Le nombre de petits partis lancés par des personnalités politiques a connu une forte hausse ces vingt dernières années. Au risque d’éclipser les partis traditionnels ?

À un an de l’élection présidentielle, les prétendants à l’Élysée se multiplient… et les partis aussi. Dernier en date : Bâtissons ensemble, micro-parti créé par l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, qui a annoncé démissionner de la direction de Renaissance, jeudi 6 mai, au micro de France Inter. Si cette dernière a précisé ne pas être candidate à la succession d’Emmanuel Macron, d’autres aspirants ont, eux aussi, lancé leur propre structure. Une pratique devenue monnaie courante au point de provoquer une véritable explosion du nombre de partis politiques en France.
Selon les chiffres de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), cités par Libération, le paysage politique recensait 652 partis en juin 2025. Parmi les candidats déclarés ou potentiels au scrutin élyséen, six ont créé leur micro-parti. Le premier d’entre eux est François Ruffin, qui a lancé, dès 2017, son parti local Picardie debout !, avant de le rebaptiser Debout ! l’année dernière, signe que les ambitions du député de la Somme s’étendent désormais à l’échelle nationale. Chez les socialistes, les désaccords entre Bernard Cazeneuve et Olivier Faure sur l’épineuse question des alliances avec La France insoumise, ont motivé l’ancien Premier ministre à claquer la porte du parti à la rose pour fonder La Convention.
Derrière les partis, l’enjeu financier
Mais la gauche n’a pas l’apanage de la récente poussée des micro-structures politiques. À droite, où les candidatures sont également multiples, et où l’alliance avec le centre reste très incertaine, David Lisnard (Nouvelle Energie) et Xavier Bertrand (Nous France) ont longtemps cumulé leur adhésion aux Républicains à celle de leurs micro-structures respectives. L’un a fini par quitter LR en avril dernier, l’autre a réadhéré en 2021 en vue de la primaire, après quatre ans passés en dehors du parti de droite historique. Dominique de Villepin rassemble ses soutiens derrière la nouvelle bannière de La France humaniste. Du côté du bloc central, Gérald Darmanin a mis en sommeil son parti Populaires ! pour se concentrer sur son activité de ministre. Mais la campagne approche à grands pas…
Faut-il y voir le signe d’une érosion des partis traditionnels ? « Certains élus créent leur propre micro-parti pour collecter des fonds indépendamment des grandes structures politiques, tempère Christophe Fonteneau, professeur associé à l’IAE Paris-Sorbonne et expert en comptabilité, sur le réseau social LinkedIn. Cela leur permet d’avoir un contrôle plus direct sur leur financement et leurs dépenses. » Il faut dire que faire campagne sans les ressources d’un grand parti n’est pas chose aisée. Diriger sa propre structure peut donc permettre de récolter de précieux fonds en vue d’une candidature à la présidentielle. Et de faire rimer petit parti et grandes ambitions.
Rayan Saibi




