Quand Paris rhabille la SAPE

Après Brazzaville et Kinshasa, Paris est le troisième plus haut lieu de la SAPE dans le monde. Mais dans la capitale de la mode, ce mouvement vestimentaire qui prône l’élégance en toutes circonstances revêt une toute autre couleur qu’au Congo. L’idéologie d’héritage anti-colonial s’estompe peu à peu pour laisser place à un véritable culte de l’individualité, à mesure que le mouvement déborde de la communauté congolaise.

Celui qui déclare être l’homme le plus élégant de Paris est né à Brazzaville. “Nous sommes dans la capitale de la mode, et pourtant, les parisiens ne sont pas élégants!”, se plaint Jocelyn Armel Bizaut Bindicko, alias le Bachelor. Propriétaire d’un magasin de vêtements, le congolais fait tout pour populariser la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) au-delà de la communauté congolaise. 

Ce mouvement culturel est né au Congo Brazzaville. Les sapeurs prônent l’élégance en toutes circonstances et n’ont pas peur de détonner sous le ciel gris de la capitale française. Les tenues aux couleurs éclatantes et motifs hors du commun sont un signe de raffinement. Associer un pantalon jaune avec une cravate à pois est un art. Aujourd’hui, la communauté de sapeurs de Paris est estimée à un millier d’individus. 

Le Bachelor est devenu le plus connu d’entre eux. Chaque année, il participe à de nombreux événements comme des défilés ou des expositions. Adepte de la SAPE, il ne l’est pas de la fausse modestie : « Aujourd’hui je suis connu mondialement grâce à la SAPE. Je m’aime, et j’aime être beau, je suis fier de mon parcours. Si tu tapes sapologie sur google, tu verras que dans les 20 premières pages, il y’a des articles sur moi« .

Le Bachelor devant sa boutique SAPE&CO à Chateau Rouge. Crédit: Nesrine Ali Ahmad

 

La SAPE comme mode de vie

La SAPE est son métier. Depuis 2005, il gère sa propre boutique SAPE&CO, rue de Panama à Château Rouge dans le coeur du XVIIIème arrondissement de Paris. Étudiant, il travaillait dans la boutique parisienne du créateur de mode Daniel Hechter : “J‘étais l’un des vendeurs les plus élégants car je portais toujours mes costumes colorés. La plupart des mes clients aimaient mes pantalons rouges, mes chemises roses et mes cravates éclatantes. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de créer ma propre marque.” Il crée Connivences en 1995. Aujourd’hui, la boutique où il la commercialise fait parti du patrimoine de Château Rouge. Elle est très souvent visitée par des touristes. 

Avant de lancer son magasin, il vendait des vêtements de manière informelle à son entourage, issu de la diaspora africaine. C’est une pratique encore aujourd’hui utilisée par beaucoup de sapeurs pour gagner de l’argent. “Certains sapeurs font également du commerce quand ils rentrent au Congo. Ils partent avec des fins de séries, des fins de stocks ou du prêt à porter un peu haut de gamme dans les bagages. Ces produits ont une plus-value là-bas”, explique Manuel Charpy, chercheur au CNRS et spécialiste de la SAPE. 

Le Bachelor essaye de commercialiser ses produits à des prix accessibles, pour toucher une clientèle habituée aux marques de grandes distribution. Il a une gamme pour les jeunes : “Ils ont envie d’être stylés mais ils n’ont pas les moyens de débourser 500€ pour un costume, c’est pour ça que j’ai sorti cette gamme moins onéreuse. Il y’a par exemple des vestes à 90€”, explique le propriétaire de la boutique. 

De Brazzaville à Paris

 

Arrivé à Paris en 1977, le Bachelor fait partie des premiers à avoir importé la SAPE. Après l’indépendance des deux Congos en 1960, la génération dite des “aventuriers” -les jeunes congolais partis en masse pendant les décennies après l’indépendance- décide de tenter sa chance en France en travaillant ou en étudiant. Avec eux, arrive également la SAPE. 

Avant même de s’appeler ainsi, ce mouvement naît dès au début de la colonisation dans les rues de Brazzaville et de Kinshasa. A partir des années 1880, l’Afrique récemment colonisée devient un nouveau marché pour les exportateurs de fripes. Au Congo, les locaux s’approprient les vêtements de seconde main importés d’Europe et les tenues usées des colons : redingotes bourgeoises, tenues militaires, cravates et costumes trois pièces…Des domestiques ou commerçants autochtones commencent à prendre le contre-pied de l’image méprisante que les colons ont d’eux. Ils adoptent des tenues, un langage et des manières sophistiquées à l’extrême. Très vite, ils revendiquent une filiation avec les “dandys” européens. Comme eux, ils sont prêts à dépenser tous leurs revenus en vêtements élégants et refusent de se plier aux dures réalités de leur condition de colonisés. Extrêmement subversifs, les ancêtres des sapeurs dérangent les occupants.  

