Le ministre de l’Intérieur, éternel fusible du gouvernement

Christophe Castaner sur la sellette suite à l’attaque au couteau à la préfecture de police de Paris. / Toufik-de-Planoise, Wikipédia.
Si la position de “rempart” du Premier ministre vis-à-vis du président de la République n’est plus à démontrer, le ministre de l’Intérieur est lui aussi sur la sellette lors de chaque crise politique majeure. Décryptage d’une fonction instable.

“Christophe Castaner fragilisé après les révélations sur l’attaque à la Préfecture de police”, titre BFMTV ce lundi 7 octobre, à la suite de l’attentat qui a fait quatre morts vendredi 4 octobre à la Préfecture de police de Paris. Dans quelques jours, cela fera un an que ce proche d’Emmanuel Macron a pris la tête du ministère de l’Intérieur. Une période durant laquelle il a déjà dû gérer de nombreuses crises, des actes des “gilets jaunes” à l’incident de l’usine Seveso de Rouen, en passant par la mort de Steve Maia Caniço.  Chacune de ces crises a été l’occasion pour l’opposition, de droite comme de gauche, de réclamer la démission du ministre, et la dernière en date ne fait pas exception.

Mais Christophe Castaner est loin d’être le seul ministre de l’Intérieur a avoir essuyé des demandes de démission durant son passage place Beauvau. “Je n’ai jamais vu un ministre de l’Intérieur dont on ne demande pas la démission tous les deux mois”, a réagi ce lundi au micro de franceinfo Marc Trévidic, ancien juge d’instruction au pôle antiterroriste et président de Chambre à la cour d’appel de Versailles. Ces demandes de démission par les élus d’opposition « relèvent d’une logique et d’une règle du jeu propre aux rapports de force politiques« , explique au Celsalab Jean Petaux, politologue à Sciences-Po Bordeaux, « c’est de bonne guerre et c’est le jeu« .

Sacrifier son premier flic ou attendre que la crise passe

Revient alors au président de la République la décision de se défaire ou non du ministre pointé du doigt. Et c’est, là encore, une décision éminemment politique selon Jean Petaux :  le chef de l’Etat « doit alors apprécier si cela en vaut la peine« ,  s’il doit « sacrifier « son premier flic » ou, au contraire, faire le « gros dos » et attendre que cela passe en opposant une fin de non-recevoir à cette demande« . Dans le cas de Christophe Castaner, le politologue estime qu’il est « peut-être trop tôt pour « actionner le coupe-circuit » Castaner« , mais juge qu’il sera envisageable si la crise s’éternise : si la crise « prend une ampleur telle que dans le rapport « coût / avantage » […], le prix politique à payer serait nettement trop élevé« .

Et c’est notamment Christian Fouchet qui paie ce prix en 1968 à la fin de la crise du mois de mai. Charles de Gaulle dissout l’Assemblée et limoge son ministre de l’Intérieur à qui il aurait fait cette remontrance : « Vous n’avez pas osé faire tirer « .  Cinquante ans plus tard, Christophe Castaner a, lui, osé commander l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) durant les manifestations des « gilets jaunes », et cette instruction lui est activement reprochée.

Une longévité moyenne de 594 jours

Le portefeuille de l’Intérieur fait partie, aux côtés de l’Environnement et l’Économie, des plus instables du gouvernement, avec une longévité moyenne d’un an et sept mois pour un ministre en fonction, d’après les analyses du Parisien. La complexité de la tâche du « premier flic de France » pourrait expliquer ce court service. Il doit gérer toutes les « questions se rapportant à la sécurité de l’Etat et au maintien de l’ordre » sur le territoire national, et cela comprend les attentats, les manifestations mais également toutes les tâches de maintien de l’ordre public quelles qu’elles soient. Et subir les accusations de laxisme ou de répression. Une mission qui a « épuisé, tendu, stressé » Bernard Cazeneuve sous le gouvernement Valls, selon un proche cité par l’Obs, et épuisé Gérard Collomb qui en a eu « marre de passer pour le facho de service », relate France Soir.

