À 29 ans, le chroniqueur du Figaro a reconnu être l’un des artisans de « Balance ton Claude », le compte X à l’origine des accusations contre Thélyson Orélien.
Il aura suffi d’une seule publication sur un compte X presque anonyme pour provoquer un séisme dans l’édition. Derrière « Balance ton Claude », moins de 100 abonnés avant le début de la polémique, se cache notamment Samuel Fitoussi. Ce vendredi, l’essayiste de 29 ans a fini par reconnaître son implication : « Je n’étais pas seul ; il s’agissait d’un projet collectif. Les autres révéleront leur identité en temps voulu s’ils le souhaitent. » Quelques jours auparavant, le compte avait accusé C’était ça ou mourir, premier roman du Canado-Haïtien Thélyson Orélien et phénomène de cette rentrée littéraire, d’avoir été largement généré par l’intelligence artificielle (IA). Pour étayer ses soupçons, le collectif s’est notamment appuyé sur Pangram, un logiciel de détection de textes produits par IA. Samuel Fitoussi est lui-même l’un des premiers à relayer les accusations auprès de ses abonnés, offrant une caisse de résonance à ce compte confidentiel. Depuis, « Balance ton Claude » a dépassé les 10.000 abonnés et son initiateur est, lui aussi, sorti de l’ombre.
Quelques mots sur « Balance ton Claude », projet à travers lequel nous avons révélé que « C’était ça ou mourir », livre phénomène de la rentrée littéraire, est sans doute très largement rédigé par une IA.
1) Je n’étais pas seul ; il s’agissait d’un projet collectif. Les autres…
— Samuel Fitoussi (@SamuelFitouss10) September 25, 2026
Passé par HEC et Cambridge, Samuel Fitoussi signe des chroniques dans Le Figaro depuis 2021, où il s’est attaqué au « wokisme » et à la gauche radicale. Il publie en 2023 Woke Fiction, consacré à l’influence des idéologies identitaires sur les films et séries. Depuis plusieurs mois, l’intelligence artificielle est devenue l’un de ses principaux objets de réflexion.
Son inquiétude est qu’à mesure que les textes artificiels deviennent indiscernables des productions humaines, les écrivains perdent l’envie d’écrire et les lecteurs celle de lire. « Qui voudra prendre la peine d’écrire […] s’il sait […] qu’on le soupçonnera dans tous les cas d’avoir fait générer son travail par une IA ? », interrogeait-il. Une crainte qu’il reprend aujourd’hui pour justifier « Balance ton Claude ». « Il est important de dénoncer les auteurs qui proposent un copié-collé de Chat GPT en prétendant qu’il s’agit de leur plume », écrit-il après avoir révélé son implication. Selon lui, ceux-ci « érodent la présomption d’humanité » dont bénéficie encore un texte.
Investir dans l’IA et en redouter les effets
Samuel Fitoussi n’est pourtant pas hostile à l’intelligence artificielle. Il en a même fait son métier. Depuis 2025, il travaille chez Frst, un fonds qui investit notamment dans des start-up spécialisées dans l’IA.
« Ni les idées politiques d’Orélien ni le thème de son livre ne nous importaient », assure-t-il. Le collectif aurait testé « beaucoup d’autres livres », sans retrouver de tels scores. À ceux qui lui reprochent d’avoir nui à l’écrivain, l’essayiste oppose les auteurs humains : « Pensez plutôt à l’auteur qui a passé des centaines d’heures sur son manuscrit […] et qui ne l’aurait pas eu », écrit-il en évoquant le Goncourt. Il ajoute néanmoins avoir « de la compassion » pour Thélyson Orélien et dément tout investissement personnel dans Pangram.
Une alerte arrivée jusqu’au Goncourt
L’offensive a désormais largement dépassé X. Ce vendredi, l’Académie Goncourt a annoncé retirer C’était ça ou mourir de sa première sélection. Elle invoque à la fois les plagiats attribués à son auteur et « le résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi », estimant que l’ouvrage est « selon toute vraisemblance très largement le produit d’une Intelligence Artificielle ». L’institution dit vouloir « préserver l’intégrité du prix Goncourt » et affirme ne cautionner « d’une façon ou d’une autre la création de textes générés avec l’aide de l’IA ».
Communiqué de l’Académie Goncourt pic.twitter.com/u2ZSQkCeAe
— Académie Goncourt (@AcadGoncourt) September 25, 2026
