c’est notamment l’importance des enjeux. Un électeur préoccupé par le climat, l’éducation ou l’insécurité peut accorder davantage d’importance aux candidats qui placent ces sujets au cœur de leur programme. Mais chaque candidat se positionnant sur de nombreux thèmes, il devient difficile d’isoler une seule motivation.

« L’avenir au cœur de la présidentielle »

À l’approche de 2027, le pessimisme pourrait donc moins constituer un vote en soi qu’un terrain commun sur lequel les candidats chercheront à imposer leurs réponses. L’enquête Odoxa estime déjà que « l’angoisse généralisée fera de l’avenir de nos enfants un enjeu majeur de la présidentielle ».

Près de neuf Français sur dix déclarent que cet avenir comptera dans leur vote, dont 66 % affirment que cela comptera « beaucoup ».

Pour Hugo Lasserre, le véritable enjeu sera ainsi la manière dont chaque camp politique parviendra à répondre aux différentes inquiétudes. « On a plein de pessimistes » et les réponses peuvent varier selon les sensibilités, résume-t-il.

Le pessimisme français n’a donc pas une couleur politique unique. Il traverse les électorats, mais se décline différemment selon les préoccupations et les milieux sociaux. À l’approche de 2027, le débat pourrait ainsi moins porter sur l’existence du pessimisme que sur une question plus concrète : quelle réponse politique apporter à la peur de l’avenir ?

 

Salomé Ferté