Une responsabilité politique plutôt que fonctionnelle

Afin d’assurer le bon fonctionnement de son administration, le ministre de l’Intérieur doit faire appel à un grand nombre de subordonnés, à divers échelons et sur l’ensemble du territoire. On compte ainsi 289 000 fonctionnaires au ministère de l’Intérieur en 2019, des agents dont le ministre est considéré comme responsable. Selon Jean Petaux, « c’est une responsabilité politique et non fonctionnelle« , « de la même manière que, jadis, lorsqu’un train déraillait le président de la SNCF présentait sa démission au gouvernement, quand ce n’était pas le ministre des Transports lui-même », développe-t-il. Cette pratique s’est aujourd’hui perdue « et on ne peut que le déplorer« , estime le politologue. Quoi que l’on en pense, une telle pratique, si elle était systématique, n’aurait pas permis aux hommes politiques de poser très longtemps leurs valises place Beauvau.

 

Elsa Assalit

Extinction Rebellion : « Les militants ne sont pas des gros babos qui ont trois chiens dans leur garage »

Les militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion occupent depuis lundi après-midi la place du Châtelet à Paris. Des assemblées générales, des prises de paroles, des séances de méditation y ont lieu dans une ambiance bon enfant. Une centaine d’activistes se retrouvent ici pour dénoncer l’inaction du gouvernement face au réchauffement climatique. Parmi eux, Maxime Ollivier, venu de Toulouse pour soutenir cette action de désobéissance civile.

Maxime Ollivier est venu de Toulouse pour occuper la place du Châtelet. Il n’a pas hésité à dormir dans une tente cette nuit. (crédit: Camille Kauffmann)

Sous des bâches installées quai de la Mégisserie pour se protéger de la pluie, Maxime Ollivier s’agite. Cet activiste de 22 ans est à l’aise avec tout le monde: il est le coordinateur d’un des six points de blocage de la place du Châtelet, à Paris. « Extinction Rebellion est un mouvement très horizontal et décentralisé, mais nous désignons chaque jour des référents pour que ça ne soit pas l’anarchie », explique-t-il en grignotant un bout de pain trouvé dans le frigo improvisé du mouvement écologiste.

Étudiant à Sciences po Toulouse, il a été séduit par l’antenne locale d’Extinction Rebellion et a fait le déplacement pour participer à l’occupation de la place parisienne. Sensibilisé à la cause environnementale depuis un stage en Malaisie, où il a vu les dégâts causés par la déforestation, Maxime Ollivier a eu une prise de conscience quand Nicolas Hulot a démissionné de son poste de Ministre à la transition écologique, fin août 2018. Au vu des ses études, le poste de Nicolas Hulot représentait son « life goal » : « pour moi c’était le poste qui permettait de faire changer les choses. Et le fait qu’un homme avec de telles convictions démissionne parce qu’il n’arrive pas à faire changer les choses de là où il est, ça m’a donné le déclic. » A la suite de sa démission, des marches pour le climat ont été organisées à Paris notamment. Celles de Toulouse tardaient à venir, Maxime a pris les choses en main et a organisé les marches pour le climat dans sa ville. « Je me suis dit que j’étais peut-être plus à l’aise au sein des contre-pouvoirs ». Cela fait plus un an qu’il multiplie les actions. Car si son engagement est récent, il n’en est pas moins intense.

« J’avais l’impression d’être dans la [série] Casa de papel ! »

Une action qui a marqué son parcours militant et personnel : l’occupation à la Défense de la Société Générale. Il faisait partie des 2.000 personnes en avril dernier à bloquer les tours des multinationales. Habillés en costume pour passer inaperçu, avec des faux badges de la société, les activistes se sont glissés à l’intérieur de la banque, « mais la sécurité s’est rendue compte qu’on était des activistes et a bloqué tous les accès. Je me suis retrouvé pendant 10 heures, assis, à bloquer l’intérieur de la banque. J’avais l’impression d’être dans la Casa de papel ! C’était ouf. C’était le premier blocage de masse. Il y avait même des gens qui avaient  pris des couches au cas où on n’aurait pas accès aux toilettes ! D’ailleurs, j’en ai dans mon sac.”

