Iran : le président iranien Pezeshkian affirme avoir rencontré le guide suprême Mojtaba Khamenei

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré avoir rencontré le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, absent de la scène publique depuis sa nomination en mars, au lendemain de la guerre qui a opposé l’Iran à Israël et aux États-Unis. Cette prise de parole intervient alors que le successeur d’Ali Khamenei continue d’alimenter interrogations et spéculations au sein du pays.

Dans une vidéo diffusée jeudi par la télévision d’État iranienne, Massoud Pezeshkian a évoqué une rencontre avec Mojtaba Khamenei, sans en préciser la date. « Ce qui m’a le plus marqué lors de cette rencontre, c’est la vision et l’approche humble et sincère du guide suprême de la Révolution islamique », a déclaré le président iranien. Depuis son accession à la tête de l’État religieux iranien, Mojtaba Khamenei n’a jamais été vu publiquement et ne s’est exprimé que par communiqués officiels.

Le fils d’Ali Khamenei a été désigné guide suprême le 9 mars par l’Assemblée des experts, quelques jours après la mort de son père dans des frappes israélo-américaines survenues au début de la guerre déclenchée le 28 février. Selon les autorités iraniennes, Mojtaba Khamenei avait lui-même été blessé lors de ces attaques. Âgé de 56 ans, il succède à Ali Khamenei, resté plus de trente ans à la tête de la République islamique après avoir pris la relève de l’ayatollah Rouhollah Khomeini en 1989.

Malgré l’omniprésence de son portrait dans les rues iraniennes, le nouveau guide suprême demeure absent de la vie publique, contrastant fortement avec la visibilité médiatique de son père. Cette discrétion nourrit les interrogations sur son état de santé, mais aussi sur sa stratégie politique dans un contexte régional toujours marqué par les tensions avec Israël et les États-Unis.

Salomé Ferté

L’UE classe les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste

L’Union européenne a inscrit les Gardiens de la révolution iraniens sur sa liste des organisations terroristes, suite à la répression meurtrière des manifestations depuis le début du mois janvier. Cette mesure s’accompagne de sanctions, mais suscite aussi la crainte de tensions diplomatiques avec Téhéran.

 

L’Europe a tranché. Les Gardiens de la révolution iraniens sont désormais considérés comme une organisation terroriste, au même titre qu’Al-Qaïda, le Hamas ou encore Daech. Les vingt-sept ministres des Affaires étrangères européens ont pris cette décision lors du Conseil de l’UE du jeudi 29 janvier.

« La répression ne peut pas rester sans réponse. (…) Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens œuvre à sa propre perte », a écrit sur X la chef de la diplomatie européenne Kaja Kallas, à l’issue du Conseil. Depuis un mois, la répression des manifestations en Iran a fait 6 221 morts, selon les dernières données de la Human Rights Activists News Agency. 17 091 décès sont encore à confirmer, selon cette même source.

Quelles conséquences ?

Inscrit sur cette liste, le régime iranien sera l’objet de mesures concernant « le gel des fonds et des avoirs financiers » et « la coopération policière et judiciaire en matière pénale », comme le précise le site du Conseil. Des sanctions ont aussi été adoptées envers plusieurs hauts responsables iraniens, dont le ministre de l’Intérieur, le procureur général de l’Iran et le chef de la police. « Ces 21 individus et entités ont interdiction d’accès au territoire européen, et leurs actifs sont gelés », a précisé Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français, sur X.

La réponse du régime iranien ne s’est pas fait attendre. Selon le chef de la diplomatie iranienne, Seyed Abbas Araghtchi, l’Europe « attise les tensions ». « Elle commet aujourd’hui une autre grave erreur stratégique en qualifiant nos forces armées nationales d’« organisation terroriste », a-t-il écrit sur X.

Pour Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran et chercheur émérite au CNRS, la décision de l’Europe relève du symbole et pourrait même être contre-productive : « Il s’agit d’un aveu d’impuissance et d’une faute politique : cette mesure ne fera que renforcer l’esprit de corps des Gardiens de la République. »

Risques diplomatiques

Si cette mesure était depuis longtemps soutenue par l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, d’autres pays comme la France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce n’y étaient pas favorables. Ces États craignaient notamment une rupture de la communication avec l’Iran sur son programme nucléaire, et des représailles contre les citoyens européens emprisonnés ou retenus en Iran.

Une crainte évoquée par Jean-Noël Barrot ce matin : « Notre priorité dans ce contexte, avec le risque toujours présent d’une escalade régionale, c’est la sécurité de nos ressortissants, et aussi de deux otages français qui sont en sécurité à l’ambassade de France mais dont nous exigerons la libération définitive et immédiate. » Il faisait alors référence à Cécile Kohler et Jacques Paris, arrêtés en Iran en mai 2022. « Cette décision ne va pas faciliter les choses pour nos deux compatriotes retenus en Iran, ni pour les Iraniens, qui risquent de subir une réaction du régime », estime Bernard Hourcade.