Le mouvement prend de l’ampleur avec la première guerre mondiale. Après le conflit, les Congolais rentrent chez eux après avoir combattu dans les armées françaises et belges. Suivant les codes occidentaux, ils portent le costume dans les rues de Brazzaville et de Kinshasa. Un groupe de tirailleurs continue de faire des aller-retours réguliers entre Paris et le Congo. “Dans les années 1920, il y a déjà quelques sapeurs dans la capitale qui ne s’appellent pas encore comme ça. Ils sont environ cinq ou six”, explique Manuel Charpy. 

Saper le statut d’immigré

A partir des années 1970, l’immigration congolaise en France prend de l’ampleur. Une génération de jeunes rêve d’ascension sociale. Les sapeurs prennent cette fois-ci le contre-pied de l’image de l’immigré, déclassé et parfois méprisé comme l’était le colonisé en son temps. Les habitantts de la Maison des Etudiants du Congo, à quelques pas de la place de la République, partagent les lits pour économiser sur un loyer déjà bas et pour s’acheter des vêtements. Ils font le choix de l’élégance pour essayer de s’intégrer dans une société parfois peu accueillante. 

L’héritage anti-colonial ne quitte pas les sapeurs. Dans les années 1980, les premiers d’entre eux renvoient ironiquement les parisiens à un passé colonial honteux, en arborant le casque colonial, les vêtements militaires ou la veste saharienne kaki. Le vocabulaire des sapeurs est chargé de références cyniques à la colonisation. Les sapeurs qui se pavanent sur la Place de la République “font les chaînes” – en référence à celles qui bordent l’esplanade – et l’escroquerie au chéquier est ironiquement appelée “la dette coloniale”. 

Et Paris créa la sapologie

 

L’inventeur de la sapologie Ben Moukacha et des sapeurs parisiens. Crédit: Ben Moukacha

Après une décennie de calme pour la SAPE parisienne, elle prend un coup de jeune dans les années 2000. Après deux violentes guerres civiles en République du Congo, les sapeurs parisiens décident d’apporter de la joie à leur communauté. « Au sortir de la guerre, les jeunes se cherchaient. La mort était partout… C’était le chaos. Il fallait trouver une idéologie pour aider les jeunes à se recentrer « , explique Moukacha Monana, un sapeur Congolais vivant à Paris depuis les années 1980. Il décide de remettre la SAPE au goût du jour : c’est la naissance de la sapologie.Moukacha Monana écrit dix commandements qui régissent le comportement du sapeur ou sapologue, non sans humour.

Les dix commandements de la Sapologie: 

  • Premier commandement : Tu saperas sur Terre avec les humains et au Ciel avec ton Dieu créateur.
  • Deuxième commandement : Tu materas les ngayas (non-connaisseurs), les nbéndés (ignorants), les tindongos (les parleurs sans but) sur terre, sous terre, en mer et dans les cieux.
  • Troisième commandement : Tu honoreras la sapologie en tout lieu.
  • Quatrième commandement : Les voies de la sapologie sont impénétrables à tout sapologue ne connaissant pas la règle de trois, la trilogie des couleurs achevées et inachevées.
  • Cinquième commandement : Tu ne céderas pas.
  • Sixième commandement : Tu adopteras une hygiène vestimentaire et corporelle très rigoureuse.
  • Septième commandement : Tu ne seras ni tribaliste, ni nationaliste, ni raciste, ni discriminatoire.
  • Huitième commandement : Tu ne seras pas violent, ni insolent.
  • Neuvième commandement : Tu obéiras aux préceptes de civilité des sapologues et au respect des anciens.
  • Dixième commandement : Par ta prière et tes dix commandements, toi sapologue, tu coloniseras les peuples sapophobes.

Le pari de Moukacha Monana fonctionne. La SAPE attire à nouveau les jeunes générations. Depuis les années 2000, la capitale française est devenue l’un des plus grand foyers de sapologues au monde. 

“Il y a une sorte de mystère autour des finances des sapeurs”

Pour les sapeurs, l’habit fait bien le moine. Être impeccable à tout moment est un impératif. Et pour cela, ils ne comptent pas. “Une fois, j’ai utilisé la carte de crédit de mon travail pour m’acheter des chaussures chez Winston à 595 euros et un costume chez Zini à 2300 euros. J’ai été convoqué au tribunal du commerce, j’ai failli perdre mon business à cause de cette histoire”, raconte Moukacha Monana. 