Il fait également partie des premiers à avoir rénové une clinique désaffectée pour créer le quartier général de La Bascule dans le Morbihan. Un lobby citoyen autogéré qui réfléchit à des propositions pour le climat,  sensibilise les citoyens à l’écologie, et forme des futurs candidats aux municipales de 2020. Après y avoir vécu quatre mois, il a repris ses études de communication à Toulouse mais reste sur le qui-vive. Il n’a pas hésité à rejoindre l’action de cette semaine. Son engagement le surprend lui-même: « Je me rends compte que c’est un peu fou :  je vais sécher une semaine de cours pour venir  à Paris et dormir dans une tente place du Châtelet. » Mais Maxime est convaincu de la nécessité d’agir et s’appuie sur des arguments de collapsologie « notre modèle socio-économique va s’effondrer parce qu’il est fondé sur une croissance infinie dans un monde fini. C’est rationnellement impossible. »

« Je suis une espèce de pont entre les deux milieux : pas tout à fait hors du système et pas non plus à 100 % dedans »

Si Maxime Ollivier est là aujourd’hui, c’est non seulement pour défendre ses idées et faire réagir le gouvernement, mais aussi pour faire changer l’image de l’activiste écolo. Le cliché du militant qui ne travaille pas l’agace « J’ai envie de montrer que les gens qui font du militantisme ne sont pas des gros babos qui n’ont plus de lien avec leur famille et qui ont trois chiens dans leur garage, beaucoup de gens pensent que c’est ça, un activiste. Moi je suis étudiant à Sciences po et j’ai fait deux ans de classe préparatoire. »

Selon lui, l’image du militant est souvent écornée et caricaturée. D’un ton calme, il explique que Ségolène Royal a fait de la désinformation en accusant les membres d’Extinction Rebellion d’être violents et de desservir la cause écologique, suite au blocage du centre commercial Italie 2, samedi dernier. « On est en train de mettre en place une cagnotte pour acheter des lunettes à Ségolène Royal pour qu’elle lise la 9ème clause d’XR qui est : “non violence” », explique-t-il d’un air désabusé.

Le mode d’action d’Extinction Rebellion, non-violent et ludique, a convaincu Maxime Ollivier, qui se prend à rêver d’un avenir plus ambitieux pour cette ONG encore jeune. A terme, il souhaite que l’organisation soit présente dans toutes les villes de France et qu’elle agisse localement, « en empêchant la construction d’un élevage intensif de poules en Bretagne, par exemple. »

 

Camille Kauffmann

 

 

 

 

Manifestation des travailleurs en Ehpad : « On n’en peut plus »

Presque deux ans après le mouvement de grève national dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, la grogne persiste chez le personnel.

 

Les travailleurs dans les Ehpad et aides à domicile manifestaient ce matin devant le ministère de la Santé. Ils réclament une hausse des salaires, et l’ouverture de 40.000 postes sur tout le territoire. (Crédit : Alice Ancelin/CELSA)

 

Ils étaient une centaine à se mobiliser ce mardi matin devant le ministère de la Santé. Syndicats, directeurs d’Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), aides-soignant(e)s, et aides à domicile réclament au gouvernement plus de moyens financiers et humains. Une mobilisation qui s’inscrit dans un mouvement de grève nationale de tous les travailleurs du « grand âge » aux quatre coins du pays. « Depuis près de deux ans, on tire la sonnette d’alarme concernant la prise en charge des personnes âgées, à domicile et en établissements, et le gouvernement reste sourd à notre demande, constate Jean-Paul Zerbib, représentant national de la CFE-CGC sur cette problématique. L’urgence, c’est la création de postes. »

Pourtant, la semaine dernière, le ministère d’Agnès Buzyn annonçait dans son Projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2020 (PLFSS) la création de 5.200 postes en Ehpad sur tout le territoire, ainsi qu’une enveloppe de 50 millions d’euros pour les aides à domicile. Des mesures largement jugées « insuffisantes » par l’intersyndicale, qui réclame la création de 40.000 postes, soit l’équivalent « d’une ou deux personnes de plus par établissement en France », selon Jean-Paul Zerbib. 

 

Un ratio de 6 soignants pour 10 résidents

S’ils réclament l’ouverture de postes, les manifestants interpellent aussi le gouvernement sur la nécessité de rendre attractif un corps de métier aujourd’hui à bout de souffle. « Et l’attractivité, ça passe par l’augmentation des salaires, c’est la première chose à faire si l’on veut que les choses évoluent, affirme Eric Fregona, directeur adjoint de l’AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Âgées). En France, on a un ratio de 6 aides-soignants pour 10 résidents. Alors que pour s’occuper d’eux dignement, il en faudrait 8, minimum ».

