Près d’un lycéen sur deux (46 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique en 2024, contre 35,1 % en 2015, selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives). Si le tabac traditionnel continue de perdre du terrain chez les jeunes, les produits de vape, notamment les « puffs », s’installent durablement dans les habitudes.

Le tabac recule mais la nicotine est loin d’avoir disparu des cours de récréation. Le tabagisme quotidien chez les lycéens est passé de 17,5 % en 2018 à 5,5 % en 2024, selon une étude de l’OFDT publiée le mercredi 29 avril. Dans le même temps, l’usage quotidien de la cigarette électronique a progressé de 2,8 % à 6,8 %. Moins de cigarettes, donc, mais davantage de vapoteuses dans les poches. La progression est particulièrement nette en lycée professionnel : 58,7 % des élèves l’ont déjà testée, contre 41,5 % en lycée général et technologique. Chez les collégiens, en revanche, l’expérimentation recule, passant de 26,4 % en 2014 à 19 % en 2024.
« Ça sent bon, donc ça paraît moins dangereux »
Devant le lycée Léonard de Vinci, à Levallois-Perret, Nolan, 16 ans, élève de première, résume cette banalisation : « Je pense que la puff a complètement changé la manière dont les jeunes voient le fait de fumer. La cigarette classique a une image un peu vieillotte. La cigarette électronique, au contraire, est colorée, ça sent bon et il y a des goûts improbables, donc ça donne moins l’impression de faire quelque chose de dangereux, même si on sait que ça reste très mauvais pour la santé. »
Sur le terrain, les associations de prévention observent la même évolution. Pour Contre-Feu, les puffs ont largement contribué à la banalisation du vapotage chez les adolescents, en rendant la vape « accessible, peu chère, jetable et attractive ». L’organisme dénonce une « nouvelle machine à cash » des industriels, portée par « les goûts sucrés et le design des produits », qui contribuent à lui donner « une image inoffensive, voire ludique ». L’association pointe notamment des arômes « barbe à papa », « raisin glacé » ou encore « licorne », ainsi qu’un marketing inspiré de la pop culture et du lifestyle.
Réseaux sociaux et influenceurs : un marketing difficile à encadrer
Toujours selon Contre-Feu, l’industrie contourne aussi les restrictions publicitaires grâce aux réseaux sociaux, aux influenceurs ou encore à des partenariats avec des événements festifs. L’organisation évoque des contenus promotionnels diffusés sur TikTok, Instagram ou Snapchat, souvent via des créateurs de contenu suivis par un public jeune. Des pratiques qui permettent d’associer la vape à des univers valorisés chez les adolescents – la fête, la musique ou les jeux vidéo – tout en échappant en partie aux règles encadrant la publicité pour les produits nicotinés.
Même inquiétude du côté du Comité national contre le tabagisme (CNCT). Le professeur Yves Martinet, son président, salue d’abord une avancée : « La baisse du tabagisme chez les jeunes est une réussite incontestable, mais elle demeure aujourd’hui fragile. » Selon lui, l’industrie du tabac et de la nicotine cherche désormais à faire des jeunes des polyconsommateurs : « Derrière l’essor du vapotage, on retrouve les mêmes logiques : séduire, banaliser et fidéliser, au mépris des risques et de la protection des jeunes. »
Une nouvelle porte d’entrée vers la nicotine
Dans son rapport, l’OFDT souligne que la cigarette électronique n’apparaît plus seulement comme un substitut au tabac. La consommation quotidienne d’e-cigarette seule est passée de 0,8 % en 2018 à 4 % en 2024. À l’inverse, le tabagisme quotidien a chuté de 15,5 % à 2,9 %. Pour Contre-Feu, le vapotage est globalement moins nocif que le tabac fumé, mais il reste une source importante de dépendance à la nicotine. L’enjeu de santé publique, selon l’association, est moins de comparer les dangers entre cigarette et vapoteuse que d’éviter l’entrée dans l’addiction.
Autre évolution jugée préoccupante : de plus en plus d’adolescents découvrent la nicotine directement via la cigarette électronique. Selon Contre-Feu, près de 40 % des lycéens ayant expérimenté la nicotine en 2024 ont commencé par la vape : « De plus en plus d’expérimentateurs de la cigarette électronique n’ont jamais fumé de tabac. La vape ne se limite plus à un outil de sevrage, mais devient un produit d’initiation, ce qui élargit la base des consommateurs, y compris parmi des jeunes qui n’auraient jamais fumé. » Si les adolescents sont aujourd’hui plus conscients des risques liés à la nicotine et aux produits de vape, les cigarettes électroniques continuent de gagner du terrain dans les lycées.