Avec cette mesure, l’Union européenne rejoint les États-Unis et l’Australie, qui considèrent les Gardiens de la révolution comme une organisation terroriste depuis 2019, et le Canada, qui a pris la même décision en 2024.

 

Anna Esnault-Carcuac

Un an après la mort de Mahsa Amini, les Iraniens ne décolèrent pas

365 jours depuis que le décès de Mahsa Amini, étudiante iranienne de 22 ans, a fait exploser l’Iran. Morte après une arrestation par la police des mœurs, elle est devenue le symbole d’une génération qui refuse de continuer à obéir à la République Islamique.

« J’ai vu des crop-tops dans la rue, je n’en revenais pas. » Leïla*, jeune iranienne expatriée, est rentrée il y a quelques semaines de Téhéran. L’Iran est en proie, depuis le 16 septembre dernier, à une vague de révolte contre les lois de la République Islamique, après la mort de Mahsa Amini, suite à son arrestation pour un port du voile jugé indécent par la police des mœurs. Un combat visible dans les manières de s’habiller, qui ne suivent plus les obligations de la charia, confirme Sarah*, sa cousine, « beaucoup de femmes ne portaient pas le voile, les hommes étaient en short, et même dans les bureaux de Poste, les employées portaient des foulards, mais on sentait bien qu’elles étaient plus détendues ».

Un changement en surface, que Naïma*, 60 ans, a du mal à voir dans les autres aspects de la société, « on ne change pas les coutumes d’un pays aussi vite». Du haut de ses « 21 ans, presque 22 », Leïla, elle, n’est pas d’accord: « Je n’étais pas revenue en quatre ans, j’ai eu l’impression de voir les habitants plus à l’aise, plus puissants. » Sociologue, démographe et autrice de La République islamique d’Iran vue de l’intérieur, Marie Ladier-Fouladi confirme: « C’est presque devenu un acquis malgré les efforts du gouvernement pour le dissuader. » Aux vagues de manifestations, détonations successives mais temporaires, le combat trouve sa constance dans la résistance vestimentaire.

« Tout le monde est au diapason contre le gouvernement »

En face, le gouvernement tente de trouver une sortie de crise, par la force surtout: les manifestations sont réprimées dans la violence. En novembre dernier, l’organisation Iran Human Rights décomptait près de 450 morts, dont 60 enfants, tués par les forces de police. En un an, les manifestants sont devenus des martyres du mouvement. À l’automne, la prison d’Evin, où se trouvaient nombre d’entre eux après avoir été arrêté, a pris feu dans des circonstances encore floues, faisant au moins huit morts. Au printemps, trois contestataires ont été exécutés. « Les condamnés à mort, les explosions dans les prisons, ça n’a fait que relancer la machine », affirme Sarah, suivie par sa cousine: « Même s’il y a des morts, la colère ne redescend pas, tout le monde est au diapason contre le gouvernement. »

Le gouvernement a aussi tenté de faire patte blanche, en annonçant la dissolution de la décriée police des mœurs en décembre dernier. Une annonce qui prête à confusion, puisqu’elle semble toujours être active. « Ils ne savaient pas comment gérer cette vague protestataire. Ils ont changé le nom de la police des mœurs, qui a désormais pour consigne de ne pas brutaliser le peuple. L’idée, c’est surtout de faire peur», explique Marie Ladier-Fouladi. Sarah en a fait l’expérience: « Normalement on voit les vans de la police des mœurs dans la rue, mais là je ne les ai pas vus. Mais on m’a prévenue de faire attention, qu’ils continuent à surveiller de loin, surtout les femmes en voiture. »

Une répression qui s’exprime désormais avec des mesures juridiques, comme le fichage ou le retrait de permis, mais qui sont « peu prises en considération par la population » selon la chercheuse. Un semblant de détente insuffisant, pour Irène Ansari, coordinatrice de la Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie: « Les Iraniens ont compris qu’ils ne pourraient pas réformer le régime. » Sur Twitter, des militants clament que les arrestations pour refus de port du voile seraient toujours d’actualité.

L’étincelle dans la poudrière

Le voile est devenu un symbole, un signe de ralliement contre un gouvernement et cristallise quatre décennies d’injustices, renforcées par la pandémie et la crise économique qui a fait suite, faisant exploser la pauvreté dans le pays. En avril dernier, les employés de l’industrie du pétrole ont posé le piquet de grève. En juin, les retraités prenaient la rue pour réclamer une réévaluation de leur pension. Si, pour l’instant, la convergence des luttes n’est pas affichée, « il y a un jeu entre ceux qui travaillent et soutiennent indirectement le mouvement et ceux qui sortent dans la rue », pour Marie Ladier-Fouladi.