Un manque de personnel que constate aussi Roger, résident de 81 ans à l’Ehpad de Saint-Maur-les-Fossés (94). « Il ne sont pas assez, c’est terrible, assure-t-il. Moi ça va, je suis encore assez autonome. Mais ce qui me chagrine, ce sont ceux en fauteuil, les plus dépendants, qui ne sont pas très bien assistés ». Mais Roger ne blâme pas pour autant les soignants. « La preuve, je suis venu manifester avec eux aujourd’hui, et je les soutiens totalement », souligne-t-il, bras dessus bras dessous avec une des aides-soignantes de son Ehpad. 

 

Martine,aide-soignante dans un Ehpad du Val-d’Oise : « J’ai l’impression de mal faire mon travail » (Crédit : Alice Ancelin/CELSA)

 

“On perd notre vocation”

 

Martine travaille dans un Ehpad du Val-d’Oise depuis près de 20 ans. « On fait tout vite : les toilettes, les repas, le coucher. C’est l’usine. Et c’est épuisant, on perd notre vocation, avoue-t-elle. J’ai 48 ans, et j’ai déjà été arrêté plusieurs fois pour des problèmes de dos à force de courir partout tout le temps ». Comme elle, nombreux sont les travailleurs en Ehpad qui ont des accidents de travail, et les arrêts à rallonge sont réguliers. « J’ai une collègue qui a fait un burn-out l’année dernière », ajoute Martine. Certains vont même jusqu’à quitter leur emploi, pour se reconvertir. « Les soignants sont en réelle souffrance, appuie Karine Halgrain, membre du syndicat UNSA Santé. Ils sortent des écoles avec une certaine éthique, mais sur le terrain ils n’arrivent pas à appliquer ce qu’on leur prodigue en formation ». Un avis que confirme Martine : « j’adore mon métier, mais j’ai l’impression de mal faire mon travail ».

Le Ministère de la Santé reste pour l’instant inactif face aux revendications des travailleurs en Ehpad et aides à domicile. « Un dialogue est installé, mais on nous répète qu’il n’y a pas d’argent, déplore Karine Halgrain. Jusqu’où devra-t-on aller pour se faire entendre ? ».

 

Alice Ancelin

Incendie à Villeurbanne : le point à la mi-journée

Un impressionnant panache de fumée noire s’est échappé mardi 8 octobre de Villeurbanne, une ville de la métropole lyonnaise. Un « important incendie » a pris sur une friche industrielle reconvertie en incubateur de start-up. Le feu est désormais maîtrisé.
Les pompiers tentent ce matin d’éteindre le feu qui s’est déclenché à Villeurbanne dans une friche industrielle.
Crédit : Romain Lafabregue/AFP

C’est un incendie spectaculaire qui s’est déclenché ce mardi matin dans une friche industrielle de Villeurbanne. Le feu s’est propagé dès 7 heures selon la mairie de la ville et a été maîtrisé peu avant 13h, selon les informations de la préfecture transmises à l’AFP. Le bâtiment touché est le « Bel Air Camp », qui regroupe plus de 55 start-up, TPE-PME qui planchent sur « l’industrie de demain » . Au moins 5.000 m2 de bureaux ont été ravagés par les flammes. La cause de l’incendie n’est pour le moment pas connue. Aucun blessé n’a été signalé et plus de 100 sapeurs pompiers et 30 engins ont été mobilisés.

« Aucun site Seveso à proximité » selon la préfecture

Selon le maire de cette ville limitrophe de Lyon Jean-Paul Bret, il n’y a aucun site Seveso à proximité. L’usine de Safran située à côté n’est « ni touchée ni menacée », a ajouté la préfecture. Une source proche du dossier a confirmé qu’une start-up spécialisée dans les batteries pour vélo avait été atteinte par les flammes, mais la préfecture n’a décrété aucune mesure de confinement. Elle a cependant indiqué que des analyses de la qualité de l’air étaient en cours. Les autorités ont appelé à éviter le secteur et le trafic des transports en commun est toujours perturbé.

Celsalab avec AFP