Présidentielle 2027: à un an du scrutin, la multiplication des micropartis

Le nombre de petits partis lancés par des personnalités politiques a connu une forte hausse ces vingt dernières années. Au risque d’éclipser les partis traditionnels ?
Le palais de l’Elysée, à Paris. Libre de droit

À un an de l’élection présidentielle, les prétendants à l’Élysée se multiplient… et les partis aussi. Dernier en date : Bâtissons ensemble, micro-parti créé par l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, qui a annoncé démissionner de la direction de Renaissance, jeudi 6 mai, au micro de France Inter. Si cette dernière a précisé ne pas être candidate à la succession d’Emmanuel Macron, d’autres aspirants ont, eux aussi, lancé leur propre structure. Une pratique devenue monnaie courante au point de provoquer une véritable explosion du nombre de partis politiques en France. 

Selon les chiffres de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), cités par Libération, le paysage politique recensait 652 partis en juin 2025. Parmi les candidats déclarés ou potentiels au scrutin élyséen, six ont créé leur micro-parti. Le premier d’entre eux est François Ruffin, qui a lancé, dès 2017, son parti local Picardie debout !, l’a renommé l’année dernière Debout !, signe que les ambitions du député de la Somme s’étendent désormais à l’échelle nationale. Sans oublier Bernard Cazeneuve à la tête de La Convention depuis ses désaccords avec Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.

Derrière les partis, l’enjeu financier

Mais la gauche n’a pas l’apanage de la récente poussée des micro-structures politiques. À droite, où les candidatures sont également multiples, et où l’alliance avec le centre reste très incertaine, David Lisnard (Nouvelle Energie) et Xavier Bertrand (Nous France) ont longtemps cumulé leur adhésion aux Républicains à celle de leurs micro-partis respectifs. L’un a fini par quitter LR en avril dernier, l’autre a réadhéré en 2021 en vue de la primaire, après quatre ans passés en dehors. Dominique de Villepin rassemble ses soutiens derrière la nouvelle bannière de La France humaniste. Du côté du bloc central, Gérald Darmanin a mis en sommeil son parti Populaires ! pour se concentrer sur son activité de ministre. Mais la campagne approche à grands pas…

Faut-il y voir le signe d’une érosion des partis traditionnels ? « Certains élus créent leur propre micro-parti pour collecter des fonds indépendamment des grandes structures politiques, tempère Christophe Fonteneau, professeur associé à l’IAE Paris-Sorbonne et expert en comptabilité. Cela leur permet d’avoir un contrôle plus direct sur leur financement et leurs dépenses. » Il faut dire que faire campagne sans les ressources d’un grand parti n’est pas chose aisée. Diriger sa propre structure peut donc permettre de récolter des fonds en vue d’une candidature à la présidentielle. Quand petit parti rime avec grandes ambitions.

Rayan Saibi

Royaume-Uni : des élections locales sous haute tension

Keir Starmer face à la tempête, Nigel Farage en embuscade, les Verts en plein essor, les élections locales du 7 mai 2026 pourraient recomposer durablement le paysage politique britannique.
©Pexels

Des millions de Britanniques se sont rendus aux urnes aujourd’hui pour décider à qui ils attribueront un peu plus de 5 000 sièges dans 136 conseils locaux d’Angleterre et, pour les Gallois et les Écossais, élire les représentants de leurs parlements. Cette échéance électorale s’annonçait, avant même l’ouverture des bureaux de vote, comme une défaite cuisante pour le gouvernement travailliste (Labour) de Keir Starmer, à la tête du gouvernement depuis juillet 2024. 

Il y a quelques jours, l’analyste électoral Robert Hayward, a publié ses prévisions : le Parti travailliste pourrait perdre environ 1 850 des 2 550 sièges qu’il défend. Un désastre électoral dû à l’accumulation des déceptions depuis la victoire historique du parti il y a deux ans. 

Reform UK, l’extrême droite qui surfe sur le mécontentement

Face au déclin travailliste, un parti prend de l’ampleur : Reform UK. La formation anti-immigration créée en 2018 par Nigel Farage, avait surpris en remportant 14 % des voix aux législatives de 2024, est aujourd’hui en tête des sondages nationaux avec 26 % des intentions de vote, devant les conservateurs (19 %), les travaillistes (18 %) et les Verts (15 %), selon YouGov. Le think tank More in Common, estime que Reform UK pourrait gagner entre 1 200 et 1 600 sièges locaux ce jeudi. 

