La justice portugaise demande l’expertise « psy » d’un mort (Sophie)

Pour résoudre une affaire de gros sous, un tribunal portugais s’est lancé dans l’expertise psychiatrique d’un homme décédé depuis 2 ans.

La justice portugaise serait-elle malade ? Mardi, un tribunal du sud du Portugal a officiellement demandé à un hôpital l’expertise psychiatrique d’un homme décédé depuis deux ans dans le but de résoudre une affaire d’héritage, a-t-on appris auprès de cet établissement. Ana Matos Pires, la directrice du service de psychiatrie du centre hospitalier de Beja (sud) témoigne :

« A la mi-janvier, quand j’ai reçu la notification pour effectuer l’expertise, c’était tellement ridicule, en 25 ans de carrière je n’avais jamais vu ça! »

Manque de moyens

Ne disposant que de trois instituts autorisés à réaliser ce genre d’examen, les magistrats portugais mettent souvent à contribution les services de psychiatrie des hôpitaux publics pour répondre à l’afflux de demandes de la justice. Face à cette requête, la directrice a simplement répondu qu’elle était dans l’impossibilité de réaliser l’expertise.

Au Portugal, les expertises psychiatriques coûtent 400 euros. « J’aurais pu être cynique, aller devant la tombe de cet homme, poser quelques questions et envoyer mon rapport, mais j’ai voulu épargner le ministère de la Justice de cette dépense », a confié en riant la psychiatre.

 

Profession : Bookeur

Bookeur, agent ou chasseur de tête, il est l’homme de l’ombre des agences de mannequins. C’est lui qui fait le lien entre les modèles et le client. Sa Mission : découvrir de futurs mannequins. Objectif : leur décrocher des contrats et gérer leur carrière. Un bon bookeur se doit, en plus d’aimer la mode, de comprendre les tendances actuelles et déceler ce petit truc chez une personne qui fait d’elle un mannequin potentiel.

Quand ce ne sont pas les mannequins qui viennent directement vers lui, le bookeur sort trouver de nouvelles « proies ». Cette technique s’appelle le scouting. Berix Enesa, bookeur depuis six ans à l’agence Bananas Models à Paris, spécialisée chez les hommes, explique les tenants du scouting :

 

 

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Sarafina Spautz et Antoine Colombani

Baptiste, 22 ans, devenu mannequin par hasard

Baptiste

PORTRAIT. Baptiste est entré dans le monde du mannequinat il y a maintenant cinq ans. En 2017, pour la première fois, être mannequin est devenu son unique activité.

Baptiste nous a donné rendez-vous dans sa chambre, au cinquième étage d’un modeste deux étoiles de la rue de Maubeuge, à deux pas de la Gare du Nord. Pas tout à fait apprêté, le jeune homme d’un mètre 89 nous accueille timidement dans une odeur de parfum frais, cabine de douche encore chaude. La pièce est mal éclairée,  juste de quoi distinguer deux grands yeux bleus et, quand il nous tend sa main, la finesse de longs doigts aux ongles soigneusement coupés. Une des ampoules au-dessus de son lit ne fonctionne plus. Baptiste passe un pull noir, enfile son trois quarts beige et nous voilà descendre les cinq étages les uns derrière les autres. Direction : le verre le plus proche.

L’apollon fait partie de ce qu’il appelle lui-même « le monde des mannequins commerciaux, moins prestigieux que le monde des ‘’model fashion’’. C’est moins bien payé mais il y a plus de travail parce qu’on dépend moins des modes et des goûts des designers. » Pour lui, pas de grande campagne d’affichage mondiale, juste une publicité à la télévision et très peu de podiums. La plupart du temps, il pose pour des catalogues, des boutiques en ligne ou dans les pages mode de magazines. Des shootings certes prestigieux mais qui ne rapportent pas un sou, « juste beaucoup de visibilité. »

