Rostom et Yacine, étudiants ingénieurs en France, veulent assurer leur avenir

A la Maison du Maroc, Rostom Gharbi et Yacine Ben Baccar résident depuis trois mois à Paris pour compléter leurs études faites en Tunisie. Un véritable avantage pour leur avenir.

Rostom Gharbi et Yacine Ben Baccar sont deux Tunisiens qui logent dans la Maison du Maroc dans la cité universitaire internationale à Paris.

Cela peut paraître curieux mais chaque maison doit avoir un quota de nationalités étrangères pour éviter l’entre-soi. Dans cet écrin du Maroc en plein centre de Paris, il y a donc dix Tunisiens, des Chinois, un Mexicain et beaucoup de Marocains.

Les deux jeunes hommes de 22 et 23 ans sont arrivés en France il y a trois mois. Ils font leurs études non loin de là dans une des prestigieuses grandes écoles d’ingénieurs, Télécom ParisTech.

Rostom Gharbi n'a pas peur pour son avenir professionnelle, il sait qu'il trouvera rapidement du travail en France avec son diplôme.
Rostom Gharbi n’a pas peur pour son avenir professionnelle, il sait qu’il trouvera rapidement du travail en France avec son diplôme.

Recrutés en Tunisie

Ces deux jeunes étudiants ont été recruté par l’école parisienne lorsqu’ils étaient encore à Tunis. « Les dix premiers de notre promotion ont été tous recrutés par l’école. Il y a un partenariat entre les deux écoles. Télécom ParisTech s’est déplacé exprès en Tunisie pour nous rencontrer et nous faire passer des entretiens. Elle s’est occupée également de tous les papiers administratifs. Il n’y a eu aucun problème pour le visa » raconte Rostom. Une chance pour ces étudiants tunisiens car ce n’est pas le cas pour tous les étudiants étrangers d’autres filières. L’école s’est donné les moyens d’aller chercher l’élite tunisienne afin de garantir sa renommée.

Ces étudiants, plein d’ambition, trouvent que la Tunisie n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Pour eux, venir étudier en France correspond mieux à leurs attentes pour leur future vie professionnelle. « En Tunisie, les gens se contentent de ce qu’ils ont. Tant qu’ils ont un peu d’argent pour vivre c’est suffisant. Mais depuis que je suis petit, je veux réussir dans la vie. J’ai eu une enfance difficile, j’ai été maltraité et j’ai envie de m’en sortir. J’ai bossé pour être là où je suis aujourd’hui. Je veux avoir des défis, résoudre des problèmes et en Tunisie, on se contente de ce qu’il y a. En France, il y a plus d’ambition et le niveau est beaucoup plus élevé, c’est intéressant de relever ces défis » s’exprime Rostom.

Un emploi assuré dans des grandes entreprises

Leur avenir leur semble plus propice en France ou ailleurs. Les anciens élèves sont très rapidement embauchés, à peine un mois après leur sortie selon les deux jeunes étudiants. « Les anciens élèves font partie de grandes boîtes de conseils comme EY ou encore Capgemini. » Pas d’inquiétude non plus au niveau du salaire : les employeurs promettent un salaire aux environs de 3000 euros par mois pour un premier travail. Une somme astronomique par rapport au SMIC tunisien qui s’élève à seulement 400 dinar soit environ 130 euros.

Rostom souhaite travailler en France après les deux années à Télécom ParisTech. Quant à Yacine il espère trouver un emploi en Australie ou en Grande Bretagne. Ils n’ont pas envie de retourner en Tunisie mais compte bien envoyer un peu d’argent à leur famille. « Si on envoie juste cent euros ça fera la différence pour eux au pays. Les conditions sont difficiles donc on doit les aider. Et puis plein de monde fait cela donc si tu ne le fais pas tu te sens l’obligation de le faire » explique Rostom.

Les deux étudiants n’ont pas le mal du pays pour le moment mais regrettent une seule chose : la chaleur tunisienne.

Alice Pattyn

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Xavier, vocation professeur d’EPS

Chaque année, ils sont plusieurs milliers étudiants en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) à tenter le concours du CAPEPS afin de devenir professeur d’EPS. Beaucoup échouent, d’autres comme Xavier parviennent à accomplir ce projet qui permet à ces jeunes d’intégrer très rapidement le monde professionnel.

Xavier en plein entraînement.
Aujourd’hui professeur d’EPS, Xavier continue de jouer au football, sa passion depuis l’enfance.

« On n’a pas été bons ce soir, les jeunes que j’ai au lycée auraient même pu nous battre ! » s’exclame Xavier à peine installé à sa table. Ce sportif invétéré sort tout juste de l’entraînement de son équipe de football dont il est le capitaine. Un peu plus tôt dans la journée, ce n’est pas avec des footballeurs qu’il échangeait des passes, mais avec des jeunes lycéens. Fraîchement diplômé de la formation Staps de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, ce jeune homme de 24 ans est devenu professeur d’EPS dans le lycée Pierre de Coubertin à Meaux en septembre dernier.

« Ça leur a fait un peu bizarre au début d’avoir un professeur aussi jeune, mais je pense qu’ils aiment ça aussi. J’ai le sentiment qu’ils se sentent à l’aise avec moi, ça permet de bien travailler en cours » remarque-t-il. Travailler, Xavier sait ce que c’est. Durant sa dernière année de Master, il a cumulé, à la fois son diplôme et sa préparation au concours CAPEPS, indispensable pour exercer son métier. « La licence n’était vraiment pas compliquée, par contre le Master j’ai vraiment galéré parce que je devais tout gérer en même temps et c’est vraiment difficile de réussir le concours » se souvient-il. Julien, son ami et coéquipier au club du CO Vincennes se rappelle de lui comme un étudiant toujours en train de travailler : « Il ne sortait presque plus, même à l’entraînement il en ratait beaucoup alors que c’est pas du tout son genre. Mais c’était nécessaire et il a bien fait d’aller jusqu’au bout ».

