Quand les journalistes sportifs racontent leurs plus grands souvenirs

Depuis la mi-mars la plupart des compétitions sportives professionnelles sont à l’arrêt, au grand dam des téléspectateurs. Pour réactiver notre sécrétion d’adrénaline, des journalistes sportifs nous racontent leurs plus grands souvenirs. 

Il faudra attendre le mois d’août pour la reprise des compétitions sportives. (Jonas Hasselqvist / Pixabay)

De « l’apothéose des Experts », au « cinquième relayeur » Nelson Monfort : les meilleurs souvenirs des journalistes sportifs

Thomas Villechaize, journaliste à beIN Sports se remémore la victoire des Experts au Mondial 2017 de handball en France, « l’apothéose d’une équipe qui avait tout connu ».

« C’est un match que j’ai eu la chance de commenter, un moment de grâce. En 2017, la finale du championnat du monde masculin de handball en France contre la Norvège, c’est l’époque bénie pour le handball français, et la fin de la génération des Experts. J’ai vécu ça de l’intérieur, c’était incroyable, l’apothéose d’une équipe qui avait tout connu et qui ne pouvait pas mieux terminer son histoire, à la maison devant les 17 000 personnes de l’AccorHotels Arena. J’ai été pris par les émotions, ça ne m’arrive pas souvent. Avoir accompagné à mon humble mesure l’équipe de France dans ce moment-là, ça a été une chance inouïe, c’est là qu’on se rend compte que le sport est un vecteur d’émotions incroyables. »

Patrick Montel, journaliste sportif à France Télévisions, commente l’athlétisme depuis plus de 30 ans. Parmi cette myriade de souvenirs il a opté pour la finale du 10 000 mètres féminin aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, « un pied de nez au racisme ».

« Pour la première fois, l’Afrique du Sud est réintégrée dans le concert des nations olympiques après des années d’exclusion de toutes les compétitions sportives pour cause de l’apartheid. En finale du 10 000 mètres, il y a une Sud-Africaine blanche, Elena Meyer, qui va faire la course en tête avec derrière elle Derartu Tulu, une Éthiopienne noire. Ces deux femmes vont se livrer un duel absolument exceptionnel. Le 10 000 mètres, en général, ça peut être très ennuyeux, c’est quand même 25 tours de piste ! Et là, les deux jeunes femmes sont si proches l’une de l’autre qu’on ne voit pas le temps passer. Finalement, c’est Tulu qui gagne d’un rien devant Meyer. Mais ce n’est pas tellement cela qui est intéressant. Ce qui m’a provoqué cette émotion dont je me souviens encore aujourd’hui, c’est le tour d’honneur qu’elles ont fait ensemble avec les drapeaux sud-africain et éthiopien mêlés, cette femme blanche et cette femme noire qui avaient oublié leur couleur de peau et partageaient leur bonheur ensemble. Un pied de nez au racisme. »

Malgré un répertoire tout aussi large, le meilleur souvenir de Nelson Monfort, reporter de terrain à France Télévisions, est à la portée des plus jeunes. Quand après la victoire du relais français au 4×100 mètres nage libre, un nageur lui fait une déclaration.

« C’est un moment où l’émotion a rejoint la performance. L’Equipe de France jouait entre la 5e et la 3e place dans le meilleur des cas. On annonçait plutôt les Etats-Unis, la Chine, l’Australie… Jusqu’au bout on n’était pas sûrs de la composition, au dernier moment Clément Lefert avait remplacé Alain Bernard, ça avait créé une controverse. Après leur victoire incroyable, Yannick Agnel, un des nageurs français, m’a soufflé à l’oreille : ‘Tu es notre 5e relayeur’. C’est pour ce genre de moments que je fais ce métier. »

Le cauchemar de Furiani de Jacques Vendroux, et les désillusions du XV de France : leurs pires souvenirs

« Sans réfléchir », Cécile Grès, journaliste spécialisée rugby à France Télévisions, a évoqué le souvenir d’une blessure encore ouverte : l’élimination du XV de France face au Pays de Galles lors de la dernière Coupe du Monde de rugby au Japon à l’automne dernier.

