Faire du cinéma : le parcours du combattant pour un enseignement public

L’école de cinéma de la Fémis a publié, mercredi, la liste des admissibles à l’oral final d’un concours en trois tours. Ils ne sont plus qu’une dizaine de sélectionnés par département, pour 58 places au total. Les admis auront concouru pendant huit mois pour obtenir leur place. 
Les portes de la Fémis, fondée en 1986, située dans le 18ème arrondissement de Paris.
Photo libre de droit.

Fémis, SATIS, Louis-Lumière, CinéFabrique : sur le papier, des écoles publiques qui forment au cinéma, il y en a. Mais en zoomant un peu sur les processus d’admission, c’est en réalité extrêmement rare d’y être accepté. La Fémis, c’est 58 places par an, tous départements confondus, pour 1 591 candidatures en 2025.

Un concours en trois temps

Pour les passionnés qui rêvent du réseau et de la formation qu’apporte la Fémis, il faut passer trois tours de concours. Le premier, c’est un dossier de trente pages, avec pour seules consignes quelques mots : « Traverser », « Farce », « Médium »… Ensuite, à vos stylos, à votre imagination et à votre détermination pour réaliser cette épreuve en un mois, en parallèle des cours, d’un job étudiant et de la vie personnelle, souvent « mise de côté » pour Rosalie, 23 ans, candidate au département image.

Plus qu’une « reconnaissance évidente dans le secteur professionnel », intégrer la Fémis est, à ses yeux, « la meilleure formation en France, grâce aux projets de classe, aux intervenants qui sont des pontes dans leur domaine, et oui, quand même, grâce à la ligne sur le CV ». Rosalie, originaire de Dieppe, rêve de devenir cheffe opératrice. Elle est retournée dans sa ville natale pour écrire et photographier le pont en travaux du centre-ville. Pendant un mois, elle rencontre les acteurs de ce projet, interroge les habitants, écrit ligne après ligne. Enfin, le verdict tombe : elle continue l’aventure du concours.

Pour le deuxième tour, il faut rendre un court-métrage en une semaine, ainsi qu’une série de photos argumentées par un texte sur le thème « interruption ». Apprenant sa réussite la veille, elle doit désormais se préparer pour l’oral du troisième tour, qui éliminera encore la moitié des candidats. Ce concours à rallonge a d’ailleurs déjà été analysé par Claire Simon dans son documentaire Le concours (2016) qui suit les étudiants dans ce véritable parcours du combattant.

Des écoles privées à haut coût

Si on ne réussit pas le concours, on cherche une autre école. Mais outre ces écoles publiques très sélectives, elles coûtent de l’argent. Hugo est candidat au master de scénario de la CinéFabrique, à Marseille. L’école accueille une trentaine d’élèves sur plus de 1300 candidatures chaque année. Pour le jeune de 25 ans, impossible de considérer des écoles privées : d’abord, parce que pour une place à l’Eicar, ou à l’ESRA, écoles pourtant reconnues, il faut débourser entre 8000 et 10 000 euros l’année. Alors c’est recours au prêt étudiant, mais Hugo voit ça d’un mauvais oeil, car si « sur le papier, il n’y a aucun problème à emprunter, ce n’est quand même pas le même mode de vie à la sortie d’école, et puis ça reste beaucoup moins reconnu que les publiques ».  

Rosalie, 23 ans, en tant que troisième assistante caméra expérience lors du tournage d’un clip. Photo DR/Rosalie Chassaing

Les deux candidats s’accordent sur un point majeur : la pression. Les deux concours se décomposent en trois tours, et s’étalent sur plusieurs mois. Rosalie témoigne avoir « mis sa vie presque sur pause, c’est devenue ma priorité, et aussi un peu une obsession, on y pense tous les jours ». Et même en allant aussi loin dans le processus, après l’excitation de la réussite, c’est le retour au travail et aux productions. Rosalie met tout son espoir sur son admission, car si elle a une place garantie en L3 de cinéma, son rêve, depuis toujours, c’est la Fémis.

Cet esprit de compétition, parfois moteur, est aussi « fatiguant, on se compare toujours, parce que la probabilité d’être prise est tellement faible qu’on a pas plus de raison qu’un autre de l’avoir ». Si le plus gros est fait, il reste aux deux étudiants un mois de concours, et « une boule au ventre qui sera là jusqu’au bout » conclut Hugo.