Heureux hasard

Comme beaucoup, il est tombé dans le mannequinat presque par hasard. « Lors de ma première année de fac (à la catho de Lille en Biologie) ma copine m’a demandé que je l’accompagne dans une agence où elle espérait être prise comme mannequin. Comme mon père prenait beaucoup de photos, je me suis dit que tant qu’à faire, autant venir avec un book. Je n’avais jamais posé. Finalement, c’est moi qui ai été retenu… », dit-il dans un pincement de lèvres rieur. « Mon premier contrat c’était une seule petite photo dans un coin de catalogue, pour Castorama. J’avais gagné 150 euros. »

A l’époque, Baptiste décroche peu de contrats. « Ce genre de jobs à Lille est plutôt destiné à des hommes mûrs. J’avais tout juste 20 ans, et je faisais bien mon âge, » raconte-t-il. Pour gagner de l’argent, Baptiste fait comme beaucoup d’étudiants : des petits boulots. L’été, il est animateur dans des centres ou en colonies de vacances, ça lui rapporte alors « au moins autant que le mannequinat. » Autant dire pas grand-chose. Sa licence terminée, il commence un Master en Management et développement durable et descend à Paris pour collaborer avec de nouvelles agences. Les shootings se font moins rares, les aller-retour nombreux, mais il continue les cours, jusqu’à ces derniers partiels, l’an dernier.

New-York-Miami-Florence

« Je venais de décrocher un gros contrat à Londres, c’était une super opportunité, mais j’avais un examen le même jour. C’était l’un ou l’autre. J’ai choisi Londres. » Voilà donc bientôt deux ans que Baptiste s’écume sous les flashs des photographes, entre la Grèce, New-York, Miami, Florence, Lille et Paris. Pour cette première année pleine, il dit avoir gagné aux alentours de 40 000 euros.

Comment ? Comme après ces trois derniers jours, dans les studios du site vente-privee.com. Afin de garnir les rayons numériques de trois photographies par article, Baptiste a dû jongler avec 70 à 90 tenues chaque jour. « Pour les sites des Galeries Lafayette c’est la même chose, sauf que ce n’est pas trois mais cinq photos qu’ils veulent pour le site. Entre celles qui sont ratées et tout le reste, on arrive à près de 1 000 photos par jour. » Pour ses services, les deux sites internet paient le même tarif : « 1 300 euros par jour, c’est le ‘’minimum conventionnel’’ comme on dit. Sur le total, il faut retirer 33 % pour l’agence qui me mandate et 31 % de charges et de cotisations sociales. Il me reste environ 400 euros, en général je m’en tire plutôt pour 500. » Non, Baptiste ne se plaint pas.

Vieillir

En février dernier, il décide de quitter la maison familiale, à Bailleul, et choisit de louer un appartement à Lille, « pour économiser le temps de trajet jusqu’à la gare. » Une expérience qui fut de courte durée. « Je ne l’ai gardé que trois mois, je n’ai même pas eu le temps de le décorer. Quand je rentre dans le Nord, je préfère encore retourner chez mes parents. »

Sa mère le suit partout sur les réseaux sociaux, même si « ça me soule de raconter ma vie sur internet, on est un peu obligés, » explique-t-il. Elle aime tout, commente tout, partage tout. « Mon père est plus pragmatique, il est content bien-sûr mais ce qu’il veut par-dessus tout c’est que je ne me retrouve pas sans rien demain. » Car Baptiste en a conscience, « c’est très dur d’en faire son métier toute sa vie. On ne choisit pas comment vieillir. »

Sarafina Spautz et Antoine Colombani

« Plus protégé qu’un mannequin en France, c’est dur à trouver ! »

INTERVIEW. Isabelle Saint Félix est secrétaire général du Syndicat National des Agences de Mannequin (SYNAM) qui représente plus d’une quarantaine d’agences, le principal du secteur. Un milieu très encadré en France.

Comment la profession de mannequin est-elle encadrée ?

