Parkinson : l’agence du médicament tire la sonnette d’alarme sur les dérives comportementales des traitements

Des addictions aux jeux d’argent, une hypersexualité ou encore des achats compulsifs : l’ANSM alerte sur les effets indésirables méconnus des médicaments dopaminergiques prescrits contre la maladie de Parkinson et appelle à une meilleure information des patients.

Prescrits pour compenser le déficit en dopamine à l’origine des tremblements et de la rigidité musculaire caractéristiques de la maladie, ces traitements peuvent provoquer chez certains patients des comportements compulsifs aux conséquences parfois graves sur leur vie personnelle, familiale ou professionnelle. L’agence sanitaire souligne que ces effets peuvent apparaître progressivement, sans que le patient en ait conscience, y compris à faible dose ou après plusieurs années de traitement. Pour certaines molécules, comme le pramipexole, ces troubles du contrôle des impulsions peuvent toucher jusqu’à une personne sur dix.

L’ANSM appelle les professionnels de santé à informer « systématiquement » leurs patients et à impliquer les proches dans la surveillance des signes d’alerte. Un appel qui fait écho aux inquiétudes de France Parkinson, qui estimait encore le mois dernier que l’information délivrée lors des prescriptions restait insuffisante.

Marie Billat

Au procès du Mediator, Axa affronte son ancien client

Ce jeudi, loin de la chaleur écrasante qui enveloppe les alentours du Tribunal de Paris, dans une salle aux bancs ivoires, le président annonce les plaidoiries pour les prévenus dans le dossier du Mediator. Depuis janvier, la responsabilité des laboratoires Servier est de nouveau à l’étude pour déterminer si le groupe a tardé à retirer de la circulation ce médicament anti-diabétique. Il a été prescrit depuis la fin des années 1970 jusqu’en 2009 comme « coupe-faim » et a entraîné de graves pathologies chez les patients, mais aussi la mort de plusieurs centaines d’entre eux.

L’audience s’ouvre sur des bancs clairsemés, du côté du public comme du côté des avocats. « Je me permets de les qualifier d’intermittents de l’audience », lance la défense en préambule, avant d’être reprise par le président. « Le terme « intermittent » signifierait qu’ils sont venus aux moins quelques fois », reprend-il, amusé. « Un scandale sanitaire jugé en appel 14 ans après la suspension du Mediator, et 7 ans après l’ordonnance de renvoi », rappelle l’avocate de la défense, qui défend les salariés des laboratoires Servier. Mais ce jeudi 1er juin, c’est l’ancien assureur Axa qui est au cœur des enjeux. Le groupe d’assurance s’est constitué partie civile, et accuse Servier de ne pas l’avoir informé des risques de détournement des usages du médicament, notamment en raison de son caractère anorexigène. « Oui, le Mediator benfluorex [le nom de la molécule NDLR] a largement été prescrit comme un anorexigène. Pourquoi ? Parce qu’il fonctionnait de manière incroyable ! », ironise l’avocate de l’accusation.

« Nous n’avons pas été informés des risques pourtant répertoriés dès 1997 », affirme la défense

L’alerte sur la déviation de son usage est claire depuis 1997 et en 1998, l’agence européenne du médicament demande une réévaluation des risques. Or, « entre 1989 et 2005, on observe un record de prescriptions ! », tempête-t-elle. Axa invoque également une clause qui ne couvrait pas le laboratoire si le médicament provoquait des troubles. Pour Servier, le benfluorex a seulement été « assimilé à un anorexigène », sans pourtant être un produit défini comme tel. « Rien dans la police d’assurance ne définit ce qu’est un produit anorexigène », affirme la défense. « Je pense à mes confrères », reprend l’accusation. « C’est quand même compliqué de défendre qu’entre 1984 et 2011, on ne soit pas capable d’étayer ce qu’on a dit à son assureur ! Nous n’avons pas été informés des risques pourtant répertoriés dès 1997. »

Pour le laboratoire, Axa fait preuve de déloyauté. « On connaît tous cette assurance qui encaisse des primes et qui invoque telle clause, de tel paragraphe… C’est un classique, les assurances ne veulent pas payer ! », assène-t-elle, avant d’assurer que ces différents n’influent en rien sur les indemnisations aux victimes.

La semaine dernière, l’accusation a requis une amende à hauteur de 200 millions d’euros, dont 182 millions pour « la confiscation du bénéfice », contre le laboratoire Servier. Le délibéré est attendu le 20 décembre prochain.

Lise Tavelet