Les sapeurs parisiens sont généralement des travailleurs au SMIC. “ Ils ne font pas partie des immigrés les pauvres car pour émigrer, il faut venir de la classe moyenne congolaise. Ici, ils peuvent par exemple être portiers ou agents de sécurité”, explique Manuel Charpy. “Il y a une sorte de mystère autour de leurs finances.” Pour dénicher des pièces, les sapeurs ont différentes stratégies : pêche aux vêtements en fin de série, échanges entre sapeurs, virée dans les fripes ou encore revente de vieilles pièces. Mais les sacrifices financiers sont inévitables.  » Parfois, certains peuvent passer 9 mois à économiser pour s’acheter un vêtement de luxe » explique Moukacha Monana. 

Les sapeurs habitent rarement dans Paris Intramuros. Ils font les trajets depuis les banlieues parisiennes pour se retrouver dans les boutiques ou les cafés. De plus en plus, les rencontres sont délocalisées en banlieue. Les grandes réunions religieuses protestantes comme les mariages ou les enterrements sont des occasions pour apparaître en société. Les locations de salles pour les grandes fêtes sont également moins chères en banlieue. C’est l’occasion de se livrer à aux duels, une tradition pour les adeptes du mouvement. Lors de battles, les sapeurs défilent et enchaînent les pas de danse pour mettre en valeur leurs tenues. 

La nouvelle génération de jeunes sapeurs espère trouver le succès en apparaissant lors d’événements médiatisés, comme les défilés de mode. Yann Colere alias Phashioniste a 31 ans. Il est cuisinier dans un grand hôtel parisien. Pour lui, la SAPE est un moyen d’intégrer le monde du Showbusiness: “Pour moi être sapeur c’est juste une personnalité, Yann n’est pas un sapeur c’est Yann Colere Phashioniste qui l’est. Mon but c’est de me faire remarquer et ça commence à marcher, j’ai pu tourner dans plusieurs clips puis j’ai été figurant dans un film.”

 

Le jeune sapeur Yann Colère Phashioniste. Crédit: Yann Colère Phashioniste

Il y a à la fois un message politique fort et à la fois, pas du tout. »

 

Avec les différentes générations de sapeurs parisiens, le sens du mouvement a évolué. Alors que les ancêtres des sapeurs refusaient de se soumettre au mépris des colons, les premières générations de congolais arrivés en France revendiquaient par l’élégance un statut pour les immigrés dans la société française. Beaucoup de sapeurs emploient d’ailleurs un français châtié et vantent leurs études, s’ils en ont faites comme le Bachelor. 

La SAPE est également un moyen pour ceux qui la pratiquent de se distinguer des autres immigrés. “Il y a un message qui n’est pas toujours sympa pour les autres immigrés, qui font des métiers “sales” et ne sont pas élégants. Les sapeurs se placent du côté des métiers “propres”. Même si c’est des petits boulots comme portier ou gardien, ils ne font pas les ménages et ne se salissent pas les mains”, explique Manuel Charpy. Le statut social est central pour les adeptes du mouvement.

Avec leurs costumes chatoyants et onéreux, ils rejettent l’image de l’immigré discret et modeste. Symboliquement, les sapeurs refusent les valeurs de tempérance attendues de l’immigré qui économise, envoie de l’argent à sa famille au pays et place les dépenses de la vie quotidienne comme le logement ou la nourriture en haut de ses priorités. En réduisant au strict minimum les dépenses qui ne vont pas dans les vêtements, les sapeurs reversent ces priorités. “Certains sapeurs, depuis les années 2000, non seulement affichent les marquent de luxe mais laissent les prix visibles lorsqu’ils portent un vêtement”, précise Manuel Charpy. Ces choix peuvent être vivement critiqués par les familles des sapeurs à Paris ou au Congo. Les dépenses sont considérées comme futiles et le mode de vie irresponsable et égoïste. 

Veste de Costume dans la boutique du Bachelor. Crédit: Nesrine Ali Ahmad

Manuel Charpy rappelle que la SAPE n’est pas qu’un mouvement protestataire : “Il y a à la fois un message politique fort et à la fois, pas du tout. C’est ce qui fait que ça a été toujours ambigu. Le culte de l’individualité est intrinsèque au mouvement depuis sa naissance, également présent dans le fait de vouloir se démarquer des autres immigrés. Cette idée devient de plus en plus centrale dans le mouvement, notamment depuis l’arrivée des réseaux sociaux. Le rejet de la mode traditionnelle est revendiqué par les sapeurs.  » Le mouvement a beaucoup évolué mais on peut toujours parler d’un mouvement politique. Je suis un homme contestataire : je suis contre la tristesse de la mode mainstream. Grâce à mes créations, les hommes peuvent porter des couleurs féminines comme le rose, le jaune ou même le violet”, affirme Le Bachelor. Certains sapeurs font ces choix vestimentaires pour être remarqués et pour avoir du succès sur les réseaux sociaux. Ils refusent de passer inaperçus en société, et désormais certains réussissent. 

