« 100% IA, c’est un score qui interpelle » : le détecteur qui accable le roman de Thélyson Orélien peut-il justifier une sanction ?

Une étude menée en 2025 par des chercheurs de l’Université de Wallongong a relevé entre 1,6% et 6,5% de contenu généré par IA dans des textes pourtant entièrement écrits par des humains. (Crédits : Z-Library)


Accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle (IA) pour écrire C’était ça ou mourir, récompensé par le Prix du Roman Fnac 2026, Thélyson Orélien conteste les soupçons portés contre lui. Au cœur de la polémique, les résultats d’un logiciel de détection interrogent sur la valeur de ces outils : que permettent-ils réellement d’établir, et jusqu’où peuvent-ils engager un auteur ou son éditeur ?

Le chiffre a de quoi faire tiquer : 100% d’IA. C’est le score affiché par le logiciel de détection Pangram après l’analyse de plusieurs passages de C’était ça ou mourrir, le roman de Thélyson Orélien, devenu l’un des phénomènes de la rentrée littéraire. Un résultat qui semble, à première vue, ne laisser aucune place au doute. Pourtant, l’écrivain s’inscrit en faux, soutenu par son éditeur – les éditions Grasset. L’accusation tombe le 21 septembre, le jour même où Thélyson Orélien reçoit le Prix du Roman Fnac 2026, décerné par un jury de 400 librairies et 400 lecteurs. Son roman figure par ailleurs dans la première sélection du Goncourt. Sur X, le compte anonyme « Balance ton Claude » affirme alors que l’ouvrage aurait été rédigé « presque intégralement » à l’aide d’une IA.

Que vaut réellement un tel score ? Pour Matthieu Dubois, doctorant à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR) de Sorbonne Université/CNRS, il ne faut surtout pas l’interpréter comme une probabilité : 100% ne signifie pas que le logiciel a établi avec certitude que l’auteur a utilisé une IA. « Les détecteurs d’IA relèvent l’habitude, mais ne garantissent absolument rien. Les concepteurs leur soumettent d’immenses quantités d’écrits humains et de textes générés par différents modèles. La machine apprend ensuite à reconnaître certains tics : rythme des phrases, choix des mots, constructions syntaxiques ou tournures récurrentes. Malgré tout, un score de 100% interpelle et met en évidence un faisceau de caractéristiques très fortement associées aux textes générés par IA », résume le chercheur.

« Ces résultats ne sont que des indices »

Reste ensuite à savoir jusqu’où l’IA a pu intervenir. « L’auteur a-t-il demandé à une machine de rédiger le texte entièrement ? A-t-il écrit lui-même avant de lui faire reformuler certains passages ? S’est-il servi d’elle ponctuellement pour améliorer la clarté ou le style ? Les logiciels ne permettent pas, à eux-seuls, de répondre à ces questions », tranche Matthieu Dubois. Pour l’expert, passer du signal à la preuve supposerait idéalement de pouvoir examiner le processus d’écriture lui-même : les différentes étapes du manuscrit, son historique de modification ou encore les échanges éventuels avec un outil d’IA. Mais ces éléments sont rarement accessibles à un tiers.

« Je ne veux pas partir du principe que chaque auteur est suspect : la confiance reste essentielle dans la relation entre une maison d’édition et ses écrivains. »

Cyrielle Ferry, fondatrice et éditrice de Sharon Kena Éditions

Une difficulté à laquelle les éditeurs sont déjà confrontés. Cyrielle Ferry, fondatrice et éditrice de Sharon Kena Éditions, reconnaît utiliser des outils de détection lorsqu’un doute apparaît, mais refuse de leur accorder le dernier mot. « Face à un manuscrit suspect, je privilégie une lecture plus attentive, je compare différents passages et, lorsque c’est possible, je confronte la plume à d’autres textes du même auteur. Je ne veux cependant pas partir du principe que chaque auteur est suspect : la confiance reste essentielle dans la relation entre une maison d’édition et ses écrivains », tempère-t-elle.

« Juridiquement, l’éditeur doit être en mesure d’apporter une preuve »

Et cette incertitude n’est pas sans conséquence juridique. « Sur la preuve, c’est délicat », résume Krystelle Biondi, avocate à la Cour spécialisée en propriété intellectuelle. Pour elle, les résultats des logiciels de détection sont tout au plus un indice, à manier avec précaution. La question devient particulièrement sensible une fois le contrat d’édition signé. « Tout dépend du contenu du contrat d’édition », rappelle l’avocate. La plupart prévoient que l’auteur garantit être à l’origine de son œuvre et que celle-ci est originale. Certains éditeurs vont désormais plus loin, en ajoutant « une clause d’exclusion de l’utilisation par auteur de l’IA » ou en adoptant des chartes spécifiques.