Joséphine Teillet

 

Soirées d’intégration : une charte pour rien ?

Mercredi 10 octobre, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a publié une charte à l’attention des universités et associations étudiantes. Le but ? Responsabiliser les étudiants, après les drames et dérapages survenus à répétition dans des soirées d’intégration. 

Une soirée étudiante "disco" / olagon.com
Comas éthyliques, agressions sexuelles, bizutages… Les histoires plus ou moins sordides sont nombreuses dans les soirées étudiantes. / olagon.com

« Le but est de responsabiliser les étudiants, pas de les encadrer. » Avec la charte signée ce mercredi 10 octobre par les universités, grandes écoles et associations, le ministère de l’Enseignement s’attaque aux soirées étudiantes qui dégénèrent. Comas éthyliques ou autres dérapages liés à l’alcool, bizutages et discriminations sous toutes leurs formes… Les histoires plus ou moins sordides sont nombreuses dans le milieu universitaire.

Une charte sans valeur contraignante

La charte est composée de quatre articles édictant des grands principes de sécurité et de respect d’autrui, ainsi que d’un questionnaire à l’attention des étudiants participant aux soirées. Sauf que celle ci n’a aucune valeur juridiquement contraignante : « Il existe déjà des dispositions, notamment contre le bizutage qui est puni de six mois de prison et de 7.500 euros d’amende et où la responsabilité des personnes morales (comme les universités ndlr) peut être engagée », nous dit-on au ministère de l’Enseignement.

Des dispositions encadrant les soirées universitaires, il en existe sur le plan légal, mais est-ce bien suffisant ? « On nous interdit les open-bars, mais on contourne ces interdictions avec des faux tickets de boisson. Pour ma part, je n’ai jamais eu à payer une conso d’alcool, raconte Tatiana, étudiante en médecine. Je pense que cette charte ne servira à rien. Dire « ce n’est pas bien de boire », ça ne va pas changer grand chose. »

Un manque de formation 

Limiter l’alcool, mais aussi former plus de personnel pour gérer des situations d’urgence pendant les week-ends d’intégration, c’est l’un des buts de la charte. « A un wei (week-end d’intégration ndlr), j’ai le souvenir d’une pote qui était vraiment mal, elle avait froid et la Croix Blanche, présente à tous nos événements, n’avait même pas de couverture de survie à lui proposer », confie Tatiana.

Aujourd’hui, s’il manque de professionnels pour superviser les soirées étudiantes, la formation des élèves pourrait être une solution, sauf que celle ci est rare. Selon Alexandra Gonzalez, « les universités doivent prendre leurs responsabilités ». A l’université de Lorraine, où elle travaille pour la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), une journée de formation annuelle est obligatoire, afin de sensibiliser aux risques liés à l’alcool, à la drogue et de former aux gestes de premier secours. Il y a dix ans que la FAGE a mis en place une charte similaire à celle publiée aujourd’hui, la charte « soirée étudiante responsable ». « On ne découvre pas le problème aujourd’hui, puisqu’on a rédigé une charte de bonne conduite il y a longtemps. Malheureusement ce n’est pas une question suffisamment centrale pour le gouvernement, se désole Alexandra, avant de tempérer. Cette charte montre tout de même une volonté de se bouger sur ces sujets-là» Malheureusement cette charte n’est pas connue de tous, loin de là : ni Tatiana, ni Antoine Lebon, qui fait partie du bureau des étudiants de l’université Dauphine, n’en ont entendu parler en six ans d’études supérieures.

« On est très renseigné »

A l’université Dauphine justement, l’administration semble jouer un rôle central dans l’organisation des « wei » et festivités en tout genre. « On est très renseigné sur les risques et tout est super réglementé par l’administration. Avant chaque week-end, on a de la prévention avec des professionnels qui interviennent. Et ils sont à nos côtés à chaque soirée, que ce soit pour la sécurité comme pour les premiers secours », explique Antoine Lebon. Aucun débordement ne serait à déplorer en trois ans, selon le responsable de la communication.

Pourtant, l’excès d’alcool, les bizutages qui tournent mal et les faits d’agression sexuelle restent un problème majeur dans le milieu estudiantin. Tatiana, elle, se veut optimiste : «  J’ai comme l’impression que les nouvelles années de médecine sont plus raisonnables. Peut être qu’il y a une pris de conscience que nous, on a raté. »

Caroline Quevrain

Colère des scientifiques contre les coupes budgétaires dans la recherche

Une tribune signée par huit scientifiques de renom déplore un projet de coupes budgétaires pour la recherche. La communauté scientifique est en émoi.