Keith Henderson, professeur retraité vivant à Durham, dans le nord de l’Angleterre, a vu cette montée en puissance dans son comté où les élections ont eu lieu en avance l’année dernière. Reform UK a remporté une victoire écrasante en 2025, mettant fin à la mainmise des travaillistes sur le comté. « C’était la première fois en cent ans que le Parti travailliste ne contrôlait pas Durham », témoigne-t-il. Un séisme symbolique pour cette région ouvrière, longtemps considérée comme un bastion travailliste imprenable. 

L’enseignant nuance son analyse : « Leurs membres sont arrivés au gouvernement, mais la plupart n’avaient aucune expérience en tant que conseillers ». Une limite que le politologue Tim Bale, de l’université de Queen Mary de Londres, identifie également à l’échelle nationale. Reform UK séduit des électorats « mal à l’aise face à l’avènement d’un Royaume-Uni de plus en plus multiculturel et socialement libéral », mais le parti d’extrême droite reste largement inexpérimenté dans l’exercice du pouvoir réel. 

Les Verts, nouvelle force de gauche

Pendant que Reform UK avance par la droite, une autre percée se dessine par la gauche : celle du Green Party (Parti des Verts). Depuis l’arrivée de Zack Polanski à sa tête en septembre dernier, le parti connaît un renouveau spectaculaire. Cet ancien acteur de 43 ans, qui se revendique « écopopuliste », prône un programme ancré autour de la justice sociale, de l’impôt sur les grandes fortunes, du plafonnement des loyers, et a réussi à attirer 100 000 nouveaux membres en quelques mois. Tim Bale estime que les Verts ont « une chance sérieuse non seulement de remporter des sièges, mais peut-être aussi de prendre le contrôle de certains conseils municipaux ».

Le Pays de Galles et l’Écosse, symboles d’un Labour en déroute

Hors d’Angleterre, la situation n’est pas plus réjouissante pour Starmer. Au Pays de Galles, où tous les sièges de son parlement (Senedd), 96 désormais, contre 60 auparavant, sont remis en jeu dans un nouveau scrutin proportionnel. Le Labour risque de perdre pour la première fois le contrôle du parlement local depuis sa création il y a 27 ans. Une « catastrophe » pour le parti travailliste, selon la professeure Laura McAllister de l’université de Cardiff. Reform UK et le parti indépendantiste Plaid Cymru devraient se retrouver au coude-à-coude selon les sondages YouGov, laissant présager un parlement sans majorité claire. 

Le bâtiment de l’Assemblée nationale pour le Pays de Galles / Cynulliad Cenedlaethol Cymru à Cardiff Bay, Cardiff, Pays de Galles, Royaume-Uni. © Alan Morris

Même chose en Écosse : les travaillistes redoutent de terminer derrière Reform UK, tandis que le Parlement d’Holyrood devrait rester entre les mains du SNP, au pouvoir depuis dix-neuf ans. 

Demain matin, un nouveau paysage politique ?

Les bureaux de vote ferment à 22 heures. Les premiers résultats des conseils anglais sont attendus dès minuit et demi, avec une majorité disponible vendredi matin. L’Écosse et le Pays de Galles publieront leurs résultats vendredi après-midi. 

Keith Henderson rappelle une réalité bien connue outre-Manche : « Normalement, le groupe qui dirige le pays n’obtient généralement pas de très bons scores lors des élections de mi-mandat ». Quel que soit le résultat, le Labour restera au pouvoir jusqu’aux prochaines élections générales. Selon le Times, si les résultats sont aussi mauvais que prévu, plusieurs députés travaillistes envisagent de publier une lettre ouverte exigeant que Keir Starmer fixe une date pour son départ. 

Pour le professeur à la retraite, une chose est sûre : « La politique partisane prend souvent le pas sur l’intérêt général. Peu importe que ce soit bon ou mauvais pour le public ». Une désillusion partagée par des millions de Britanniques qui, en allant voter ce jeudi, ont peut-être commencé à réécrire les équilibres de la politique britannique. 