Autre facteur: les tensions ethniques. L’Iran possède plus d’une douzaine d’ethnies, incluant les Kurdes, dont était issue Mahsa Amin. Des tensions historiquement invoquées par le régime, selon la chercheuse. Mais le peuple n’est pas dupe: « Lors des manifestations, les Iraniens ont scandé: ‘Le Kurdistan est la prunelle de l’Iran’ ». Le maître mot du mouvement « Femmes, vie, liberté » serait donc « solidarité ».

La mort de Mahsa Amini a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » pour Irène Ansari, « le mouvement ne se limite pas au voile, c’est une revendication de liberté, d’égalité et de justice sociale. Et comme le régime ne peut pas y répondre, cela va continuer». Une vague que la militante estime friable en l’absence de projet politique clair de la part des contestataires. Marie Ladier-Fouladi voit ce projet en cours de construction: « Le mouvement a déjà réussi à délégitimer le pouvoir. La nouvelle génération est déterminée et intelligente. J’ai beaucoup d’espoir en cette génération, qui sait cacher son jeu et imaginer de nouvelles formes de résistance. » Une résistance vouée à continuer, sans retour en arrière possible pour Irène Ansari:  « La société iranienne ne sera plus jamais la même. »

*Les prénoms ont été modifiés par souci d’anonymat

Shad De Bary

Biden réaffirme le soutien des Etats-Unis aux « courageux » citoyens d’Iran, un an après la mort de Mahsa Amini

A la veille du premier anniversaire de la mort de Mahsa Amini, Joe Biden a réaffirmé le soutien des Etats-Unis aux « courageux Iraniens » après que Washington ait annoncé, en coordination avec notamment le Royaume-Uni, une série de sanction contre le pouvoir iranien.

Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini, jeune kurde iranienne de 21 ans, décédait après son arrestation par la police des moeurs pour non respect des obligations vestimentaires islamiques. Un an plus tard, et après une répression impitoyable du mouvement « Femme, Vie, Liberté » né du drame, Joe Biden a renouvelé son soutien au peuple iranien.

« Face à une oppression et à une violence continues, les citoyens d’Iran restent engagés (…) dans leur lutte pour un avenir libre et démocratique », a dit M. Biden dans un communiqué. « Seuls les Iraniens détermineront le sort de leur pays, mais les Etats-Unis restent engagés à se tenir à leurs côtés », a-t-il ajouté, en saluant « les courageux Iraniens qui poursuivent (la) mission » de Mahsa Amini.

Le mouvement de révolte a en effet perduré malgré la violente réponse du pouvoir, et à la veille de l’anniversaire de la mort de Mahsa Amini, la tension reste élevée. Cette contestation apparaît comme l’un des plus grands défis lancés aux autorités iraniennes depuis la révolution de 1979.

Vint-cinq responsables iraniens sanctionnés

Preuve de ce soutien, Washington a fait savoir plus tôt dans la journée qu’il imposerait, en coordination notamment avec le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, une série de sanctions à Téhéran. Elles visent 25 Iraniens, pour  la plupart des « membres clés » des forces de sécurité iranniennes et des puissants Gardiens de la Révolution, selon le Trésor américain. Parmi eux figure Gholamali Mohammadi, le chef de l’Organisation des prisons iraniennes, car sous sa supervision « de graves violations des droits humains » se sont produites, de la torture au viol.

Trois médias tombent également sous le coup de ces sanctions : Press TV, Tasnim News Agency et Fars News Agency. Est également ciblée une « entreprise iranienne de recherche sur internet », selon les autorités américaines. Cette dernière aurait aidé à la répression policière et la censure d’internet.

« Signal clair »

Quelques heures plus tôt, Londres affirmait pour sa part sanctionner des « hauts responsables de la préparation et de l’application de la loi iranienne sur le port obligatoire du hijab », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Ces mesures visent en particulier le ministre de la Culture Mohammad Mehdi Esmaili, son adjoint Mohammad Hashemi, le maire de Téhéran Alireza Zakani et le porte-parole de la police, Saeed Montazer Al-Mahdi.

« Les sanctions prises aujourd’hui à l’encontre des responsables des lois oppressives de l’Iran envoient un signal clair que le Royaume-Uni et ses partenaires continueront à soutenir les femmes iraniennes et à dénoncer la répression que l’Iran inflige à son propre peuple », a déclaré le chef de la diplomatie britannique, James Cleverly.

Avec l’AFP