À 2,39 euros le litre de gazole, les déplacements pèsent lourd dans les comptes des artisans du bâtiment. Malgré les nouvelles aides annoncées par le gouvernement, certains indépendants réduisent leur zone d’intervention, changent de fournisseurs ou cherchent des alternatives au diesel.
Hier, mardi 22 octobre, le gouvernement a annoncé la prolongation et l’élargissement des aides destinées aux gros rouleurs et à certains professionnels. Face à un tarif record de 2,39 euros le litre de gazole, ces mesures sont jugées largement insuffisantes par les artisans du bâtiment.
Pour Jean-Guilhem Darré, délégué général du Syndicat des indépendants, l’annonce du gouvernement fait l’effet d’un pansement sur une plaie ouverte : « C’est ridicule. » Il rappelle que la subvention de 20 centimes par litre ne concerne que le gazole non routier, « une infime partie du carburant consommé par les professionnels du bâtiment ». Il pointe également l’exclusion des entreprises faisant l’objet d’un redressement judiciaire, alors même qu’elles sont déjà en difficulté financière. « Une entreprise qui ne s’en sort pas, c’est aussi une entreprise qui licencie et qui ne paie plus d’impôts », souligne-t-il.
Des déplacements de plus en plus coûteux
Michaël Perret, électricien indépendant itinérant en région toulousaine, est particulièrement touché par l’augmentation du prix du carburant. Il parcourt chaque jour entre 200 et 300 kilomètres pour se rendre sur ses chantiers. « Je suis pris en étau », explique-t-il.
Son plein est passé de 80 à 140 euros, à raison de deux pleins par semaine. Dans le même temps, il ne peut pas augmenter ses tarifs, au risque de perdre en compétitivité.
Une problématique que Jean-Guilhem Darré connaît bien. « On sait que le premier poste d’ajustement des indépendants est leur rémunération, parce que si on augmente trop les tarifs, c’est le carnet de commandes qui en prend un coup, surtout dans un contexte de serrage de ceinture généralisé. »
Pour limiter le coût des déplacements, certains artisans se voient donc contraints de refuser des chantiers trop éloignés. « Avant, je me déplaçais beaucoup plus dans la région. Maintenant, je me concentre sur Toulouse et ses environs », explique Michaël Perret. Une stratégie qui permet de réduire la facture de carburant, mais qui entraîne aussi une diminution du nombre de chantiers accessibles et donc des revenus potentiels.
Chasser les économies jusque dans les matériaux
Pour préserver leurs marges, certains artisans cherchent également à réduire leurs dépenses là où ils le peuvent, notamment sur l’achat des matériaux. Michaël Perret a ainsi choisi de se fournir à l’étranger : « Je me fournis en Pologne ou en Turquie. »
Selon lui, les écarts de prix peuvent être considérables, avec des matériaux parfois deux à cinq fois moins chers. De plus en plus de professionnels du bâtiment se tourneraient ainsi vers des fournisseurs étrangers, confirme le délégué général du Syndicat des indépendants. « On prévoit, on stocke un peu plus et on ne retourne chez les fournisseurs locaux qu’en cas d’urgence », explique-t-il.
L’électrique, une solution encore trop coûteuse
Une autre solution consisterait à réduire sa dépendance au pétrole en passant à l’électrique. Michaël Perret y a pensé, mais le coût d’un tel investissement le freine. « Un fourgon électrique coûterait entre 30 000 et 40 000 euros, et je n’ai franchement pas envie de vider ma trésorerie pour ça. »
À cela s’ajoute la question de l’autonomie, qui ne serait pas adaptée aux distances parcourues quotidiennement par l’artisan. Pour le moment, il préfère donc conserver son véhicule diesel.
Il envisage toutefois une solution beaucoup plus atypique : l’huile de colza. Son véhicule diesel peut fonctionner avec ce carburant alternatif. « J’ai déjà stocké plus de 50 litres, mais c’est vraiment en dernier recours. Ça ne m’étonnerait pas que le prix de l’huile augmente aussi. Je ne dois pas être le seul à y avoir pensé. »

