Le numérique au service de la santé

En 1800, l’espérance de vie des Français était de 30 ans. Deux siècles plus tard, elle culmine à 82 ans. Principale raison : les fantastiques progrès de la médecine. Du vaccin de Pasteur contre la rage à la réussite des premières greffes de visage, de nombreuses découvertes ont bouleversé la vie quotidienne des Français. Aujourd’hui, c’est le numérique qui est en passe de révolutionner le domaine de la santé.

L’établissement public Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) aide les start-ups à se développer sur le modèle des chercheurs-entrepreneurs. Et cela fonctionne aussi en médecine : 20% des 4 500 personnes employées par l’institut de recherche se consacrent à des thématiques directement liées au domaine de la santé. Les inventeurs du monde numérique – c’est le surnom que s’est donné l’institut – développent par exemple des technologies permettant de modéliser le cœur de n’importe quel patient.

Patient virtuel et impression de cellules en 3D

La technologie CardioSense3D permet par exemple de simuler des interactions avec un cœur humain. Pour Philippe Gesnouin, directeur général de l’Inria en charge des questions médicales, la possibilité de créer un patient virtuel est la réussite la plus spectaculaire de l’institut et de ses partenaires. « Nous avons un modèle générique constituée d’équations et avec les données personnelles d’un patient nous pouvons simuler des interactions moléculaires et même préparer des interventions chirurgicales. C’est particulièrement intéressant lorsqu’il est nécessaire de pratiquer des sutures sur le cœur du patient. Grâce au numérique, le chirurgien sait à l’avance et précisément sur quelle zone il doit opérer. »

Le directeur général de l’institut de recherche note que « la possibilité nouvelle d’étudier numériquement le patient est une innovation exceptionnelle pour les médecins. Cela les aide à réaliser un diagnostic ou à préparer les opérations. Certaines des technologies Inria sont déjà utilisées dans de grands hôpitaux européens. » C’est le cas du programme Carmen au CHU de Bordeaux. Celui-ci permet de construire une cartographie cardiaque qui va guider le médecin lors de l’intervention à partir des signaux électriques récupérés sur le thorax du patient.

Autre technologie révolutionnaire : l’impression en 3D de tissu cellulaire. L’entreprise girondine Poietis a mis au point un modèle numérique permettant l’impression de cellule de peau humaine en 3D. D’après la start-up, les cellules ainsi créées ont une viabilité de 95 à 100%. Les premiers produits devraient être commercialisés en 2017. La société a déjà levé plus d’un million d’euros et signé un partenariat stratégique avec le groupe BASF, géant mondial de la chimie.

Philippe Gesnouin note que : « Chaque technologie nouvelle est un produit supplémentaire dans la palette des chirurgiens. L’impression en 3D de peau, la modélisation des organes, des tumeurs cancéreuses… C’est aussi une bonne chose pour les patients car le numérique est toujours moins invasif. »

Les nouvelles technologies profitent également aux étudiants en médecine. D’après le directeur général de l’Inria, de plus en plus d’universités se dotent des dernières technologies pour former les chirurgiens de demain. « Les programmes de simulation d’opérations permettent à l’étudiant de valider certaines compétences, à l’instar d’un pilote qui doit voler un certain nombre d’heures en simulateur avant de faire décoller un véritable avion. » Finalement, le chercheur voit dans la nouvelle génération le déclencheur de la révolution numérique à venir en médecine. « Le numérique est partout mais il ne fait qu’arriver dans le domaine de la santé. J’aimerais pouvoir dire que la santé a été révolutionnée par le numérique, mais en pratique ce n’est pas tout à fait le cas. Quand on va chez le médecin, il faut toujours amener son carnet de santé, les prises de rendez-vous ne sont pas automatisées… Pour l’instant les nouvelles technologies s’installent peu à peu dans les hôpitaux. Le déclic viendra de la frustration des jeunes médecins de ne pas pouvoir exercer numériquement alors que dans leur vie quotidienne tout se fait avec la technologie. »

Nicolas Horlait

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