Entre les agences, les clients, les mannequins et toutes les administrations, tout est très réglementé. Nous sommes le seul pays au monde où il est interdit d’être mannequin indépendant. Tous sont salariés d’une agence. Cela leur confère une sécurité en termes de revenus, mais aussi en termes de protection sociale. Par contre, l’agence n’est pas propriétaire des droits des mannequins, elle n’est que mandataire. La seule chose à laquelle elle est autorisée, c’est de faire signer un contrat de collaboration.

Quelles différences avec les pays étrangers ?

A l’étranger, un mannequin peut travailler pour son propre compte. S’il lui arrive un malheur, qu’il ne peut plus travailler ou qu’un client décide de ne pas honorer son contrat, il ne pourra que s’en mordre les doigts. Aucun mannequin étranger ne se plaint du système français, alors qu’il doit obligatoirement s’y soumettre. D’ailleurs, il y a un an et demi, après 20 ans de bataille, nous avons enfin obtenu qu’il dispose exactement des mêmes droits que les Français grâce à la mise en place d’un système de déclaration sociale nominative. Si je voulais en rajouter, je vous dirais que plus protégé qu’un mannequin en France, c’est dur à trouver !

A-t-on idée du nombre de personnes qui exercent cette profession en France ?

Je n’ai pas de chiffres précis, mais à l’occasion de la dernière Fashion Week j’ai réalisé un petit échantillonnage. En tout, 857 mannequins ont défilé et 87 % étaient de nationalité étrangère. En France, on estime qu’ils sont environ 3 000 à en vivre, mais les disparités de revenus peuvent être immenses.

Une agence a-t-elle le droit d’exiger quelque chose d’un mannequin avec lesquel elle collabore ?

Non, un mannequin est libre de faire ce qu’il ou elle a envie de faire. Il y a, comme partout, des exigences en termes de comportement, mais c’est tout. Par contre, si un mannequin décide de se teindre les cheveux en rouge, il faut qu’il prévienne son agence, son bookeur et/ou les clients pour lesquels il doit prochainement travailler, c’est une évidence…

Laëtitia Casta (Wikimedia Commons)
Laëtitia Casta (Wikimedia Commons)

En quoi internet a-t-il modifié le milieu ?

Internet est rempli de gens malhonnêtes, de fausses annonces, de promesses extravagantes. Je reçois régulièrement des coups de fils de modèles qui me demandent ce que je pense d’un shooting où il leur serait promis des milliers d’euros… Je leur dis une chose : si on vous promet de l’argent, n’y allez pas. 70 % des offres sont foireuses sur internet.

Sur le fond, cela n’a pas tant bouleversé les choses. Depuis 1993, les agences doivent disposer d’une licence pour exercer leur activité. Cette année-là, 94 licences avaient été délivrées. Aujourd’hui, nous n’en comptons plus que 85. Pourquoi ? Car monter une agence est financièrement très compliqué et devenir attractif n’est pas aisé non plus. Dans les faits, j’ai vu et je vois toujours autant d’agences ouvrir que fermer. Seules les meilleures perdurent.

Comment un mannequin est-il censé trouver du travail ?

Il est censé développer une relation de confiance avec ses bookeurs, ce sont eux qui leur trouvent du travail. Tout ce qui est “hors circuit” est dangereux car cela signifie aucune sécurité, aucune garantie, aucune assurance. On peut facilement se faire piéger, voire pire…

Que dire à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans le mannequinat ?

Surtout, n’incitez personne. Si vous êtes un homme, vous aurez beau faire 1m88, avoir une taille 46-48, les yeux bleus et une gueule d’ange, ça ne suffit pas. Le petit plus, la magie, ça ne se décrète pas. Laetitia Casta n’avait rien des critères “classiques” d’une mannequin, et pourtant…En France, on s’imagine souvent que tout le monde peut devenir acteur, chanteur ou mannequin, que tout le monde peut devenir ce que souhaite tout le monde… Non ! C’est malheureux, mais ce n’est pas le cas.

Sarafina Spautz et Antoine Colombani