Mais pour les faire respecter, encore faut-il pouvoir établir les faits. « Pour actionner ces clauses, l’éditeur doit être en mesure d’apporter la preuve d’une utilisation de l’IA, ce qui est difficile en l’état », souligne-t-elle. « Avant la signature, un manuscrit peut être écarté sur simple suspicion. Après la conclusion du contrat, une rupture unilatérale expose davantage l’éditeur », rappelle Krystelle Biondi. Un logiciel peut donc faire naître un soupçon, mais peut-il suffire à justifier une rupture de contrat ? Pour l’avocate, « ces questions passionnantes pourraient rapidement arriver devant les tribunaux ».

Par Caroline Henriques

Virginie Grimaldi, une romancière discrète au succès fulgurant

Très discrète dans les médias et inconnue du public il y a encore six ans, Virginie Grimaldi a vendu, en six romans, près de 3,5 millions de livres. Devenue la romancière française la plus lue en 2019 et 2020, elle entretient, malgré son succès, une relation très proche avec ses lecteurs.

En 2020, Virginie Grimaldi se place à la seconde place des auteurs les plus lus derrière Guillaume Musso et devant Amélie Nothomb. © Guillaume Bonnaud / Fayard

Elle n’aime ni les interviews ni les séances photos, mais préfère passer des heures à échanger avec ses lecteurs. Avec près de 3,5 millions de livres vendus, traduits dans plus de vingt langues, Virginie Grimaldi, encore inconnue du public il y a six ans, se hisse parmi les auteurs les plus lus en France de ces deux dernières années avec 756 000 exemplaires vendus en 2019 et 828 000 en 2020.

Son dernier livre, Les Possibles, paru le 12 mai dernier aux Éditions Fayard, fait déjà partie des meilleures ventes. Elle dédie ce sixième roman à son père qui lui a appris à profiter des moments de joie : « J’ai connu de grandes douleurs dans ma vie, mais je n’ai jamais voulu tremper dans le chagrin », explique-t-elle dans un entretien à Paris Match.

Une carrière marquée par la persévérance

Depuis l’enfance, Virginie Grimaldi est attirée par l’écriture. Au lycée, elle gagne le premier prix d’un concours de nouvelles mais se heurte rapidement à la difficulté du métier : un marché compliqué où les auteurs ont dû mal à se faire connaître. Elle devient alors assistante commerciale et abandonne l’idée de devenir écrivaine. Virginie Grimaldi continue tout de même d’assouvir sa passion avec son blog « Femme Sweet Femme », créé en 2009, sur lequel elle publie des billets d’humeur.

C’est grâce à lui que « Ginie », son pseudonyme, prend confiance, poussée par le regard positif de lecteurs anonymes. Elle décide se retenter sa chance et écrit son premier roman Le premier jour du reste de ma vie. Après avoir été refusé par plusieurs maisons d’édition, il est publié par City Édition en 2015. Il devient rapidement un best-seller et lui permet de lancer sa carrière. Depuis, la romancière enchaîne les succès et se sent accomplie : « Je fais enfin ce que je veux, je suis enfin à ma place », raconte-t-elle dans une interview sur la chaîne YouTube d’Hachette.

Une romancière proche de sa communauté

Connue et reconnue grâce à son public, la romancière a toujours entretenu des liens très forts avec sa communauté depuis son blog en 2009. Particulièrement active sur Instagram et sur Twitter, Virginie Grimaldi n’hésite pas à partager des brins de vie et à répondre aux sollicitations de sa communauté. À l’occasion de la parution de son dernier livre, la romancière a même réalisé des rencontres en ligne avec ses lecteurs.

 

 

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Cette proximité avec ses lecteurs doit très sûrement nourrir ses histoires, drôles et émouvantes, « qui font écho à la vie de chacun », comme elle l’écrit sur son site internet.

Juliette Picard

Marc Lévy et ses fans : deux décennies d’attachement

Le dernier roman de Marc Lévy, Ghost in Love, sort aujourd’hui en librairie. 19 ans après la première parution de l’auteur à succès, son lectorat, majoritairement féminin est encore au rendez-vous.

 

Le roman trône sur les étalages, entouré du dernier roman de Guillaume Musso, son principal concurrent
Crédit : Esther Michon
Le rayon « actualités » est placé à l’entrée du magasin pour attirer les passants
Crédit : Esther Michon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rideau de fer de la Fnac des Halles vient à peine de se lever que les libraires s’affairent déjà à mettre un nouveau livre sur les étalages. Ce mardi 14 mai, sort Ghost in love, le dernier roman de l’écrivain.