Matthieu Holyman

Dès la rentrée 2026, tous les élèves de 4e seront formés aux bases de l’économie

Le passeport d’éducation économique, budgétaire et financière (EDUCFI), expérimenté depuis 2019, sera généralisé à toutes les classes de 4e à la rentrée 2026, a annoncé mercredi la Banque de France, qui pilote le projet depuis dix ans. Budget, moyens de paiement, crédit, arnaques : l’objectif est de donner aux collégiens des repères concrets sur la gestion de l’argent au quotidien.
Photo de Salle de Classe

À la sortie du collège Danton, à Levallois-Perret, l’annonce surprend les élèves. Malgré plusieurs années d’expérimentation du dispositif dans certains établissements, aucun des collégiens interrogés ne connaissait l’existence du passeport EDUCFI. « Ah ouais, ça existait déjà ? On nous l’a jamais proposé ici », s’étonne Clara, élève de 4e.

Pour cause, jusqu’ici, le passeport EDUCFI reposait largement sur l’implication des établissements et des enseignants volontaires. Au collège Léo-Lagrange de Lillers, dans le Pas-de-Calais, Anthony Cauet, professeur de physique-chimie, l’enseigne depuis quatre ans. Il s’était porté volontaire après une formation organisée par le rectorat de Lille et la Banque de France. « Le chef d’établissement a demandé qui voulait devenir référent EDUCFI. Je me suis proposé parce que ces questions font partie de mon quotidien », raconte-t-il. Après une journée de formation, les enseignants reçoivent des supports « clé en main » : diaporamas, exercices, mises en situation, test final et même diplômes. « Tout était déjà préparé. »

Dans son collège, le dispositif a d’abord été expérimenté dans une seule classe avant d’être étendu à l’ensemble des 4e. Malgré le peu de volontaires au départ, Anthony Cauet a poursuivi l’expérience. « J’ai proposé la formation à tous les professeurs principaux, mais aucun collègue ne s’est porté volontaire. Ils m’ont fait confiance pour la mettre en place. » Aujourd’hui, plusieurs enseignants animent à leur tour ces séances. « Chacun enseigne selon son ressenti, son expérience et sa manière d’aborder les finances personnelles », explique-t-il.

Pour lui, la généralisation nationale devra surtout pousser les établissements à mieux s’organiser. « Jusqu’à présent, même si le dispositif était recommandé, il n’y avait pas vraiment de conséquences lorsqu’il n’était pas mis en place. Avec la généralisation, les chefs d’établissement devront réellement intégrer ces séances dans les emplois du temps. »

Budget familial, abonnements et crédits : des exercices très concrets

En classe, les séances s’appuient sur des situations proches du quotidien des élèves. Ils découvrent d’abord le vocabulaire financier : recettes, dépenses, créditeur, débiteur ou encore budget. Puis ils travaillent sur le cas fictif d’une famille de quatre personnes. « Les élèves doivent répartir les recettes et les dépenses, puis calculer ce qu’il reste à la fin du mois », explique Anthony Cauet. Loyer, alimentation, assurances, factures ou impôts : les adolescents apprennent à distinguer les dépenses indispensables des dépenses facultatives.

Ces exercices provoquent souvent des discussions plus personnelles. « Certains racontent ce que leurs parents font à la maison. On parle des factures d’électricité, des abonnements téléphoniques qui augmentent après une promotion ou encore des assurances qu’on peut renégocier. Ce sont des sujets qui restent parfois absents des discussions familiales. »

Le passeport EDUCFI aborde également les moyens de paiement, la carte bancaire, les faux billets, le crédit ou encore les arnaques en ligne. « Quelqu’un peut se faire passer pour votre conseiller bancaire. Les élèves doivent apprendre à être vigilants avec les informations qu’ils communiquent », insiste l’enseignant.

Une réponse à la montée des arnaques et de l’endettement

Dans une publication sur LinkedIn, Marguerite Collignan de Durand, directrice de l’éducation financière à la Banque de France, a présenté cette généralisation comme une nouvelle étape après « dix ans de construction collective ».

Pour les promoteurs du dispositif, l’enjeu est devenu urgent. Selon une étude CSA réalisée pour l’OCDE et la Banque de France, 57 % des Français déclarent être endettés, contre 51 % en 2023. L’étude souligne également que 38 % des 18-24 ans ont déjà consulté une intelligence artificielle pour obtenir des conseils financiers.

À la fin de la formation, les élèves passent un test, sans véritable enjeu de notation. «Ils peuvent avoir 8 ou 19 sur 20, ils obtiennent quand même leur diplôme EDUCFI », précise Anthony Cauet. « Le but n’est pas de sanctionner, mais d’ouvrir une réflexion.»

