La justice portugaise demande l’expertise « psy » d’un mort (Sophie)

Pour résoudre une affaire de gros sous, un tribunal portugais s’est lancé dans l’expertise psychiatrique d’un homme décédé depuis 2 ans.

La justice portugaise serait-elle malade ? Mardi, un tribunal du sud du Portugal a officiellement demandé à un hôpital l’expertise psychiatrique d’un homme décédé depuis deux ans dans le but de résoudre une affaire d’héritage, a-t-on appris auprès de cet établissement. Ana Matos Pires, la directrice du service de psychiatrie du centre hospitalier de Beja (sud) témoigne :

« A la mi-janvier, quand j’ai reçu la notification pour effectuer l’expertise, c’était tellement ridicule, en 25 ans de carrière je n’avais jamais vu ça! »

Manque de moyens

Ne disposant que de trois instituts autorisés à réaliser ce genre d’examen, les magistrats portugais mettent souvent à contribution les services de psychiatrie des hôpitaux publics pour répondre à l’afflux de demandes de la justice. Face à cette requête, la directrice a simplement répondu qu’elle était dans l’impossibilité de réaliser l’expertise.

Au Portugal, les expertises psychiatriques coûtent 400 euros. « J’aurais pu être cynique, aller devant la tombe de cet homme, poser quelques questions et envoyer mon rapport, mais j’ai voulu épargner le ministère de la Justice de cette dépense », a confié en riant la psychiatre.

 

Les étudiants maghrébins plébiscitent la France

Les Marocains, les Tunisiens et les Algériens sont nombreux dans les universités françaises. Ce choix est encouragé par les liens anciens que leur pays entretient avec la France et la qualité de la formation.

Le nombre d’étudiants marocains a augmenté de 10% entre 2010 et 2014.

Ils se concentrent principalement dans les filières scientifiques et économiques. Il existe tout de même des différences. Les Algériens préfèrent les filières scientifiques et sont également les plus intéressés par les études de médecine, selon une enquête sociologique d’Abdelkader Latrèche publiée au début des années 2000.

Ces tendances s’expliqueraient par le développement de l’enseignement supérieur dans les différents pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie). L’Algérie s’est attachée à promouvoir les matières scientifiques et techniques. Le Maroc et la Tunisie, eux, se sont davantage diversifiés dans les matières littéraires, juridiques et économiques. Les études en France sont donc le prolongement de l’enseignement que les étudiants ont commencé à recevoir au Maghreb, souligne Abdelkader Latrèche.

La France une destination réputée

Ces étudiants sont présents en grand nombre dans l’hexagone : 84% des étudiants maghrébins qui ont choisi de migrer sont en France.

Cela s’explique par diverses raisons, qui ne sont pas nécessairement liées à la langue qu’ils connaissent mieux que d’autres étudiants étrangers, comme les Chinois. Ils sont d’abord attirés par une formation de prestige. Plus de la moitié disent être venus en France pour la qualité du diplôme et le désir d’obtenir un sésame de valeur internationale.

Des liens anciens perdurent aussi entre les universités françaises et maghrébines qui ont été entretenus après la décolonisation. L’étude d’Abdelkader Latrèche met en avant le fait que les étudiants maghrébins viennent principalement de vieilles universités. C’est le signe que les anciennes relations sont toujours vives au début des années 2000. Ces liens ont même été renforcés par le développement de partenariats internationaux entre établissement d’études supérieures français et maghrébins. L’université de Tunis Dauphine, fondée en 2008, délivre par exemple des diplômes binationaux. Les enseignants des deux universités sont également amenés à donner cours dans les deux pays.

Autre motif d’importance, les étudiants maghrébins bénéficient de bourses. Plus de la moitié des étudiants étrangers titulaires d’une bourse en 2011-2012 venaient du Maghreb, selon Campus France. Cela concerne surtout les étudiants tunisiens et marocains.

Le soutien des familles

Ces causes matérielles et administratives s’accompagnent d’un soutien familial. 53% de ces jeunes disent que l’entourage a joué un rôle important dans leur décision de partir étudier en France, toujours selon Campus France. La migration étudiante peut en effet être considérée comme un investissement pour les familles. Etudier en France est considéré comme un moyen de s’insérer plus facilement sur le marché du travail et de s’élever socialement. Les proches qui peuvent alors s’impliquer économiquement, en fournissant une aide financière régulière, attendraient un retour du jeune une fois ses études achevées, selon Abdelkader Latrèche. Le thésard traduit cette investissement familial par une perspective « rentabiliste » de la migration.

Alice Pattyn et Elisa Centis

 

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La Gare, plateforme pour jeunes talents

La Gare est un nouveau lieu de concert où se produisent, chaque soir, des musiciens de jazz. Dans cette ancienne station de train, on sirote une bière tout en se délectant de sonorités swing. Chaque mardi, ce sont les étudiants du Conservatoire de Paris qui font leur Jam.

Avant que les premières notes ne retentissent dans la salle, le public est prévenu : une pancarte “fous” en direction de la scène indique que ce soir, ça va dépoter à La Gare. Du jazz, en toute simplicité, mais avec une technicité bien propre aux élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. C’est pour cela que Marie, dans le public, vient tous les mardis soirs. Elle confie, en chuchotant pour ne pas gâcher le plaisir des personnes autour : “ça me détend d’être là, on se sent comme chez soi. Je me dis qu’ici, j’ai de la qualité à moindre prix : ce sont quand même des musiciens du conservatoire”.