Depuis quelques années, ses romans sortent au mois de mai. Une date qui n’est pas choisie par hasard par la maison d’édition, Robert Laffont. Pour Virginie Anton, libraire de l’enseigne, cette date est  « proche de la date de la Fête des Mères mais aussi de celle des beaux jours et des vacances « . Une temporalité qui se prête au début du printemps et aux lectures dites plus légères.

Succès en librairie

Car la littérature de Marc Lévy est souvent décrite comme celle des « best-sellers », un genre critiqué par les héritiers d’une tradition littéraire française élitiste. Ainsi, le juste milieu n’existe pas lorsque l’on parle de la littérature de Marc Lévy. Il y a les lecteurs qui adorent et ceux qui détestent.  Les deux jeunes créateurs de la chaîne de vulgarisation littéraire, Le Mock, Redek et Pierrot, se sont soumis à l’exercice  » Pour ou contre Marc Lévy ? » pour discuter du terme « bon ou mauvais roman ».

Depuis maintenant 19 ans, il est impossible de passer à côté de ses romans sur les étagères des librairies ou sur les affiches publicitaires. Comme son concurrent Guillaume Musso, autre mastodonte de la littérature à succès, l’écrivain publie à un rythme soutenu, presque tous les ans.
Selon la libraire de la Fnac,  les auteurs de romans à succès s’ajustent à ce qui marche. L’idée de la seconde chance et des nouveaux départs dans la vie est donc une thématique présente dans Ghost in love. Selon elle,ce thème entre dans la tendance du développement personnel, très à la mode aujourd’hui. « Quelque part, ces auteurs de best–seller ont initié le « feel good book« , l’équivalent anglais du « feel good movie » , un livre dont la lecture nous immerge, nous détend et nous propose un « happy end ».

La méthode d’écriture de l’auteur est bien huilée : des personnages attachants, des histoires abracadabrantes et magiques pour des dénouements surprenants et heureux. Les lieux des romans, eux, font voyager les lecteurs. « Au fil du temps, j’ai apprécié sa précision au niveau des lieux où il nous emmené : la France, la Turquie, les USA. C’est un vrai voyage touristique et culturel que de lire Marc Lévy » explique Mélissa Sadet, écrivaine et chargée de clientèle dans une maison d’édition. Sa lecture des œuvres de Marc Lévy s’est toutefois essoufflée depuis quelques années.  Après une courte pause, elle a pourtant racheté le dernier roman de Marc Lévy le jour de sa sortie. Et elle n’est pas la seule à l’avoir attendu.

Des fans, toujours séduits

Ghost in love a bénéficié d’un tirage exceptionnel de plus de 350 000 exemplaires. Depuis le premier roman publié en 2000 Et si c’était vrai, les fans du romancier attendent avec hâte chaque nouvel opus, quitte à se ruer le jour-même en librairie pour se le procurer.  Sur  les réseaux sociaux, certains ont déjà acheté le vingtième roman de l’écrivain et s’apprêtent à le lire d’une traite.

Les fidèles lecteurs de Marc Lévy ont leurs petites habitudes comme tous les fans : collectionner les romans, leur dédier une étagère de leur bibliothèque ou encore refuser de prêter leurs livres sauf à des personnes de confiance. C’est tout un rituel de « vrai collectionneur » qui est à l’œuvre. Certains ont même ont rejoint un groupe Facebook intitulé  » Fans de Marc Lévy », créé en 2015 et composé de plus de 1500 utilisateurs du réseau social. Pour ces  auteurs à succès, échanger avec ses fans est aussi un moyen de créer un lien durable et constant. Les séances de dédicaces sont notamment le moyen le plus sûr de fidéliser ses lecteurs.

Sandrine et son auteur préféré, en dédicace à la Fnac Saint-Lazare pour la sortie de « Un sentiment plus fort que la peur » Crédit : Sandrine Rizzotto

Pour les fans les plus passionnés, la correspondance reste un moyen d’échange privilégié. La romancière Amélie Nothomb est fréquemment prise en exemple pour illustrer le rapport intime entre un auteur et ses lecteurs. . Depuis 2001, Sandrine Rizzotto, assistante de direction, communique elle avec Marc Lévy une à deux fois par mois. « Un lien très amical et rigolo s’est créé » raconte cette grande passionnée, qui attendait avec hâte la sortie de « Ghost in land » comme un cadeau d’anniversaire.

 

Esther Michon