La SAPE prend d’assaut la culture populaire

 

Longtemps méconnue du grand public, la SAPE faisait partie des sous-cultures peu visibles. Les sapeurs français étaient concentrés dans le nord de la capitale et disséminés à Nantes, Lyon, Orléans ou Bruxelles. Aujourd’hui, le mouvement vit à travers la culture populaire et s’exporte en dehors des frontières du 18eme arrondissement de Paris grâce à des artistes. La sapologie est désormais connue par plus de français. 

Dans le clip aux 450 millions de vues “Sapés comme jamais” du rappeur Maître Gims, les figurants sont tous habillés par la marque Connivences. Cet hymne à la sapologie primé aux victoires vante les mérites de l’élégance et met à l’honneur les sapeurs parisiens ainsi que de nombreuses marques de luxe parisiennes comme Louboutin, Chanel, Hermès ou Louis Vuitton. Dans le clip de son tube planétaire “Papaoutai”, l’artiste belge très populaire en France Stromae s’inspire des costumes aux couleurs vives et des tissus à motifs. Il emprunte également les pas de danse utilisés dans les duels. 

Sur les réseaux sociaux, les contenus avec des sapeurs font régulièrement le buzz  et mettent en lumière le monde de la SAPE parisienne. Le sapeur et humoriste franco-congolais Dycosh compte 240 000 abonnés sur sa chaîne youtube, où il apparaît dans des sketchs avec sa bande de Sapeurs « Pas comme les autres ». Dans le clip « Equilibre », filmé à Paris, il a reproduit des scènes de duels de sapeurs parisiens. En mars 2020, le vidéaste Loris Giuliano a fait 3 millions de vues sur youtube avec sa vidéo tournée dans la boutique du Bachelor

Le romancier franco-congolais Alain Mabanckou, l’une des icônes des sapeurs, a également fait connaître le mouvement à un public de lecteurs. Dans son livre Black Bazar, il narre les mésaventures d’un sapelogue congolais exilé dans le quartier de Château-Rouge au plein coeur de Paris : “Si je suis toujours habillé en costard c’est qu’il faut “maintenir la pression”, comme on dit dans notre milieu de la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, la SAPE, une invention de chez nous, née dans le quartier Bacongo, à Brazzaville […] C’est nous qui avons exporté la SAPE à Paris.”

La SAPE n’est plus seulement une affaire de congolais

Photo de l’exposition l’Art d’être un Homme en 2009. Fondatiion Dapper Crédt: Hector Mediavilla

Désormais phénomène sur les réseaux sociaux, la SAPE attire de plus en plus d’adeptes, au-delà de la communauté congolaise de Paris. Des sapeurs d’autres communautés africaines ont rejoint les rangs, mais également des sapeurs blancs. A ses débuts, la clientèle de la boutique SAPE&CO était exclusivement africaine mais depuis quelques temps, elle se diversifie. Le Bachelor se vante régulièrement d’avoir relooké Antoine de Caunes et poste sur les réseaux sociaux des photos de clients blancs : « Aujourd’hui, j’habille les sapeurs de Paris mais aussi beaucoup de français. J’ai des clients médecins, avocats ou cadres qui ont envie de se démarquer. C’est ça le but de la SAPE pour moi: Sortir de la masse, être différent et faire chanter les couleurs« . Il estime que l’exposition”L’Art d’être un homme” en 2009 à la Fondation Dapper, où tout un pavillon était consacré à la SAPE, a popularisé le mouvement auprès des occidentaux. 

  • A écouter également : Timothée de Chalzain n’est pas membre de la communauté congolaise de Paris. Pourtant, il est bel et bien sapeur.

Avec ces nouveaux sapeurs, la pratique s’éloigne de la revendication politique contre le déclassement des descendants de colonisés et des immigrés. Mais si le mouvement risque de continuer sa mutation, la SAPE semble avoir de beaux jours devant elle.

Nesrine Ali Ahmad, Rasha Miled et Antonella Francini

EN DIRECT – Réforme des retraites : des manifestations partout en France

Vendredi 24 janvier dans les rues de Paris CREDITS CAPTURE ECRAN FIGAROLIVE

A la fin de cette nouvelle journée de grève, des manifestations sont toujours en cours dans les grandes villes de France. La mobilisation se déroule dans le calme. Live de la journée à (re)découvrir ci-dessous.