« C’était mon premier événement de cette ampleur avec France Télévisions, j’étais envoyée à l’autre bout du monde pendant un mois. Au fur et à mesure du match, on se dit que cette équipe, qui n’a pas montré grand-chose depuis bien longtemps, est capable de le faire. On sent qu’il se passe un truc. J’essaye dans la mesure du possible d’être neutre quand je suis au stade pour le travail, mais quand Vahaamahina fait son coup de coude… A la télé ça met un peu plus de temps, mais dans le stade on voit tout de suite le geste et on comprend que ça sera rouge, et les conséquences sur la fin du match. Après, en zone mixte, c’est très particulier, on n’est pas juste face à des joueurs qui viennent d’être éliminés de la Coupe du monde, on est face à des joueurs qui doivent assumer un fait de jeu difficilement défendable. Ça s’est fini comme ça. Le lendemain dans l’avion c’était un sentiment bizarre. C’était juste nul comme fin d’aventure, oui, c’est ce que j’ai ressenti, c’était juste nul. Dans la même veine que le coup de boule de Zidane ou le coup de poing de Haouas, des moments où tu te dis « mais pourquoi ? » ».

Jeune journaliste à la rédaction de France TV Sport, Emilien Diaz n’a pas vécu son pire souvenir en tant que journaliste « mais en tant que supporter du FC Sochaux ». Forcément.

« Je suis originaire de Franche-Comté et j’ai grandi avec le FC Sochaux. Je garde un souvenir très douloureux de la défaite 3-0 contre Evian lors de la finale pour le maintien en Ligue 1 en 2014. Sochaux avait réalisé une deuxième partie de saison exceptionnelle, le club revenait de nulle part et s’était donné une chance de rester parmi l’élite avec Hervé Renard en s’offrant cette finale pour le maintien à domicile. Toute la région était derrière ses joueurs, je n’avais jamais vu le stade Bonal comme cela et malheureusement le match a tourné à la catastrophe et le club est descendu en Ligue 2. Terrible à vivre pour tout le monde après tant d’espoir. »

Le pire souvenir de Jacques Vendroux est à classer dans un tout autre registre, celui de l’effroyable. Le 5 mai 1992, le journaliste commentait la demi-finale de Coupe de France Bastia-Olympique de Marseille au stade Furiani lorsque la tribune s’est effondrée.

« Je suis tombé de la tribune, et je suis resté dans le coma je ne sais combien de jours. On y pense tous les jours quoi qu’il arrive, ça reste une plaie qui ne se refermera jamais. Dès qu’on voit une ambulance on y pense. Mais ça ne m’a jamais fait penser que j’arrêterai ce métier : j’essaie de positiver, j’ai pu rejouer au football, faire mon métier…Mais ça reste. Celui qui dit qu’il va passer à autre chose est un menteur : c’est impossible. Si vous avez un minimum d’affect, le sens de l’émotion, de la joie et de la peine, c’est impossible d’oublier. »

Le « pionnier » Nelson Monfort et le Mondial 98 de Yassine Khiri : les naissances d’une vocation

Lors de la couverture d’un événement, les « reporters de terrain » sont désormais monnaie courante pour recueillir les émotions des sportifs. Mais quand Yannick Noah remporte Roland Garros en 1983, personne ne tend le micro au tennisman français. Un manque à l’origine de la vocation d’un certain Nelson Monfort.

La victoire à domicile des Bleus en Coupe du Monde 1998 a été pour beaucoup de journalistes le point de départ de la vocation de journaliste sportif. Yassine Khiri, journaliste à l’AFP évoque cet événement avec un brin d’amertume.

« Le Mondial 98 en France. Je pense n’avoir pratiquement raté aucun Téléfoot, à ce jour, depuis ma découverte de l’émission culte du football français lors de la compétition. J’avais suivi tous les matches des Bleus, j’avais essayé de mémoriser le noms de tous les joueurs principaux de la compétition et les drapeaux de toutes les équipes en lice. Au point de les avoir dessinés et compilés sur un cahier spécial ! Pouvoir raconter en tant que journaliste la liesse après la finale, analyser le triomphe de la France « black, blanc, beur », ou encore décrypter les raisons du boom économique post-Mondial, aurait été génial. »

A. Diop – H. Roux – L. Augry – K. Gasser

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