Sept prix Nobel et une médaille Fields dénoncent dans une tribune publiée dans le Monde des coupes budgétaires dans la recherche. Présenté en commission des finances de l’Assemblée Nationale mercredi 18 mai, un projet de décret vise à supprimer une enveloppe budgétaire de 265 millions d’euros pour  la recherche et l’enseignement supérieur.

Mais ce matin encore, François Hollande invité sur France Culture, a assuré que l’action en recherche & développement restait une priorité.

Les principaux organismes de recherche sont particulièrement touchés comme le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), le Centre national pour la recherche scientifique (CNRS) l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) ou encore  l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) pour une annulation globale de 134 millions d’euros. Selon Martine Cohen-Salmon, chargée de recherche au CNRS en biologie, c’est un coup dur « une baisse de budget c’est une baisse de niveau de recrutement .»

Le budget du CNRS de plus de 3 milliards d’euros est constitué de 2,1 milliards de masse salariale. Cette annonce nourrit ainsi des inquiétudes sur l’avenir du centre de recherche: « le niveau de recrutement des jeunes chercheurs est déjà catastrophique. Seuls un ou deux postes sont créés chaque année en premier grade, explique-t-elle, or les candidats ont un niveau équivalent au poste de directeur de recherche.»


une baisse de budget c’est une baisse de niveau de recrutement


Un phénomène à l’effet boule de neige « il y a moins d’étudiants aujourd’hui en biologie car il n’y a plus de débouchés, analyse Martine Cohen-Salmon, et c’est compréhensible, pourquoi s’engager dans une voie de garage! » Une menace de décrochage de la recherche en France amplifiée par la mondialisation de la concurrence « la plupart partent en tant que post doctorant à l’étranger où ils sont embauchés.  C’est d’autant plus avantageux pour les centres de recherche étrangers qui recrutent des chercheurs déjà formés. »

L’ANR n’a financé que 8% des projets en 2015

La ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem et son secrétaire d’Etat Thierry Mandon, ont assuré via un communiqué que ces suppressions de crédits visent à « mobiliser en particulier leurs fonds de roulement disponibles et leurs trésoreries. Mais pour le CNRS cet argument n’est pas valable « un projet en biologie expérimentale et une étude en Histoire n’impliquent pas les mêmes moyens. »

Depuis 2005, l’Agence nationale de la recherche (l’ANR) créé pour remplacer deux dispositifs de financement, le fonds national pour la science (FNS) et le fonds pour la recherche technologique (FRT), est l’unique fonds public qui décide les budgets. Mais en 2015, seuls 8% des projets déposés par des chercheurs français ont été acceptés par l’ANR. Le 14 mars, lors de l’inauguration de l’Institut Pierre-Gilles-de-Gennes à Paris, François Hollande avait annoncé que l’ANR accepterait davantage de projets cette année.  Reste à voir sur quels critères les enveloppes seront réparties.

Des attentes politiques en contradiction avec la recherche

Pourtant, selon un classement établi par Thomson-Reuters  en mai 2016, le CEA, le CNRS et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) figurent parmi les dix premiers organismes de recherche en termes d’innovation dans le monde. Une dynamique dont les chercheurs craignent l’essoufflement.

« Il y a vingt ans les laboratoires étaient subventionnés par l’organisme de tutelle auquel ils étaient rattachés. Un financement complété par le privé si besoin. Aujourd’hui c’est l’inverse. » déplore Martine Cohen-Salmon.  Des restrictions budgétaires publiques qui vont de pair avec un autre problème « pour qu’un projet soit validé par l’ANR, il faut le tourner vers le développement. Or c’est totalement contradictoire avec la recherche qui ne peut pas donner de garantie, on ne sait pas ce que l’on va trouver à l’issue d’une recherche. »

Depuis sa création le budget de l’ANR est passé de 710 millions d’euros (M€) en 2005  à 535 M€ en 2014. Bien qu’il l’un des budgets les plus importants en Europe, elle est constante régression. En Allemagne les dépenses de recherche et développement ont augmenté de 75% en dix ans.

Sonia Ye

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