10h18 : Bonjour et bienvenue dans ce live, nous allons suivre en direct cette journée. N’hésitez pas à nous laissez des commentaires ici ou sur notre compte Twitter @CelsaVendredi

10h21 : La Tour Eiffel est fermée aujourd’hui, une partie du personnel participant à la grève contre la réforme des retraites

10h24: La réforme des retraites est actuellement présentée en Conseil des ministres

10h45:  Présentée vendredi en Conseil des ministres, la réforme des retraites sera débattue au Parlement à partir de février, en vue d’un vote avant l’été. Mais il restera encore beaucoup à faire après, comme le prévoit le projet de loi

10h49 : La manifestation contre les retraites partira à 11h de la place de la République pour finir à la place de la Concorde

Carte manifestation
Détail du tracé. (©Démosphère)

10h51 : La manifestation contre la réforme du 16 janvier avait réunit 28 000 personnes ont défilé à Paris selon le cabinet indépendant Occurrence, 23 000 selon le ministère et 250 000 pour la CGT

10h52 : Devant les lycées Maurice Ravel et Hélène Boucher, dans le 20e arrondissement de Paris, la situation est très tendue en ce jour de mobilisation.

10h53 : En raison de manifestants sur les voies, le trafic est interrompu entre Porte de Vincennes et Porte de Montreuil sur le T3b. Le terminus est donc reporté à Porte de Montreuil. La RATP estime la reprise du trafic vers 12h. La police est intervenue afin de dégager la voie du tramway.

10h56 : Gare l’Est à Paris : les femmes d’ @attac.fr reprennent leur chorégraphie « A cause de Macron » contre la réforme des retraites

11h01 : On vous résume en quelques points la réforme des retraites discutée ce matin en Conseil des ministres.

Elle imposera un système universel à points, qui doit réunir en un seul les 42 régimes existants. L’assuré cotisera à une caisse unique, à savoir la Caisse nationale de retraite universelle, et ce quel que soit son statut (fonctionnaire, salarié, libéral…). Chaque heure travaillée ouvrira des droits.

Au moment de la retraite, les points cumulés tout au long de la vie active seront multipliés par un coefficient pour établir le montant de la pension annuelle.

Le nouveau système à points sera mis en place en 2022 pour les générations nées après 2004 et en 2025 pour les générations nés entre 1975 et 2004.

L’âge de départ minimum reste fixé à 62 ans mais, afin de bénéficier d’une retraite à taux plein, il faudra atteindre l’âge pivot de 64 ans. Partir plus tôt entraînera un malus de 5% par ans. Par exemple, si vous partez à 62 ans, un malus de 10% vous sera appliqué.

11h01 : Des lycéens bloquent le tramway  à la porte d’Asnières. Ils dansent et incendient une poubelle. Le tramwayT3b_RATP à l’arrêt, les agents n’arrivent pas à le débloquer.

11h05 :  Avant la manifestation parisienne, celle qui accueille le plus de mobilisés contre la réforme des retraites, d’autres cortèges s’élancent progressivement en province. Au Havre, devant la gare, ils étaient plusieurs dizaines à être rassemblés autour de 10h30. Idem à Rouen où plusieurs centaines de manifestants répondent à l’appel. Orléans, Grenoble, Limoges, Lille, Bordeaux, Rennes, Marseille, Strasbourg, Nantes ou encore Nice accueilleront également leur cortège aujourd’hui.

11h08 : Les dockers de Saint Malo ont allumé des feux ce matin en protestation contre la réforme des retraites. Ils ont également bloqués plusieurs entrées du port.

11h14 : Le cortège normand prend le départ au Havre pour protester contre la réforme des retraites

11h17 : Dans la capitale, le cortège des manifestants doit s’élancer dans quelques minutes de la place de la République vers celle de la Concorde, où sa dispersion n’est pas prévue avant 19 heures.

D’autres manifestations sont entre autres prévues à Toulouse (départ à 10 heures depuis Saint-Cyprien), Lyon (départ à 11 h 30 de la Manufacture des Tabacs), Marseille (départ à 10 h 30 de la porte d’Aix), Bordeaux (départ à 11 h 30 de la place de la République) et Lille (départ à 14 h 30 depuis la porte de Paris).

11h18 : Erratum, le tweet d’@actufrparis sur la situation devant les lycées Maurice-Ravel et Hélène-Boucher est erroné : la scène se déroule Porte de Vincennes et non pas porte d’Asnières.