Reste désormais à transformer l’annonce en réalité dans les établissements. Car entre une formation « clé en main » et un apprentissage réellement utile, tout dépendra du temps accordé au dispositif, des enseignants mobilisés et de la place que l’école acceptera de donner à un sujet longtemps resté à la porte des salles de classe : l’argent.

Sophie Hocquet

Réforme du brevet des collèges : entre défi stimulant et pression mentale pour les élèves

Une nouvelle réforme du diplôme national du brevet introduite cette année va changer les modalités d’examen. Changements dans la méthode de notation, différences dans la structuration des épreuves, maîtrise du français évaluée… Les élèves alternent entre acceptation de l’enjeu et surcharge mentale face à l’épreuve.
Des étudiants en train de composer dans une salle de classe. © Mathix

Les stylos gratteront bientôt le papier des prochaines épreuves du diplôme national du brevet 2026. Dans le privé comme dans le public, les élèves feront face à de nouvelles modalités pour passer les épreuves. Ils seront confrontés à de nouvelles méthodes de notation qui favorisent davantage les épreuves écrites que le contrôle continu et distinguent les résultats en histoire-géographie et en enseignement moral et civique.

Pour cette session 2026, Edouard Geffray, ministre de l’Éducation, s’attend à une chute des résultats. Objectif de la réforme : évaluer l’élève “au plus près de son niveau”. “Il faut s’attendre à une chute drastique du taux de réussite au brevet […] peut-être 75% de réussite avec beaucoup moins de mentions”, selon les dires du ministre. Il faut remonter à 1999 pour retrouver un taux de réussite à 75%. Depuis la moitié des années 2000, les résultats se maintiennent au-dessus des 80% de réussite, atteignant même parfois les 90%. 

Un contrôle continu moins important

Si certains élèves pouvaient jusqu’ici se rendre aux épreuves en ayant la quasi-certitude d’obtenir leur diplôme, ce ne sera plus le cas pour cette session. Le contrôle continu ne compte désormais plus qu’à hauteur de 40 %, et les épreuves finales pèsent désormais 60 %, contre 50 % auparavant. De la même manière, les points liés au contrôle continu ne sont plus attribués au moment des conseils de classe, mais tiennent compte des moyennes obtenues dans chaque discipline.

La crainte d’inégalités entre élèves

Lola est en troisième au collège Sainte-Ursule de Riedisheim, en Alsace. Elle vit ces nouvelles modalités « un peu comme une injustice ». Pour elle, la réforme est surtout synonyme de pression mentale : « On est la seule génération qui tombe sur ça, c’est plus compliqué pour les notes, ça me stresse un peu ».

Rose va aussi passer son brevet en juin. L’élève du collège privé de Zillisheim, en voie professionnelle, ne s’inquiète pas de ces nouveautés. “Cette année, on a fait des brevets blancs, c’est à ça que ça sert : pour s’entraîner, je le vois plutôt comme un défi”, explique-t-elle. Pour Rose, des inégalités entre les élèves pourraient néanmoins surgir avec l’arrivée de cette nouvelle réforme : “Tout le monde n’est pas préparé pareil, certains ont plus de facilité que d’autres, il y a des différences de préparation entre privé et public aussi j’imagine”. 

Lucas Gélébart est professeur documentaliste dans un collège public du Haut-Rhin. Pour lui, les enfants “ont dû trouver ça plutôt injuste intimement parce que changer le curseur comme ça d’une année à l’autre, c’est moche pour l’année à laquelle ça arrive”. 

“Un examen doit rester un examen”

Laurence Deyber, enseignante d’anglais et professeure principale d’une classe de troisième, se satisfait plutôt de la nouvelle réforme. « On ne peut pas tout accepter : un examen doit rester un examen, le but n’est pas d’être méchant », estime-t-elle. « Les consignes de correction étaient hallucinantes l’année dernière : on nous demandait de donner les points si un élève orthographiait “ils chantes” au lieu de “ils chantent”, car ils avaient la notion de pluriel », déplore-t-elle.

Pour l’enseignante, cette réforme sera aussi l’occasion d’éviter un relâchement dans certaines matières jugées « moins nécessaires » à l’obtention du brevet, comme les langues vivantes ou l’EPS. Les nouvelles modalités permettraient ainsi de « redonner une légitimité à toutes les matières », conclut-elle.

Tom Keller