Incendie mortel dans un gîte de Wintzenheim, en Alsace : une bougie en cause, le parquet demande un procès pour la propriétaire

Le feu qui a tué 11 personnes, dont 10 adultes handicapés, dans un gîte du Haut-Rhin en août 2023 aurait été provoqué par une bougie, selon le parquet de Paris. Il a requis le renvoi de la propriétaire devant le tribunal correctionnel.

L'incendie d'un gîte à Wintzenheim, dans le Haut-Rhin, a fait 11 morts le 9 août 2023. (PATRICK KERBER / DPA)

L’incendie d’un gîte à Wintzenheim, dans le Haut-Rhin, a fait 11 morts le 9 août 2023. (Crédits image : PATRICK KERBER / DPA – DR)

 

« L’origine de l’incendie semblait être une bougie allumée par l’un des animateurs décédé qui a embrasé la pièce de vie puis le bâtiment dans son ensemble », a fait savoir mercredi le parquet de Paris. 

Le pôle chargé de l’enquête, a toutefois requis le 10 septembre le renvoi devant le tribunal correctionnel de la propriétaire des gîtes et de sa société gestionnaire. Elles sont visées pour « homicides involontaires » sur 11 personnes et « blessures involontaires » sur 17 victimes. Selon le parquet, elles « avaient créé ou contribué à créer la situation ayant permis la réalisation du dommage ou n’avaient pas pris les mesures tendant à l’éviter ».

Un bâtiment ni déclaré ni conforme

La propriétaire se voit reprocher d’avoir exploité un établissement recevant du public « sans autorisation, en ne déclarant pas la destination du bâtiment ni la capacité d’accueil du public ». Elle n’aurait pas respecté, « de manière délibérée », « la réglementation relative à ce type d’établissement », en particulier les normes de sécurité incendie. Selon la mairie, l’ancienne grange, rénovée quelques années plus tôt, n’était ni déclarée ni aux normes.

Le parquet a requis son maintien sous contrôle judiciaire, avec un cautionnement de 15 000 euros pour elle et de 55 000 euros pour sa société. Elle a interdiction d’exploiter ou de gérer toute catégorie de résidence de tourisme.

Ce soir-là, 28 personnes se trouvaient dans le gîte. Dix adultes en situation de handicap mental et un accompagnateur ont perdu la vie. Les occupants du rez-de-chaussée ont survécu, tout comme cinq personnes logées dans les étages. 

 

CELSALAB avec AFP.

Elouan

La drépa… quoi ? C’est quoi au juste la drépanocytose ?

La drépanocytose est une maladie génétique héréditaire qui touche l’hémoglobine, la protéine des globules rouges responsable du transport de l’oxygène. Une mutation unique, apparue il y a plus de sept mille ans , provoque la déformation des globules rouges, qui prennent la forme d’une faucille  d’où son autre nom, anémie falciforme. 

La maladie se transmet quand les deux parents sont porteurs, avec une probabilité d’un enfant malade sur quatre. En France, elle touche principalement des personnes d’origine afro-caribéenne, méditerranéenne ou du sous-continent indien. Trente mille personnes en sont atteintes, ce qui en fait la maladie génétique la plus fréquente dans le pays. Plus de la moitié habitent en Île-de-France, où un bébé sur 510 naît avec la maladie. Dans le monde, entre 8 et 10 millions de malades, un chiffre probablement sous-évalué faute de dépistage systématique en Afrique subsaharienne, où 250 à 300 000 enfants drépanocytaires naissent chaque année.

Ces globules rouges rigides circulent mal et se bloquent dans les petits vaisseaux, privant les tissus d’oxygène. L’autre danger majeur est infectieux : la rate, mal fonctionnelle, expose les patients à un risque d’infection à pneumocoque multiplié par 600. Dans les pays sans dépistage néonatal, la moitié des enfants meurent avant cinq ans — faute d’un antibiotique qui coûte cinq euros. En France, l’hydroxyurée, remboursée à 100 %, réduit la fréquence des crises sans guérir. La greffe de cellules souches reste le seul traitement curatif établi, efficace dans 90 % des cas, mais réservée à ceux qui trouvent un donneur compatible. L’espérance de vie, autrefois estimée autour de 55 ans, est en hausse grâce aux progrès de prise en charge. Depuis novembre 2024, le dépistage est universel pour tous les nouveau-nés français.

Mucoviscidose et drépanocytose : deux maladies génétiques, deux histoires

Un enfant sur 1 730 naissances pour la drépanocytose. Un sur 5 989 pour la mucoviscidose. Trente mille patients contre sept mille. Sur le papier, la drépanocytose est largement la première maladie génétique en France. Pourtant, leurs histoires institutionnelles n’ont rien à voir.

La mucoviscidose a bénéficié, dès les années 1960, d’une mobilisation associative intense. Vaincre la Mucoviscidose, créée en 1965, a construit un réseau de donateurs, pesé sur les décisions de recherche et de remboursement, dans un contexte favorable : une maladie touchant principalement des familles d’Europe du Nord, avec des ressources et des relais médiatiques pour se faire entendre.

La drépanocytose, elle, touche en priorité des populations souvent précaires, issues de l’immigration récente, historiquement moins familiarisées avec la culture du lobbying associatif et dont les souffrances ont parfois été minimisées dans le système de soins.

Ce n’est pas la seule maladie dans ce cas. La trypanosomiase africaine (maladie du sommeil), la leishmaniose, ou la dengue partagent un destin similaire : elles touchent majoritairement des populations dans des pays à faible pouvoir d’achat pharmaceutique, ce qui les rend peu attractives pour l’industrie. La logique est économique avant d’être médicale, un traitement n’est rentable que s’il existe une clientèle solvable.

Pour la drépanocytose, la tendance commence à s’inverser. Les naissances d’enfants drépanocytaires augmentent en France depuis quinze ans, tandis que celles d’enfants atteints de mucoviscidose baissent. Les associations montent en puissance. Le dépistage universel de 2024 en est la preuve.