11h21 : D’après les informations du Monde, le taux de participation à la grève  des enseignants du premier degré (maternelle et élémentaire) est de 15,84%. Celui du second degré (collèges et lycées) est de 10,30%.

11h23 : URGENT  Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, annonce que son syndicat et les autres organisations opposées à la réforme des retraites prévoient trois nouvelles journées de mobilisation la semaine prochaine : les mercredi 29, jeudi 30 et vendredi 31 janvier.

11h37 : Info trafic Du côté de la SNCF, la situation est conforme au plan annoncé avec un trafic quasi normal sur les TGV et l’international, 70 % des TER/Intercités et 60 % des Transiliens, a précisé l’entreprise vendredi matin.

Le réseau RATP est lui moins fluide avec quelques dépôts de bus rapidement débloqués vendredi matin et seulement trois lignes de métro qui fonctionnent normalement. Certaines stations de la ligne 1 seront fermées à partir de 12h sur ordre de la Préfecture de Police: Champs Elysées-Clemenceau, Franklin D. Roosevelt, George V, Charles de Gaulle-Étoile, Argentine et Palais Royal – Musée du Louvre.

11h38 : C’est « un jour clé« , selon le député Jean-Luc Mélenchon. Il estime qu’“un seuil se franchit aujourd’hui » dans la bataille sociale contre cette réforme.

« Si le gouvernement examine en Conseil des ministres une proposition de loi, clairement ça veut dire que M. Macron a renoncé à convaincre et que son intention c’est de vaincre et ça c’est le pire dans une société démocratique au bout de tant de jours de lutte, tant de jours de grève, tant de souffrances« , a dénoncé lors d’une conférence de presse le chef de file de la France insoumise.

11h44 : le préfet Lallemand s’est rendu place de la Concorde pour saluer les forces de l’ordre mobilisées à l’occasion de cette nouvelle journée 

Lundi Anne Hidalgo, la maire de Paris, a pointé les défaillances de la stratégie appliquée par le préfet. Elle a appelé à revenir à la doctrine Grimaud. On vous en dit plus sur cette doctrine dans cet article : 

« Violences policières » : qu’est-ce que la « doctrine Grimaud » évoquée par Anne Hidalgo ?

 

11h45 : Petit rappel du calendrier de la réforme

      • 24 janvier 2020 : La réforme est discutée ce matin en Conseil des ministres.
      • Fin février 2020 : Le texte sera examiné au Parlement.
      • 1er janvier 2021 : Mise en place de la nouvelle gouvernance du système universel de retraite, confiée aux partenaires sociaux  et sous la supervision du Parlement.
      • 1er janvier 2022 : Mise en place de l’âge d’équilibre accompagné d’un système de bonus-malus de 5% par année manquante ou supplémentaire. Il est d’abord fixé à 62 ans et 4 mois et il sera repoussé de 4 mois tous chaque année. Intégration de la génération de 2004 au régime universel.
      • 2025 : Basculement de la génération 1975 dans le système universel des retraites.
      • 2027 : L’âge d’équilibre atteindra 64 ans et mise en place d’un système de bonus-malus de 5% par année supplémentaire ou manquante.
      • 2037 : La génération de 1975 pourra faire valoir ses droits à la retraite à partir de 62 ans.

11h50 : A Gare de Lyon, les avocats ont rejoint les cheminots réunis en assemblée générale.

12h00 : Le point sur cette matinée de mobilisation contre la réforme des retraites. Les infos à retenir:

    • Le projet de loi est présenté en Conseil des ministres et sera présenté au Parlement en février. 
    • Départ des cortèges de manifestants dans plusieurs villes de Province: Le Havre, Limoges… Le cortège parisien qui devait partir à 11h est  toujours mobilisé place de la République. 
    • 3 nouvelles journées de mobilisation prévues  les 29, 30 et 31 janvier

12h14 : C’est l’heure de la pause déjeuner. L’équipe du live va manger japonais et vous retrouve en début d’après-midi !

14h00 : Le Président de la République réagit aux manifestations contre la réforme des retraites

Emmanuel Macron a dénoncé au cours du conseil des ministres, «les actes de violence et la radicalité de certains blocages», suite aux manifestations du jour contre la réforme des retraites, a indiqué la porte-parole du gouvernement Sibeth N’Diaye 

14h04 : Un premier simulateur de retraite est désormais disponible  annonce Laurent Pietraszewski, le Secrétaire d’Etat chargé des retraites auprès de la Ministre des Solidarités et de la Santé

14h20 : la manifestation à Paris est en cours. Pas d’incident à déplorer. L’arrière de la manifestation n’a toujours pas quitté la place de la République.