« La sécurité de l’emploi et les vacances scolaires bien sûr ! »

Grâce à son travail et sa détermination, Xavier n’a pas eu de problème pour trouver un emploi en sortant de l’université. « Ça c’est l’avantage, j’étais en alternance en Master 2 et une fois que j’ai eu le concours en poche, je suis passé TZR à Meaux (titulaire en zone de remplacement), c’est-à-dire que j’étais opérationnel pour remplacer n’importe quel prof’ de sport dans un lycée de la ville ». Et pas le temps de savourer, une opportunité se présente dès le mois de septembre : « Il y avait un poste de professeur d’EPS vacant dans ce lycée et ils m’ont appelé tout de suite. J’ai donc été directement dans le grand bain, je ne m’y attendais pas mais je suis très content maintenant ».

D’un ton calme et posé, Xavier se souvient qu’il ne voulait pas exercer ce travail à son entrée en STAPS. « Je ne savais pas forcément quoi faire, au début j’étais plus attiré par le coaching personnalisé. C’est plus une opportunité et grâce aux avantages de cette profession ». Les avantages ? « La sécurité de l’emploi, faire une profession dans le domaine que l’on aime le plus et les vacances scolaires bien sûr ! » affirme-t-il avec un grand sourire. Car en validant son année et en travaillant dans ce lycée, ce jeune professeur a obtenu le statut de fonctionnaire. Désormais, il est assuré de conserver son poste et de recevoir son salaire d’environ 1500€ tous les mois. « Ce n’est pas énorme mais pour un jeune comme moi qui sort de l’université c’est une belle somme » déclarer Xavier.

A peine sa bière terminée, le capitaine de l’équipe B des séniors du CO Vincennes rentre chez lui. Demain matin, il retrouvera la classe qu’il préfère, « ce sont des 1ère ES, je les adore, d’ailleurs je vais voir si je peux pas en recruter deux, trois pour le match de ce week-end, on en aurait bien besoin…. ».

Clément Dubrul et Asmaa Boussaha

« Mon CDI m’empêchait de prendre le risque de faire ce que j’aime »

 

Isabel Beguin Correa, 33 ans, a toujours été slasheuse. Le seul moyen pour elle d’avoir assez d’argent pour payer son loyer à Paris et vivre correctement.

« Mon CV fait trois pages » résume Isabel Beguin Correa. A 33 ans, la jeune femme aux traits fins a déjà été vendeuse, agent d’accueil, journaliste, traductrice, surveillante au collège et éducatrice. Elle cumule les emplois depuis une dizaine d’années. Parfois jusqu’à trois d’un coup. « C’était dur au niveau de l’organisation. Mais je ne suis pas une grosse dormeuse, ça aide » explique-t-elle en riant.

Aujourd’hui, elle est éducatrice à temps plein dans une association pour les jeunes du 19ème arrondissement de Paris. C’est un contrat aidé, stable pour le moment. Mais Isabel Beguin Correa reste sur ses gardes. « Il faut être réaliste. Je sais que les employeurs se méfient encore quand ils voient des trous dans un CV ou un trop plein d’expériences différentes. Pour eux, c’est signe d’instabilité », regrette-t-elle.

Il y a deux ans, elle consacre six mois de sa vie à la réalisation d’un reportage… sur les slasheurs. « Moi-même slasheuse, on m’a demandé si ce n’était pas trop compliqué de connaître la précarité, se rappelle-t-elle en agitant les mains. J’ai répondu : ‘quelle précarité ?’ J’ai toujours connu ça, pour moi c’est normal. En fait, j’ai vu le décalage. La génération de mes parents trouve que cumuler des emplois, c’est inhumain. » Pas pour la brune aux yeux marron, qui travaille depuis l’âge de 14 ans.

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Son seul CDI : la vente

Fin 2010, Isabel Beguin Correa travaille dans une boîte de production sur le net puis redevient vendeuse. Au bout de neuf mois, elle arrête et se lance dans l’auto-entreprenariat. « Mon CDI m’empêchait de prendre le risque de faire ce que j’aime », c’est-à-dire l’enquête, l’écriture, la réalisation et la traduction. La slasheuse cherche, postule, trouve certaines missions, enquête pour l’émission Échappées Belles et pour une ONG. Elle se retrouve ensuite au chômage pendant deux ans. Mais pour elle, cette période ne rime pas avec inactivité. Entre ses voyage à l’étranger, la jeune femme écrit des nouvelles.

« Ma mère elle, aurait rêvé que je trouve un boulot stable »

Après une formation de droit puis un master de coopération internationale, Isabel Beguin Correa travaille pour Reporters sans frontières puis change de voie. Pour pouvoir payer son loyer à Paris, la franco-colombienne est vendeuse. « Le seul CDI que j’ai eu, raconte-t-elle. Ma mère s’est demandé pourquoi j’ai arrêté la vente. » Difficile pour ses parents de comprendre le parcours professionnel de leur fille, qui a quitté le nid familial à 21 ans. « Mon père est resté 25 ans dans la même boîte. Moi, ça ne m’aurait pas plu. Ma mère elle, aurait rêvé que je trouve un boulot stable » confie la slasheuse en se recoiffant.

La jeune éducatrice garde son projet d’écriture en tête. En attendant, elle dépose sa candidature un peu partout, toujours en prenant soin de réduire à une page son CV. “Un vrai casse-tête !”

 

Lou Portelli

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