L’école de cinéma de la Fémis a publié, hier, la liste des admissibles à l’oral final d’un concours en trois tours. Ils ne sont plus qu’une dizaine de sélectionnés par département, pour 58 places au total. Les admis auront concouru pendant huit mois pour obtenir leur place.

Photo libre de droit.
Fémis, SATIS, Louis-Lumière, CinéFabrique : sur le papier, des écoles publiques qui forment au cinéma, il y en a. Mais en zoomant un peu sur les processus d’admission, c’est en réalité extrêmement rare d’y être accepté. La Fémis, c’est 58 places par an, tous départements confondus, pour 1 591 candidatures en 2025.
Un concours en trois temps
Pour les passionnés qui rêvent du réseau et de la formation qu’apporte la Fémis, il faut passer trois tours de concours. Le premier, c’est un dossier de trente pages, avec pour seules consignes quelques mots : « Traverser », « Farce », « Médium »… Ensuite, à vos stylos, à votre imagination et à votre détermination pour réaliser cette épreuve en un mois, en parallèle des cours, d’un job étudiant et de la vie personnelle, souvent « mise de côté » pour Rosalie, 23 ans, candidate au département image.
Plus qu’une « reconnaissance évidente dans le secteur professionnel », intégrer la Fémis est, à ses yeux, « la meilleure formation en France, grâce aux projets de classe, aux intervenants qui sont des pontes dans leur domaine, et oui, quand même, grâce à la ligne sur le CV ». Rosalie, originaire de Dieppe, rêve de devenir cheffe opératrice. Elle est retournée dans sa ville natale pour écrire et photographier le pont en travaux du centre-ville. Pendant un mois, elle rencontre les acteurs de ce projet, interroge les habitants, écrit ligne après ligne. Enfin, le verdict tombe : elle continue l’aventure ubuesque du concours.
Pour le deuxième tour, il faut rendre un court-métrage en une semaine, ainsi qu’une série de photos argumentées par un texte sur le thème « interruption ». Apprenant sa réussite la veille, elle doit désormais se préparer pour l’oral du troisième tour, qui éliminera encore la moitié des candidats. Ce concours à rallonge a d’ailleurs déjà été analysé par Claire Simon dans son documentaire.
Le concours (2016) qui suit les étudiants dans ce véritable parcours du combattant.
Des écoles privées à haut coût
Si on ne réussit pas le concours, on cherche une autre école. Mais outre ces écoles publiques très sélectives, elles coûtent de l’argent. Hugo est candidat au master de scénario de la CinéFabrique, à Marseille. L’école accueille une trentaine d’élèves sur plus de 1300 candidatures chaque année. Pour le jeune de 25 ans, impossible de considérer des écoles privées : d’abord, parce que pour une place à l’Eicar, ou à l’ESRA, écoles pourtant reconnues, il faut débourser entre 8000 et 10000 euros l’année. Alors c’est recours au prêt étudiant, mais Hugo voit ça d’un mauvais oeil, car si « sur le papier, il n’y a aucun problème à emprunter, ce n’est quand même pas le même mode de vie à la sortie d’école, et puis ça reste beaucoup moins reconnu que les publiques ».

Les deux candidats s’accordent sur un point majeur : la pression. Les deux concours se décomposent en trois tours, et s’étalent sur plusieurs mois. Rosalie témoigne avoir « mis ma vie presque sur pause, c’est devenue ma priorité, et aussi un peu une obsession, on y pense tous les jours ». Et même en allant aussi loin dans le processus, après l’excitation de la réussite, c’est le retour au travail et aux productions. Rosalie met tout son espoir sur son admission, car si elle a une place garantie en L3 de cinéma, son rêve, depuis toujours, c’est la Fémis. Cet esprit de compétition, parfois moteur, est aussi « fatiguant, on se compare toujours, parce que la probabilité d’être prise est tellement faible qu’on a pas plus de raison qu’un autre de l’avoir ». Si le plus gros est fait, il reste aux deux étudiants un mois de concours, et « une boule au ventre qui sera là jusqu’au bout » conclut Hugo.
Joséphine Teillet