14h24 : Edouard Philippe : “Tout le monde a intérêt à un système plus juste et plus solide

Interviewé par un journaliste de La Croix, Le Premier ministre répond à la question “Y aura-t-il des gagnants ou des perdants ?”

« Si l’on sort des logiques catégorielles, tout le monde a intérêt à un système plus juste et plus solide. Nous allons mieux protéger les femmes, notamment celles qui ont des carrières hachées, protéger la valeur des pensions en faisant évoluer la valeur du point en fonction des salaires et non pas de l’inflation comme c’est le cas aujourd’hui, garantir aux plus jeunes que le système par répartition ne vit pas à crédit. Franchement, qui peut être perdant dans cette refondation ?”

14h31 : Edouard Philippe : “ Ce système universel de retraite va vivre très longtemps

Dans une interview du journal La Croix, le Premier ministre  explique le système de retraite dans lequel le gouvernement s’engage “va vivre très longtemps”. 

Je le dis avec un sourire, mais je souhaite bon courage au Premier ministre qui, dans le futur, proposerait de casser le système universel en quarante-deux régimes, dont certains ne seraient pas équilibrés, et pour lesquels il faudrait payer pour que leurs assurés travaillent moins que les autres. Si ce jour-là arrivait, les français défendraient avec acharnement, et avec raison, le système universel.” 

14h35 : Manifestations partout en France : Paris, Marseille, Bordeaux, et Lille

À Clermont-Ferrand, 150 avocats ont perturbé l’audience de rentrée solennelle du Tribunal judiciaire.

À Reims, les manifestants se sont donné rendez-vous à 10 heures. Ils étaient au moins 1 000 à défiler dans les rues, selon France Bleu Champagne-Ardenne.Au Havre, 7 500 manifestants défilent au Havre (Police), 3 400 manifestants à Rouen (Police)

A Marseille et Nice les manifestations ont débuté vers 12h,  certaines universités et certains lycées sont occupés par les manifestants. A Bordeaux, le cortège est arrivé place de la victoire, point de chute de la manifestation.

14h50 : 500 avocats en robe ont formé une haie d’honneur au tribunal judiciaire de Lyon ce matin, pour protester contre la réforme des retraites.

14h55 : La CGT annonce entre 350 000 et 400 000 manifestants à Paris.

Lors de la dernière manifestation le 16 janvier, la CGT avait comptabilisé 250 000 manifestants dans la capitale, le Ministère de l’Intérieur 23 000,à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC Solidaires, FSU et des organisations de jeunesse). Les chiffres de la Préfecture de Paris ne sont pas connus à cette heure.

15h00 : « L’âge d’équilibre reste dans la loi », même si le gouvernement a renoncé à l’appliquer dès 2022, a indiqué vendredi la Ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn.

15h03 Arrivée des premiers manifestants place de la Concorde à Paris

La tête du cortège parisien arrive place de la Concorde selon notre confrère du Monde, Pierre Bouvier.

15h15 : D’après Bercy, les taux de grévistes chez les fonctionnaires sont de : 

 – 7,98 % dans la fonction publique d’Etat

– 1,91 % dans la fonction publique territoriale

– 2,6 % dans les hôpitaux

15h25 : Alexis Corbière dénonce la “radicalisation du gouvernement”

15h31 : Une légère augmentation de la participation pour la fonction publique

La mobilisation est en baisse depuis le 5 décembre mais la fonction publique marque un léger rebond comme le montre l’infographie de nos confrères du Figaro.

15h34 : Pour le New York Times, Philippe Martinez est “l’image publique” des grèves en France.

15:41 : Des chiffres de participation très variés à travers la France

Le nombre de manifestants présent dans les grandes villes de France tombent peu à peu. Malgré les grands écarts des estimations, voici les chiffres que nous avons récolté :

A Paris, la CGT a déclaré que 350 000 à 400 000 personnes avaient manifesté dans les rues de la capitale. Les estimations du ministère de l’Intérieur ne sont pas encore connues.

A Lyon, la préfecture de police a dénombré 9 000 manifestants (20 000, selon les organisateurs).

A Bordeaux, les autorités ont annoncé 7 500 manifestants.

A Toulouse, la police parle de 5 000 personnes (95 000 selon la CGT).

A Marseille, la police a compté 8 000 participants, contre 180 000 pour la CGT.

A Nice, la police a rapporté 2 900 manifestants, contre 10 000 selon les syndicats.

A Nantes, nos confrères de Ouest France font état de près de 7 000 manifestants contre la réforme des retraites.

A Rennes, Ouest France estime qu’environ 4 000 personnes ont participé à la manifestation.