De la technique… Et du plaisir

Pourtant, cette soirée n’était pas vraiment préparée : “on n’a jamais vraiment joué ensemble. Notre directeur nous a demandé de jouer dans l’après-midi, on a ramené des morceaux, répété une demi-heure avant… On s’est dit qu’on allait voir ce qui allait se passer”, en rit presque Robin Antunes, violoniste. Et c’est un succès. A 22 heures, la salle est pleine. Le morceau « Colchique est dans les prés » arrangé par Robin est acclamé par le public.

Ils ont seulement entre 18 et 25 ans, et Robin au violon, Hugo au saxophone, Ludovic à la batterie, Juan à la contrebasse et Clément au piano se sont présentés devant une salle pleine, grâce au partenariat que le Conservatoire a créé avec la Gare. “Ca peut nous faire connaître, on est un peu payés. A côté de ça, on a des projets plus sérieux bien sûr”. Car réussir à percer en jazz, une musique actuelle, cela peut être plus compliqué qu’en musique classique. “On commence pas forcément par le jazz, donc c’est plus difficile de s’insérer dans le monde du travail. Alors, pendant nos études, on commence déjà à faire des dates. Moi par exemple, j’ai déjà le statut d’intermittent”.

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En deuxième année de licence, Robin commence déjà à se faire une place dans le monde de la musique. “Cette date là, ça nous fait de la pub, mais c’est aussi parce que c’est cool de jouer”. Parce que la musique, avant tout, c’est une passion avant d’être un métier.

Léa Broquerie

Simon Lacouture : le jazz sinon rien

Au centre, Simon
Au centre, Simon

Il a seulement 22 ans mais sa carrière est déjà bien remplie. Avec sa batterie et ses multiples groupes, Simon Lacouture parcourt les bars, les villes, et même parfois les pays pour réaliser sa passion qui est devenue son métier : musicien de jazz.

“Pourquoi la musique ? Pour gagner du pognon tiens ! ”, plaisante Simon Lacouture, musicien de jazz. Ses yeux bleus rieurs en disent pourtant long : son ambition dépasse l’argent. “Je ne veux pas que mon nom, seul, soit connu. Je veux faire beaucoup de concerts, mais au sein des groupes dont je fais partie”. Humble, le batteur confie que s’il a choisit la musique, c’est parce “qu’à l’école, j’étais turbulent. Donc jouer c’était la seule échappatoire.. Et puis je me débrouillais bien je crois”. Plutôt bien, même : il déménage à Paris en septembre après avoir obtenu son Diplôme d’Etudes Musicales (DEM) en jazz en juin dernier au Conservatoire de Bordeaux. Fort de son Bac Techniques de la Musique et de la Danse et d’un premier DEM en classique, il fait partie de “cinq ou six” groupes, en parallèle de ses études de musicologie. “L’année dernière, j’ai séché beaucoup de cours… Avec un de mes collectifs, le Bal Chaloupé, j’ai joué 45 fois en un an. Mais grâce à toutes ces dates, j’ai pu avoir mon statut d’intermittent du spectacle”.

Une soif de musique

Car son ambition ne s’accorde qu’avec un planning bien chargé, presque impossible. Du lundi au vendredi, il suit ses cours de jazz au Pôle Supérieur de Paris. “Sauf le jeudi après-midi ! Ce qui m’arrange, car une fois par mois, je prend un train à 14 heures direction Bordeaux, je joue le soir, on finit vers 2-3 heures du mat’… Et je reprends un train à 5 heures pour aller en cours à Paris le matin”. Il a d’ailleurs dû souscrire à un abonnement de train “je descends tous les week-ends pour jouer. C’est mon caractère, je ne me verrais pas rester à rien faire, posé, toute la journée”, livre-t-il en tapotant un petit rythme discret sur la table du bar. Même ses mouvements traduisent ses pensées : il a soif de musique.

Sa vision du métier

Soif de musique, de rencontres et à seulement 22 ans, il a une vision plutôt réaliste du métier. “C’est une question de réseau. C’est en parlant après les concerts qu’on peut avoir des dates. Sans contacts, on a moins de chance de réussir… C’est possible de gagner sa vie avec la musique, mais il faut se bouger”.

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Depuis ses 16 ans, il joue avec de nombreux groupes, dont le Get 7 Brass Band, avec lequel il empoche plus de 3000 euros chaque été.

Grâce à son nouveau statut d’intermittent du spectacle, Pôle emploi lui verse 1300 euros d’allocation chômage. Plus généreux que le régime général, certes, mais il doit justifier de nombreux cachets pour pouvoir en bénéficier. 507 heures, 43 cachets à 80 euros (minimum). Simon jongle avec les chiffres et doit se débrouiller presque seul. “A Pôle Emploi, peu de gens connaissent bien ce statut. J’y suis allé en août, le conseiller que j’ai vu a dû appeler tous ses collègues pour trouver enfin quelqu’un qui pouvait me renseigner”. Mais ces galères administratives ne le rebutent pas, il passe très vite à autre chose. Car ce qui le fait vibrer, c’est les multiples projets qu’il entreprend, avec ses amis musiciens, mais aussi des danseurs, des plasticiens. Et il ne s’arrêtera pas là : il projette de postuler pour entrer au Conservatoire, mais aussi de partir en Erasmus. “Amsterdam, Rotterdam ou Berlin… Faut que je bouge”. Conclut-il, d’un roulement rythmé avec ses doigts.

Portrait robot d'un musicien
Portrait robot d’un musicien

 

 

Léa Broquerie