Philippines : des élections pour renforcer le pouvoir du président ?

Aux Philippines, les élections de mi-mandat s’apparentent à un test de popularité pour le chef d’Etat, Rodrigo Duterte. Le Sénat, qui faisait jusque-là rempart à la politique autoritariste du président, pourrait basculer en sa faveur.
Le président philippin Rodrigo Duterte./ Crédits: King Rodriguez – Presidential Photographers Division – Wikipédia
Ce lundi 13 mai, 61 millions de personnes étaient attendues dans les bureaux de vote aux Philippines, pour les élections de mi-mandat, qui doivent désigner 18 000 élus, dont 200 maires et gouverneurs, 245 députés de la chambre basse ainsi que 12 sénateurs.

Les résultats de ces élections pourraient renforcer le pouvoir du président philippin actuel, Rodrigo Duterte, qui a fait campagne sur des promesses fortes. La plus polémique ? Rétablir la peine de mort, pourtant abolie depuis 2006. Elle concernerait toute personne arrêtée en possession de 500g de marijuana ou de 50g de drogues dures. Le Sénat, un des derniers pouvoirs du pays encore dans l’opposition, avait posé son veto lors d’une première proposition de la loi en 2016. Mais les élections, qui renouvelle 50% des sièges, pourrait bien jouer en la faveur du chef d’Etat.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Rodrigo Duterte lutte violemment contre les trafiquants de drogue dans l’archipel. Il avait déjà fait polémique en déclarant que toute personne exerçant une activité illégale était « une cible légitime d’assassinat » alors qu’il n’était encore que maire de la ville de Davao. Cet appel au meurtre lui avait valu, en février 2018, d’être mis en examen par la Cour pénale internationale (CPI), pour crimes contre l’humanité après que des activistes et des familles de victimes de la lutte contre le trafic de drogue ont porté plainte. Depuis mars, le pays a donc décidé de se retirer de l’organisation. On estime aujourd’hui à plus de 30 000 le nombre de tués par la police.

Parmi les candidats qu’il soutient pour les élections on retrouve la fille de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos (1965-1986), Aimee Marcos et l’ancien chef de la police nationale, Ronald de la Rose, accusé d’avoir violé à plusieurs reprises les droits de l’homme avec ses troupes dans la lutte anti-drogue. Ce dernier affirme se présenter à la demande du Président. 

La politique, une affaire de famille

Les fils du Président, Paolo et Sebastian, se présentent tout deux aux élections, le premier pour un siège à la Chambre des représentants et le second pour le fauteuil de maire adjoint de la ville de Davao, ancien fief de son père et actuellement dirigé par sa sœur, Sara.

Celle-ci déclare officiellement ne pas briguer de mandat parlementaire pour aider dans la campagne de son père. Une raison officielle qui cacherait en réalité une possible candidature à l’élection présidentielle de 2022, poussée par son père. L’opposition craint davantage une modification de la Constitution qui permettrait à Rodrigo Duterte d’allonger son mandat présidentiel, pour l’instant unique et limité à six ans.

Un climat de violence

Au cours de ses meetings, Rodrigo Duterte n’avait pas hésité à insulter violemment les membres de l’opposition, jusqu’à traiter l’un d’entre eux de « pédé ». C’est loin d’être le premier dérapage du chef de l’Etat, connu pour ses provocations et ses déclarations polémiques. Pour dénoncer les abus de l’Eglise, dans un pays dont la population est à 80% catholique, il avait ainsi admis avoir agressé sexuellement une de ses domestiques lorsqu’il était adolescent, puis avoir été agressé sexuellement par le prêtre auquel il avait confessé l’acte.

Lors de sa campagne pour la présidentielle, il s’était déjà illustré avec des propos polémiques. Il avait notamment déclaré peu de temps avant d’être élu : « Hitler a massacré 3 millions de Juifs. Il y a 3 millions de drogués que je serais ravi de liquider. »

Ce lundi, neuf personnes ont été blessées lors d’une fusillade opposant combattants islamistes et clans locaux, près d’un bureau de vote de l’île de Jolo. Depuis le début de la campagne électorale, au moins vingt personnes ont été tuées.

Selon les derniers sondages, plus de 70 % de la population le soutient toujours. Les résultats seront annoncés demain, à 10 heures, heure française.

Audrey Dugast

Bruno Retailleau (LR) « ne pense pas voter » la réforme des institutions

Président du groupe LR, Bruno Retailleau s'exprimait ce matin au micro de France Inter
Président du groupe LR, Bruno Retailleau s’exprimait ce mardi matin au micro de France Inter. Crédit : capture d’écran Youtube, France Inter)

Édouard Philippe ne pourra certainement pas compter sur le soutien de ses anciens collègues. Président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, Bruno Retailleau a annoncé ce mardi matin au micro de France Inter qu’il « ne pens[ait] pas voter » la réforme institutionnelle initiée par Emmanuel Macron (à partir de 14:48). « J’ai lu ce qu’avait écrit au Parisien Édouard Philippe. On ne fait pas une révision constitutionnelle pour punir, pour se venger parce qu’on n’est pas d’accord avec le président du Sénat ou avec un autre homme politique », a développé le sénateur de Vendée.

Sénateur depuis 2004, Bruno Retailleau a ensuite semblé s’interroger sur le déséquilibre entre pouvoir législatif et exécutif, accentué selon lui par la réforme à venir : « Le sens de cette révision, c’est d’affaiblir le Parlement, alors qu’on voit bien que l’exécutif a quasiment digéré l’Assemblée nationale. Est-ce qu’en France on n’a pas une hyper-présidentialisation ? Faut-il donner encore plus de pouvoir dans les mains d’un seul homme ? ».

Autre inquiétude du sénateur LR : que la baisse du nombre d’élus n’ait pas le souci de la représentation de l’ensemble du territoire. « On peut très bien abaisser le nombre d’élus mais respecter en même temps une juste représentation de tous les territoires de France, les villes, les petites villes, et les campagnes ». Avec « entre 20 et 25% de baisse on parvient à représenter les territoires », a-t-il jugé, alors que l’exécutif propose une réduction de 30% des parlementaires.

Théo Meunier avec AFP