Au Havre, les forces de l’ordre ont dénombré un peu moins de 6 000 manifestants.

A Boulogne-sur-mer, la police a fait état de 500 manifestants, quand les syndicats parlaient plutôt du double.

15h45 : ce qui a été dit lors du Conseil des ministres ce matin

Dans le compte-rendu du Conseil des ministres de ce vendredi, on lit que “conformément aux engagements du Président de la République et du Gouvernement, l’âge minimum auquel il est possible de partir en retraite est maintenu à soixante-deux ans. Il s’agit de laisser à chacun, en fonction de son parcours, le choix de la liberté,tout en incitant les Français, sans les y forcer, à travailler un peu plus longtemps, dans le but de garantir les pensions et de financer un niveau élevé de solidarité.”

16H00 :  le point à 16h00 sur la mobilisation contre la réforme des retraites 

  • Plusieurs grandes villes de France ont vu défiler des milliers de manifestants (les chiffres restent très disparates selon les régions et les sources préfectorales  ou syndicalistes). Pour Paris, les chiffres de la préfecture sont toujours inconnus. 
  • Les taux de grévistes chez les fonctionnaires sont faibles, mais en légère augmentation par rapport à ceux observés lors des dernières manifestations
  • Plusieurs centaines d’avocats se sont mobilisés à travers la France
  • Un premier simulateur de retraites est désormais disponible sur le web
  • Emmanuel Macron a dénoncé en Conseil des ministres : “les actes de violence et la radicalité de certains blocages” dans le cadre des manifestations contre la réforme des retraites. 

Avion sans pilote, voiture sans chauffeur… les transports deviennent intelligents

Mardi 21 janvier, Airbus réussit le premier décollage automatique d’un Airbus A350. Avion sans pilote, taxi sans chauffeur… Les transports autonomes se multiplient. Les conducteurs deviennent une espèce en voie de disparition, remplacés par l‘intelligence artificielle.

L’avion 

C’est une première mondiale : un Airbus 350 décolle sans l’intervention des pilotes. Ils sont pourtant deux à bord, accompagnés de trois ingénieurs. Mais grâce à une caméra installée sur l’avion, un programme de reconnaissance visuelle et un logiciel de décollage automatique, les pilotes n’ont qu’à pousser la manette de gaz.

La voiture 

A Phoenix aux Etats-Unis, les Robo-Taxis de Waymo, filiale d’Alphabet, la maison mère de Google, sont sans chauffeur. C’est la première exploitation commerciale de voitures autonomes.

Les clients commandent le taxi sur leur smartphone, comme pour un service de VTC classique. Grâce à l’intelligence artificielle, 3 lidars (systèmes de détection par laser), 6 radars et 19 caméras, le Robo-Taxi collecte des millions de données pour se diriger et amener ses clients à bon port.

La moto 

Au CES 2019, le constructeur allemand BWM a fait sensation en présentant sa moto intelligente. Dirigée grâce à l’IA et des techniques d’auto-équilibrage, le deux roues n’a pas vocation à remplacer le chauffeur mais à renforcer sa sécurité et à faciliter ses déplacements.

Le bateau

En septembre 2020, le trimaran Mayflower va traverser l’Atlantique. Un projet de l’ONG Promare et IBM pour célébrer les 400 ans de la première traversée des colons anglais vers les Etats-Unis. Entièrement autonome, le bateau se pilote grâce à la technologie PowerAI Vision d’IBM couplée à des radars et des lidars.

Le train

Janvier 2020, la Chine inaugure un train autonome pour les JO d’hiver 2022. Sans conducteur, il roule jusqu’à 350 km/h et parcourt 175 km entre Pékin et Zhangjiakou en 47mn. Le train baptisé « Fuxing » (renaissance) est équipé de la technologie ATO (Automatic Train Operation).

Fuxing le train autonome chinois
Fuxing, le train autonome chinois – Crédits : Chine Nouvelle

Le bus

A Lyon, depuis 2016, les bus roulent tous seuls. Les « Navlys » sont des minisbus électriques sans conducteur, et gratuits, pilotés à l’aide de capteurs réalisant du mapping 3D.

Le vélo

Ce n’est pas une blague : le vélo autonome existe ! Inventé par des ingénieurs chinois, la bicyclette roule jusqu’à 15 km/h, contourne les obstacles, s’auto-équilibre et peut même être dirigé par la voix. Le tout grâce à la puce Tianjic, une puce neuromorphique, inspirée de la structure du cerveau humain. Une première étape dans le développement de l’intelligence artificielle générale, ou AI Forte qui permet à des machines de reproduire le plus fidèlement possible les processus cognitifs humain.

 

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